EGLISE DE SAINT-JACQUES
En 1484, Gruillaume Moreel, seigneur d'Oost-Cleyhem {^), fit ériger, dans une des chapelles du bas-côté sud de Féglise de Saint- Jacques, un autel dédié à saint Gilles et saint Maur(^), et Forna d'un triptyque, dont il avait confié Texécution au célèbre Hans Memlinc. Ce triptyque, heureusement sauvé lors du pillage de l'église par les Gueux, fut placé au-dessus de l'autel de la chapelle de l'hospice de Saint- Julien, rue de la Beuverie, et transporté dans la salle de réunion des tuteurs de l'hospice, lors de la reconstruction de cet autel. Les Français l'enlevèrent, le 23 Août 1794, et l'envoyèrent à Paris, d'oii il revint en 1815. Il se trouve depuis cette époque au musée de l'Académie de. Bruges.
Le panneau principal, qui mesure 1 mètre 21 centimètres de hauteur sur 1 mètre 54 centimètres de largeur, offre les fi-
Q) La planche XLVI^'^ de l'ouvrage cité de J. Gailliard reproduit l'épitaphe dti chanoine Gilles van der Haeghe; cette planche se trouve en regard do la page 417, où l'on peut lire l'inscription de la pierre tumulaire.
('^) Guillaume Moreel, fils de Guillaume et de Jeanne Luucx, fut échevin de la ville de Bruges en 1472 et 1475, et bourgmestre des échevins en 1478 et 1483; il devint écoutête en 1488, et trésorier en 1489. Il comptait parmi les bourgeois notables de la ville, à laquelle il rendit de grands services, ce qui lui attira l'inimitié de Maximilien; ce prince le fit jeter en prison, au mois d'Octobre 14-81, sur des accusations vagues, dont il fut solennellement absous, en Mars de l'année suivante. Le nom de Guillaume figure aussi parmi ceux que Maximilien ne voulut point comprendre dans la paix du 28 Juin 1485. Guillaume Moreel avait épousé Barbe de Vlaenderberch, dite van Hertsvelde; il mourut en Janvier 1501, et sa femme en Juin 1499. (Weale, Le Beffroi, tom. II, Bruges 1864-1865, pp. 181, 182. Ces détails font partie d'un remarquable article, intitulé : Généalogie de la famille Moreel.)
(^) On peut voir dans le Beffroi, tom. cit., p. 185, note 70, l'acte par lequel la fabrique de Saint-Jacques consent à l'érection de l'autel et à l'établissement d'une sépulture pour la famille Moreel ainsi que d'un siège ou banc.
gures de saint Christophe, de saint Man-r et de saint Gilles (^). Ce dernier Saint, placé à la gauche de saint Christophe, est revêtu d^un habit religieux noir; il porte un livre fermé dans la main gauche, tandis que de la droite il caresse une biche, qui se tient à ses côtés. La manche droite de son habit est percée d'une flèche. Le sol, dans l'avant-plan, est émaillé de violettes, de fraises, de marguerites et d'autres fleurs. Saint Gilles et saint Maur se détachent d'un fond de paysage boisé, bordé à droite et à gauche de masses rocheuses.
Le chanfrein inférieur du panneau central et des deux volets porte le millésime de 1484 (^).
Ce triptyque, dit M. Weale, est une des meilleures productions de Memlinc. La composition en est excellente, la manière hardie.... La tête et la main gauche de saint Gilles.... sont d'admirables morceaux " (^). C'est de ce tableau que parle Wolfgang Menzel, lorsqu'il écrit, dans sa GJirisUiche Symholik (*) : Ein schônes Bild des Heiligen (Aegidms) mit der Hindin von Hemling hefindet sich in Brilgge.
La planche, mise en tête de notre travail, est la copie réduite du saint Gilles de Memlinc. Désireux de populariser le culte de notre saint patron, nous crûmes ne pouvoir mieux faire que de répandre parmi les fidèles une image du Saint, irréprochable tant au point de vue de l'art, que de l'hagiographie, et accompagnée d'une notice biographique, puisée
{}) " S* Christoplie portant l'enfant Jésus à tra,vers le Jourdain (?); à droite se trouve Benoit et à gauche S' Éloy. " Telle est la description que fait de ce panneau, le Catalogue des ouvrages de Peinture, Sculpture, Architecture, Gravure et Dessins, exposés à V Académie Royale de Bruges, Bruges 1842, p. 11, n° 9. Passe encore de confondre saint Maur avec saint Benoît; mais transformer saint Gilles, ermite, et ce malgré ses caractéristiques si connues, en saint Éloi, évêque, c'est par trop fort !
O Voyez Weale, Catalogue du musée de V Académie de Briiges, Saint- Xicolas 1861, pp. 21 et suiv.; le Beffroi, tom. cit., pp. 185 et suiv.; Bruges et ses environs, 3™^ édit., Bruges 1875, pp. 55 et suiv.
(•^) Catalogue du m,usée de V Académie de Brttges, pp. 24, 25; le Beffroi, tom, cit., p. 188; Bruges et ses environs, édit. cit., p. 57>
(■*) Tom. II, Regensburg 1855, p. 33.
aux meilleures sources. Le modèle était tout trouvé. Fen M. Jacques Petyt, graveur de mérite et professeur à F Académie de Bruges, fut chargé de copier Memlinc, et, de l'aveu de tous, il s'est acquitté de cette tâche avec un rare bonheur.
Les moindres détails du tableau ont été rendus avec une scrupuleuse exactitude, et tout l'ensemble est traité avec un soin et un fini, qui feraient douter, à première vue, si l'on a devant soi une lithographie ou bien une véritable gravure. MM. L. Herreboudt et fils ont imprimé la notice, jointe à l'image; la netteté du caractère et la correction du texte font honneur aux presses brugeoises. Outre une courte biographie du Saint, d'après les Bollandistes, cette notice donne quelques détails sur notre grande relique et la bénédiction de l'eau, et se termine par l'oraison de la messe du saint abbé. Elle porte l'approbation de l'autorité diocésaine, datée du 20 Août 1865 (i).
(^) Un exemplaire de cette image fut adressé à la plupart des ecclésiastiques de Belgique et du Nord de la France, qui desservaient des sanctuaires dédiés à saint Gilles. Plusieurs d'entre eux y prirent tant de goût, qu'ils voulurent en posséder des exemplaires, pour les offrir à leurs pèlerins. Quelques-uns se contentèrent de l'image, telle qu'elle se distribue chez nous; d'autres, mieux inspirés, demandèrent un tirage particulier, qu'ils pussent enrichir d'une notice, calquée sur la nôtre, mais appropriée à la localité. De ce nombre furent MM. Lanen, curé de Cumptich (Brabant), et Mievis, prévôt de la chapelle de Saint-Gilles à Mulken, sous Tongres.
Au mois de Février 1872, nous fîmes tirer cinq cents exemplaires de cette image sur grand papier, pour satisfaire les désirs pressants de M. le chanoine Goubier, curé de Saint- Gilles-du- Gard.
Digne émule de M. Goubier, M. le chanoine d'Éverlange voulut orner de cette gracieuse image la première édition de son beau livre : Saint Gilles et son pèlerinage (Avignon 1876); nous lui en expédiâmes 350 exemplaires, au mois d'Aoïit 1876.
Les deux dernières éditions du travail de M. le curé d'Éverlange renfcrment, comme frontispice, la même image, gravée sur cuivre par M. C. Bourges, d'Avignon, et tirée par M. Charles Delâtre, le célèbre imprimeur aquafortiste de Paris. Nous ignorons le motif qui a fait supprimer, au bas de la gravure, les noms de Memlinc, peintre de cet admirable panneau, et de M. Petyt, son habile copiste, dont l'œuvre a été reproduite, avec beaucoup de talent, par M. Bourges. Cuique suum.
L'image de saint Gilles, qui jouit d'une vogue méritée, et que l'ouvrage de M. le chanoine d'Éverlange a tant contribué à populariser, nous suggère une réflexion, dont le lecteur, espérons-le, ai)préciera la justesse.
Nous avons dit ailleurs (^), que la fête de saint Gilles fut connue de bonne heure à Bruges. Le compte communal de 1281, î^b, parle du Jeudi après la Saint-Gilles, Feria qainta post Egidii (^).
Jadis le renouvellement du magistrat de Bruges avait lieu à la Saint-Gilles.
Item men pleecht aile jaere de wedt van Brugghe tsente Gillesdaghe den eersten Septemhris te vernieuwene, ende wiert als nu (1566) vernieut den vii^" Odohris (^).
Nous serions iietirenx de voir entre les mains des fidèles nne bonne image du patron de leur église paroissiale, une image dessinée par un artiste chrétien, conforme aux règles traditionnelles de l'iconographie, et accompagnée d'une courte notice biographique, terminée par l'oraison du Saint. Faisons-en le pénible aveu : il est peu de Saints moins connus, et partant moins vénérés, que les patrons des églises. Leur fête, il est vrai, se célèbre avec solennité, mais combien de fidèles assistent aux ofiices, combien surtout songent à invoquer un Saint, qui les touche de si près ? Le moyen, que nous préconisons, remédierait, en partie du moins, à un état de choses si regrettable. Au catéchisme et dans les écoles, on distribuerait l'image du saint patron, qui détrônerait à la longue cette foule d'images, dénuées de tout cachet religieux et souvent d'un ridicule achevé. La figure du saint titulaire pénétrerait ainsi dans les familles, et insensiblement l'on verrait refleurir un culte si fort en honneur chez nos aïeux, tombé si bas aujourd'hui.
Les maisons Petyt et Yandevyvere-Petyt, de Bruges, ont publié dans ces dernières années toute une collection d'images liturgiques, qui, en dépit de leur prix modique, répondent à toutes les exigences de l'art chrétien; beaucoup d'entre elles portent une notice, retraçant à grands traits la vie du Saint qu'elles représentent. Voilà la voie toute tracée. Puissent MM. les curés s'y engager résolument ! ils ne tarderont pas à voir leurs efforts couronnés des plus beaux résultats.
Voyez un excellent article sur l'Imagerie religieuse, son importance, les abus qui s'y glissent et le moyen de les réformer, dans VAlr)ianach catholique de Belgique, année, Bruges 1879, pp. 29 et suiv. Tom. I, p. 179, en note.
(^) GiLLiODTS-VAN Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, série. Introduction, Bruges 1878, p. 92, n. 2.
(^) Daghoek van Cornelis en Philip van Campene, hehelzende het verhaal der mevTciuaardigste gebeurtenissen, voorgevallen te Gent sedert het hegin der godsdienstleroerten tôt den S'*^" April 1571, uitgegeven door Frans De Potter, Gent 1870, p. 42.