COUTUMES POPULAIEES
'''' La place du Plat-Fwrnieres , et surtout celle de Saint- Gilles, étaient des lieux de réunion publique, ou le populaire da bon vieux temps allait prendre connaissance des choses qui Fintéressaient. Le premier septembre, principalement, jour de la fête de saint Gilles, abbé, on inaugurait la ducasse par de pieux offices, et les gildes de Tare à main ne manquaient jamais de s'y réunir, pour offrir au Saint, patron de la contrée, la boule d'argent traditionnelle, gagnée par l'heureux vainqueur, au bruit des cris de joie et des trépignements d'une foule en liesse.
" Disons à propos de cris, que la place Saint- Gilles était le rendez-vous des enfants du quartier. On les voyait s'y livrer à toutes sortes de jeux, et plus d'une fois, à l'aspect d'une pièce de monnaie jetée en l'air, on les entendit répéter : Tête Saint-Pierre I Pile Saint-Gilles ! (^) suivant les vœux de ceux qui désiraient voir retourner ou le droit ou le revers de la pièce, pour avoir gain de cause (^).
Le prénom du doyen Carlier explique sa dévotion à saint Gilles. Il fonda, dit la Gallia christiana, dans l'église de Cambrai l'oflEice double de saint Gilles, abbé. Fundavit in ecclesia Cameracensi duplex offijcium S. Mgidii abhatis (tom. III, Parisiis 1725, col. 72). On aurait tort, croyons-nous, de conclure de cette phrase, qu'on ne faisait point auparavant l'oflace de saint Gilles dans la cathédrale de Cambrai; elle nous semble signifier simplement que Gilles Carlier fit une fondation pour rehausser la solennité extérieure de la fête de son patron, et la faire marcher ainsi de pair avec les autres fêtes doubles.
A. Le Glay, Recherches sur Véglise métropolitaine de Cambrai, p. 99. O Les enfants jouent encore aujourd'hui à pile ou face, croix ou pile. C est une sorte de jeu de hasard, où. l'un des joueurs jette en l'air une pièce de monnaie, l'autre nommant le côté qu'il veut de la pièce, et gagnant si la pièce tombée présente ce côté.
(^) Delaïtre, Becherches historiqites sur la villa de Vablic da Saint- Sépulcre, etc., p. 89.
M. Delattre cite encore les vers suivants, extraits des Troubles de Gamhray et où nous trouvons une réminiscence de Pancienne fête populaire de saint Gilles :
J'ay veu le temps qu'on veoit filles aller
Jouer aux champs, violettes cueiller,
Mengér le laict près le mets (mai) de saint-gillb
Pour rafrescir : craim' bouillye à Proville.
Porter tartrons, tourteaux et flandelets {^),
Aultre douceur; à gros bord les dorets (^);
Premier Lundy avant la Pasque close
Quand on alloit à pardon à S.-Olle (•*),
On y veoit aller les clercq sonnets
Enfants de chœur rapporter œufs rougets;
Lors on alloit au villaige al ducasse
Pour y gaudir (^) et y faire fricasse.
Las ! ce temps là vous est bientôt passé;
Dieu veuille avoir l'âme du trépassé (^) !