‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 46 sur 253 · IV. - LOUVAIN · texte numérisé non relu

IV. - LOUVAIN

Personne n^ était mieux à même de nous renseigner sur les vestiges que le culte de saint Gilles pouvait avoir laissés dans Tancienne capitale du Brabant, que l'éminent archiviste de cette ville, M. Edward Van Even, l'auteur du Louvain monumental (~), œuvre magistrale, qui accuse des recherches im-

C) M, Casteleyns terminait sa lettre en nous engageant, dans les termes les plus pressants, à faire le voyage de Léau, pour examiner cette intéressante découverte, et admirer les nombreuses richesses artistiques de l'église. Hélas ! moins d'une année plus tard, le 18 Septembre 1874, notre aimable correspondant mourait subitement, loin du pays natal, dans des circonstances vraiment frappantes. Quoique souffrant depuis longtemps d'un anévrisme, il avait voulu se joindre aux pèlerins belges, qui se rendaient à Lourdes, pour obtenir, par l'intercession de la Vierge, sa guérison ou une sainte mort. On était au retour, et le train oii se trouvait M. le vicaire Casteleyns venait de dépasser Buglose (Landes), quand le malade s'affaissa tout à coup entre les bras de ses compagnons do voyage; il n'eut que le temps de recevoir l'absolution, la rupture de de l 'anévrisme avait provoqué la mort.

Le corps de M. Casteleyns fut ramené à Lourdes, pour y être inhumé au cimetière paroissial. Les funérailles du bon prêtre eurent lieu le 26 Septembre, au milieu d'un immense concours de monde, et fux'ent honorées de la présence de Mgr. do Ladoue, évêque de Nevers, qui fit lui-même l'absoute, et prononça l'éloge c\i défunt et de la Belgique. M. Henri Lasserre, l'autenr de Notre-Dame de Lourdes, qui atteignait à ce moment-là sa 85" édition, assistait également à la triste cérémonie. Les compatriotes de M. Casteleyns ont élevé un monument sur sa tombe.

Voyez Lebrocquy, Les Fclerins belges à. Lourdes, 2^ édit., Bruxelles 1871-, pp. 170 et sniv., 179, 180, et surtout la double description des funérailles do M. Casteleyns, qui figure parmi les annexes, pp. 190 et suiv. Voyez aussi Le Bien public, de Gand, n" du 26 Juillet 1875, où l'on trouve des détails sur le monument funèbre, élevé à la mémoire du zélé vicaire de Léan.

(^) Louvain monumental ou description historùpie et artistiqua de fous les Mifices civils et religieux de la dite ville; tel est le titre complet de cet inipor-

menses et une connaissance approfondie du passé de Fantique cité brabançonne. L^obligeant écrivain nous transmettait en ces termes^ le 11 Novembre 1873, le résultat de ses investigations :

" J^ai bien reçu votre gracieuse lettre du 26 Octobre dernier, et si j'ai tardé à vous répondre, c^est que j^avais besoin de faire préalablement quelques recberclies.

Au moyen âge. S* Gilles était très-bonoré dans le Brabant. Ce qui le prouve, c^est qu'on rencontre le nom de ce Saint comme prénom dans un grand nombre d'actes de cette époque. Le père de notre Juste-Lipse portait le prénom de Gilles.

A Péglise de Saint-Pierre, de Louvain, saint Gilles avait son autel, dans l'une des chapelles des bas-côtés du cbœur^ chapelle qui conduit à la grande sacristie. A votre intention, j'ai parcouru un inventaire des archives de notre collégiale, dans le but de retrouver la date de l'érection de cet autel, qui n'existe plus. Malheureusement ces recherches sont restées sans résultats.

" Dans une espèce de plan indiquant tous les autels de Saint-Pierre, de Louvain, on lit : Altare S^^ Egidii apiid 8acristiam. — Gapittidum moet desen outaer versieren. JDesen outaev en heeft dwelen noch licht op hooghe daghene (^) .

Ce plan a éfcé rédigé vers 1520 " (^).

tant travail, publié à Louvain, ohez C. J. Fonteyn, en 1860, et qui forme un volumineux in-quarto, de 328 pages, orné de 112 planches lithographiées.

(^) Autel de Saint- Gilles, près de la sacristie. La décoration de cet autel incombe au cbapitre. Cet autel est dépourvu de nappes et de luminaire, aux grandes fêtes. — M. Yan Even parle, en ces termes, de la chapelle de Saint- Gilles, dans son Louvain monumental :

" Chapelle de S'-Égide, à la Sacristie. — Cette chapelle, qui donne accès à la sacristie et aux deux salles d'assemblée du chapitre, ne renferme plus d'autel. Le balcon, qui la surmonte, était autrefois orné d'une grille magnifique en fer battu du 15^ siècle " (p. 204).

(') Ce nous est un devoir de remercier M. l'archiviste Van Even de sa communication et des paroles encourageantes, qui l'accompagnaient : " J'ap- 1 prends avec infiniment de plaisir, nous disait-il, que vous avez déjà réuni des éléments précieux pour votre monographie de S' Gilles, et je vous engage

Dans sa réponse, M. Edward Van Even touche un point, sur lequel nous désirons appeler l'attention du lecteur. Ce n'était pas dans le Brabant seul^ mais dans tout notre pays, que le prénom de Gilles était fort en vogue au moyen âge, voire même jusqu'au XVI^ siècle et plus tard encore. Pour s'en convaincre, il suffit de feuilleter nos cartulaires, de consulter les nombreux travaux d'histoire locale, publiés de nos jours : histoires de villes et de communes, monographies d'églises, chroniques de monastères, etc.; le nom de Grilles s'y rencontre à chaque page. La Table chronologique des chartes et diplômes imprimés concernant F histoire de la Belgique, composée par M. -Alphonse Wauters, suffirait au besoin pour établir ce que nous avançons. Chacun des volumes de cette vaste collection est enrichi d'une table des noms de personnes, cités dans le corps de l'ouvrage; or, la table du tome m, qui embrasse une . période de trente-quatre ans (1191-1225), signale trentesix personnages portant le prénom de Gilles (^), et celle du tome IV, allant de 1226 à 1250, en cite soixante-cinq (^). Tous ces noms, il est vrai, à fort peu d'exceptions près, appartiennent au clergé et à la noblesse : ce sont des noms d'abbés, de religieux, de prévôts de chapitres, de chanoines, de grands seigneurs, de chevaliers (^). Mais cela s'explique, quand on songe que la meilleure partie des documents analysés dans ce recueil, sont des actes de donations, de fondations et autres

vivement à poursuivre vos recherches. Ce sont les études de cette nature qui font progresser la science do l'histoire ". Emanées d'un juge aussi coml^étent, CCS paroles ont puissamment contribué à nous faire surmonter les difficultés sans nombre de notre travail, difficultés dont le lecteur nous tiendra compte, et qui nous donnent droit à toute son indulgence. (1) Pp. 706, 707.

Pp. 681., 685.

(^) M. Édouard-Léon Scott a publié chez Alexandre Houssiaux, à Paris, on 1857, un curieux opuscule intitulé : Les noms de baptême et les prénoms. — Nomenclature, signification. — Tradition. — Légende, histoire. — Art de nommer. A la page 119, l'auteur donne, en les classant par époques, une liste des prénoms, qui apparaissent le plus souvent dans les généalogies princières; d'après ce tableau, la noblesse aurait spécialement affectionné le pi'énora do Gilles, aux XIII" et XIV*^ siècles.

pièces, où n'interviennent ordinaire que des gens haut placés. On aurait donc tort d'en inférer, que le prénom de Gilles était inconnu, ou du moins peu en usage, dans les classes inférieures de la société.

Le savant archiviste provincial du Hainaut, M. Léopold Devillers, dans ses lettres des 18 et 21 Octobre 1873, nous faisait observer, de son côté, qu'au moyen âge, le prénom de Gilles était fort répandu parmi les familles du Hainaut, et nous en fournissait la preuve, en citant une foule de personnages, qui l'avaient porté. Il ajoutait qu'on trouvait autrefois à Mons les familles GilUart et Giîlis, et qu'il y existe encore aujourd'hui des familles Gilles et Gillion, dont le nom patronymique dérive bien certainement du prénom de Gilles (^).

Enfin, si l'on veut se donner la peine de parcourir la Liste provisoire des noms destinés à figurer dans la Biographie nationale de Belgique (^), on y rencontrera une série d'hommes remarquables portant le même prénom; nous citons de préférence cette Liste, parxîe qu''on a dépouillé, pour la dresser, tous nos recueils de biographie anciens et modernes, ce qui dispensera le lecteur, désireux de vérifier nos assertions, de l'obligation de recourir à ces collections particulières.

Ainsi donc, parmi les noms de baptême en faveur au moyen âge, celui de Gilles occupait un des premiers rangs; c'est là une preuve décisive de la popularité du culte de notre saint anachorète.

Q) La remarque de M. Devillers est applicable à bien d'autres noms de famille du pays, dans la composition desquels se retrouve, sous des formes plus ou moins altérées, le prénom de Gilles; tels sont, croyons -nous, les noms patronymiques Gilles, Gillet, Gilly, Gilliodts, Gilson (Gillis sone ?), etc. Au reste, il n'y a en cela rien qui doive surprendre; tout le monde sait que le nom de baptême forme une des cinq grandes, sources des noms de famille. Voyez, sm-tout en ce qui concerne les noms flamands : Lansens, Bydrage tôt de hennis van den oorsprong en de hediUdenis der geslacht- of familienamen, Brugge 1852, pp. 35 et suiv.

(^) Cette liste, imprimée dans les ateliers du Moniteur Belge, à Bruxelles, en 1861. est dressée par ordre alphabétique, et forme cent soixante colonnes in-quarto.

Les Sœurs Maricoles, de Louvain (^), habitent, dans la rue des Cliats, une partie de la maison, qu'elles y possédaient avant la révolution française. Plus heureuses que leurs devancières, qui avaient dû se contenter d'une chambre transformée en oratoire, elles ont trouvé le moyen de bâtir une modeste chapelle, pouvant contenir une centaine de personnes. L'espèce de rosace, qui en décore le fond, derrière l'autel, a de quoi nous intéresser.

Cette rosace se compose de cinq médaillons. Le médaillon central, qui a 25 centimètres de diamètre, représente saint Gilles, portant l'habit blanc (?) et la tonsure monastique; de la main gauche, le Saint tient une crosse et un livre, tandis que, de la droite, il caresse une biche, qui se dresse en appuyant sur lui les pieds de devant. Le saint abbé a le côté droit percé d'une flèche, et un religieux, en costume de chartreux, est agenouillé à ses pieds. Ce médaillon ne porte aucune inscription; il est d'une exécution beaucoup plus belle que ceux qui l'entourent, et paraît remonter, comme ceux-ci, au XVP siècle (").

D'où proviennent les médaillons de cette rosace ? Les Sœurs Maricoles n'ont pu fournir à cet égard aucune indication. Elles les ont reçus d'une dame fort âgée, décédée en 1863, et qui possédait une foule d'objets religieux, sauvés de la destruction pendant la révolution française.

Le R. P. Joseph Callens, du couvent des Frères-Prêcheurs, de Louvain (^), qui a eu l'obligeance de nous communiquer les détails qu'on vient de lire estime que ces médaillons, ou tout au moins celui de saint Grilles, décrit plus haut,

(^) Voyez, sur ces religieuses, Van Even, Louvain monumental, p. 272.

('-) Ces quatre médaillons, inférieurs sous le rapport artistique à celui de saint Gilles, lui semblent postérieurs de 30 à 50 ans. Ils représentent saint Tliierri, abbé, sainte Élisabeth de Hongrie, le Sauveur, et une religieuse, dont le costume est celui de l'ordre de Saint-Dominique. Sauf le dernier, ils sont munis d'inscriptions, en caractères gothiques : sur le premier, on lit Dierick, sur le second Lisheth; le troisième porte, inscrits sur une banderole, ces mots : Salvator m,undi, salva nos.

(^) Aujourd'hui prieur du couvent de Tirlomont.

( ') Lettres du 20 Octobre et du 13 Novembre 1873.

sont originaires de ^ancienne Chartreuse de Louvain^ dont le cloître était orné de verrières Q). Le chartreux, à genoux devant saint GilleSj donne du fondement à cette supposition, qu^un autre détail vient corroborer. On compte parmi les premiers et les principaux bienfaiteurs de la Chartreuse de Louvain, achevée en 1491, Grilles^ archidiacre de Hainaut, qui légua au nouveau monastère le tiers de ses biens (^). Il est fort naturel de supposer que les Chartreux, voulant perpétuer le souvenir des largesses de ce bienfaiteur insigne, aient représenté son patron sur un des vitraux de leur cloître. L^image du chartreux prosterné aux pieds de saint Gilles, devait rappeler aux enfants de saint Bruno la dette de reconnaissance, contractée envers le généreux archidiacre, et le moyen de s'acquitter d'un devoir sacré, en implorant pour lui l'assistance de son illustre patron.

La supposition de notre honorable correspondant mérite d'être prise en considération, à raison des motifs sur lesquels elle se base et de la façon ingénieuse dont ils sont exposés.

PROVINCE D'ANVEES

(AECHIDIOCÈSE DE MALINES)

Cette province ne compte aucune église, dont saint Gilles soit le patron, et les vestiges du culte de notre Saint y sont fort clair-semés. Le peu que nous avons glané, se rapporte à la ville d'Anvers.

(^) Van Even, Louvain monumental, p. 256. D'après cet auteur, les magnifiques verrières du cloître des Chartreux représentaient des sujets de Tancien et du nouveau Testament, ce qui n'emiDeche pas que l'opinion de notre correspondant soit parfaitement admissible. Ces médaillons, en effet, peuvent très-bien avoir servi d'ornements accessoires aux verrières, soit sur les côtés, soit dans le tympan; il est possible encore que toutes les verrières n'offrissent pas des scènes de la bible, et que quelques-unes du moins fussent ornées de médaillons, genre de décor fort en usage dans les anciens cloîtres de nos monastères, et dont il reste encore çà et là des vestiges.

(^) Van Even, Louvain monumental, p. 256.

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