I. - MONS
Il existait dans l'ancienne église collégiale et paroissiale de Saint- Germain, à Mons, une cliapellenie de Saint-Gilles. Par acte passé en cette ville, par devant des francs-alluëtiers, la veille de Saint-Mathieu 1368, Gilles le Hérus, bourgeois de Mons, fonda cette chapellenie en l'honneur de son patron, pour le salut de son âme, de celles de Maroie Brisetieste, sa femme, de leurs parents et bienfaiteurs, et de toutes les âmes " qui merchit attendent ". Il se déshérita, à cet effet, de plusieurs biens et revenus, que Jakemon le Hérut, dit de le Joye, d'Blouges, accepta, comme desservant de cette chapellenie, pour lui et ses successeurs. (Archives du chapitre de Saint-Germain.)
Q) d'Éverlange, Saint Gilles et son pèlerinage, 4^ édit., Avignon 1879; pp. IX, X.
En 1582, la cliapellenie de Saint-Grilles fut unie à la table du chapitre.
L'église de Sainfc- Germain fut démolie en 1799 Q). II. - TOURlSrAI
Saint Gilles avait autrefois sa chapelle dans la cathédrale de Tournai; elle se trouvait dans le quatrième entre-colonnement de l'abside septentrionale du transept (^).
Jean Cousin écrit dans son Histoire de Tournay : " Quant à Feglise de nostre Dame de Tournay Jacques Caloth clerc fonde en icelle église Tan 1184. deux Chapellenies pour deux Prestres, qui diront les Messes à l'autel S. Jean Baptiste, ou S. Gilles. Il mourut le mesme an, son obit anniuersaire se célèbre tous les ans le 16. Juillet (^).
Feu Mgr. Voisin^ vicaire général de Tournai, nous adressait, le 22 Septembre 1871, les observations suivantes sur ce passage de Cousin :
Après des recherches, j'ai constaté que nous n'avions aucune chapellenie, fondée en notre cathédrale, en l'honneur de saint Gilles. Celle qu'on a donnée comme telle depuis plus de quatre cents ans, et datant de 1194, a été créée par Jacques Kalos, — je trouve ce nom écrit de différentes manières, — mais en réalité Jacques Kalos, qui a fondé, à cette date, deux chapellenies, dit positivement que l'une est en l'honneur de S* Jean-Baptiste, et Fautre en l'honneur de S*^ Marguerite; et cette fondation se déchargeait, depuis le milieu du quinzième siècle, à la chapelle de Saint-Gilles. J'en infère que
(^) Détails transmis par M. Léopold Devillers, le 18 Octobre 1873.
(^) Le Maistre d'Anstaing, Recherches sur l'histoire et V architecture de Véglise cathédrale de Notre-Dame de Tournai, tom. i, Tournai 1842, p. 251. Il est incidemment fait mention de la chapelle de Saint-Gilles dans la Notice sur les anciennes peintures murales de la cathédrale de Tournai, due à la plume de Mgr. Voisin, et insérée dans le Bulletin des Commissions royales d''art et d^archéologie, tom. iv, Bruxelles 1865, p. 277, en note .
O Tom. III, Douay ] 620, p. 303. Ce détail est repris par Le Maistre d'Anstaing, op. et tom. cit., p. 229.
cette chapelle de Saint-Gilles, dont on trouve le nom vers 1450, a dû le recevoir vers cette époque; mais je ne sais à quelle occasion, ni par qui, cette dénomination a été donnée à la cliapelle, qui portait assurément auparavant un autre nom. "
Il y avait une chapellenie de Saint-Grilles dans Féglise de Saint-Jacques, à Tournai. La chose appert d'un acte de 1241, constatant "Tachât fait par Jean, chapelain de S.-Gilles, en Féglise de S. -Jacques, à Tournay, de deux rentes, Tune sur deux bonniers ^/^, à Anserœul; Tautre sur quatre héritages à la rue S. -Jacques, jusqu'à la rue royale. (^)
(') Descamps, Notice sur Walter de Marvis, évêqîte de Tournay, Tonrnaî 1852, p. 86.
NoTis n'avons pas à nous occuper ici des Gilles de Binche, scènes de carnaval, dont cette ville est chaque année témoin, puisque ces réjouissances populaires ne se relient, par aucun côté, — nous le croyons du moins, — au culte de saint Gilles; on peut s'en convaincre, en lisant l'article que leur a consacré M. Delmée, rédacteur de VÉconomie de Tournay, dans les Documents et rapports de la Société paléontologique et archéologique de V arrondissement judiciaire 'de Charleroi, tom. vi, Mons 1873, pp. 467 et suiv. L'article est intitulé : Les Gilles de Binche. — Légende et carnaval. Nous pensons que le mot Gilles ne s'emploie pas ici comme nom propre, mais qu'il faut lui attribuer une des significations, que relève M. Léopold Devillers, dans sa lettre du 18 Octobre 1873.
" Vous savez, nous écrivait-il, que Gille, ghille, gile, gillerie, guille, ont signifié : tromperie, supercherie, mensonge, fourberie; d'où giler, giller, guiller, tromper, duper, mentir, attraper (Roquefort, Glossaire de la langue romane, tom. 1, Paris 1808, p. 688, col. 1). A Mons, on appelle laid Gilles, un rusé, un homme dont les procédés sont rudes, méchants. On dit en ce sens : beau Gille, vilain Gille. Ce mot se prend toujours en mauvaise part. Lh-ôle de Gille s'appliqu-e à un personnage original.
" Je trouve dans le Dictionnaire rouchi -français, par G. Hécart, p. 229 :
" Gilles. Terme de mépris. Polisson, mauvais sujet, imbécille.
" Gilles, homme d'une grande taille. Vilain grand Gilles. Gilles se prend toujours en mauvaise part. T' es un biau Gilles. Je pense avec M. Lorin que ce mot, dans le sens de niais, trompeur, mauvais sujet, peut venir de guiller, giller, tromper, en vieux français. " On rencontre aussi guil, guila, gilla, tromperie, mensonge, moquerie, guilar, tromper, se moquer (Ray- NOUARD, Lexique roman ou dictionnaire de la langue des troubadours, tom. m, Paris 1844, p. 519, col. 3)- Voyez encore Gachet, Glossaire, Bruxelles 1859, p. 810, V" Guile.
PEOVINCE DE LIÉaE