‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 29 sur 253 · II. - COURTRAI · texte numérisé non relu

II. - COURTRAI

En 1286, la ville de Courtrai ne possédait qu'une seule église paroissiale, celle de Saint-Martin, et la grande étendue de la partie extra muros entravait l^administration régulière des derniers sacrements aux malades. Voulant porter remède à ce grave inconvénient, un pieux bourgeois, Gruillaume Crampe, fit don, au mois de Février de l'année précitée, d'un terrain situé hors ville, au delà de la Lys, pour y bâtir une seconde église paroissiale, sous le vocable de saint Grilles; ce terrain se trouvait non loin de la propriété du chevalier Alard de la Motte, et portait le nom de dîme de Crampe, de Grampstiende. Guillaume donna en outre, pour la même œuvre, trois bonniers de terre sis à Belleghem, et cinquante livres de gros, monnaie de Flandre, destinées à la constitution d'une rente annuelle de cinquante escalins. Ces divers dons étaient faits sous la stipulation expresse, que si le projet d'érection de la nouvelle église ne recevait pas de suite, ils serviraient à la fondation d'une cbapellenie, dans la collégiale de Notre-Dame, à Courtrai, en l'honneur de la sainte Vierge et de tous les Saints. L'église ne fut point construite, et la collégiale de Notre-Dame profita des libéralités de Guillaume Crampe (^). Bien que le projet primitif du donateur n'ait pas été mis à exécution, nous ne pouvions le passer sous silence; car il établit clairement, ce nous semble. Inexistence du culte de saint Gilles à Courtrai, dès le XIII*^ siècle. La nouvelle église devait être dédiée au saint anachorète : or, il n'est pas d'usage de prendre pour patron un Saint inconnu ou peu vénéré des fidèles de l'endroit; ce choix se base presque toujours sur la dévotion du peuple envers un Saint de prédilection.

(^) Goethals-Vercruysse, Jaerhoeh der Stad en oude Casselry van Kortryk, I deel, Kortryk 1814, p. 243. — Tangue, Leven van den H. Martinus, Patroon der stad Kortrylc en der parochiale Icerh van dien Heilige, gevolgd van eene omstandige naemlyst der Eerweerde Pastors derzelfde kerk, Brugge 1858, pp. 66, 67, en note. — De Pottek, Geschiedenis der stad Kortrijk, m deel, aent 1876, p. 74.

Il y avait autrefois à Courtrai une gilde d'Oiseleurs

[VeiigelaerSy VinJceniers, Vinhevangers), nommée Guide van de Pluyme {^), et placée sous le patronage de saint Grilles. Le tome XIV de la précieuse collection manuscrite de M. Goethals-Vercruysse^ intitulée : Verzamelinge van aenteeheningen dienstig tôt de historié der stad Gortryh en omstreehs (^), renferme une copie des statuts de la gilde (pp. 5725 et suiv.). Ces statuts portent P en-tête suivant :

Statuten ende Ordonnantien van de Guide van den H. Vrient Godts Mynheere 8^ Gillis, genaemt de Guide van de Pluyme, hinnen der Stede van Gortrych, geordonneert hy Goninch, Dehen, Bereckers ende Notables van de voorn^ Guide, in H Jaer ans Heeren 1614, ende geconfirmeert hy Schepenen der Stede van Gortrych, den 15X^^-^1616.

En marge de ce titre^ on lit : Uyt een perJcemente geschreven rolle der zelver Guide. — Item perhem^ resolutie hoeh van Schepenen, ij^ Ix.

Ces statuts^ composés de vingt-trois articles,, n'offrent rien d'intéressant au point de vue de notre sujets, sauf peutêtre une couple de détails relatifs à la célébration de la Saint- Gilles par les membres de la gilde. Les confrères se réunissaient au domicile du chef-liomme (coninch), pour se rendre de là en corps à l'église^ où ils assistaient à la messe; le choix et l'installation du doyen et des hereckers avaient lieu le même jour (^) . La gilde faisait célébrer ses offices à l'autel de la sainte

i}) Voyez, sur cette gilde, De Potter, Geschiedenis der stad Eortrij'k, II deel, Gent 1874, pp. 120 et suiv.

(^) Cette collection, léguée par son auteur à la ville de Courtrai, ne comprend pas moins de 18 volumes in-4 et de 60 volumes in-8; le volume indiqué appartient au premier format. Voyez De Potter, Geschiedenis der stad Kortrijk, i deel, Gent 1873, p. xiii.

(^) Aile de gone, ivezende van de voornoemde guide, die hegeeren een voghel op te Jiangen om coninch te wesen, zullen hun aile jaeren vinden op St-Gillisdag, ten huyse van den coningh, omme van daer met hem te gaen naer de herche, om te hooren den H. dienst der misse, en aldaer men alsdan ordonneeren zal de plaetse omme te zinghen om conincTc, en een yghelyck zal hem stoffeeren met eencn zinghenden voghel, hem eighen toehehoorende, op verleurte van den voghel,

Croix, mais les statuts ne disent pas dans quelle église se trouvait cet autel. M. Guido Gezelle, vicaire de Notre-Dame, à Courtrai, qui nous a communiqué ces détails, pense qu^il s^agit de Fautel érigé sous ce vocable dans l'église de Notre- Dame, et qui se voit derrière le chœur; cette supposition est d'autant plus fondée, que les Oiseleurs avaient leur local sur le territoire actuel de la paroisse de Notre-Dame Q).

En 1526, Jacques van Bavelgliem et Elisabetli van den Bossche firent une fondation en faveur de la gilde de Saint- Sébastien ou de l'arc à main, qui avait à son usage l'autel et la chapelle de Saint- Sébastien, dans l'église de Saint- Martin. Aux termes de l'acte, la gilde devait recevoir, tous les ans, dix bavots de froment, tien havot tarwe (^), et vingt schelen parisis^ à charge, pour elle, de faire célébrer chaque année, à

die anders hevonden %oord; mitsgaders oock van coninck te zijne, ofte prijs te halen. (De Potter, Geschiedenis der stad Kortrijic, ii deel, p. 121.)

(^) Il existe à Conrtrai une auberge, qui porte pour enseigne : In de Pluimé (à la Plume) et paraît se rattacher à l'ancienne gilde des Oiseleurs. Voici ce que nous écrivait M. Gezelle, dans sa lettre du 15 Juin 1874 :

De Pluime staat n° 180 in de Ommegangstrate, alias den Wandelweug, nahy den travers staatsyzerweg, 8. Jans wyk, prochie 0. L. V. huiten.

De haas uit de Pluime zegt dat zyne herherge over circa 40 jaar uit den grond nieuwe gehouwd is. N° 179, H huis daarnevens, hiet eertyds de Vliegere, (l'Oiseleur) en daar ivoonde eertyds een vinkenier; voor zyn duere, langs de Ommegangstrate, hadden eertyds de comhaan (combats) van vinken plaatse, en ik peize dat de Pluime eene oppositieherherge geivorden is, gelyk, op andere plaatsen, de Zorge en daarnahy het Zorge verdriet, de Wikkelare, de nieuwe Wikkelare, enz., zoo nogtans dat de Vliegere en de Pluime aile tivee hunnen naam zouden gekregen hehhen van de Vogelaars, die in die (eertyds !) stille huitenstrate kivamen vergaderen en kampen... De vinkeniers en komen hedendaags in de Pluime niet meer hyeen; le en peize zelfs niet dat er nog eene guide bestaat.

(2) Hayot. Kortrijksche graanmaat van vier pinten of omirent 21 liters. Er gaan zes havot in eenen Kortrijkschen zak, en zeven havot in eenen Thieltschen (die gelijk staat met eenen hektoliter en half)... Dit woord met den klemtoon op de tiveede greep, is ontstaan uit half vat, of heter uit half hoed, geen in de oorkonden sonnvijlen voorkomt (De Bo, Westvlaamsch Idioticon, tom. 1, p. 412, v° Havot). — Voyez aussi Carpentier, Suppl. au Glossarium de Du Gange, tom. ii, Parisiis 1766, col. 728, v° Havotus. L'auteur dit que le mot havotus se rend en français par havon et havot; il cite plusieurs anciens textes h l'appui.

la fête de saint Gilles, une messe basse dans la susdite chapelle, et de distribuer, le même jour, cent pains, chacun de quatre livres, dont cinquante seront remis aux parents ou héritiers des fondateurs, pour être distribués au gré de ces derniers (^).

Ce petit détail a son prix. Le choix que firent Jacques van Bavelghem et Elisabeth van den Bossche de la fête do saint Gilles, pour la célébration de la messe et la distribution du pain, nous semble un indice de la dévotion au saint abbé, qui fleurissait à Courtrai dans la première moitié du XVP siècle.

Une statuette de saint Gilles orne la cheminée de la salle échevinale de Fhôtel de ville de Courtrai (^); cette cheminée existait déjà en 1527, mais on ignore la date exacte de sa confection.

Deux lignes du travail de MM. Mussely expliqueront la présence de cette statuette parmi les décors de la cheminée :

La galerie en pierre blanche, qui surmonte la cheminée, est divisée en six niches, surmontées de dais en gothique fleuri.

" Dans les niches de la galerie, à partir de la gauche, on rencontre successivement le Patron de Courtrai et celui

De Potter, Geschiedenis der stad Kortrijh, ii deel, Gent 1874,

(-) Pour tous détails snr cette salle, nous renvoyons le lecteur au beau travail intitulé : La salle échevinale de Courtrai, restaurée par les soins de r administration communale et ornée de peintures murales. Etude historique par Charles Mussely, secrétaire-archiviste de la ville, en collaboration avec Gustave Mussely, avocat et conseiller provincial. Souvenir de V inauguration solennelle de ce monument, faite en présence de LL. MM. le Roi et la Reine des Belges, le 8 Septembre 1875, Gand 1876.

Deux artistes éminents, MM. Guffens et Swerts, ont décoré la salle de peintures murales; M. Constant De Vreese, auteur des statues qui ornent la façade de Tliôtel de ville de Courtrai, a restauré la cheminée. L'œuvre de MM. Mussely est enrichie de planches en photographia inaltérable ou photoglyptie, exécutées par M. Joseph Maes, d'Anvers, et reproduisant les tableaux de MM. Guffens et Swerts, ainsi que la belle cheminée gothique.

des cinq Circonscriptions ou Verges que comprenait, à cette époque, la Cliâtellenie.

^' Chaque Saint tient les armoiries de sa Circonscription. Ce sont St- Martin (Gourtrai). — Le Sauveur (Harlehelce) . — St-Pierre {Thielt). — St-Gilles (Deynze). — St-Vaast {Menin). — St-Bloi {les 13 paroisses). {^)

C^est donc comme patron du territoire de Deynze, que saint Gilles a sa statuette dans Tune des niches qui décorent la cheminée de la salle échevinale. Une reproduction en photoglyptie accompagne le chapitre^ que MM. Mussely consacrent à la description de ce monument. Malgré les dimensions restreintes de la photographie, on distingue fort bien la statuette de saint Gilles, placée à gauche de la Vierge avec Penfant Jésus, qui fait saillie au milieu de la galerie. Le saint abbé soutient, de la main droite, les armoiries de Deynze; il tient la crosse de la main gauche. La biche, compagne obligée du Saint, est levée et appuyée contre son maître.

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