I. - BÉNÉDICTIONS
Les mots bénir, bénédiction, peuvent avoir bien des significations différentes; mais, en liturgie, ils désignent des rites, des formules, des cérémonies pratiquées par les ministres de rÉglise, en son nom, et en vertu du pouvoir que Dieu lui a conféré. Ces cérémonies se font sous ^invocation du nom de Dieu, soit pour procurer quelque bien aux bommes, soit pour consacrer en quelque sorte un objet, et en faire un instrument de salut pour l'âme ou pour le corps.
Envisagées sous le rapport de leur fin, les bénédictions j se divisent en constitutives et invocatives.
I Par les bénédictions constitutives, les personnes et les } choses sont constituées dans un état permanent d'objets jsacrés et religieux. Parfois, c'est pour représenter quelque 3hose de mystérieux; telle est la destination du cierge pascal, des cierges bénits le jour de la Purification, des cendres, des rameaux, du sel pour le baptême. D'autres fois, la bénédiction a pour but de rendre les personnes ou les choses propres au 3ulte de Dieu et à certains actes de religion; il en est ainsi, lorsqu'on bénit les abbés ou abbesses, les églises, les cimeières, les cloches, les habits sacerdotaux, etc. Certains objets 'nfin sont bénits pour servir eux-mêmes à la bénédiction de j'ersonnes ou de choses; tels sont le saint chrême, l'huile des latéchumènes, l'eau bénite, soit commune, soit baptismale, oit celle qu'on emploie dans la dédicace et la réconciliation 'une église.
Par les bénédictions invocatives, on invoque la bonté de Heu en faveur des personnes ou des choses, selon leur condi-
tion, leur usage, leur nécessité, pour leur obtenir quelque bien, les préserver de tout mal, sans changer leur état; c'està-dire, qu'en conférant certains biens témporels ou spirituels par l'invocation du nom de Dieu, ces bénédictions laissent les personnes et les choses dans leur premier état, dans l'usage commun, n'en font pas des objets sacrés; c'est ainsi qu'on bénit le peuple, les fruits, tout ce qu'on peut manger ou boire (^).
Les bénédictions en l'honneur de saint Gilles, pratiquées dans diverses églises, appartiennent à cette double catégorie. La plupart, telles que les bénédictions de personnes, de comestibles, de boissons, sont invocatives; les bénédictions de l'eau, qui se font d'après la formule du Rituel romain, avec ou sans ajoute de prière en l'honneur du saint abbé, sont constitutives.
Nous avons recherché, avec un soin scrupuleux, et consigné dans notre travail les vestiges de ces antiques et respectables coutumes, et notre intention ne saurait être de répéter ici ces détails. Nous nous contenterons de donner, sous forme de tableau, le relevé des églises et chapelles, où ces pieuses cérémonies sont restées en usage; nous ferons connaître les motifs qui portent les pèlerins à venir réclamer ces bénédictions, la nature des objets bénits, et les formules employées à cette fin.
Le lecteur verra ainsi, d'un seul coup d'œil, tout ce qui se rattache à cette intéressante matière; et, au moyen des renvois placés au bas des pages, il pourra se familiariser à l'instant avec les nombreux détails, éparpillés dans le second volume de notre ouvrage.
Ce petit travail est divisé en deux paragraphes, dont le premier traite des bénédictions de personnes, et le second des bénédictions d'objets divers.
(^) FoRNici, Institutiones liturgicœ ad usum Seminarii Romani, tom. IV, Romae 1826, pp. 3, 9, 10, et la traduction française de M. Boissonnet, Liège I 1851, pp. 381, 384, 385.