‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 97 sur 253 · I. - PROSES OU SÉQUENCES · texte numérisé non relu

I. - PROSES OU SÉQUENCES

On appelle Prose Tliymne qu^on chante, aux jours solennels, après V alléluia qui termine le graduel, et dans laquelle on se propose d^exprimer les caractères particuliers du mystère ou de la fête du Saint, que FÉglise célèbre.

Prose, dit le P. Le Brun, signifie un discours libre, qui n^est pas gêné comme les vers; et Ton a eu raison d'appeler ainsi ces Hymnes, qui la plupart ont été faites d'un style fort

libre, quoique rimées Ce n'étoit d'abord que quelques

versets, dont les syllabes répondoient aux notes des a redoublés de V alléluia, afin de faire chanter des paroles à la place de cette longue suite de notes, qu'on appeloit Neume ou Séquence, c'est-à-dire, suite de V alléluia. De là vient que les Proses mêmes ont été appelées Neumes, et que le Missel Romain, et plusieurs autres, les appellent encore Séquences. De là vient aussi qu'on ne les disoit qu'aux Messes oii l'on chantoit, et auxquelles on disoit alléluia^' (^).

Le cardinal Bon a et la plupart des anciens auteurs s'accordent assez généralement à attribuer l'invention première des Proses ou Séquences au bienheureux Notker-le-Bègue [Balhulus], moine de Saint-Gall (f 912); mais, il est prouvé aujourd'hui que les Séquences existaient au temps d'Adrien II, élevé sur la chaire de Saint- Pierre en 867, et que ce pape en renouvela l'usage déjà assez ancien (^).

Q) Explication littérale, historique et dogmatique des prières et des cérémonies de la Messe, tom. i, Paris 1777, p. 210.

(2) D. GuÉRANGER, Institutions liturgiques, 2'"^ édit., tom. i, Paris 1878, pp. 249 et suiv.

Avec le temps, les Séquences se multiplièrent au point que, dans un Missel imprimé en 1488, il s'en trouvait quatrevingt-dix, sans y comprendre les jours auxquels on était averti de dire celle qui plairait davantage (^). Mais comme, dans un si grand nombre, il s'en était glissé quelques-unes tout à fait ineptes, plusieurs conciles ordonnèrent de les examiner et de supprimer celles qui étaient mal faites. Le Missel romain, publié par saint Pie V, en 1570, n^a conservé que quatre Séquences : celle de Pâques, Victimœ paschali, attribuée au bienheureux Notker; celle de la Pentecôte, Veni sande Spiritus, dont Hermann de Yôringen, surnommé Gontradus ou le perclus, moine de Reicbenau (f 1054), est réputé l'auteur; le Lauda Sion, composé par saint Thomas d'Aquin, pour la fête du Saint- Sacrement; enfin le Dies irœ, qui se dit aux messes des morts (^), et paraît avoir pour auteur le cardinal Frangipani, appelé aussi Malabranca, de l'ordre de Saint- Dominique (t 1294). A ces quatre Séquences vint se joindre plus tard le Stahat Mater, mis à la fête de Notre-Dame des

Au premier rang des atitetirs les plus renommés en ce genre de compositions, nous voyons briller Adam de Saint- Yictor (f 1192), " ce grand poëte liturgique, comme l'appelle Dom Guéranger, dont les compositions rehaussèrent, durant tant de siècles, le Missel de l'Église de Paris, et furent si longtemps populaires dans l'Allemagne, l'Angleterre, et généralement dans toutes les Églises du nord de l'Europe ". (L'Année liturgique. Le temps de Noël, S-^e édit., tom. I, Poitiers 1871, pp. 319, 320.)

M. Charles Barthélémy a réuni toutes les Proses connues d'Adam de Saint- Victor, au nombre de trente -huit, et les a publiées, précédées d'une étude biographique sur ce poëte, parmi les appendices de sa traduction du Rationote divinoTum ojfficiorum, de Durand. Voyez le Rational ou manuel des divins j offices de Guillaume Durand, Évêque de Mende, au treizième siècle, ou raisons mystiques et historiques de la liturgie catholique, traduit, pour la première fois, du latin en français, tom. m, Paris 1854, pp. 494 et suiv. 1 (^) " Le Dies irœ semble avoir été composé plutôt pour le premier di-

I manche de l'Avent. En effet cette Prose roule en entier sur le jugement der- { nier, excepté l'invocation Pie Jesu, qui y a été très-manifestement ajoutée, lorsqu'on l'adopta pour les morts. Cette séquence, placée dans les Messes pour les défunts, est une déviation de la règle générale, selon laquelle il n'y a de Proses que pour tenir la place du neume ou julilus de V Alléluia. " (Pascal, Origines et raison de la liturgie catholique, collect. Migne, Paris 1844, col. 1054, V» Prose. — Voyez aussi Le Brun, op. et tom. cit., pp. 212, 213.)

VII Douleurs, et que les uns attribuent au pape Innocent III, d'autres à saint Bonaventure, d'autres enfin au bienheureux Jacopone de Todi, poëte franciscain (f 1306) (^). Les Missels des anciens ordres religieux ont conservé plusieurs autres Séquences.

" La Séquence, dit M. Félix Clément, était dans les fêtes religieuses au moyen âge un ornement liturgique, la fleur poétique et gracieuse qui répandait comme un parfum sur l'office du jour et dont le souvenir restait gravé dans la mémoire des fidèles. On peut juger de son importance par celle qu'on attache encore de nos jours aux quatre Séquences échappées au naufrage général et à un plus grand nombre d'autres, conservées dans quelques diocèses " (^).

Nous connaissons trois Séquences écrites en l'honneur de saint Gilles; ce nous est un bonheur d'enrichir nos Analectes de ces précieuses épaves liturgiques, et de les sauver ainsi de l'oubli.

La première Séquence est tirée du Missel de Liège, imprimé à Spire, en 1502 (^); elle y figure, au 1^^ Septembre, à la fête de saint Gilles. Nous la copions textuellement (^) :

Flos, egidi, confessorum, clemens tibi devofcorum acceptes obsequia.

Quern illustri stirpe natura, vere clamant illustratum virtutum preconia.

(^) Le Brun, op. et tom. cit., pp. 211, 212. — Fornici, Institutiones liturgicœ ad usum Seminarii Romani, tom. i, RomsB 1825, pp. 181, 182, et la traduction française de M. Boissonnet, Liège 1851, pp. 117, 118.

(^) Histoire générale de la musique religieuse, Paris 1861, p. 256. On trouve dans cet ouvrage une foule de Séquences du moyen âge, insérées au chapitre ii, qui traite des Drames liturgiques dans les églises (pp. 89 et suiv.).

(^) L'explicit de ce Missel porte :

Finit Missale Leodien. diocesis Peractu in inclyta ciuitate Spirensi Anno dni Millesimo quingentesimo secundo, xviij. idus Sepfemhris. Féliciter.

Cette pièce n'est pas ponctuée dans le Missel de 1502j nous y avons mis la ponctuation nécessaire à l'intelligence du texte.

Tu discentiâ rudimentis doctores equiparas.

Tu per vestem sedas pestem, pro christo te pauperas.

A serpente saucium sanas, arrepticium mundas in ecclesia.

Naufragantes libéras, dum famé délibéras vitare suffragia.

Hospitatus arelate natam repies sospitate, domum matris gaudio.

Terram fêtas infecundam, morbis curam das fecundam, iunctus veredimio.

Cuius lacté vivis solitarie, cervam canum eruis iniurie.

Gaudens molestia, oras pro venia te vulnerantium.

Orucis potentia, de crucis curia fugas demonium.

Tu francorum crimen régis dei scriptum manu legis et reformas venie.

Tu defunctum das viventem, tue prescis imminent em iacturam ecclesie.

Tu cipressina hostia sola ducis per maria, dans contracte remédia.

Tu prophetas obitura, chorus résultat celitum, dum ad celum das spiritum.

Yita frui te beata probat virtus frequentata, in qua tecum nos locari supplicamus deprecari. Amen. (^)

La Prose suivante est tirée de L'Office du matin à l'usage des laïcs du diocèse de Noyon,... extrait du Missel imprimé 'par ordre de Monseigneur Charles de Broglie {^) :

0 te sylvas habitantem, Et in antris latitantem, Canimus prsepositum.

Pompas fugis dum profanas, Sedes Deus in arcanas Te trahit reconditum.

(^) La même Séquence se rencontre dans les Missels de Liège, de 1515 et 1552, imprimés, le premier à Paris, le second à Anvers. Voici Vexplicit de l'édition de 1515.

Missale ad cosuetudine diocesis Leodiensis vigili cura a variis mendis ad polita lima redactu atq. in aima Parisiorum academia a tvolfgango hopylio : j impensis Francisai hyrckman impressum : — Anno 1515. x. Decemhris. 1

Wolfgang Hopyl imprima plusieurs Missels pour compte de François Birckman, notamment les éditions du Missel de Cologne de 1506, 1514 et 1520, ^ " ce qui prouve, dit Brunet, qu'alors les imprimeurs de Paris étaient en grande , réputation pour les livres de liturgie. Et ce n'est pas seulement des bords du ' Rhin qu'on avait recours à leurs presses; car nous verrons que le diocèse de I Lunde, en Suède, faisait aussi imprimer son Missel chez Wolfg. Hopyl, en I 1514. " (Manuel du libraire et de Vamateur des livres, tom. m, 2™^ part., Paris 1862, col. 1766.) .

Le Missel de 1552 se termine ainsi : j

Explicit Missale ad usum insignis ecclesie Leodien. Antuerpie in edihus^ loannis Buremunden. impressum. Anno dni. 1552. Mense Martio.

Nous avons vu un exemplaire de ces trois éditions dans la bibliothèque, des PP. BoUandistes, à Bruxelles. '

M. le chanoine Daris, professeur au séminaire de Liège, nous a signait ! le premier l'existence de la Prose ci-dessus, et a ea la bonté de nous en trans mettre une copie d'après le Missel de 1515.

(2) Paris 1771. — Sacré évêque de Noyon, le 22 Juin 1766, Mgr. Charle , de Broglie mourut le 20 Septembre 1777. i

Vulgi carens liic tumultu, Profluenti rigas fletu Saxa solitudinis.

Famés premit, urget sitis :

Tibi durus et immitis, Fontem potas luminis.

Te delectat dum paupertas, Copiosa quam ubertas Se diffundit setheris !

Te ductore, gens pacata, Fratrum cohors mancipata Yotis ardet superis.

Antra florent, currunt rivi, Et erumpunt fontes vivi Umbrosis de vallibus.

Procul risus : lectus cinis; Somnus parcus; indumentis Non teguntur mollibus.

Terrenorum abest cura, In tranquillo mens secura Conquiescit littore.

Quales hymnos, quem concentum Una promit vox canentum, Modulante pectore !

Laus extensa, quies brevis, Gravis labor, cibus levis, Corpora conflciunt.

Ut columbae transvolantes, Cuncta fide despectantes, Christo se reficiunt.

Inter astra mens oberrat, Deum lucis et adorât, Cessantibus nebulis.

Ad aeterna suspirantes, Domum mansuram sperantes, Habitant in casulis.

Auscultantes, ut parenti Gestiunt placere nati, Militant obsequiis.

Lex alumnos una régit, Amor omnes sancte cogit, Fortior imperiis.

0 Fax aima desertorum, 0 nimis habitatorum Optanda securitas !

Pro vanis quae perierunt, His ecce qui calcaverunt Mansura félicitas.

Amen (^).

Nous copions la troisième Prose des Offices propres de VEglise Paroissiale de 8. Leu-8. Gilles, à Paris :

Félix mundi pericula Oui datum intelligere :

Festinat sub umbracula Altissimi confugere.

Intus movente gratia, -<Egidi, tuos deseris :

Mundi fugis contagia, Sub alas Dei conderis.

Perfectas quo felicius Vitœ decurras stadium; Magistrum adis ocius Tyro fervens CaBsarium.

(') P. XXVI. Nous devons la communication de cette Prose à l'obligeance exceptionnelle de M. Tabbé Isidore Desilve, curé de Basuel, près Le Cateau (Nord), qui nous l'a transmise par lettre du 12 Mai 1872. Notre digne correspondant y avait joint plusieurs détails sur le culte de saint Gilles au diocèse de Noyon, qui demeura uni à celui de Tournai, de 530 à 1148. Supprimé, avec tons les évêchés de France, par la bulle de Pie VII, Qui Christi Domini vices, du 29 Novembre 1801, le diocèse de Noyon n'a pas été réérigé; son ancien territoire ressortit aujourd'hui à l'évêché de Beauvais.

0 quantus hospes saltibus Jam latet tuis, Gallia !

Fugit vir par cœlitibiis Mortalium consortia.

Hic sedens solitarius Sancfcum exercet otium; Deo vacans intentius Cœli prselibat gaudium.

Crucis exultans onere, Vias per duras graditur :

Vi grata Deo, rapere Cœleste regnum nititur.

Pressus famé vix utitur Sylvestribus cibariis :

Crebris caro consumitur, Pinguescifc mens, jejuniis.

Impigris dum cultoribus Fervet ager Ecclesise, Cœlo deducifc precibus Imbres foecundos gratiee.

Frustra sepultus abderis Altis sylvse recessibus :

Yenantis ecce proderis Gothi Eegis aspectibus.

0 potens mentem rapere Pulchree virtufcis gratia !

Blande fulgens, allicere Corda valet ferocia.

Yenerabundi Principis Sumptu surgit cœnobium; Tu confluent um suscipis Tremens curam sodalium.

ISTec laedi jus Eeclesia3 Arelatensis pateris :

Romam vindex justitiae Missus, Victor regrederis.

Late per régna sanctitas Illustrior increbuit :

Franci Eegis attonitas Aures fama personuit.

Te Kex, te regni Proceres Ardent : tu votis flectere :

Aulam vitali properes Odore Christi spargere.

Ades : certant obsequiis Eex, Principum frequentia :

Pr£e dulcibus cœnobiis, Plaudens nil sapit regia.

Laetus eremo redditur:^ Crux reduci deliciae :

Sinu Crucis immoritur; Yivit in sinu gloriae.

Hgec una sit scientia, Te, Christe, solum noscere :

Haec una sit prudentia, Te, Christe, solum quaerere.

Spretis mundi divitiis, Da nos in te ditescere :

Spretis mundi deliciis, Da nos te, Deus, sapere.

Amen

(1) Pp. 364 et suiv.

Nous disions tantôt n'avoir découvert que trois Proses on Séquences en l'honneur de saint Gilles. 11 s'en trouve une, il est vrai, pour la fête du saint abbé, dans le Missel de Térouane, de 1518, mais cette Séquence n'a rien de propre; elle glorifie le Christ, la Vierge, les anges et les divers ordres de bienheureux, sans faire aucune allusion à saint Gilles. Inutile dès lora de reproduire cette pièce, dont le texte nous a été transmis par M. Henri de Laplane, le 18 Mars 1872.

Le Missel de Térouane, qui contient cette Séquence, porte pour titre: Missale ad usum insignis Ecclesie Morinensis peroptime ordinatum ac diligenti cura castigatum; cum situatione Prosarum in suis locis; nec non cum additione plurium Missarum... On lit au bas de la page-titre : On les vent à Paris en la "inaison lehan de Laporte à VEnseigne de la Chaire. L'explicit est ainsi conçu : Impressum Parisiis per Nicolaum de Pratis, expensis eiusdem de Pratis et

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