‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 78 sur 253 · III. - DUNKERQUE · texte numérisé non relu

III. - DUNKERQUE

U Histoire religieuse de la Flandre maritime et en particulier de la -ville de Dunl^erque, publiée par M. Victor Derode (^), renferme une page qui nous intéresse. La voici :

" En compulsant les titres déposés aux archives de cette ville (de Dunkerque), et en remontant dans le passé autant qu'il est possible, on y trouve la mention d'un vieux quartier. Ce vieux quartier est aussi nommé Si7it Gillisdoi'p. La rue de Saint-Gilles en indique l'emplacement.

En citant la demeure de telle ou telle personne qui y avait sa maison, on disait, non pas : il demeure en St-Gilh-'^-

C) Fol. 120.

(^) Petits flans.

(^) Tartes saupoudrées de sucre, qui les dorait en cuisant.

(■*) Village auprès de la châtellenie de Cantimpré.

(■') Petits clercs.

{^) Du latin gaudere, se réjouir.

C) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vabhé du Saintsépulcre, etc., pp. 89, 90.

(^) Dunkerquo 1857.

straete (rue St-Gilles)^ mais : il demeure en Sint-Gillisdorp (au village St-Gilles).

" Sous la domination française, alors que les dénominations flamandes cessèrent d^avoir cours, on disait non plus : Sint-Gillisstraete, ni Sint-Gillisdorp , mais le tour g Saint-Gilles, ce qui est la traduction littérale de Sint-Gillisdorp , ancien nom tliiois du vieux quartier.

^' Amenés de la sorte à présumer qu'il y eut dans les parages un village, un bourg de St-Gilles, nous devons admettre aussi une église. Eglise autour de laquelle se serait groupé le hameau.

" Ce qui est certain, c^est que très-souvent, lorsqu'on a fouillé le sol de la rue St-Gilles et des rues voisines, on y a trouvé des débris humains et tout ce qui constitue un cimetière. Tout récemment encore on a exhumé des ossements du terrain de Fhôpital de la rue Jean Bart.

S'il y avait là un cimetière, on peut, sans témérité, affirmer qu'il s'y trouvait un édifice religieux : une chapelle ou une petite église.

" Cette chapelle, cette église était-elle sous le vocable de St-Gilles ?

A priori, cela n'a rien d'inadmissible. Saint Gilles était fort honoré en Flandre. Dans le pays de Waes, à peu de distance de la mer (!!), il y a un village St-Gilles, un St-Gillisdoi:p. Dans une charte royale, donnée à S t- Germain en 1298, il est parlé d'une maison située à Bruges, dans le Sint-Gillisdorp. Ypres a son église dédiée à St-Gilles (!). Ce saint est le patron de l'église de .Craywick et de celle de Watten, dans l'arrondissement de Dunkerque.

Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce qu'un fait analogue ait eu lieu sur le territoire même de notre ville. Il y avait là un bourg St-Gilles; un cimetière était au centre du bourg, une église devait être au centre du cimetière.

" Lorsqu'on 1440 on érigea l'église qui précéda, sur le même terrain, celle que l'on nomme aujourd'hui St-Éloi, on

la désigna par une appellation^ qui semble lever toute incertitude. On la nomma la grande église.

" La qualification de grande église implique T existence simultanée d'une église moindre, d'une petite église.

Cette petite église était Féglise St- Gilles, Téglise du Dunkerque primitif.

Cette petite église, suffisante d'abord pour les habitants du bourg récemment entouré de murailles, aura été remplacée, au XV^ siècle, par un édifice nouveau, plus vaste et plus en rapport avec la population de la nouvelle ville.

En effet, un mémoire du temps nous révèle que la grande église fut, en partie, construite avec les matériaux de l'ancienne.

A défaut de renseignements directs, le nom seul de la ville suffirait pour lever toute incertitude.

Diuiherquej personne ne le conteste, signifie Église des Dunes; si donc on lui donna ce nom, c'est qu'il y existait une église,.... église antérieure, non-seulement à l'église St-Éloi actuelle, qui date de 1558; mais encore à celle de 1440, qui l'a précédée sur le même terrain.

Si l'on refusait d'en convenir, il faudrait prétendre que cette qualification : église des dunes, a été donnée à une localité sans église; — que de 960 à 1440, pendant cinq siècles environ, une population chrétienne a été agglomérée sans avoir un édifice pour y pratiquer son culte; — que l'église de Dunkerque, mentionnée dans la charte de 10G7 et dans une foule d'autres du siècle suivant, n'est qu'une invention du comte Bauduin Y et des fonctionnaires de sa chancellerie. Il faut prétendre qu'à Dunkerque, et par une anomalie singulière, ou appelait Grande-Église le seul édifice religieux qui y existât.

" Assurément, pour faire admettre de semblables énormités, il faudrait en fournir d'irréfragables preuves. En attendant qu'on les ait fournies, nous proposons l'énoncé suivant : " Sur la portion de territoire qui, au siècle, fut entourée de murs et nommée Dunkerque, se trouvaient auparavant

un bourg nommé St-Gilles et une église probablement dédiée à ce même saint.

Si, pour écrire Fhistoire, il suffisait de donner libre cours à son imagination, ce serait bientôt fait; fort heureusement, il n'en est pas ainsi. Pour asseoir sur des bases solides une opinion quelconque, il faut autre chose que des conjectures et des inductions, du genre de celles que M. Victor Derode, dans un but certes fort louable, a si laborieusement entassées, tout en les émaillant de quelques petites erreurs fort curieuses. C'est par distraction sans doute, que Fauteur a mis Saint- Gilles, (au pays de Waes), à peu de distance de la 7ner, et qu'il a doté la ville d'Ypres d'une église dédiée à St. -Gilles. On doit pouvoir fournir, de nos jours, d'irréfragables preuves à l'appui de ce qu'on avance; c'est parce que ces preuves font ici complètement défaut, et malgré tout notre désir de grouper le Dunkerque primitif autour d'un sanctuaire élevé en l'honneur de saint Gilles, que l'opinion de M. Derode nous inspire une médiocre confiance. D'autres que nous partagent ce sentiment. Feu M. Carlier, qui avait consacré une partie de sa vie à l'étude des antiquités dunkerquoises (^), nous écrivait de Paris, le 16 Mars 1872 :

" M. Derode s'est ingénié à trouver que 8^ Gillis dorp, qui doit se traduire par : bourg, hameau, village de Gilles, indiquait nécessairement une ville primitive, avec église dédiée à S* Gilles. Il a bâti sur ces données, purement imaginaires, tout un roman archéologique Pour moi, je n'adhère nullement à l'opinion de M. Derode. D'ailleurs, on voit dans la même rue, dite en flamand : /S^ Gillis dorp, des ruelles dites : 8^ Jacobs poortjej 8^ Jooris poortje. Il y aurait tout autant de

(}) Pp. 62, 63. M. Joanne, qui s'est inspiré sans donte des idées de M. Victor Derode, écrit : " Dunkerque fut d'abord un hameau, nommé Saint- Grilles, et qui, en prenant son nom actuel au IX'' ou au X'^ siècle, s'agrandit, etc. " (Itinéraire général de la France. Le Nord, Paris 1869, p. 133.)

(^) M. Carlier, décédé à Paris, le 16 Novembre 1874, est Tauteur de nombreux travaux historiques, relatifs à la Flandre française, et insérés presque tous dans les Annales du Comité flamand de France.

raison d^en inférer, qu^il y avait là des églises ou des cliapelles dédiées à S* Jacques ou à S* Georges. "

Disons cependant, pour être juste, que Inexistence à Dunkerque, et cela depuis des siècles, d'une rue Saint-Gilles, SinU GilUs doi'p, prouve que le culte de notre Saint y fut de bonne heure populaire. Cette rue, que la révolution française avait métamorphosée en rue du Bonnet rouge, va de la rue Jean Bart à la place du théâtre. Une statue de saint Gilles y figura jusque vers 1846 (^).

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