‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 182 sur 253 · IV. La Vita sancti Egidii C · texte numérisé non relu

IV. La Vita sancti Egidii C

" Nous ne possédons sur le héros de notre poëme d'autre document biographique que la Vita publiée dans les Acta Sanctorum. Elle ne saurait être antérieure à la fin du IX^ siècle...; elle ne peut, d'après le Bollandisto Stilting, qui Fa éditée le premier, être postérieure au siècle, à cause de l'antiquité de quelques-uns des manuscrits qui la contiennent. Bien que nous n'en connaissions aucun qui soit antérieur au XP siècle, nous admettons la date assignée par Stilting à la Vita, car elle a été utilisée par Fulbert de Chartres (mort en 1029) pour la composition d'un office en l'honneur du saint " (*).

Pour M. Gaston Paris, la légende de saint Gilles n'est qu'un tissu de fables, et quelques faits à peine de la Vita sancti Egidii trouvent grâce à ses yeux. Voici comment il résume les pages, oii il bat en brèche la biographie primitive de notre Saint :

Résumons-nous : ^gidius, sans doute Provençal et non Grec, obtint, en 673, de Wamba la concession de la vallée

(') La Bibliothèque Nationale, à Paris, ne possède pas moins de douze copies manuscrites de la Vita sancti Egidii, que M. Gaston Paris range dans l'ordre chronologique suivant : *' Le ms. lat. 5340 est du XI^ siècle; peut-être aussi le ms. 5353. Au XIP siècle appartiennent les mas. 12605, 13772, 18006; au XlIP, les mss. 2025, 5278, 8995, 14364; au XIV% les mss. 5360, 11759, 12616" (Introduction, p. xxxvr, note 2).

(2) Introduction, p. xxxvi.

(3) Id., pp. XLVI-LXXII.

{*) Id., pp. XLVI, XLVIl.

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Flavienne pour y bâtir un monastère; il offrit ce monastère au siège apostolique en 685, et reçut en échange un jjrivilegium du pape Benoît II; il était mort avant 719, époque où les Musulmans envahirent la Septimanie. Telles sont les seules dounées historiques que nous possédions sur ce personnage : tout ce qui les dépasse dans sa vie latine appartient au domaine de la fiction (^).

L'auteur repousse le système adopté par Stilting, et destiné à concilier des faits, en apparence inadmissibles : On a employé, dit-il, les procédés les plus variés pour tout concilier : le plus raisonnable a consisté à sacrifier saint Césaire, à supposer que le Carolus rex de notre auteur était Charles- Martel et non Charlemagne, et à prolonger la vie de saint Gilles jusqu^en 720 au moins... Toutes ces combinaisons sont aussi vaines, que possible : elles ont pour point de départ l^idée fausse que la Vita mérite quelque confiance et le désir de sauver des récits de l'auteur tout ce qui n'est pas manifestement absurde. C'est là une méthode de critique qui doit être aujourd'hui complètement abandonnée " (^).

Nous ne discuterons pas leâ conclusions de M. Gaston Paris, qui s'attaquent aux fondements mêmes de l'édifice si laborieusement élevé à la gloire de saint Gilles. Nous avons pris Stilting pour guide dans la partie biographique de notre travail; laissons aux Bollandistes, successeurs et émules du docte hagiographe, le soin de défendre son œuvre et de peser la valeur des arguments invoqués contre elle.

La justice et l'impartialité nous font un devoir d'ajouter, que M. Gaston Paris, rude jouteur, s'il en fût, est un adversaire plein de courtoisie. Il sait rendre hommage aux intentions et aux efforts de ceux qu'il combat, et, au besoin, il ne leur ménage pas les éloges. Nous parlons d'expérience. Répondant au désir exprimé par l'illustre érudit, dans une

(') Introduction, p. LXXii (■-) Id., p. LIV.

de ses lettres, nous uous étions empressé de lui adresser les bonnes feuilles de notre travail; il fit une lecture attentive de notre Etst^ai, et le cite fréquemment dans son Introduction. Ce n'est pas un médiocre honneur pour nous; cet honneur, M. Gaston Paris l'accentue encore par les lignes si flatteuses qu'il consacre à notre livre, et qui l'emportent sur le plus élogieux des comptes rendus (^).

V. Saint Gilles dans la littérature du moyen âge O- Ce paragraphe, destiné à montrer la place singulière faite à saint Gilles dans l'épopée carolingienne, se distingue par une richesse surprenante de détails et offre un intérêt hors ligne. L'auteur y examine à fond la légende du péché remis à Charlemague p), par l'intermédiaire du saint abbé, et retrace les vicissitudes de cette légende dans les littératures de la France et de l'Allemagne (*).

(^) On nous pardonnera d'insérer ici l'appréciation de M. Gaston Paris. Émanée d'un écrivain, dont le nom brille au premier rang dans la pléiade des érudits français, cette appréciation nous est, à la fois, un eucoaragemeut et une récompense :

*' Un ouvrage rempli d'érudition et, sur tous les points où la question est purement historique, de judicieuse critique, vient d'être consacré à saint Gilles par M. l'abbé Ernest Rembry, chanoine honoraire de la cathédrale de Bruges: Saint Gilles, sa Vie, ses reliques, son culte en Belgique et dans le Nord de la France (Bruges, Gailliard, 1881, 2 gros volumes in-8"). M. Rembry, avec la plus aimable courtoisie, a bien voulu nous envoyer les bonnes feuilles de son livre au fur et à mesure qu'elles lui arrivaient. Tout en ne partageant pas sur la valeur de la Vita sancti Egidii l'opinion du pieux auteur, nous avons lu avec plaisir et souvent avec fruit ses recherches faites avec autant de sincérité que de zèle. Tonte la partie relative au culte de saint Gilles dans le Nord offre un véritable intérêt pour l'histoire de la dévotion au moyen âge " {Introduction, p. XLViii, note 3).

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