II. - COLLECTES
La première oraison de la messe, celle qui précède PÉpître, porte le nom de Collecte.
Ces courtes prières qui précèdent FEpître, — écrit le savant arclievêque de Chambéry, feu Mgr. Piclienot, — s'appellent ordinairement collectes, et cela pour trois raisons principales : la première^ c'est parce qu'on les dit lorsque le peuple est déjà rassemblé, et que tous élèvent ensemble vers Dieu leurs voix et leurs coeurs. Collecte veut dire assemblée; saint Jérôme appelle ainsi la réunion des fidèles, à qui saint Jean, sur la fin de sa vie, ne savait que répéter : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres " : nihil aliud per singulas solehat proferre collectas. • — On les appelle aussi collectes, parce que le prêtre rassemble, réunit, colligit, et fond pour ainsi dire en une seule toutes les demandes du peuple chrétien, pour les offrir à Dieu. C'est comme une gerbe de prières oii chacun doit avoir apporté son épi; c'est une corbeille de fleurs qu'il dépose sur l'autel et oii chacun fournit sa tige et son parfum. — Ce nom de collectes vient enfin de ce que les paroles qui les composent sont empruntées à ce qu'il y a i de plus touchant et de plus beau dans le livre des Écritures, dans les trésors de la tradition, ou même dans l'histoire des
loannis de Laporte Parisiis suh signo Cathedre commorantis anno Domini MDXVIII. XI mensis llris.
M. de Laplane, de qui nous tenons ces détails bibliographiques, ajoute que ce Missel fut en usage dans le diocèse de Térouane, jusqu'à la destruction ie cette ville par les Impériaux, en 1553.
Saint Gilles occupait une place d'honneur dans la liturgie de l'antique jSglise des Morins; le Bréviaire et le Missel de cet immense diocèse sont là pour 6 prouver. Remercions, une fois encore, MM, Van Drivai et de Laplane de jious avoir mis à même de consigner ce fait dans nos Analectes, et d'enrichir 1 otre recueil de tant de détails intéressants. Le concours de ces érudits nous été d'autant plus précieux, que les exemplaires du Missel et du Bréviaire de l 'erouane, échappés au pillage et à la ruine de cette malheureuse cité, compjent parmi les raretés bibliographiques les plus enviées de notre temps.
saints dont on célèbre la fête; c'est un précis merveilleux, c'est un abrégé substantiel qui résume tout " (^).
Au Missel romain, la Collecte de la messe en l'honneur de saint Gilles est du commun des abbés :
Iiitercessio nos, qua3sumus, Domine, beati ^gidii Abbatis commendet: ut, quod nostris merifcis non valemus, ejus patrocinio assequamur.
Beaucoup de Propres ont conservé cette Collecte (^).
Ailleurs, comme à Saint-Gilles de Bruges, on récite l'oraison :
Sancti Confessons tui ^gidii supplicationibus tribue nos, Deus, adjuvari : ut quse pie credidit appetamus, et qu£e juste speravit consequamur {^).
Nous groupons ici un certain nombre de Collectes, dont j le texte s'écarte de celles que nous venons de citer. A défaut de [ Missels, nous les empruntons aux Bréviaires, l'oraison de l'office étant la même que la Collecte de la messe correspondante.
Collégiale de Saint-Donatien, à Bruges :
PraBtende nobis. Domine, misericordiam tuam, et beati Egidii abbatis intercessione, cujns nos dedisti patrociniis adjuvari, tribue ut majestatem tuam exoret pro nobis (^).
(^) La prière de V Église ou les Collectes, courtes homélies sur les première ^ oraisons des dimanches et des fêtes, 2^ édit., Paris 1879, Introduction, pp. v, vi, Voyez aussi Le Brun, Explication.... des prières et des cérémonies de la Mésst' tom. I, Paris 1777, pp. 192, 193; Fornici, Institutiones liturgicœ ad usum Senv narii Romani, tom. i, Romge 1825, pp. 168, 169, et la traduction de M. BoissoK net, édit. de Liège 1851, p. 110.
(^) De ce nombre sont le Propre actuel de Liège, le Bréviaire de Tourn?! de 1446, les anciens Propres de Malines, 1673, d'Anvers, 1712, de Boulogml 1756, etc. Toutes les églises de Belgique et du Nord de la France, dédiées saint Gilles, celle de Bruges exceptée, disent l'oraison : Intercessio, etc.
(^) Une foule de Propres ont adopté cette oraison, en y introduisant qui ques variantes, signalées plus haut, p. 164, note 1. La même oraison se trony au Propre de Saint-Leu, à Paris; elle est formulée comme au Bréviaire ■ Saint-Omer, de 1784 (loc. cit.), avec cette seule différence, qu'au lien de : quœ PIE credidit, elle porte : quœ ipse credidit.
(^) Voyez ci-dessus, p. 455.
O Le Diurnal de Maestricht, imprimé à Paris, en 1506, par Wolfgaij Hopyl, renferme la même oraison, à une légère variante pi'cs et tribue
Eglise de Wurtzbourg.
Prsetende nobis, Domine, qusesumus, misericordise tu£e suffragium, et beati Egidii abbatis intercessio nos foveat, ut ejus féliciter celebremus glorige triumpbum, quem mirificum adscivisti hodierna die civium collegio supernorum (^).
Église de Mayence.
Deus, qui beatum Egidium, confessorem tuum, in terris vita laudabili decorasti, et in cœlis seterna gloria sublimasti, qusesumus ut, ejus suffragantibus meritis, vita nostra apud te suis precibus commendeturP).
Ordre de Saint-Benoît.
Auxilium tuum nobis. Domine, quaesumus, placatus impende, et intercedente beato Egidio, confessore tuo atque abbate, dexteram super nos propitiationis extende (^).
Deus, qui beatum Egidium Abbatem, erogatis in pauperes divitiis, ad eremum mira providentia traduxisti : fac nos ejus intercessione mundi caduca despicere, et sola cœlestia desiderare
Missel ambrosien (^).
Beatus Sacerdos Confessor tuus -iEgidius, quassumus, Domine,
heatus Egidius ahhas, cujus nos dedisti patrocinio adjuvari, majestatem tuam pro nobis exoret.
O Voyez, sur le Bréviaire de Wurtzbourg, Breviarium Herhipolense, p. 463, note 1.
(^) Fol. ccccxiiii r,° col. i. Nous avons parlé du Bréviaire de Mayence, aux pp. 463, note 2, et 473, note 1.
(^) Breuiarium bénédictine religionis iuxta consuetudinem monachoru nigror. de ohservatia mellicen. Impssum impensis Georgij Stuchs ex Sultzpach ciuis Nurmhergen. Anno incarnationis dni M CGCCC, in vigilia scti mathie apostoli finit féliciter. Ce Bréviaire manque de pagination.
(■*) Breviarium monasticum pro omnibus sub régula SS. P. N. Benedicti raiUtantibus, Pars autumnalis, Mechlinise 1871. Cette oraison est tirée de 1 l'office propre de saint Gilles, qui se trouve, au l^'^ Septembre, dans le Suppleimentum pro diversis locis Germaniœ et Helvetiœ. Cet office est du rite double et à quatre leçons historiques fort courtes; celles-ci renferment les mêmes erreurs de cbronologie que la leçon du Bréviaire romain.
(^) " La plus ancienne Liturgie de l'Occident, après celle de Rome, est la Liturgie de Milan, connue sous le nom d'Ambrosienne..., L'origine des formes du culte divin, dans l'Église de Milan, se confond avec l'origine même du christianisme... Le nom d'Ambrosienne, attribué de tout temps à la Litur-
sua nos intercessione apud te commendet : uttibi placito fulti suffragio, quam precaraur, indulgentiam peccatorum consequi raereamur (^).
Eglise de Saint-Leu-Saint-Gilles^ à Paris. Nous connaissons déjà la Collecte de la messe; voici la Secrète et la Postcommunion, qui sont fort belles :
Sécréta.
Ut sanctissimum hoc sacrificium digne tibi offeramus, Domine, da nobis inviolatam corporis et animas puritatem, intercedente beato -(iEgidio Abbate, oui dedisti seculum fugere, ut ab hujus corruptione immaculatam se custodiret.
Postcommunio.
Domine Jesu Christe, qui nos in hujus mundi deserto, manna pretiosi corporis tui reficere dignatus es; concède propitius, ut beati j^gidii Abbatis exemplo, contemptis seculi voluptatibus, te verarum deliciarum fontem semper sapiamus (^).
Le 8 Septembre, fête de la Nativité de la Vierge, on faisait mémoire, à la messe, du jour de F octave de saint Leu et saint Gilles. La Collecte mérite d'être copiée :
Deus, qui beatum Lupum Pontificem populo sibi comraisso caritate prodesse, et beatum -^gidium Abbatem in solitudine veritati vacare fecisti; da nobis eorum intercessione, veritatem toto corde quaerere, et in caritate facere (^).
gie de Milan, prouve très-certainement qu'on aussi grand docteur que saint Ambroise a dû, ainsi que tous les plus illustres évêques de l'antiquité, travailler à la correction de la Liturgie de son Eglise. On peut donc lui attribuer un travail analogue à celui de saint Gélase et de saint Grégoire sur le Sacramentaire romain : mais c'est sans aucune espèce de preuve que Pamelius attribue, d'une manière précise, à saint Ambroise la composition du plus grand nombre des messes, oraisons et préfaces du Missel ambrosien actuel. " (D. GuiRANGER, Institutions liturgiques, 2""^ édit., tom. i, Paris 1878, pp. 184, 185.)
Q) Missale Amhrosianum depromptum ah edito an. MDCCLXVIII. Joseph ' Cardinalis Puteohonelli Archiepiscopi auctoritate recognito, Pars autumnalis, Mediolani MDCCXCIV, e Praelis Fratrum Pirola, p. 438. j
(2) Offices propres de VÉglise Paroissiale de 8. Leu-8. Gilles, à Paris, J pp. 369, 370. !
(3) Id., pp. 377, 378.
Dans quelques églises, saint Leu et saint Gilles se fêtaient ensemble, le j 1" Septembre, et on en faisait mémoire par une seule oraison, que formule j
Nos lecteurs se rappellent peut-être les lignes consacrées, dans notre Avant-propos, aux quatorze Saints Auxiliaires, ainsi nommés à raison de leur pouvoir contre certains fléaux et des privilèges que le Seigneur a daigné leur accorder. Tous ces Saints appartiennent à la glorieuse phalange des martyrs, un seul excepté, saint Grilles, qui ne partage avec aucun autre confesseur ^honneur de figurer dans cet illustre groupe.
Il n^est pas rare de rencontrer dans les anciens livres I d'église Foffice et la messe des quatorze Saints Auxiliaires : I La fête de ces saints, réunis sous leur titre de secoura-
1 hleSj dit le P. CaMer, est marquée dans le Bréviaire d'Halber- I stadt (1516, in-8^) pour le lendemain de Saint-Brice; ailleurs, leur messe semble laissée à la dévotion d'un chacun; mais elle se retrouve dans les missels d^Utrecht (1540, in-foL), de Saltzbourg (1515, in-foL), de Passau (1505), de Frisingue, d^Estzergom, de Suède, etc., etc.
" Un vieux missel suédois en caractères gothiques (sans indication de lieu, d^ année ou d^ imprimeur), renferme cette oraison de XIV aiixiliatorihus, dans une messe ad hoc :
Omnipotens et misericors Deus, qui gloriosos martyres tuos Georgmm, Blasium, Brasmum, Pantaleonem, Yitum, Cristoferum, Egiditjm, Achacium, Dionisium, Oiriacum, Eustachium, Katherinam, Margaritam et Barbaram, specialibus privilegiis prœ cunctis aliis sanctis decorasti ; concède propitius ut omnes qui in necessitatibus suis eorum implorant auxilium, secundum tuae promissionis gratiam, suse petitionis salutarem consequantur effectum {}).
ainsi le Breviariv/tn Canonicorum regularium ordinis sancti Augustîni (Parisiis,... opéra Pétri Didovei, 1523, fol. Ixix v°) : Deus, qui nos sanctorum confessorum Lupi et Egidii confessionihus gloriosis circumdas et protegis : da nohis et eorum imitatione proficere, et intercessione gaudere.
Détail curieux : à Bamberg, on célébrait, le 1^' Septembre, la fête collective de saint Gilles, de sainte Véréna, l'une des compagnes de sainte Ursule, et de saint Prisque, martyr. L'office était de communi plurimorum martyrum, avec cette oraison : Exaudi, quœsumus, Domine, preces nostras, et intervenientitus sanctis tuis, supplicationes nostras placatus intende. (Breviarium secundum usum chorumque Ecclesiœ Bdbenbergensis, Dilingae, excudebat Sebaldus Mayer, 1575, p. 594.)
(0 Dans son commentaire bistorique sur la vie et le culte de saint Georges, le P. Daniel Papebrocbins rapporte la même oraison, avec de légères
L'oraison des quatorze saints se retrouve dans un missel de Toulouse (1540), mais je doute que cette dévotion ait jamais eu grand cours en France (^).
Nous avons trouvé une messe De Quattuordecim adiutorù hus dans un petit Missel en caractères gothiques, à l'usage des voyageurs, Missel faisant partie de la bibliothèque de Mgr. Malou, et que ne cite pas le P. Cahier. Ce Missel porte à la première page : Vade meciom. Missale Itineratium seu Misse peculiares valde deuote (^) .
La messe en question se trouve fol. xxix r^ et v°. Voici la Collecte, la Secrète et la Postcommunion; on remarquera que la Collecte est, à peu de chose près, la même que celle du Missel suédois, cité par le P. Cahier :
Oratio. ]
Omnipotens et misericors deus qui electos sanctos tuos Georgium, Blasium, Erasmum, Panthaleonem, Yitum, Christoferum, Dyonisium, Cyriacum, Achacium, Eustachium, Egidium, Margaretham, Barbaram et Katherinam specialibns privilegijs pre cunctis alijs decorasti, ut omnes qui in necessitatibus suis eorum implorant auxilium, secundum promissionis tue gratiam petitionis sue salutarem consequantur effec-
variantes, extraite du Missel d'Utrecht, de 1514, et de celui des Frères-Prêcheurs, de 1550. Cette oraison forme la Collecte d'une messe de quindecim sanciissimis Auxiliatorihus, intitulée : Missa proficua pro gratia aliqua vel libS' ratione apericidiset angustïis ohtinenda (AA. SS. Aprilis, tom. m, AntverpiaD 1675, p. 149, n. 65). Dans l'ordre des Frères-Precheurs, à Utrecht, en divers endroits d'Allemagne et d'Italie, on vénérait un quinzième Auxiliaire, saint Magnus : en Allemagne, oîi cette dévotion semble avoir pris naissance, c'était saint Magnus, abbé de Fùssen; en Italie, son homonyme, évêque d'Oderzo (Cahier, Caractéristiques des Saints dans l'art populaire, tom. i, Paris 1867, pp. 102, 103, v° Auxiliaires [SS.']). De là le titre de quindecim sanctissimi Auxiliatores, donné souvent à ce groupe de bienheureux.
Cahier, op. et tom. cit., p. 102, note 4. — Voyez aussi de Kerval, Vie et culte de saint Gilles, Vun des quatorze Saints les plus secourables du paradis, 2^ édit., Le Mans 1875, pp. 119 et suiv. M. Jules de Kerval termine son travail par un Appendice, do près de cent pages, sur Les quatorze Saints Auxiliateurs.
(2) Le dernier feuillet se termine par cet explicit :
Itinerantiu Misse siue Peculiares certis de sanctis oronihus annexis ; necno orones générales cum comuni sanctoru unacu Requie Finiut. Impssum Kuremberge'p Hieronyviu Hôltzel. Anna dni 1507- xxiiij. die Mensis Septebris.
tiim: da nobis quesiimns nostronim vciiiam pcccatorum, et ipsorum intercedentibus meritis, ab omnibus nos adversitatibus libéra, et deprccationes nostras bonignus exaiidi.
Sécréta.
Suscipe quesumus clementissime deus preces et hostias, qnas tibi in sanctorum tuornra Georgii... et Katherine honore deferimus, ut qui nostre justicie fiduciam non habemus, eorum qui singulariter placuerunt intercedentibus meritis, petitionum nostrarum te pium largitorem sentiamus.
Gomplenda.
Sacramenta que sumpsimus domine quesumus intercedentibus sanctis tuis G-eorgio... et Katherina nobis prosint ad veniara : et quorum petitionem clementer exaudisti, in nécessitât ibus nostris nos refove miseratus auxilio, et ab omni nos adversitate potenter custodi.
Parmi les Saints Auxiliaires, il y en avait cinq, qui, sous le titre des cinq Bienheureux privilég^iés quinqice Sancti privilegiati, formaient un groupe spécial, et jouissaient d^un culte particulier dans plusieurs églises; c^ét.aient saint Denis, saint Georges, saint Christophe, saint Biaise et saint Gilles Q). Plusieurs anciens Missels, entre autres celui d^Utrecht, de 1514, renferment une messe de quinque Sanctis privilegiatis j avec cette Collecte :
Deus qui Sanctorum tuorum Dionysii, Georgii, Christophori, Blasii et ^GiDii memoriam facientibus et eorum opem poscentibus auxilium in tribulatione promisisti, ipsorum nos queesumus tuere prsesidiis, sicut in omnibus fidelis es verbis (^).
(}) Cahier, op. et tom. cit., p. 103, col. 2. — de Kerval, op. cit., p. 58. C^) AA. SS. Aprilis, tom, m, p. 149, n. 65. — de Kerval, op. cit., p. 123, note 1.
Le P. Cahier a trouvé la même Collecte dans un livre d'heures manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris; elle y est précédée d'une petite prose, en manière de répons, oîi chacun des cinq Bienheureux privilégiés est désigné par l'attribut qui le distingue spécialem^ent. Le P. Cahier en cite ce fragment :
Dionysi radius Grsecife,
Fide regnum illustrans Franciœ;
O Georgi miles egregie,
Hostem vincens armis potentiœ;
Christophore tinctus in sanguine,
(Jhristum ferons humeris fiumine;
Blasi, praesul vivens purissime,
Urbain VIII a fait disparaître du Missel la messe des Saints Auxiliaires et des cinq Bienheureux privilégiés (^).