‹ Saint GillesChapitre 24 sur 57 · PIE IX PAPE · texte numérisé non relu

PIE IX PAPE

Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

Nous avons reçu votre lettre dans laquelle, après Nous avoir témoigné votre obéissance et votre'entier dévouement, vous Nous rappelez le souvenir de cette lamentable révolution du XYP siècle, et la douleur si amère des fidèles du diocèse de Nîmes, lorsqu'ils virent emporter à Toulouse les reliques de leur saint patron. S* Gilles, abbé, à cause d'une grave nécessité du temps. C'est pourquoi ce troupeau, confié à vos soins, n'a pas cessé jusqu'ici, comme vous le dites, de désirer vivement de posséder une relique insigne de ce même Saint, son patron, et vous avez la confiance que l'archevêque de Toulouse serait disposé à se montrer favorable à ces vœux, si conformes à sa piété, du moment qu'ils auraient notre approbation. Cette approbation n'est pas douteuse, vénérable Frère; soyez-en tellement persuadé, que Nous n'ayons nul besoin d'exposer ici ou de démontrer la souveraine équité de la demande. Du reste, comme il est aussi pieux de formuler cette demande, qu'il est louable de l'exaucer. Nous avons la plus entière confiance que l'archevêque de Toulouse secondera en tout vos efforts.... {Le pape termine ce bref, en faisant des vœux pour le rétablissement de la santé si compromise de Mgr. Cart.) Donné à Rome, à Saint- Pierre, le 6 Juin de l'année 1865, la IX^ de notre pontificat (^).

(^) Voici le texte latin du bref pontifical : Plus P. P. IX.

Venerabilis Frater, salutem et apostolicam benedictionem. Perlatae stint ad Nos litterse obseqaii erga Nos tui, et devotionis plenissimae, quibus commemorata tristissima illa decimi sexti ssecnli conversione, Nemausensium fideliam dolorem una simnl testatus es, qnem ipsi ob reliqnias etiam Patroni sni sancti ^gidii Abbatis Tolosam, dira tune urgente causa, asportatas, acerbissimum perceperunt. Usque nunc desiderium propterea in tuo isto grege, quemad-

Deux mois après^ Mgr. Cart écrivait à F archevêque de Toulouse, pour lui notifier cette réponse du Saint- Père; sa lettre était ainsi conçue :

Monseigneur,

Votre Grandeur sait les démarclies que j'ai faites, à diverses reprises, dans le but d'obtenir le recouvrement des reliques, ou du moins d'une relique insigne de S. Grilles; elle sait en particulier les instances faites en mon nom par Mgr. l'évêque de Viviers.

Vous voulûtes bien, en dernier lieu, vous montrer tout disposé à me seconder, si j'étais muni de l'approbation du souverain pontife. Cette approbation, dont je vous envoie la copie, est telle que je pouvais la désirer. Je ne doute pas qu'elle ne fasse impression sur les catholiques de Toulouse, dépositaires de nos saintes reliques, et ne les détermine à faire droit à nos réclamations.

Au reste, Monseigneur, je ne veux point que l'Eglise de Toulouse, fidèle gardienne de ce trésor, en soit désormais privée. Ce que je réclame instamment, en ce moment suprême où mes forces m'ont abandonné, et où il ne me reste plus qu'à rendre mon âme à Dieu, c'est une insigne relique de S. Gilles, dont le retour dans mon diocèse doit combler les vœux d'une portion du troupeau qui m'est confié.

f Jean-François, Évêque de Nimes.

Cette lettre est datée du 6 Août 1855; six jours après^ le pieux prélat avait cessé de vivre (^).

L^affaire n^a pas avancé depuis lors. En 1862, Mgr. Planfcier offrit aux habitants de Saint- Gilles une relique notable le leur patron, reçue de Toulouse, et dont il sera parlé au 'hapitre m de ce livre; mais cette relique n^est pas insigne (^),

nodum scribis, viget ac persévérât insignem aliquam ejusdem Patroni beati 'eliquiam secum habendi, oui Tolosanns Arcbiepiscopiis exbiberet se, nt îonfidis, adeo faciliorem, ubi religiosa Nemausensinm vota Nobis etiam projentur. De qua sane re volnmns sic tibi esse persuasntn, Venerabilis Frater, it omnino opus non sit petitee rei summam aeqnitatem bac nostra epistola istendere vel demonstrare. Qnum tanta in religioso eo munere petendo pietas ubsit, quanta in illo dando est laus, favitnrum maxime postulatis tuis Tolosa-

nm Antistitem confidimus, Venerabilis Erater Datum Komee, apud S. Pe-

rum, die 6 Junii anni 1855, Pontificatus nostri anno IX. (^) Teissonnier, op. cit., pp. 185 et stiiv.

(^) Les reliques proprement dites, prises dans le sens le plus rigonrenx a mot, comprennent le corps et ses parties, quelque petites qu'elles soient. Iles se divisent en insignes, notables et minimes ou parcelles.

et les Saint-Gillois sont toujours à attendre celle qui leur revient à tant de titres. Ni les supplications et les larmes d'un évêque mourant, ni les vœux du Saint-Père, ni les désirs de toute une ville, n'ont pu émouvoir la population toulousaine et la décider à exaucer une demande à la fois si juste et si modérée.

La pieuse obstination des Toulousains inspire à M. le chanoine d'Éverlange une page émue, oii le digne curé prouve les droits imprescriptibles de son église à la possession du corps de saint Gilles, et réfute, en termes énergiques, les prétextes allégués pour le maintien d'un état de choses, que rien ne saurait justifier :

" L'église de Toulouse, — ainsi s^exprime M. d'Éverlange, — possède donc les reliques de notre saint patron. Mais cette possession qui remonte seulement à 1562, et non pas au temps des Albigeois, comme l'ont cru quelques Mstoriens, ne vaut pas titre à nos yeux. Ce ne fut pas une cession, encore moins une aliénation. L'église de Saint-Gilles, en s'adressant à l'antique basilique de Saint- Sernin, lui disait en lui confiant ses reliques : Gardez-moi ce dépôt '\ Or, ce dépôt était d'autant plus sacré, que des raisons de force majeure mettaient l'église de Saint- Gilles dans la cruelle nécessité de s'en séparer pour un temps.

Une décision de la sacrée Congrégation des rites, du 13 Janvier 1631, range parmi les reliques insignes la tête, le bras, la cuisse, ou la partie du corps sur laquelle un martyr a souffert, pourvu qu'elle soit entière, pas trop petite, et approuvée légitimement par l'évêque (Falise, Décrets authentiques de la sacrée Congrégation des rites. Tournai, 1860, p. 464).

Une relique est notable, quand, sans être insigne, elle a une certaine dimensionj ainsi une côte, xine mâchoire, une main, un fragment considérable d'un bras, d'une jambe, sont des reliques notables. Si toutefois le Saint avait été martyrisé dans ces parties du corps, ces reliques devraient être regardées comme insignes (S. R. C, 13 Jan. 1631).

Les reliques appelées minimes ou 'parcelles, sont de très-petites parties du corps d'un Saint, comme une dent, un ongle, etc., ou bien des parcelles de reliques insignes ou notables, comme celles renfermées dans les médaillons ou autres petits reliquaires. (Guillois, Explication... du Catéchisme, 8®édit., tom. II, Le Mans, 1856, pp. 137, 138. — Duclos, op. cit., p. 2.)

En vain, pour se dispenser de restituer ce corps sacré à cette tombe illustre, dans laquelle ses enfants le déposèrent avec tant d^ amour, en vain voudrait-on s'excuser sur les difficultés qui se dressent devant la réalisation de cette œuvre de justice. Ne voit-on pas que c'est excuser tous les détenteurs de dépôts et des biens placés sous la sauvegarde de la conscience et de la religion ? Ne savons-nous pas que des faits certains démentent cette prétendue impossibilité ? On se rappelle, en fait de translation ou de restitution dé reliques, celles de St. Louis, évêque d'une ville d'Espagne, à Toulouse, en 1854; de St. Baudile Puecliablon, près d'Aniane, à Nîmes; de St. Clair, évêque, de Ste. Eulalie de Bordeaux, à Lectoure, diocèse d'Aucb, en 1858.

" Qui de nous, en visitant les cryptes célèbres de Saint- Sernin, ne s'est pas prosterné avec amour devant la cbâsse où sont renfermées les reliques de saint Gilles ? Ali ! sans doute, à l'approcbe de ses enfants, ses ossements bénis doivent tressaillir ! Que ne peuvent-ils reposer encore dans cette crypte onze fois séculaire, que leur consacra la piété de nos ancêtres ? " {^)

En 1861, nouvelle ouverture de la cbâsse de saint Gilles : quelques fragments d'os en furent extraits, et envoyés à Nîmes et à Cambrai (^). La relique donnée par Mgr. Plantier aux fidèles de Saint-Gilles, provenait sans doute de cet envoi; ce fut alors aussi que l'église paroissiale de La Flamengrie (Dép. du Nord) s'enrichit de la précieuse relique, dont nous ferons mention plus loin. Nous n'avons pu nous procurer le procès- verbal de cette ouverture de la châsse.

Le 29 Août 1865, on découvrit le tombeau de saint Gilles dans la crypte de la basilique; cette découverte provoqua la lettre suivante de Mgr. Plantier à Mgr. Desprez, archevêque de Toulouse :

O 8aint Gilles et son pèlerinage, 4'"'^ édit., pp. 98 et suiv. (^) Détails fournis par M. l'abbé Lucie.

Nimes, le 11 Septembre 1865.

Monseigneur,

Nous venons de retrouver le tombeau de S. Gilles, dont on avait, depuis trois siècles, entièrement perdu la trace. Ce sépulcre, autrefois si glorieux, n'était pas vide; il contenait quelques débris d'ossements, que mille probabilités nous invitent à considérer comme des reliques du saint abbé. Mais, avant de les donner définitivement pour telles, avant de permettre qu'on les propose à la vénération publique, j'ai le soin de m'assurer rigoureusement de leur authenticité. Votre Grandeur peut, dans une certaine mesure, me faciliter l'accomplissement de cette tâche. Si elle daignait me désigner, par leurs noms anatomiques, les divers os de S. Gilles, dont la crypte de Saint- Sernin est en possession, ces renseignements jetteraient un jour précieux sur le problème que nous désirons résoudre. C'est le service que j'ose réclamer de votre bienveillance.

Daignez agréer. Monseigneur, avec mes excuses, l'hommage de mon profond respect.

t Henri, Évêque de Nimes (^).

Pour satisfaire au pieux désir de son vénérable collègue^ Mgr. Desprez fit ouvrir la châsse du saint abbé, et dresser par un professeur d^anatomie, en présence d'une commission spéciale, la nomenclature exacte des reliques de saint Gilles. Voici le procès -verbal de cette ouverture, le plus important de tous ceux que nous possédons :

L'an mil huit cent soixante -cinq, et le vingt -deux du mois de Novembre, à une heure du soir, nous Théodore de Lartigue, curé de ^ l'insigne basilique de Saint- Sernin, délégué par Monseigneur Florian Desprez, archevêque de Toulouse, à l'effet d'établir la nomenclature anatomique des os du corps de S. Gilles, reposant dans la dite basilique, après les prières préparatoires, avons procédé à l'ouverture du caisson en bois, scellé, contenant les os du corps de S. Gilles, en présence de MM. Ferdinand Roux, Louis Marceille, Louis Casties, Germain Justrobe, vicaires de la dite basilique, en présence de M. Bonamy, docteur médecin, de M. Miracle, prêtre auxiliaire, et de M. Sabathié, sacristain de la dite église. L'ouverture de la caisse étant faite, M. Bonamy, en présence des témoins susdits, a constaté la présence des ossements, dont les noms suivent :

(^) Nous devons la copie de cette lettre à M. l'abbé Lucie.

1° Tronc. — Sept vertèbres, dont quatre lombaires et trois dorsales; deux de ces vertèbres sont affectées de carie, présentant à la face antérieure du corps des prolongements osseux; — les deux premières vertèbres du sacrum; — les deux premières côtes; — quatre fragments de côte.

2" Membre supérieur. — Fragment d'omoplate du côté droit, se réduisant à l'épine et à l'apopbyse acromion; — portion d'omoplate du côté gauche, supportant la cavité glénoïde; — un humérus du côté I droit, dont l'extrémité supérieure manque; — le radius et le cubitus i du même côté, en entier; — portion moyenne d'un humérus gauche; — un cubitus gauche; — plusieurs phalanges des mains; — deux os pisiformes.

3° Membre inférieur. — Les deux os coxaux, dont la portion iliaque manque; — un fragment détaché de la crête iliaque droite; — extrémité inférieure d'un fémur gauche, se réduisant aux deux condyles;

— petit fragment de fémur; — extrémité inférieure du tibia droit; — petite portion du tibia gauche; — portion moyenne du péroné droit;

— un calcanéum gauche en entier; — petit fragment de calcanéum; — un cuboïde droit et deux cunéiformes; — trois os du métatarse, avec des premières, secondes et troisièmes phalanges.

4° Tête. — Deux petits fragments d'os du crâne; — trois dents incisives et une canine; — une couronne de dent détachée (les dents sont usées); — une grande quantité de fragments d'os trop petits pour pouvoir être déterminés. Il résulte de l'examen de ces os, que S* Gilles i est mort dans un âge avancé, et que la cause probable de sa mort est une carie de la colonne vertébrale.

Page 1