II. r
nous serait aisé d'allonger cette liste, mais nous tenons à ne mentionner que des Saints, sous Tinvocation desquels de l'eau se bénissait jadis, ou se bénit encore aujourd'hui^ dans diverses localités des Flandres, et notamment à Bruges.
de ce Saint. Les fidèles venaient en foule baiser ces reliques et boire de l'eau, bénite par leur attouchement; cette eau était d'une efficacité souveraine dans les affections morbides de la bouche et les maux de gorge. Magna quoque veneratione ibidem colitur 8. Martyr Vincentius, écrit Sanderus, oh valde notahiles illius reliquias ihi asservatas, videlicet integrwn os hrachii a média junctura usque ad juncturam manus. Item alia duo ossa minora quihus fidèles henedicti, atque aqua, cum eisdem consecrata, assumpta, a variis infirmitatibus ac prœsertim oris putredinihus ac gutturis inflationïhus liherantur (Flandria illustrata, tom. II, Hagse Comitum 1732, p. 107, col. 1).
L'église paroissiale d'Eecloo (Flandre orientale) est dédiée à saint Vincent. A la fête du Saint, on bénit en son honneur de l'eau et des petits pains. " Il n'y a, nous écrit-on, ni rites ni formulaires particuliers pour la bénédiction de l'eau et des petits pains. On emploie la bénédiction ordinaire du Eituel ad faciendam aquam henedictam. Seulement, on touche, en forme de croix, avec les reliques du saint martyr, le tonneau, qui contient l'eau. Les fidèles se servent de cette eau comme d'une autre eau bénite, mais toujours avec la confiance d'une protection spéciale de saint Vincent. C'est ainsi que tous en boivent. " (Lettre de M. Dalschaert, curé de Borsbeke lez-Alost, ancien vicaire d'Eecloo, 24 Juillet 1880.)
3. Saint Blaise, évêque de Sébaste, en Arménie, martyrisé vers 316. • — La bénédiction de l'eau en l'honneur de saint Biaise était autrefois très-répandue; elle avait lieu le 3 Février, jour oii l'Église célèbre la fête du saint martyr. Parmi les endroits où cette pratique s'est maintenue, il faut citer l'église paroissiale de Sainte-Anne, à Bruges, dont le saint évêque est considéré comme patron secondaire. (Voyez le magnifique article sur saint Biaise, dans Rond den Heerd, S**^ jaar, 1868, pp. 76, 77-) Cette cérémonie fut en usage, jusqu'à l'époque de la Révolution française, dans les églises des Carmes déchaussés de la province flandro-belge. Quoique .depuis lors elle y soit tombée en désuétude, la formule de bénédiction n'en a pas moins été conservée parmi les Preces et Orationes decantari solitœ a célébrante in laudibus vespertinis, in ecclesîa..., una cum precibus publicis conformiter ad processionale, ritibus 8. Romance Ecclesiœ accommodatum, Brugis 1841. (Manuel imprimé à l'usage des Carmes déchaussés de Belgique, pp. 61, 62.) En bénissant l'eau, le prêtre prononçait cette oraison : Da quœsumus, Domine, per attactum reliquiarum sancti et gloriosi Martyris ac Pontificis Blasii, virtutem huic aquœ, ut quisquis ea digne utitur in memoriam et honorent sancti ac gloriosi Martyris Blasii, cuncta se impetrasse lœtetur. Per Christum Dominum nostrum.
Une note, mise en tête de cette formule, nous apprend qu'elle est tirée de la Brabantia Mariana, d'Augustin Wichraans (AntverpisB 1632, p. 748), et qu'elle était usitée à l'abbaye de Dilighem, sous Jette lez-Bruxelles. Marguerite d'Angleterre, fille du roi Edouard I*^"" et épouse du duc de Brabant Jean II, surnommé le Pacifique, affectionnait beaucoup ce monastère et lui donna, en
Après ces remarques préliminaires^ venons-en à la bénédiction de Feau en Thonneur de saint Grilles, cérémonie qui se pratique annuellement dans notre église, le P^' du mois de Septembre, jour de la fête du saint abbé. Cette bénédiction se
1308, un bras de saint Biaise. Un fragment de cette précieuse relique servait à la bénédiction de l'eau; cette eau s'employait comme remède contre les éruptions cutanées de la face et les tumeurs de la gorge,... pustulis potissimum faciei, et tumorihus gutturis pellendis (Wichmans, op. cit., p. 748.) L'eau, bénite autrefois par les Carmes, servait sans doute à soulager les mêmes infirmités. Personne n'ignore que saint Biaise est spécialement invoqué contre les maux de gorge. Le manuel cité des Carmes déchaussés renferme la bénédiction suivante du pain, en l'honneur de ce Saint : Exoramios et petimus,... ut qui ex eis fpanihus) comederint vel gustaverint, ab omni gutturis plaga, et totius corporis infirmitate, meritis et intercessione heati Blasii martyris tui, plenam recipiant sanitatem...
4. Saint Gilles. — Notre église n'est pas la seule ou de l'eau se bénisse en l'honneur du saint abbé; cette bénédiction se pratique aussi à Lembeke (Flandre orientale) et à Notre-Dame, de Huy. En beaucoap d'endroits on bénit du pain, voire même du sel. Nous traiterons de tout cela, en temps et lieu.
5. Saint Guillaume de Maleval, ermite et instituteur de l'ordre des Guillelmins ou Guillelmites, (f lÔ Février 1157)- — Il était d'usage, chez les Guillelmites de Bruges, de bénir chaque année, à la fête du saint fondateur, de l'eau et du pain, dont l'emploi, accompagné d'une neuvaine de prières en l'honneur de saint Guillaume et des plaies du Sauveur, rendit, bien des fois, une santé parfaite à ceux que tourmentaient la fièvre ou des maladies de langueur. Sanderus rapporte ce détail, en faisant l'historique du prieuré des Giiillelmites de Bruges : Et solet etiam quotannis, dit-il, aqua henedici et panis, qui cum novendiali prece in honorem vulnerum Christi et 8. Gulielmi fusa, sœpe valetudinem rectam adtulit fehricitantibus et languidis (Flandria illustrata, tom ii, HagsB Comitum 1732, p. 117, col. 2).
6. Saint Pierre de Vérone, martyr de l'ordre de Saint-Dominique (t 6 Avril 1252). Sa fête se célèbre le 29 Avril. — L'usage existe, dans les églises des Frères-Prêcheurs, de bénir de l'eau sous l'invocation et par l'attouchement des reliques de saint Pierre Martyr. On trouve la formule de cette bénédiction dans le Oollectarium Sacri Ord. FF. Prœdicatorum, auctoritate Apostolica approhatum et Reverendissimi Patris Fr. Vincentii Ajello, ejusdem Ordinis Magistri Oeneralis, jussu editum, Romse 1846 (p. 316). Cette formule se trouve aussi dans V Appendix ad Bituale Bomanum, seu collectio Benedictionum et Instructionuni a Rituali Bomano exulantium, Sanctœ Sedis auctoritate approhatarum, etc., Appendix qui forme la suite du Bituale Bomanum, édité par l'imprimerie de Saint- Jean l'Évangéliste, à Tournai, en 1878. Cf. Appendix altéra, pp. v, vj. Cette formule comprend deux oraisons : Deus..., dit la première, elemento huic aquce, quod heati Pétri Martyris tui virtute consignamus, virtutem tuœ hene î${ dictionis infunde, ut per interventum ejusdem Wlartyris tui, sit fidelihus tuis in remedium salutare, dœmones ah eis ejiciens, morhos ac infirmitates corporis et animœ repellens; et prœsta, ut - quicumque
fait parfois aussi, mais rarement, à d'autres époques, par exemple, en temps d'épidémie. Du 6 au 14 Août 1866, tandis que le choléra sévissait à Bruges, une neuvaine fut célébrée, dans notre église, en l'honneur de saint Gilles, et pour satis-
eam sumpserint, vel ea aspersi fuerint, ah omni adversitate animœ et corporis liherentur, et ittriusque hominis recipiant sanifatem. Per Christum Dom. nost.
Les termes de cette oraison sont généraux, mais nous savons d'autre part, que l'eau de saint Pierre Martyr servait d'antidote contre les fièvres; Mgr. Antoine Triest, évêque de Bruges, dut à l'usage de cette eau la guérison d'une fièvre pernicieuse, dont il était atteint. Le culte de saint Pierre Martyr était jadis fort répandu à Bruges, grâce à la présence en cette ville des religieux Dominicains; l'église de ces Pères possédait une chapelle dédiée au saint martyr, et une illustre confrérie, établie en son honneur. (Voyez Sanderus, Flandria illustrata, édit. cit., tom. ii, p. 107, col. 1, et Bond den Heerd, é'^^jaar, 1869, pp. 170, 171.)
Cette eau sert aussi à la guérison des maux de tête. Nous lisons dans La Journée Dominicaine à V usage des Frères et Sœurs du Tiers-Ordre de la Pénitence de Saint-Dominique, Lyon 1865, p. 599 : " Saint Pierre, martyr, est honoré par les fidèles pour obtenir le don d'une foi vive, parce qu'il a professé sa foi jusqu'au dernier soupir de sa vie. On l'invoque aussi pour la guérison des maladies et principalement du mal de tête. En plusieurs lieux et notamment dans l'ancien couvent des Dominicains, à Schwyz, en Suisse, dédié sous son nom, on bénit de l'eau avec des rameaux d'olivier et en y trempant des reliques du saint. On la distribue ensuite aux pieux pèlerins qui ont grande confiance aux mérites du glorieux martyr, à cause des grâces singulières qu'il obtient à ceux qui l'invoquent. " La Vie de saint Pierre Martyr, écrite par le dominicain Thomas de Léontino, qui avait demeuré longtemps aveclui à Vérone, parle déjà des miracles opérés par l'emploi de cette eau {A A. SS. Aprilis, tom. m, Antverpias 1675, p. 717, cap. xiv).
7. Saint Albert, de l'ordre des Carmes (f 7 Août 1306). — La bénédiction de l'eau en l'honneur de saint Albert est de règle dans l'ordre des Carmes; la cartabelle des Carmes déchaussés de la province belge porte en note, à la date du 7 Août, fête de saint Albert : Hodie fit henedictio aquœ S. Alherti C. L'eau de saint Albert se prend comme préservatif ou remède contre la fièvre. Concède quœsum.us, dit la première des deux oraisons, dont se compose la formule de bénédiction, ejus gloriosis meritis, et intercessionibus, ut quicumque fehrium vexatione gravantur, per hujus (aquœ) sumptionem humilem a cunctis animœ et corporis languorihus liherentur... Après la première oraison, on plonge trois fois, sous forme de croix, la relique du Saint dans l'eau, en disant ; Benedic, Domine, meritis sancti Alherti creaturam hanc aquœ, qui glorioso tuo corpore henedixÂsti aquas Jor'^danis, prœsta, ut omnes gustantes ex ea, iam corporis, quam animœ recipiant sanitatem. Qui vivis etc. (Voyez les Preces et Orationes decantari solitœ etc., pp. 66, 67. Voyez aussi, sur l'origine de l'eau do saint Albert et les cérémonies qui en accompagnent la bénédiction, des détails tros-curieux dans Rond den Heerd, 5''*^ jaar, 1870, p. 290. Item
faire aux pieux désirs des paroissiens^ on bénit, en diverses fois, jusqu'à sept cuves d'eau; cette eau se distribuait le matin, de 6 à 9 lieures^, et le soir, de 5 à 6 heures.
p. Brocard de sainte Thérèse, Recueil d'' instructions sur la dévotion au Saint Scapulaire de Notre-Dame du Mont Oa'i-mel, ^"'^édit., Gand 1875, p. 408.)
8. Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus (fSl Juillet 1556). — Depuis plus de deux siècles, l'eau bénite de saint Ignace est connue pour son ejS&cacité merveilleuse contre la peste, le choléra et autres maux de l'âme et du corps. La Collection de Précis historiques, du P. Terwecoren, (tom. VIII, Bruxelles 1859, pp. 318 et suiv.) en traite fort au long, et prouve son utilité par des faits aussi nombreux que bien établis. L'article se termine par la formule de bénédiction, qu'on trouve aussi dans VApjpendix ad Bituale Bor)ianum, mentionné plus haut, pp. 190, 191. Après la première oraison, on plong'e dans l'eau une médaille ou une relique de saint Ignace, et tandis qu'on l'y tient plongée, on dit : Benei^dic, Boviine, hanc aquam, ut sit remedium salutare generi huviano, et per intercessionem heati Ignatii, cujus numisma (vel Beliquiœ) in eam immergitur (vel immerguntur), prœsta, ut quicitmque ex ea sumpserint, corporis sanitater^ et animœ tutelam percipiant. Per Chr. D. N.
Tous les religieux de la Compagnie de Jésus bénissent l'eau de saint Ignace, et les fidèles peuvent se la procurer dans toutes les maisons de l'ordre. Lors du choléra de 1866, les Jésuites de Bruxelles firent imprimer et répandre par milliers une courte notice sur cette eau, accompagnée des litanies de saint Ignace et de la méthode pour faire une neuvaine en son honneurj ils distribuaient, en même temps, de cette eau au collège Saint-Michel, et à leur résidence de la rue royale.
JjAppendix ad Bituale Bomanum renferme aussi une formule de bénédiction de l'eau de saint Vincent Ferrier (f5 Avril 1419), réservée à l'ordre des Frères-Prêcheurs, auquel appartenait ce Saint (pp. 187 et suiv.). Nous ignorons si, dans nos contrées, l'on a fait usage de cette eau, destinée aux malades.
9. Sainte Apollonie, vierge, martyrisée à Alexandrie, en 249. — L'eau de sainte Apollonie s'emploie contre les maux de dentsj on la bénit en beaucoup d'endroits, entre autres chez les Frères-Prêcheurs de la province belge. La formule de bénédiction se trouve parmi les Orationes et preces in laudihus vespertinis cantandœ; secundum usum 8. Ordinis FF. Prœdicatorum, in ditione Belgica, Gandavi 1847, pp. 31, 32 : Domine Jesu Qhriste, ainsi s'exprime-telle, ... ohsecramus immensam pietatis et honitatis tuœ dbundantiav%... ut quicumque ex ea (aqua) hona fide usi fuerint, ah omni dentium dolore immunes custodire, et ad vitam œternam perducere digneris. Qui vivis etc. On plonge ensuite trois fois dans l'eau, sous forme de croix, la relique de sainte Apollonie, en disant : In nomine Patris, etc.
10. Sainte Gertrude, fille du bienheureux Pépin de Landen, abbesse de Nivelles. Sa mort arriva le 17 Mars de l'an 659 ou, selon d'autres, 664. — Cette Sainte est ordinairement représentée avec des rats et des souris placés sur sa crosse, ou même sur le corps, parce qu'elle est invoquée contre les ravages de ces animaux. Voyez, sur l'origine de ce singulier attribut, Molanus, De picturis et imaginihtis sacris, Lovanii 1570, p. 114. Sainte Gertrude est
L'eau de saint Gilles, prise avec foi et respect, sert, en vertu des prières de FÉglise, à préserver ou à guérir de la peste, des fièvres et des oppressions de cœur : ...omnes ex ea gustantes, demande le prêtre, en la bénissant, m tuo sancto
spécialement vénérée dans la chapelle de l'abbaye de Saint-Trond, à Bruges; on y bénit de l'eau, du pain, etc., en son honneur. La bénédiction de l'eau se fait par la formule ordinaire du Rituel romain, à laquelle on ajoute l'oraison de sainte Gertrude. On asperge de cette eau les endroits infestés par les rats et les souris; on y répand aussi des miettes du pain bénit sous l'invocation de la sainte abbesse.
11. Sainte Godelieve de Ghistelles, mise à mort dans la nuit du 6 au 7 Juillet 1070. — La majeure partie du corps de la Sainte se conserve dans l'église paroissiale de Ghistelles; plusieurs églises et chapelles des Flandres se glorifient de posséder une relique de la célèbre martyre, soit quelques parcelles de ses ossements, soit un peu du sang sorti de la bouche et des narines de Godelieve au moment de sa mort, et miraculeusement changé en pierre blanche. Parmi ces sanctuaires privilégiés se rangent les chapelles de l'hospice Saint- Jean, à Ypres, et du béguinage de Dixmude.
L'hospice Saint-Jean, à Ypres, conserve, depuis plus de deux siècles, un fragment de vertèbre et un caillot du sang pétrifié de sainte Godelieve. Ce sang, renfermé dans un tube en argent, se plonge dans l'eau qu'on bénit en l'honneur de la Sainte, et qui a la propriété de guérir les maux d'yeux et de gorge. Le 20 Avril 1747, le béguinage de Dixmude obtint d'Amand Fierons, abbé du monastère de Saint-André lez-Bruges, une importante relique de sainte Godelieve. Chaque année, durant l'octave de la martyre, cette relique est exposée à la vénération des fidèles, et, à cette occasion, on bénit de l'eau, en y plongeant un reliquaire en argent, contenant quelques parcelles détachées du précieux trésor. (Van Haecke, Sinte Godelieve van Ghistel, 2'^^ uitgave, Brugge 1877, pp. 255, 256, 272, 273.)
Le petit béguinage de Gand, les églises paroissiales de Beirlegem et de Sleydinge (Flandre orientale) possèdent également des reliques de sainte Godelieve, et la coutume y existe de bénir de l'eau sous l'invocation de la Sainte; cette eau, dans laquelle on fait tremper les restes vénérés de la martyre, est d'un puissant secours contre les affections de la vue et les ïhaux de gorge. (Van Haecke, op. cit., pp. 258, 259, 277, 278. — De godsdienstige Week van Vlaanderen, 2*^ jaar, Gent 1869-70, pp. 86, 87.)
L'obligation, où nous sommes, de circonscrire nos recherches aux Flandres, nous empêche d'utiliser une foule de détails. Le lecteur désireux d'en savoir plus au long sur ce chapitre, voudra bien consulter VIndex moralis in Vitas Sanctorum, qui figure parmi les tables, enrichissant chaque volume de l'immortelle collection des Bollandistes; il trouvera, sous la rubrique Aqua, quantité d'indications précieuses, relatives à l'intéressant sujet que nous avons à peine effleuré.
Parmi les cérémonies qui accompagnent la bénédiction de l'eau en l'honneur dos Saints, nous rencontrons presque toujours l'immersion do leurs reliques. Tantôt, une ouverture pratiquée dans le reliquaire permet au liquide de
servitio sanoi^ et incolum.es ah omni pbste^ febri et cordïs PRESSURA {}) liheros conserves et immunes.
Sanderus, parlant de notre église, dit quelques mots de Peau qu'on y bénit en l'honneur de saint Gilles, et lui attri-
momller les ossements du Saint; tantôt, et le pins souvent, le contact n'est que médiat. On place la relique soit dans un verre, soit dans un cylindre en cristal ou un tube en métal hermétiquement fermé, qu'on laisse descendre dans l'ean.
Dans son Etude sur la conservation des saintes Reliq^les (Bruges 1875), M. l'abbé Adolphe Duolos croit pouvoir rattacher cette pratique à l'habitude où l'on était, au moyen âge, de laver au vin ou à l'eau les reliques des Saints, lors de leur élévation, habitude qui avait sa source dans un sentiment de respect; l'eau ou le vin, provenant de cette lotion, étaient regardés comme sanctifiés par le contact des corps saints.
" Cette eau, dit l'auteur, quelquefois était réclamée par les malades, qui désiraient en boire en l'honneur du Saint. Peut-être que la coutume de bénir de l'eau en y plongeant des Reliques tire son origine de l'usage de laver les Reliques lors des élévations. Toujours est-il que déjà à la fin du XII^ ou au commencement du XIII"^ siècle, une preuve de cette coutume se rencontre en Belgique. Lorsque Godescalc, abbé d'Afïlighem, éleva les reliques de Ste Alêne à Forest, il les plongea dans l'eau, dit le narrateur anonyme de cette cérémonie : Aqua, intinctis ossihus henedicta, œgris propinata est; ac inter hihendum, plerique optatam sanitatem adepti sunt. Aussi a-t-on, au cours du moyen âge, assez souvent bénit de l'eau en y plongeant un reliquaire dans lequel l'eau pouvait pénétrer, et cette pratique vit encore dans quelques églises, notamment à celle de St-Gilles, à Bruges, où tous les ans, le l"" Septembre, on bénit de l'eau en y plongeant le reliquaire du titulaire. Elle existe encore à Ste-Anne, à Bruges, pour l'eau de S. Biaise; à l'école Boggarde, pour celle de S. Laurent; au Béguinage de Dixmude, pour l'eau de Ste Godelieve; chez les Carmes, pour celle de S. Albert; chez les Dominicains, à Gand, pour la bénédiction de l'eau de Ste ApoUonie, etc., etc. " (p. 132).
(^) Que faut-il entendre par les mots cordis pressura ? Nous les avons traduits par le terme générique oppressions de cœur, mais quelle peut-être leur signification précise ? Ne s'agirait-il pas d'une maladie, qu'on rencontre surtout chez les enfants en bas-âge, maladie connue sous le nom de carreau, d'atrophie mésentérique, et qui est une dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques ? Ce qui nous engage à le croire, c'est que cette affection s'appelle en flamand : de koeh aen H herte, de hoeh aen H herte gespannen, ou bien encore : de hoek en '^ herte-gespan, toutes dénominations qui ne s'accordent pas mal avec l'expression latine cordis pressura. Voyez De Bo, Westvlaamsch Idioticon, tom. i, p. 548, v° Koek.
Autre explication. Le Lexicon viedicum renovatum, d'Etienne Blancard (Lugduni Batavorum 1735), semble indiquer que la cordis pressura se confond avec la cardialgie, et n'est autre qu'une douleur très-^ive qui se fait sentir à l'épigastre, vers l'orifice supérieur de l'estomac. Voici comment s'exprime le travail du savant praticien (pp. 180, 181) :
bue la propriété de guérir du mal de dents : Solita et hic hened'ici aqua, dit-il, in honorem ejusdem Bivi, propellendo et SANANDO DENïiUM DOLORi(^). Nulle part ailleurs nous n^avons rencontré ce détail, et nous ignorons où Sanderus peut l'avoir puisé.
Un vieillard de la paroisse, le nommé Baudouin D'Hulst (-), nous a raconté que jadis, le 1^^' Septembre, une foule de cultivateurs des environs de Bruges venaient chercher de l'eau de saint Grilles en grande quantité, pour en asperger leurs champs. Cette coutume est tombée en désuétude, depuis un demi-siècle, et il n'y a pas lieu de la regretter; l'eau de saint Gilles doit se prendre en guise de boisson, et n'est nullement destinée, comme l'eau bénite ordinaire, à faire l'aspersion de personnes ou de choses.
Jadis, la bénédiction de l'eau de saint Gilles revenait de droit au curé, qui recevait, pour sa peine, deux escalins de gros. Tous les comptes de la fabrique, de 1527 à 1599, relatent ce détail : Eerst, dit le compte de la Jean 1527 à la S* Jean 1528, hetaelt den prochiepape om sint Gillis water te wiedene,.. ij se. gr. {^). Les comptes postérieurs, jusques et y compris celui du 1*^^" Juillet 1598 au 30 Juin 1599, s'expriment dans des termes analogues : Betaelt up Gillis clach, dit ce dernier, anden pastoor van wyene,... ij se. gr. Ce détail
Cardiaca, est planta... sic dicta quod morhis cordis, vel potius stomachi medeatur, fcaphla enim cor est. B(elgice). Hert-gespan, G(ermanice). Hertz- Gespan. Qall. Agripaume. A{nglice). Mother-wort.
Cardiaca Passio, Cardiacus morhus, Cardiaca et Stomachica exolutio. Idem quod Cardialgia. Item est suffocatio cordis ex polypo, vel sanguine coagulato, etc. a Kaphla cor. B. Een hartstikking. G. Hertz Erstickung. Gall. Suffocation de cœur. A. Pain of the heart, or mouth of the stomach. -
Cardialgia et Cardiogmos,... est dolor ingens... Ita ut ejus dolore cor, oh consensum, angustatum et contractum, Lipothymiam pati videatur... B. Maagpijn, herte-pijn, herte-wee. G. Das Magendrucken, Hertz-Wehe. Gall. Douleur d'estomac. A. Pain of the heart, or mouth of the stomach.
(') Flandria illustrata, t. u, Hagae Comitnm 1732, p. 89, col. 2.
(-) Décédé à Bruges, le 21 Juillet 1872, à l'âge de 80 ans.
(■') Chap. IV des dépenses. De hetalinghe van ordinarie zalcen. Reg. i des comptes de la fabrique, fol. xij r°.
(^) Chap. I des dépenses. Reg. v, fol. 123 r".
ne figure plus dans les comptes subséquents^ ni sous une rubrique spéciale, ni dans le relevé des frais occasionnés par la célébration de la Saint-Grilles.
Le tableau des offices de Féglise^ dressé, en 1560, par le curé Adrien van der Hagbe, porte ce qui suit, au 1^^' Septembre : Ijpso die S^^ patroni Egidii o^ecipit parochus ecclesice a receptore œdis sacrœ 2 s. g. pro aqua consecranda 8^^ JEgidii (^). Au tableau de 1634-35, à la date du 1^^ Septembre, on lit cette note du curé J ennyn : Prœterea ad médium sextœ canitur matutinum, henedicitur aqua 8. Egidii de moee. Ces derniers mots semblent indiquer qu^à cette époque, c^est-à-dire, au milieu du XYII*^ siècle, la bénédiction de l'eau continuait à se faire par le curé; les successeurs de Jennyn n'ayant pas rectifié la note en question, on peut, ce nous semble, en conclure que cette coutume est demeurée en vigueur jusqu'à la Révolution française. Aujourd'hui Teau de saint Grilles se bénit, le 1^'^ Septembre, à 5 heures du matin, par le vicaire de semaine ou par un autre ecclésiastique (^) ; il y a longtemps que les curés ne revendiquent plus le droit de faire cette cérémonie, et qu'ils ont cessé de la considérer comme un privilège inhérent à leur charge.
Le formulaire, qui est très-long, n'a jamais été imprimé; nous en possédons trois copies, dont nous allons dire quelques mots.
La plus ancienne de ces copies, écrite sur vélin, comprend 26 feuillets in-24. L'écriture, très-nette et fort régu-
Q) P. 59 v°. — Ce tableau, rédigé sous forme de calendrier, est écrit de la main du curé van der Haghe, qui administra la paroisse de 1560 à 1605. Il forme un volume in-12, d'environ 90 feuillets chiffrés, dont plusieurs ont été arrachés et d'autres lacérés. La lecture en est rendue fort difficile par les nombreuses ratures et surcharges; mais, tel qu'il est et malgré le triste état où les ravages du temps l'ont réduit, ce manuscrit offre beaucoup d'intérêt, vu qu'il nous renseigne sur l'ordre des offices et des cérémonies de l'église, à l'époque des ravages des Gueux.
(^) Nous regardons comme une précieuse faveur d'avoir pu faire cette bénédiction durant les vingt dernières années.
Hère, accuse une main de la seconde moitié du quinzième siècle, et tout porte à croire qu^elle remonte à Pépoque oii nous reçûmes les reliques de saint Grilles, c'est-à-dire, à Tannée 1468 (^). Les rubriques, Fen-tête des leçons et des évangiles, ainsi que les initiales sont tracées à Fencre rouge, et les capitales des deux premiers feuillets sont rehaussées d'or et de couleurs, avec beaucoup de goût. Au haut de la première page, on lit : Ad usum Eccle Sancti Egidii Oppidi Brugensis Anno 1589. Cette inscription est postérieure, d'un siècle au moins, à l'écriture du formulaire.
Le manuscrit commence ainsi :
Benedictio aque sancti egidij confessons deo dilecti, per quam a febribus peste et cordis pressuris aliisque languoribus pius Jhesus intercessione eiusdem sancti languidos sanare dignatur, in cuius benedictione observandus est modus et ordo subscriptus, prout in eoclesia sancti egidij de busseyo iuxta Servacum reraensis diocesis hactenus est observatum.
Une couverture en cuir gaufré, d'un joli dessin, enveloppe le formulaire, dont les feuillets portent les traces d'un long usage, et que l'humidité a malheureusement fort endommagé. Ce qui est plus regrettable encore, c'est la disparition de deux des derniers feuillets; l'un de ceux-ci portait des annotations, dont il ne reste que les deux lignes suivantes, écrites sur le feuillet final, et n'offrant qu'un sens incomplet : (sep)tem asses pro quatuor lotis vini B.enensis (^).
Q) Voici quelques spécimens de l'orthographe de ce manuscrit. On y trouve nichil, nichilum, michi, pour nihil, nihiluni, mihi; — ihesus, iherosolimam, pour Jésus, Jerosolymam; — eicangelium, pour evangelium; — assis, pour adsis; — archa, lachrimas, lechitus, hijs, pour arca, lacrymas, lecytus, Us; — cayn, ysaac, helyas, ydria, pour Caïn, Isaac, Elias, hydria; — eundem, quicquid, pour ewndem, quidquid, etc. La plupart de ces formes remontent bien certainement au XV^ siècle.
(") On avait perdu depuis longtemps la trace de ce précieux formulaire, lorsqu'il fut restitué aux archives de l'église, le 7 Septembre 1870, par M. l'abbé Gustave Delescluze, vicaire à Ouckene, qui venait de le trouver parmi les papiers de son père, feu M. Louis-Bernard Delescluze-Van Troostenbergho, ancien échevin de la ville de Bruges, décédé trésorier de la fabrique dr Saint-Gilles, le 12 Janvier 1858.
Le second formulaire, également écrit sur vélin, se compose de 27 feuillets in-18, non chiffrés, et n'offre rien de remarquable sous le rapport calligrapliique. Il a beaucoup souffert de l'humidité, surtout aux deux premiers feuillets, dont les caractères ont en grande partie disparu. L'en-tête du manuscrit : Ordo henedicendi aquam etc., est presque en tout point semblable à celui du premier formulaire; le recto du dernier feuillet porte au bas les lignes suivantes de la main du curé Jennyn :
Hune libellum de verbo ad verbum exscriptum ex alio veteri libello ab anno 1589 in Ecclesia parochiali S'' JEgidii Brugis servato et in benedictionibus aquge etc. usitari solito (^), cum eodem omnino concordare attester. Brugis die 29* Aprilis 1642.
Joannes Jennijns (^),|Pastor S" ^gidii Brugensis, Decanus Christianitatis Dammensis et Notarius Apostolicus in Archivio Eomano descriptus.
Au verso du dernier feuillet, Jennyn a écrit une note sur les reliques de saint Gilles, note que nous avons insérée plus liaut(3).
Le troisième formulaire, celui dont on se sert actuellement, est écrit sur papier et remonte à Tannée 1764; il forme un petit in-4 de 25 pages, dont 8 non chiffrées. A la suite des formules de bénédiction, se trouvent l'office et la messe de
(^) Le curé Jennyn s'est laissé induire en erreur par l'inscription mise en tête du premier formulaire : Ad usum Eccle Sancti Egidii Oppidi Brugensis Anno 1589. Cette inscription signifie que l'église de Saint- Gilles se servait de ce formulaire en 1589, mais elle n'indique nullement que la possession et l'usage de ce manuscrit ne remontent pas au delà de cette date. Nos comptes les plus anciens relatent la bénédiction de l'eau en l'honneur de saint Gilles, et cette bénédiction, nous n'en pouvons douter, se faisait d'après le formulaire en usage à Buzy, formulaire que reproduit notre plus ancienne copie. Nous avons dit déjà que l'inscription : Ad usum, etc., est postérieure à cette copie, de cent ans au moins.
(^) Jennyn écrit son nom de diverses manières; il signe tantôt Jennyn, tantôt Jennyns, ou, comme ici, Jennijns; nous avons respecté son orthographe.
(8) T. I, pp. 430, 431.
saint Gilles, propres à notre église, et la note da cure Jennyn, dont nous venons de parler.
Voici le titre, qui remplit le recto du premier feuillet :
ORDO s. ^GIDII AB.
ET