‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 61 sur 253 · IL - ÉGLISE DE SAINT-QUENTIN, A HASSELT · texte numérisé non relu

IL - ÉGLISE DE SAINT-QUENTIN, A HASSELT

M. le cLanoine Vanderryst, curé-doyen de Saint-Quentin (^), que nous avions consulté, nous répondit le 14 Août 1871:

" Saint Gilles est invoqué dans Féglise de Saint- Quentin, comme beaucoup d^autres Saints, car il n^ a pas moins de cinquante -cinq statues et statuettes dans l'église. Saint Gilles a sa statue, mais comme la plupart des autres, celle-ci n'a rien de remarquable sous le rapport historique. Souvent, durant Tannée, des fidèles viennent dans notre église invoquer saint Gilles contre le mal caduc et les convulsions des enfants, que le peuple appelle heziehte, Sint-GilUs zieJcte . "

Un de nos bons amis, le R. P. Ambroise Keelhoff, du couvent des Ermites de Saint- Augustin, à Gand, est natif du Limbourg et fort au courant des us et coutumes de la contrée; il nous écrivait de Neerbaeren, le 2 Mai 1873 :

J'apprends qu'il existe un pèlerinage en l'honneur de saint Gilles à Saint-Quentin de Hasselt. On y nomme ce Saint le grand saint Gilles, et l'habitude veut que les pèlerins soient au nombre de neuf, lorsqu'ils vont implorer le secours du Saint en faveur d'un malade, que celui-ci les accompagne ou non. "

Voici quelques détails sur la statue de saint Gilles, que l'on vénère à Saint-Quentin :

Cette statue, placée dans la seconde chapelle de la nef du midi, accuse le faire d'un artiste du XVP siècle; elle est en I bois polychromé, et mesure environ 90 centimètres de hauteur. Le Saint porte l'habit de bénédictin; de la main droite, il tient un livre ouvert, et, de la gauche, une crosse à vélum. Deux tonnelets sont suspendus, par une chaîne, à son bras gauche. La console, qui supporte la statue, est moderne, et ornée de

rmscription: S. EaiDIUSO.

(^) Décédé à Liège, le 12 Août 1878.

(^) Nous tenons ces détails d'un membre de la Gilde de Saint-Thomas et de Saint-Luc, laquelle avait fait choix du Limbourg, comme but partiel de son

m. - HEERS(0

La fondation primitive de Féglise de Heers remonte à une époque reculée. Par diplôme du 3 Novembre 1034, Kéginard, évêque de Liège,, donna cette église, avec vingt-deux habitations et leurs dépendances, à Fabbaye de Saint-Laurent, à Liège (^), qui conserva, jusqu^à sa suppression, le droit de nommer les curés de Heers.

L'église fut presque entièrement reconstruite vers la fin du siècle passé. A cet effet, la commune conclut, le 18 Mars 1768, avec dom Grégoire Bicquet, abbé de Saint-Laurent, un accord en vertu duquel ce prélat se chargeait de rebâtir, à ses frais, la nef de l'église avec d'autres accessoires, tandis que la bâtisse des collatéraux incomberait à la commune.

excnrsion dn mois d'Août 1874. Bien que cette statue passe généralement pour celle de saint Gilles, et malgré le nom du Saint, qui figure sur la console, quelques membres de la Gilde émirent des doutes à cet égard. D'une part, l'absence des caractéristiques ordinaires du saint abbé, savoir la biche et la flèche, d'autre part, la chaîne attachée au bras, firent croire aux plus entendus en iconographie, que la statue représente saint Léonard, ermite en Limousin, décédé abbé de Noblac, le 6 Novembre 559. Ce Saint se distingua par son zèle pour la délivrance des captifs, et c'est le motif qui lui a fait donner des chaînes pour attribut. (Voyez Cahier, Caractéristiques des Saints dans Vart populaire, tom. i, Paris 1867, aux mots Captifs, prisonniers, p. 177, ^Chaînes et prison, p. 190. Ce dernier article est accompagné d'une gravure, représentant saint Léonard, qui tient une chaîne dans la main droite.) Il ne nous appartient pas de trancher cette question, mais ce qui nous semble militer en faveur de l'opinion émise par les membres de la Gilde, ce sont les deux tonnelets, que retient la chaîne suspendue an bras dti Saint. Qui dit tonnelet, dit tonnelier; or, l'on sait qu'en plusieurs endroits, et notamment à Bruges, les tonneliers honoraient saint Léonard comme leur patron. Les tonneliers brugeois possédaient un autel dans l'église de Saint -Jacques. Cet autel, orné des armes du métier, se voit encore aujourd'hui à l'extrémité de la nef du sud; il est décore de deux statues de saint Léonard, portant des entraves, compedes, dans la main droite, et d'un tableau de G. Maes, qui représente ce saint personnage.

Q) Heers se trouve sur la route de Saint-Trond à Liège, à 6 kilomètres S. de Looz, 12 O. de Tongres et 23 S. de Hasselt.

Nous sommes redevable de nos renseignements sur le culte de saint Gilles à Heers, au curé de la paroisse, M. Van Hees, qui nous les a transmis, le 28 Novembre 1871.

(2) Cette abbaye était de l'ordre de Saint-Benoît. Ne pourrait-on pas voir une influence bénédictine dans l'introduction du culte de saint Gilles à Heers .■'

Le nouvel édifice fut consacré, le 21 Juin 1772, par Charles- Alexandre, comte d^Arberg et de Yallengin, évêque d^Amyzon, in partibus infidelium^ et suffragant de Liège (^). Il est dédié à saint Martin.

Le chœur, seule partie de Fancien bâtiment qu'on ait conservée, est aussi la seule qui mérite une mention. Il est conçu en style ogival du XY^ siècle, et se termine en abside polygonale. Ses fenêtres, découpées par des réseaux flamboyants, étaient ornées de vitraux peints, dont il reste de jolis fragments (^).

L'église possède un autel dédié à saint Gilles, dans la nef latérale du côté de FÉpître. Sur cet autel se trouve une statue du saint abbé, dénuée de valeur artistique; il était décoré jadis d'un tableau médiocre, oii l'on voyait des malades qui invoquaient saint Grilles, apparaissant dans un nuage.

Pendant toute l'année, écrit M. Van Hees, et chaque jour, des pèlerins viennent d'assez loin des environs, invoquer ' saint Gilles dans notre église de Heers, spécialement les mères I avec leurs jeunes enfants, lorsque ceux-ci semblent atteints de I maladies spasmodiques ou nerveuses. On vient également implorer le secours du Saint pour de grandes personnes sujettes à l'épilepsie ou à des crises nerveuses quelconques. Souvent on nous demande une prière pour les malades, ainsi qu'une messe en l'honneur de saint Gilles. Nous invoquons alors le Saint par l'oraison du missel, et nous récitons ensuite l'évangile de saint Jean : In principio erat Verhum.

^' Nous n'avons pas connaissance de guérisons miraculeuses; néanmoins ce que nous disent les fidèles du secours obtenu dans de très-nombreuses circonstances, prouve assez que le

{}) Transféré à l'évêolié d'Ypres, le 19 Septembre 1785, Mgr. d'Arberg offrit, à la demande de Pie VII, la démission de son siège, vers la fin de 1801, 3t mourut au cbâteau de la Bochette, près de Liège, le 10 Mai 1809.

(^) Le Beffroi, tom. i, Bruges 1863, p. 26. Ces détails sont extraits de la 3elle Notice historique sur la seigneurie de Heers, de M. Camille de Borman. îette seigneurie était fort ancienne; on constate l'existence des sires de Heers, lès le commencement du XI^ siècle. (Op. et tom. cit., pp. 29 et suiv.)

bon Dieu exauce souvent les ferventes prières des pèlerins. Des guérisons suivent les pèlerinages, et c^est ce qui engage les fidèles à recourir au bon saint Gilles dans des cas identiques, surtout quand le mal résiste aux remèdes ordinaires.

Le 1^^ Septembre, la fête de saint Gilles est célébrée très-solennellement, plus solennellement même que celle du patron de l'église, saint Martin. Les paroissiens chôment, comme le- Dimanche, et il y a un concours assez considérable des fidèles des environs, qui viennent à Heers en plus grand nombre durant Toctave de notre Saint, qu'aux autres temps de l'année. La relique de saint Gilles est exposée pendant toute cette huitaine.

Il arrive que les pèlerins fassent une offrande de quelques poulets, mais les dons se bornent d'ordinaire à quelques pièces de monnaie, déposées dans le tronc de l'église.

Il existe dans notre église une confrérie sous le vocable de saint Gilles; presque tous nos paroissiens en font partie. Je ne crois pas que cette confrérie date de loin, à en juger par les premiers noms qui figurent au registre; il se peut toutefois qu'un registre antérieur ait été égaré pendant cette époque de troubles, oii disparurent tant d'archives.

" Saint Gilles est un des Saints les plus populaires de la contrée; les Wallons le nomment bon ami saint Gilles. "

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