Tome I, p. VIII, note
Nous signalons à Fattention du lecteur les articles, que M. Marius Sepet consacre, dans la Revue des questions historiques, à l'examen du traité du R. P. De Smedt : De ^Tceci- 'puis regulis artis criticœ, qui forme le début de l'ouvrage si remarquable, publié par le savant bollandiste, sous le titre de Introductio generalis ad historiam ecclesiasticam critice tractandam {^).
Au cours de son premier article, M. Sepet est amené à *parler des événements surnaturels, que l'école rationaliste veut écarter a priori du domaine de la science historique, et, à ce propos, il relève la phrase, tombée récemment de la plume d'un savant distingué de cette école, M. G. Monod : " On peut à la rigueur faire sa part au surnaturel au nom des textes, on ne peut pas la lui faire au nom du bon sens " (^).
{}) Nous avons réuni ces notes, lorsque déjà la table analytique du second volume était imprimée; cette circonstance explique le mode de pagination insolite et défectueux, qu'il nous a fallu employer pour ces feuilles intercalaires.
(2) Tom. XXXI, Paris 1882, Chronique. Un peu de théorie. Le traité du P. de Smedt : De prjecipuis eegulis artis CRiTiciE. Première causerie : De la critique et des sources historiques en général, pp. 276-283.
(^) Pevue historique, tom. xvi, Paris 1881, Le Saint Martin de M. Lecoy de la Marche, p. 179. — Rapprochez la phrase de M. Monod ae celle de M. Victor
Cela revient à dire, écrit M. Sepet, qu'il peut y avoir une critique extérieure, mais non une critique interne des événements surnaturels. Il est clair que, si l'on nie a 'priori la possibilité des événements, il n'y a pas lieu d'en faire la critique. Mais si, au contraire, on en admet et la possibilité philosophique et l'existence historique, il y a parfaitement lieu à une critique interne des faits de ce genre et à une science du surnaturel comme à une science de la nature. Cette science existe en effet, et nous souhaitons qu'elle se développe, de façon à venir largement en aide à la critique orthodoxe pour tracer la voie que celle-ci doit suivre en histoire, entre un naturalisme qui s'identifie bien à tort avec le bon sens, et un surnaturalisme excessif et dangereux qui n'apporte même pas dans l'examen historique des événements surnaturels les mêmes précautions que dans l'examen des événements ordinaires, et qui croit que l'apparence miraculeuse d'un fait est une preuve par elle-même et de la réalité du fait et de la réalité du miracle. Non, la critique chrétienne ne doit pas dire : tout ou rien; dans l'histoire comme dans la philosophie, elle doit se tenir à une égale distance et du rationalisme et dn fidéisme, et développant les principes découverts depuis trois siècles par les fondateurs et les maîtres de la science historique, depuis les BoUandus, les Mabillon, les Du Gange, jusqu'aux Eossi, aux Delisle, aux Riant, aux de Smedt, etc., elle doit se proposer pour objet d'ajouter, pour ainsi dire, une aile, consacrée à l'histoire, au vaste et magnifique édifice de la science chrétienne dont saint Thomas a tracé le plan, posé les fondements et construit une si grande partie (').