‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 6 sur 253 · PÈLERINAGES IMPOSÉS EN PUNITION D'UN CRIME OU D'UN DÉLIT · texte numérisé non relu

PÈLERINAGES IMPOSÉS EN PUNITION D'UN CRIME OU D'UN DÉLIT

Eglise fut la première à imposer des pèlerinages à ceux qui s'étaient rendus coupables de quelque grand crime (^); elle adoucit ainsi les rigueurs de la pénitence canonique (") . Ces pèlerinages obligatoires se divisaient en majeurs et mineurs, peregrinationes majores et feregrinationes minores. Les premiers comprenaient les pèlerinages de Saint-Jacques en Galice, de Rome et de Terre- Sainte; les seconds avaient pour terme des sanctuaires compris dans les limites de la province ou du royaume habité par le coupable ('^) .

Le pouvoir civil ne tarda pas à imiter l'Eglise et à ranger les pèlerinages parmi les mesures répressives des crimes

(}) Ou trouve déjà, dans le septième siècle, des exemples de pèlerinages imposés en guise de pénitence ecclésiastique. Michaud cite comme preuve un extrait de la vie de saint Bavon (f 634), où l'on voit un pèlerinage prescrit en cLâtiment d'un homicide; le même auteur montre, par d'autres textes, qu'on condamnait à cette peine ceux qui avaient détourné les richesses de l'Église et les infracteurs de la trêve de Dieu. {Histoire des Croisades, tom. i, p. 48, note 2.)

(^) "Auparavant, dit Pleury, on enfermoit les pénitens dans les diaconies, ou d'autres lieux près de l'église, pour y vivre recueillis et éloignés des occasions de rechute...; mais depuis le huitième siècle on introduisit tout le contraire pour pénitence, en ordonnant aux plus grands pécheurs de se bannir de leur pays, et de passer quelque temps à mener une vie errante, à l'exemple

de Caïn; l'usage continua d'imposer pour pénitence quelque pèlerinage

fameux, et ce fut le fondement des Croisades. " (Discours sur Vhistoire ecclésiastique, Paris 1763, 3'"*^ discours, § v. Pèlerinages, p. 89.)

O Du Cange, Glossarium, tom. v, Parisiis 1734, col. 380, v'' Peregrinatio.

En ce qui concerne notre pays et le Nord de la France, nous n'avons rien découvert touchant les pèlerinages de Saint- Gilles, imposés comme pénitence ecclésiastique. Qu'ils aient été prescrits ailleurs de ce chef, l'histoire de France en fait foi : " Sous Philippe -le- Bel, quand Nogaret, par ordre du roi, eut mis la main sur le pape Boniface VIII (1303), et, par ces motifs eut été excommunié, il n'obtint l'absolution de Clément V, en 1311, qu'à diverses conditions, au nombre desquelles se trouvait l'injonction, pour pénitence, de divers pèlerinages en France Le pèlerinage à Saint- Gilles est désigné parmi ceux que

Nogaret devait accomplir pour son expiation. " (Leroy, Histoire de Notre- Dame de Boulogne, cité par Arthur Forgeais, dans sa Collection des plombs historiés trouvés dans la Seine, deuxième série, Enseignes de pèlerinages, Paris 1863, p. 178.)

et des délits : Les voyages, — dit M. Victor Derode, en parlant de Fépoque des croisades,, — étaient alors chose sérieuse et pénible; ils étaient accompagnés de périls et de dangers, dont nous ne pouvons guère nous faire une juste idée. Comme châtiment légal, le pèlerinage avait été adopté par la coutume^ parce que la peine de mort ne figurait pas dans les moyens répressifs adoptés par la plupart des communes, et le bannissement, qui la remplaçait, trouvait dans le pèlerinage une direction et une garantie. Car le pèlerin devait, à son retour, fournir un certificat de présence au lieu indiqué dans sa sentence. Ce délai laissait au délinquant le moyen du repentir. C'était une sorte de moyen transitoire entre l'arbitraire et la justice régulière " (^).

Dans l'origine, le coupable était tenu de faire lui-même le pèlerinage, auquel il avait été condamné. Quoique ces condamnations fussent très-fréquentes, les chroniques du temps signalent peu d'exemples de pèlerinages expiatoires, effectués par des particuliers; c'est Cannaert qui en fait la remarque. Quand les pèlerinages expiatoires, hoetreizen, dit-il, avaient lieu journellement, ils passaient inaperçus; ils ne commençèrent à fixer l'attention des chroniqueurs, que lorsqu'ils devinrent plus rares (^).

(^) Dérobe, Histoire religieuse de la Flandre maritime, etc., p- 103. Voyez aussi un article du même auteur, intitulé : De la pénalité chez les Flamands de France, et particulièrement à Dunherque au XVJ'^ siècle (Annales du Comité flamand de France, tom. m, Dunkerqne 1857, pp. 304 et suiv. — Cf. pp. 318, 319, 354, 367, 368). Consultez surtout Cannaert, Bydragen tôt de Icennis van het oude strafrecht in Vlaenderen, S^^ uitgave, Gend 1835, pp. 78 et suiv. L'auteur entre dans les détails les plus circonstanciés et les plus curieux, au sujet des pèlerinages expiatoires, usités en Flandre.

(^) Voici les paroles de Cannaert : In de oude TcronyTcen en scTiriftelyTce aenteekeningen is van de verzendingen van particulieren in hedevaerten, zoo veel %vy loeten, maer zeer weinig geschreven. Wanneer de hoetreizen dagelyJcs voorvielen, werden dezelve naeuivelylcs in acht genomen; zy trolcTcen dan eerst de aendacht der Icronylcschryvers, toen zy zeldzamer iverden. In het onlangs uitgegeven jaerhoeh der stad KortryTc, is slechts melding gedaen van eene enTcele hedevaert aen eenen ingezetenen dier stad, als straf opgelegd : aldaer is opgeteeJcend, dat ten jare 1441 een Icanonik van het Tcapittel van 0. L. F. herJc,

Citons quelques pèlerinages au tombeau de saint Gilles, imposés à des particuliers, en expiation de Vvlji ou de l'autre méfait.

Les Archives de l'ancienne Chambre des Comptes, à Lille, renferment la minute d'une Sentence prononcée à Courtrai, la nuit de S*^ Catherine 1319, par Louis, comte de Nevers, fils aîné du comte de Flandre, contre Wautier Maisière, de Courtrai, qui avait battu Catherine, fille de Wautier Crommelin, sa femme, parce qu'elle avait reçu à jouer chez elle le comte de Nevers et sa compagnie. Par cette sentence, le dit Maisière est conc'amné en pèlerinage à Gilles en Provence, ensuite à S* André en Ecosse, et à d'autres peines " (^).

M. Mussely a inséré le texte de cette sentence dans son Inventaire des archives de la ville de Courtrai (^). Nous en extrayons le passage relatif au pèlerinage de Saint-Gilles :

Premièrement, nous disons, ordenons et prononchons que pour che que H dis Wautiers bati et maumena se femme, pour che que nous et nodite compaignie y alâmes ladite velle (Saint-Pierre et Saint-Pol) en le manière que dessus est dit, que lidis Wautiers voist pour le honneur de nous à Saint- Gille, en Prouvenche, à prendre en l'église Saint-Martin de Courtray escerpe (^) et bourdon, et à mouvoir dedens

wegens een dispuet voorgevallen in den tvynkélder van hetzelve kapittel, in ^elgrimagie gezonden werd. (Op. cit., p. 106.)

L'auteur renvoie an travail de M. Goethals-Vercruysse, Jaerhoek der Stad en oude Casselry van Kortryk, tweede deel, Kortryk 1815, pp. 146, 147- Le fait signalé date de 1443, et non de 1441, comme l'écrit Cannaert.

(^) Cannaert, op. cit., p. 105, note 2. Le résumé de cette sentence est extrait de l'Inventaire de Vancienne Chambre des Comptes du Roi, à Lille, par Godefroy, ad an. 1319. Voyez aussi Le Glay et Desplanque, Inventaire-sommaire, etc., tom. I, p. 92, B. 555.

(^) Tom. I, Courtrai 1854, pp. 95 et suiv.

(3) M. Mussely écrit, par erreur, esterpe. Ijescerpe ou écharpe était une bande d'étoffe portée en sautoir et à laquelle était suspendue primitivement une escarcelle; les principales variantes de ce mot sont escharpe, escherpe, escherpette, escrepe, esTcerpe (Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier f'^'ançais de Vépoque carlovingienne à la renaissance, tom. m, Vêtements civils et religieux, Paris 1872, p. 341, v° Écharpe).

Escerpa, dit Carpentier, a vet. Gallico Escerpe, nunc Echarpe, Fascia, halteus, zona : unde Escerpa, ohlatio, quœ sacerdoti a peregrinantihus fiehat pro henedictione Escerparum (Supplém. au Qlossarium de Du Gange, tom. ii.

les quinse jours continuelment ensuians après le Sainte-Katheline qui y ert, en l'an de grâce MOCC et dise-noef et faiche ledit pellerinaige bien et loïamment (^).

Che fu dit, ordenei e prononchiet à Courtray, en le maison no très-chier signeur et père mons'' de Flandres le nuit Sainte-Katheline [24 novembre] l'an MOCC et dise-noef P).

Copie, collationnée d'après une minnte du temps sur parchemin, conservée aux Archives du département du Nord, à Lille.

Un des volumes formant la collection des Monumens anciens, du comte Joseph de S* Grenois^ contient V Inventaire des Titres qui se trouvent à la Trésorerie des Chartes de Hainaut à Mons. Fait^ ensuite d^ ordre du Roi de France en 1693 par Monsieur Jean Grodefroy (^) '\

Parmi les documents^ dont cet inventaire fait Fanalyse, figure, sous Tannée 1336, un ^'^ Certificat en Latin et en parchemin, donné par le Sacristain et Trésorier du Monastère de St. Gilles en Provence et scellé du sceau en cire jaune de ce Monastère, par lequel il paroit que ISTobles et Puissans Seigneurs Thiery de Walcourt Maréchal de Hainaut, Henri de Dufîle, Jean de Leyedale, Gérard de Dufîle, Wautier de Huldeberges, Jean de Crayhem, Adam de Ophem, Florent de Maglines, Jean de Mulhem et Godefroi de Brecht, Chevaliers de Brabant, ont été en pélérinage et visité le tombeau de

Parisiis 1766, col. 249, v° Escerpa). Voyez aussi Littré, Dictionnaire de la langue française, tom. ii, Paris 1874, p. 1273, col. i, v" Écharpe, hist. et étym.

L'écharpe et le bourdon formaient partie obligée de l'équipement du pèlerin. Du Gange cite ces deux vers, tirés de la chronique de Bertrand Duguesclin :

A loi de pèlerin de cors et de façon L'esoharpe avoit an col, en la main le bourdon.

(Glossarium, tom. i, Parisiis 1733, coL 1354, v° Burdo.)

Q) Inventaire des archives de la ville de Courtrai, tom. i, p. 96.

(^) Droits prir)%itifs des anciennes Terres et Seigneuries du Pays et Comté de Haynaut Autrichien et François; et connaissance exacte de la Mouvance des Fiefs qui relevoient du Comte de Haynaut en 1410 et 1473. Avec tous les arrières-fiefs, tom. i, Paris 1782, pp. cxcvii et suiv.

Ce volume embrasse Les Pairies du Hainaut,

St. Gilles, pour réparation faite par ledit Thieri de Walcourt, à cause du forfait de la Demoiselle du Gasebeke, auquel pèlerinage ils avoient été condamnés par le comte de Hainaut et le Sgr. de Hornes, médiateurs en cette affaire. Le 26 Mai 1336 (1).

Nous relevons encore un précieux détail dans une charte émanée de la comtesse de Flandre, Marguerite de Maie.

Un sanglant conflit avait surgi entre Guidolphe van der Aa, seigneur de Gruutliuse (^), et Jean de Molembeke.

La guerre et descort etans meuz entre messire GMldolf de le Grutliuse, chevalier, ses parans et amis aidans et confortans, d'une part; et Jelian de Molembeke, ses parans et amis aidans et confortans, d'autre part et à cette occasion, des " omicides, naureures (^), bleceures ayant été commis entre les dites parties, celles-ci, lasses de se quereller, réclamèrent l'intervention de la comtesse de Flandre, promettant de se soumettre à sa décision.

La sentence fut prononcée à Bruges, le 24 Mai 1372. Il y est dit que Jelian de Molembeke, à Flionneur de messire

(^) P. ccLxxviii. Voyez aussi Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. I, Bruxelles 1855, pp. 135, 136.

La personne lésée par Thierry de Walcourt, était Béatrix, dame de Gaesbeek, fille de Jean de Louvain, dit Tristan. On ignore la nature du forfait, qui fit condamner Thierry au pèlerinage de Saint-Gilles. " Thierri, se demande M. Alphonse Wauters, se serait-il rendu coupable envers Béatrix de l'outrage le plus odieux ? Notre conjecture expliquerait le célibat de cette riche héritière, l'abandon qu'elle paraît avoir fait à son parent, le sire de Hornes, de son autorité, sa retraite au couvent de Beaumont, où s'étaient écoulées, près de sa mère, les paisibles années de sa jeunesse, et où elle revint cacher, en 1340, des chagrins bientôt terminés par la mort " (op. et tom. cit., p. 136).

(") Voyez, sur ce personnage. Van Praet, Recherches sur Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, Paris 1831, pp. 53, 51., et J. Gailliard, Bruges et le Franc, tom. i, Bruges 1857, pp. 70, 71.

(•^) Navreure, navrure, blessure, plaie. Voyez Roquefort, Glossaire de la langue romane, Paris 1808, t. ii, p. 229. Nous trouvons dans Gilliodts- VAN Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, série, t. iv, Bruges 1876, p. 183, note 5, le texte suivant : " De Coppin Cloet et Gille Braderyc qui furent souspechs davoir navre de leur couteulx Joos Clauwaerd, de la quelle navrure le dit Claeuward depuis trespassa. "

GMldolf et de ses amis^ fera un pèlerinage à Notre-Dame de Naples, avant la Chandeleur prochaine,, et^ dans les deux mois aprèsj un autre à Saint-Gilles en Provence.

La sentence porte encore que Pierre de Lestalle et Thielman Camerlinc^ complices de messire Jehan de Ghistelles, coupable de meurtre sur la personne de Lamsin de Podelgheer^ feront chacun un pèlerinage à Saint-Grilles en Provence^ avant la mi-août. Tous ces pèlerins rapporteront ^' bonnes lettres et soffisantes comme preuve de Fexécution de leur peine (^).

Nous avons vu que primitivement, lorsqu'un crime ou délit entraînait la condamnation à quelque pèlerinage, le délinquant devait entreprendre lui-même le voyage prescrit.

Plus tard il fut loisible au coupable de se libérer, à prix d'argent, de la plupart des pèlerinages expiatoires (^), qui se transformèrent ainsi en vraies amendes pécuniaires, et devinrent pour les communes une source féconde et permanente de revenus (^). Plusieurs villes de notre pays dressèrent même une liste tarifée de ces pèlerinages, offrant, en regard de chacun d'eux, le chiffre des amendes, par lesquelles on pouvait s'en libérer. Ces tarifs, dont quelques-uns ont été conservés, sont précieux, parce qu'ils nous apprennent à connaître les pèlerinages populaires de l'époque.

La liste-tarif, édictée par la ville de Gand, est une des plus remarquables; elle contient l'énumération de 179 lieux

{}) GiLLiODTS-VAN Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, 1'^ série, tom. ii, Bruges 1873, pp. 358 et sniv.

(^) Nous disons à dessein " la plupart ", car dans certains endroits, comme à Liège, les pèlerinages étaient de deux espèces; on pouvait raclieter les uns par une amende pécuniaire, mais les autres devaient se faire par le coupable en personne, et imprimaient à ce dernier une flétrissure, qui le rendait inhabile à remplir désormais nn emploi quelconque (Cannaert, op. cit., p. 83).

(^) La Coutume rimée du Franc de Bruges, qui paraît remonter au XIV^ siècle, mentionne déjà ces amendes substituées aux^ pèlerinages. Le § XL

de pèlerinage (^), disséminés dans toutes les contrées do l'Europe et jusqu'en Asie (^); à côté de cliaque pèlerinage, est indiqué le cliiffre de l'amende qu^on pouvait lui substituer. Ces amendes sont calculées en livres, escalins et deniers parisis. Parmi les pèlerinages figure celui de Saint- Gilles en Provence : Te Sente Gillis in Proventsen. Le délinquant, pour se soustraire à ce long voyage, devait payer une amende de six livres parisis (^). On y remarque en outre le pèlerinage

est intitulé : Hoe men deelt gheliic zoenen dat men ghelt hi fauten van pelegrimagen van manslachten. Il s'énonce comme suit :

Wiist men enen man te doene Felegrimagen, omme die zoene Van ère manslaeht; of omme Die pelegrimage eene somme Van ghelde te ghevene, dan Versit die pelegrimage die man Te doene, ende hi daer over ghelde Daer naer die somme van den ghelde.

Die maghe zullen ghemeenlike Dat ghelt ghelden, dier ghelike Dat men over die maghe zoene Ende moet soene pleghet te doene.

(GiLLioDTS-VAN Severen, Coutume du Franc de Bruges, tom. i, Bruxelles 1879, p. 494.) Nous interprétons ainsi ce texte :

Comment l'on procède au partage des deniers provenant de sommes payées à la suite d'expiations d'homicide pour pèlerinages non faits.

Un homme est-il condamné à faire un pèlerinage en expiation d'un homicide commis par lui, ou à payer, au lieu de ce pèlerinage, une somme d'argent, s'il néglige ensuite de faire ce pèlerinage et paie, à titre de libération, la somme d'argent fixée, les parents (les héritiers de la victime) partageront également entre eux ladite somme, comme on a coutume de pratiquer en fait de réconciliation.

M. le chanoine Van de Putte a publié la Coutume rimée du Franc de Bruges, sous le titre de Lois anciennes de Bruges, dans les Annales de la Société d'Émulation, V série, tom. i, Bruges 1839, pp. 224 et suiv.; le passage cité se trouve à la p. 264.

Q) Cannaert dit par erreur qu'elle en énumère au-delà de 250. (Bydragen tôt de kennis van het oude strafrecht in Vlaenderen, p. 82.)

(^) On y voit cités les pèlerinages de Sainte-Sophie et de Sainte-Anastasie, à Constantinople, de Sainte-Catherine au Mont Sinaï, de Saint-Thomas dans Tes Indes, etc.

(^) Cannaert, op. cit., p. 353. Le lecteur voudra bien se rappeler qu'à l'époque où cette liste fut dressée (probablement au XIII'' ou XIV*^ siècle), le pouvoir de l'argent était beaucoup plus fort qu'aujourd'hui.

de Saint-Gilles, à Douvres, Te Doitvere te st. GilUs, qui se rachetait par une amende de quarante escalins (^) . Cette liste, extraite d'un registre des actes passés devant les échevins de la Keure de Gand (^), se trouve parmi les pièces justificatives du travail de Cannaert (^). L'auteur n'indique pas la date de sa confection; il se contente de lui donner le titre de très-ancien et très-intéressant document, aloud en tevens allerhelangry'kst document et observe que Josse de Damhouder en parle dans sa PractycJce in Griminele 8aken (^).

Les villes d'Audenarde, d'Alost et de Termonde avaient aussi leur liste de pèlerinages expiatoires, convertibles en amendes pécuniaires.

La liste d'Audenarde, qui remonte à l'année 1338, a été insérée par MM. Yan Lerberghe et Ronsse dans le pre-

" Le poids d'un franc d'argent est en tout temps égal à cinq grammes d'argent : c'est ce qu'on appelle la valeur intrinsèque. Mais avec cinq grammes d'argent on pouvait acheter, au XII^ siècle, huit à dix fois plus de comestibles qu'aujourd'hui : or, la quantité de marchandise que l'on peut acheter à certaine époque avec une quantité fixe d'argent, est la valeur extrinsèque ou le pouvoir de l'argent. " (Collection de Précis historiques, tom. xxii, Bruxelles 1873, p. 289, note 1.) Ces lignes sont extraites d'un fort curieux article du P. Victor De Buck, sur le Taux des honoraires de messe.

Nous renvoyons le lecteur, qui désire étudier cette intéressante question, aux Mémmres de Léber sur V appréciation de la fortune privée au moyen âge relativement aux variations des valeurs monétaires et du pouvoir commercial de Vargent. Ces Mémoires ont été lus, en 1841, à l'Académie des inscriptions et belles -lettres, de Paris.

(^) Cannaert, op. cit., p. 354.

(") Witten houe C, fol. 10. Il existe, aux Archives de la ville de Gand, 53 registres des actes passés devant les échevins de la Keure; ces registres sont marqués par des lettres de l'alphabet, et intitulés : Witte, Sivarte, Geluwe et Boode houclcen. Voyez la Notice sur le dépôt des archives de Gand, par les Archivistes de la ville, Gand 1835, pp. 10 et suiv.

(^) Op. cit., pp. 351 et suiv.

O Id., p. 83.

(^) Rotterdam 1650, p. 76. Au chapitre lvii. Van ordinaire Criminele punitien Civile, de Damhouder dit : Oft het zijn weghen oft pelgrimagien, verre oft naer, die men seght gheschreven te zijn in den rooden Boech. La liste se trouve dans le Witten houe, et non dans le Rooden houe, comme l'écrit le savant jurisconsulte. Voyez Cannaert, op. cit., p. 83; item, p. 29, oii l'on peut lire le passage cité de Josse de Dambouder.

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