‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 31 sur 253 · IV. - WARNÊTON · texte numérisé non relu

IV. - WARNÊTON

L'histoire de cette petite ville est pleine de souvenirs du culte de saint Gilles, qui fleurissait déjà à Warnêton au XII^ siècle.

Nous parlerons successivement de la foire de saint Gilles, de la gilde de saint Gilles, de la chapelle et de Thôpital de Saint-Gilles.

a) Foire de saint Gilles.

Cette foire, déjà fréquentée sous le règne de Philippe d'Alsace, s'ouvrait à la fête de saint Gilles, et durait huit jours, du 1^^'au 8 Septembre. Au XIV^ siècle, elle avait acquis une importance telle, qu'on y voyait parfois plus de deux mille marchands étrangers et huit mille sacs de blé. On y exposait aussi en grande quantité les draps de Messines, alors fort renommés (^). L'afîluence des fidèles, qui venaient célébrer la Saint-Gilles à Warnêton, aura donné naissance à cette foire; il ne peut y avoir de doute à cet égard. Nous prions le lecteur de se rappeler ce que nous avons écrit ailleurs sur l'origine des foires au moyen âge (^).

bj Gilde de saint Gilles.

La création de cette gilde remonte au XII^ siècle. Composée des maçons alors très-nombreux, elle avait à sa tête un chef ou doyen; c'était lui qui examinait les gens du métier, et qui, après quatre ans d'apprentissage, les déclarait maîtresouvriers.

Ce furent des maçons warnêtonnois qui travaillèrent aux deux belles églises élevées à cette époque dans notre province, l'église primaire d'Ypres et celle de Sainte -Walburge, à Fumes.

(^) CouROUBLE, Histoire de Warnêton, suivie de la Vie du Bienheureuso Jean, Evêque de Térouanne, Bruges 1875, pp. 25, 29. (2) Tom. I, pp. 191, 192.

Plus tard, trente-sept maçons de Warnêton, regardes à juste titre comme les meilleurs ouvriers de la Flandre, partirent pour ^Angleterre, sur l'invitation expresse du roi Edouard III, afin d'y reconstruire le château royal. Ils revinrent quatre ans plus tard, dit la chronique, après avoir élevé maints donjons et chasteaux (^).

Le doyen de la gilde de saint Grilles était un personnage important. Nous le rencontrons, en 1437, parmi ceux qui complimentèrent révêque de Térouanne Jean Y, dit le Jeune, venant visiter, pour la première fois, la ville et Tabbaye de WarnêtonO.

cj Chapelle de Saint-Gilles.

G-autier III, abbé de Warnêton, fonda la chapelle de Saint- Gilles, vers le milieu du XIIP siècle (^) . Un religieux

Q) CouROUBLE, Histoire de Warnêton, pp. 25, 26. (2) CoUROUBLE, op. cit., p. 35.

(^) CouROUBLE, op. cit., p. 165. L'anteur dit que l'abbé Gautier éleva cette cbapelle " avec l'assistance de Louis (de Luxembourg), seigneur de Warnêton ailleurs (pp. 69, 70) il cite une ordonnance de 1248, émanée, d'après lui, du même seigneur. L'abbé Gautier III et Louis de Luxembourg n'étaient pas contemporains; deux siècles séparent ces personnages.

Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, châtelain de Lille, etc., devint seigneur de Warnêton par son mariage, en 1434, avec Jeanne de Bar, dame de Gbistelles, de Dunkerque, Bourbourg, Warnêton, etc., qui mourut en 1462. Louis de Luxembourg épousa, en secondes noces, Marie de Savoie et devint connétable de France en 1465; accusé de haute trahison, il eut la tête tranchée en place de Grève, à Paris, le 19 Décembre 1475. (Moréri, Grand Dictionnaire historique, édit. Drouet, tom. vi, Paris 1759, pp. 466, 518, art. Louis de Luxembourg. ■ — de Limburg Stirum, Le Chambellan de Flandre et les Sires de Ghistelles, Gand 1868, pp. 181, 182.)

Gautier III devint abbé de Warnêton en 1238, et mourut vers 1277 (Courouble, op. cit., pp. 77, 78). Sous son administration, la seigneurie de Warnêton appartint successivement à Eobert de Béthune, frère de Daniel, avoué d'Arras (1226-1248), à sa fille Mathilde, première femme du comte Gui de Dampierre (1249-1264), et enfin à leur fils aîné Robert, dit de Béthune, qui devint comte de Flandre en 1305 (Warnkœnig et Gheldolf, Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et 'politiques jusqu^à Vannée 1305, tom. V, Bruxelles 1864, p. 312).

D'après ces données, et si tant est que la construction primitive de la chapelle de Saint- Gilles remonte au milieu du XIII'^ siècle, ce serait à Eobert de Béthune, avoué d'Arras, ou à sa fille Mathilde, que reviendrait l'honneur d'avoir aidé l'abbé Gautier III dans son entreprise.

de Pabbaye allait y célébrer la messe, les Mardi et Vendredi de chaque semaine, ainsi que pendant Foctave du saint patron, qui se célébrait avec grande solennité. Les messes à charge de la table des pauvres étaient également exonérées dans cette chapelle (^).

A la révolution française, dit M. Courouble, la chapelle de Saint-Grilles, d'abord plus maltraitée que Téglise de l'abbaye, devint ensuite le temple où se célébrèrent les orgies du décadi. On vit un conseil municipal, composé de sept membres, soit faiblesse, soit crainte des Jacobins, y venir solennellement offrir l'encens à une prostituée d'Armentières. Statues, ornements, tableaux, tout avait disparu. Le grand tableau de l'autel était remplacé par une toile représentant une déesse foulant aux pieds le calice et Tétole. Au centre était Fautel de la patrie, sur lequel venait s'asseoir la déesse Raison, représentée par une fille publique. Chaque décade, on se réunissait au temple pour y entendre des discours patriotiques et la lecture des droits de l'homme et des lois ! " (^).

Lors du rétablissement du culte catholique, la chapelle de Saint-Gilles ne fut pas restaurée. Le service divin s'y fit néanmoins pendant quelques mois, à la suite d'un accident arrivé dans l'église paroissiale, dont un pilier c'était écroulé le jour de l'Assomption, à midi.

Cette chapelle possédait de nombreuses fondations, qui furent confisquées à la révolution (^).

Chose triste à dire, la chapelle de Saint- Gilles sert aujourd'hui de magasin; cet édifice est situé dans la rue d'Ypres.

Nous possédons une curieuse et rarissime plaquette, de 24 pp. in-24, intitulée : Abrégé de la Vie et Miracles de S} Gilles Abbé, Avec quelques Prières audit Saint. Cette plaquette, que ne signale pas M. Courouble, porte au bas de la dernière page :

{}) Courouble, Histoire de WarnHon, pp. 165, 184. (") Courouble, op. cit., p. 153.

(^) Courouble, op. cit., p. 165.

On trouvera ces Livres à la Chapelle de St. Gillts dans la Ville de Warneton.

Vid. De Croeser Eccl. Gath. Ipr. Dec. Lib. Gens. (^).

d) Hôpital de Saint-Gilles.

Vers l'an 1480, le magistrat de la ville, paroisse foraine et cMtellenie de Warnêton fit construire cet hôpital, qui devait servir, en même temps, de maison de refuge pour les vieillards incapables de pourvoir à leur propre subsistance (^) .

Cet établissement, contigu à la chapelle de Saint-Grilles, fut bientôt Tobjet de nombreuses fondations. Divers règlements, ayant trait à ^agrandissement et à la bonne administration de cette maison, se trouvent mentionnés au III® volume des Lettres et placards de Warnêton {^).

En 1518, une peine fut portée par le magistrat contre les blasphémateurs; ils étaient punis d'un jour d'emprisonnement ou d'une amende de deux livres, au profit de l'hôpital de Saint- Gilles. La même année, un placard du magistrat, visant la paroisse foraine et les marchands étrangers, déclarait de

(^) Cette plaquette a perdu, — nous le supposons du moins, ■ — sa pagetitre, indiquant le lieu et la date de son impression. Malgré l'absence de ces détails, nous croyons pouvoir assurer qu'elle sort d'une presse yproise, et vit le jour entre les années 1757 et 1775. Josepli de Croeser, qui l'approuva en qualité de censeur des livres, prend le titre de doyen de la cathédrale d'Ypres; or, il occupa cette dernière dignité du 7 Mai 1757 au 12 Avril 1775.

Après une courte Vie de saint Gilles, entremêlée de réflexions pieuses (pp. 1-7), viennent trois oraisons au saint abbé (7-9). On trouve ensuite L'' Horloge de la Passion de notre Seigneur Jésus- Christ, avec les Prières pour assister au Saint Sacrifice de la Messe (10-20); une Oraison à la Ste Vierge Marie, et une autre à St. Gilles Ahhé, cette dernière à l'usage des navigateurs (20-21). [Les habitants de Warnêton s'adonnaient à la pêche fluviale. Warnkœnig et Ghel- DOLF, Histoire de la Flandre, etc., tom. v, Bruxelles 1864, p. 313]; Pratique pieuse et Prières à dire aux -pieds d^un Crucifix, ou devant l'Image de St. Donat Martyr dans un temps d'^orage (22-24).

Cette plaquette était évidemment un petit manuel à l'usage des pèlerins qui venaient visiter la chapelle de »Saint- Gilles, à Warnêton.

(^) Sanderus parle de cet hôpital : NosocomivAn Divi Mgidii, dit-il, ante duo sœcula œre et cura puhlica fundatum (Flandria illustrata, tom. m, Hagae Comitum 1732, p. 330, col. 2). Sanderus écrivait ces lignes en 1644.

(•^) CouROUBLE, Histoire de Warnêton, p. 172.

bonne prise, en faveur de l'hôpital et de la cliâtellenie, tout blé vendu ailleurs qu'au marché (^) .

La révolution française fit perdre à Thôpital de Saint- Gilles une partie de ses biens; le reste passa entre les mains du bureau de bienfaisance (^) .

Le culte de saint Gilles, à Warnêton, n'a pas survécu aux commotions religieuses et sociales, qui troublèrent la fin du siècle dernier; le saint abbé est aujourd'hui complètement oublié dans cette localité.

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