Bonamy, professeur d'anatomie
(Suivent les signatures des témoins) {^).
La châsse de saint Gilles n'a plus été ouverte depuis îette époque. IP
Nous terminons ce paragraphe^ déjà bien long, par quel- [ues renseignements sur la châsse même du saint abbé et sur endroit des cryptes de Saint-Sernin, où elle repose; nous :evons ces détails, comme tant d'autres, aux soins éclairés e M. Fabbé Lucie :
La châsse, qui renferme les reliques de S*^ Gilles, re-
(0 Ce procès -verbal nous a été communiqué par M. le vicaire Lucie-
pose dans uue simple niche ogivale, entaillée dans la muraille des cryptes, entre les deux cliapelles, oii sont, d'un côté, le corps de S* Edmond, et, de Tautre, les reliques très-précieuses de la S*^ Épine, de la vraie Croix et de la Crêclie (}). Trèsriclie autrefois, avant 89, cette châsse est assez simple aujourd'hui, comme d'ailleurs toutes celles que nous avons. Je ne pourrais par moi-même vous rien dire que de son extérieur, étant ici depuis quatre ans à peine, mais un bon prêtre espagnol, commis plus directement et depuis plus longtemps à la garde des Corps- Saints, m'a donné les renseignements suivants, que je vous transmets : Les reliques de S* Gilles sont enfermées dans un sac de velours rouge, serré avec des
(^) Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici quelques lignes sur les cryptes de Saint- Sernin, empruntées au remarquable travail de M. Salvan; ces cryptes s'étendent sous le sanctuaire de la basilique, et c'est au-dessus d'elles que s'élève le baldaquin, qui entoure et couronne le tombeau de saint Saturnin.
" Les cryptes, dit M. Salvan, où reposent les corps de plusieurs saints, ont été construites vers le treizième siècle. Elles sont composées de deux parties, l'une supérieure, l'autre inférieure. Leur architecture est gothique, et conséquemment fixe la construction de c^s souterrains à une époque plus rapprochée que le reste de l'édifice. Dans la partie supérieure, on remarque un autel oh. repose le corps de saint Honorât, successeur de saint Saturnin. Visà-vis, dans une cavité ménagée dans l'épaisseur du mur, on voit encore un tombeau de pierre, dans lequel les ossements de saint Honorât étaient autrefois renfermés. La partie inférieure est occupée par six chapelles voûtées, oii reposent les ossements des apôtres, les corps de saint Gilles et de saint Edmond, roi d'Angleterre, et une épine de la couronne du Sauveur. La porte principale des cryptes est remarquable par d'élégants reliefs ciselés avec art : les serrures sont admirées par les connaisseurs, comme très-curieuses en ce genre. " (Histoire de Saint Saturnin, pp. 99, 100.) " Ces cryptes ont été restaurées sous la surveillance de M. Du Mège, en 1852. Le zèle intelligent et pieux de l'abbé Crépel, alors vicaire à Saint-Sernin, n'a pas peu contribué à faire de ces lieux un splendide sépulcre, dans lequel les Saintes Reliques aiment à recevoir l'hommage et la vénération qui leur sont dus. " (Bremond, op. cit., p. 12.) C'est le même abbé Crépel qui a fourni à M. Paul Guérin la note relative aux reliques de saint Gilles, insérée dans la nouvelle édition de la Vie des Saints, du P. Giry (tom. m, Paris 1861, p. 457). Cette note est conçue comme suit : " Son corps est à Toulouse, la vérification en a été faite le 6 juillet 1807; il se trouve renfermé dans une caisse de bois, recouverte de lamelles de cuivre doré, il n'a pas de chapelle qui lui soit dédiée. Il repose dans les cryptes inférieures de l'église Saint-Sernin, dans une niche gothiqne en forme de petit sacellum. — Crépel, vie. de Saint-Sernin de Toulouse • Cette note a été reproduite dans les éditions suivantes.
cordons de soie^ lesquels sont eux-mêmes scellés du sceau de la basilique. Une caisse de bois dur^ sans aucun autre ornement que des bandes de cuivre à formes ogivales, contient ce premier sac de velours, et se trouve recouverte d^une lame de cuivre repoussé, avec des ornements à forme ogivale, qui produisent le meilleur effet. Les dimensions extérieures sont de près d'un mètre de longueur, sur une hauteur de quarante centimètres et une profondeur de trente.
Dès le siècle, on renferma les reliques des Saints dans des statuettes, des bustes ou des reliquaires en métal, ricliement ornés et imitant la forme des membres auxquels les reliques avaient appartenu. S'agissait-il, par exemple, d'enchâsser un crâne, on donnait au reliquaire la forme d'un buste d'or, d'argent ou de cuivre, reproduisant les traits du Saint; le reliquaire destiné à conserver une côte, se recourbait en suivant les contours de cet os; un bras s'adaptait dans une custode façonnée en forme de bras vêtu, surmonté d'une main bénissante. Le même principe d'encbâssure était appliqué aux mains, aux pieds, en un mot, à tous les membres d'un corps saint, exposés à la vénération des fidèles (^).
L'usage de renfermer les ossements sacrés dans des reliquaires imitant la forme des membres du corps humain, persista longtemps après l'époque romane. Cette forme carac-
(^) ViOLLET-LE-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français, tom. i, v° Reliquaire, pp. 213, 215 et sniv.; Reusens, Éléments d'' archéologie chrétien/ne, tom. I, Louvain 1871, pp. 423 et suiv.; DucLOS, Étude sur la conservation des saintes Reliques, pp. 59 et suiv.
térise même les reliquaires fabriqués en Occident, surtout aux XII^ et XIII^ siècles, et sert à les distinguer de ceux venus d^ Orient, aux mêmes époques; ces derniers sont des coffres, des boîtes plus ou moins riches, mais qui étaient évidemment confectionnés d^avance, et dans lesquels on plaçait les reliques qu'on envoyait (^).
Les trésors de nos églises, quoique bien appauvris par les spoliations des iconoclastes gueux et des révolutionnaires français, conservent encore beaucoup de reliquaires affectant la forme de bustes, de bras, de mains, de pieds, de côtes, etc. (^).
Le chef ou la tête de saint Gilles fut renfermé dans un buste en vermeil, orné de perles et de pierres précieuses.
Nous ignorons à quelle époque le chef du saint abbé fut séparé du reste des ossements, et enchâssé dans un reliquaire
(^) ViOLLET-LE-Duc, op. et tom. cit., p. 213; Reusens, op. et tom. cit., pp. 424, 425.
{") Pour ne parler ici que des bnstes-reliqnaires, l'église de Notre-Dame à Tongres, en possède deux en cuivre doré, ceux de sainte Pinosa (XI s.) et de sainte Olive (XV*^ s.). (Thys, L'église de Notre-Dame, à Tongres, dans les Annales de V Académie d'' archéologie de Belgique, tom. xxii, Anvers 1866, p. 269, avec dessin du buste de sainte Pinosa, en regard du texte).
On conserve au trésor de la cathédrale de Saint-Paul, à Liège, un superbe buste en vermeil, contenant le chef du saint martyr. Ce buste, œuvre de Henri Zutman, qui le termina en 1512, est un don du prince- évêque Érard de la Marck; il mesure plus de cinq pieds de hauteur, a coûté sept années de travail et une somme répondant à plus d'un demi-million de notre monnaie actnelle. Voyez, sur ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie et de ciselure, van den Steen de Jehay, Essai historiqite sur Vancienne cathédrale de Lambert, à Liège, Liège 1846, pp. 189 et suiv., et surtout l'Essai historique sur Véglise de S. Paul, ci-devant collégiale, aujourd'hui cathédrale de Liège, Liège 1867, pp- 229 et suiv. Ces deux ouvrages renrerment une gravure du fameux buste.
Un reliquaire, en forme de buste, contenant le chef du pape saint Alexandre, et provenant de l'église de Xhendelesse (Liège), se trouve actuellement an musée royal d'antiquités, à Bruxelles. Ce buste, que reproduit M. le chanoine Reusens (op. et tom. cit., p. 424), remonte au XII'" ou XIIl*" siècle; la tête du Saint, en argent ciselé, est à peu près de grandeur naturelle.
Citons encore deux bustes, en argent ciselé, de saint Liévin et de saint Jean-Baptiste, tous deux du XIV*^ siècle, et faisant partie du trésor de l'ancienne collégiale de Saint-Servais à Maestricht. Voyez en la description et le dessin dans Bock et Willemsen, Antiquités sacrées conservées dans l9ê anciennes collégiales de S. Servais et de Notre-Dam,e à Maestricht, Maestricht 1873, pp. 172 et suiv.
spécial (^). Il en est parlé, pour la première fois, dans les ordonnances de Nicolas Habert, évêque de Nîmes, datées du 24 Juillet 1424; Ménard va nous apprendre à quelle occasion : Le corps de S* Gilles, fondateur de Fabbaye de ce nom, située au voisinage et dans le diocèse de Nimes, reposoit alors dans Féglise de ce monastère. Ses reliques étoient soigneusement conservées par les moines, et honorées avec beaucoup de religion par les peuples. La châsse où étoit en particulier renfermé le chef de ce saint abbé, étoit d^argent, et enrichie de perles et de pierres précieuses; mais le temps l'avoit dégradée et il étoit convenable de la rétablir. Le monastère de S. Gilles n' étoit point en état d^en faire *la dépense; de sorte qu^à la prière des religieux, Nicolas Habert, évêque de Nimes, rendit deux ordonnances, datées de Nimes, le 24 de Juillet de Tan 1424, qui procurèrent des moyens pour y suppléer. Par la première, il adjugea pour la réparation de ce chef quarante livres Tournois, sur les fonds qui étoient entre les mains du procureur des âmes et des causes pieuses de la cour épiscopale de Nimes. Par la seconde, il accorda, pour deux ans, quarante jours d^indulgence à ceux d^entre
Pour la France, consultez Viollet-le-Duc (op. et tom. cit., v** Reliquaire, pp. 216 et suiy.). L'auteur signale plusieurs chefs ou bustes de métal renfermant des têtes de saints, des IX^, X'' et XI 11^ siècles. Il cite, parmi les plus célèbres, celui que possédait la Sainte-Chapelle de Paris, et qui contenait la partie supérieure du crâne de saint Louis; ce chef en or, décoré de pierres précieuses, avait été donné à la chapelle royale par Philippe-le-Bel. Viollet-le- Duc en donne une gravure (loc. cit., p. 218). — Voyez encore, et surtout, Riant, Exuviœ sacrœ Oonstantinopolitanœ, dans VIndex nominum et rerum, qui ermine le tome ii, au mot Caput (pp. 322, 323); il y a, sous cette rubrique, oute une mine d'indications précieuses.
(^) Le P. Stilting fait observer que, dans un calendrier manuscrit, trouvé hez Chifflet, on rencontre l'indication suivante : S. ^gidii inventio capii is, 'invention du chef de saint Gilles; mais cette indication n'est accompagnée 'aucun détail sur la relique elle-même ou sur les circonstances de sa découerte (AA. SS. Sept., tom. i, p. 289, n. 20). Stilting renvoie à la liste des saints mis, prœtermissi et in alios dies rejecti du 2 (lisez 5) Juin. On y trouve ces gnes : S. Mgidii inventio capitis, inscripta Ms. Kalendario, apud Chifletiiorn, •ivento, hdbetur. De ea agi poterit ad vitam, 1 Septenibris. — AA. S S. Junii, ^m. II, Antverpiae 1698, p. 1011, col, 2, ad finem).
les fidèles, qui contribueroient de leurs deniers à cette ruparation " 0).
Voici le texte même de ces ordonnances, extrait par Ménard des archives du chapitre de Saint- Gilles : j
Nicolaus, miseratione divina Nemausensis episcopus, universis et singulis présentes nostras litteras inspecturis salutem in Domino sempiternam. Si omnia loca honore sint excolenda precipuo que sanctorum patrum corporibus decorata dignoscuntur, illa tamen potissimum que quanto nobis viciniora existunt, fcanto ipsorum patrum suffragio credimus adjuvari. Cum igitur in nostra diocesi Nemausensi et venerabiH cenobio corpus beatissimi patris Egidii requiescat, cujus, ad honorem Dei, et béate Marie Yirginis, et ipsius pii patris abbatis et confessoris, caput ornetur et reparetur, facultatesque sue ecclesie seu monasterii ad illud reparandum et ornandum non sufficiant, et propterea nobis per religiosum virum dominum Petrum Columbi, decanum ejusdem monasterii, nomine et vice totius dicti monasterii, fuerit humiliter supplicatum ut ad tam pium et salubre reparandum, ornandum, et perficiendum, coadunare dignaremur; hinc est quod nos hujusmodi supplicationibus inclinati, huic operi seu reparationi sancti capitis predicti, de piis legatis incertis quadraginta libras Turonenses semel tantum dedimus et concessimus, damus et concedimus per présentes, quas tradi et deliberari volumus per manus procuratoris animarum et piarum causarum curie nostre episcopaUs Nemausi, présente vicario vel officiaH nostro. Datum Nemausi, in domo nostra episcopah, sub sigillo nostro rotundo impendenti, die XXIV. mensis Julii, anno a nativitate Domini M.CCCC.XXIY. N. episcopus Nemausi. Rebulli.
Nicolaus, miseratione divina episcopus Nemausensis, universis et singulis Christi fidelibus salutem in Domino prosperam et felicem, et ad opéra misericordie voluntarios affectus. Si omnia loca honore sint excolenda precipuo que sanctorum patrum corporibus decorata dignoscuntur, illa tamen potissimum que quanto nobis viciniora existunt, tanto ipsorum patrum suffragio credimus adjuvari. Cum igitur in nostra diocesi Nemausensi et venerabili cenobio corpus beatissimi y)atris Egidii requiescat, cujus, ad honorem Dei, et béate Marie Virginis, et ipsius pii patris abbatis et confessoris, caput ornetur et reparetur argento, perlis, et lapidibus pretiosis, qui quidem ornatus et reparatio commode fieri non potest sine vestrûm fidelium eleemosinis.
(') Mkxard, op. cit., torn. m, Paris 1752, pp. 157, 158.
cum monasterii S. Egidii proprie non suppetanfc facultates; idcirco omnibus et singulis Christi fidelibus, in predictis reparatione seu opère coadunantibus et manus snas adjutrices circa hoc porrigentibus, XL. dies de injunctis sibi penitentiis, in Domino misericorditer relaxamus; quoscumque questores pro predictis admittere bénigne dignantes; presentibus vero post dnos annos a data presentium computando, minime valituris. Datum Nemausi, in domo nostra episcopali, sub sigillo nostro pontificali impendenti, die XXTV. mensis Julii, anno a nativitate Domini M.CCCC.XXIY. N. episcopus Nemausi. Eebulli(^).
(^) MÉNARD, op. cit., tom. III, Preuves de VHistoire de la ville de Nismes, Chartes, LV, p. 218, col. 1.
Les auteurs de la Gallia christiana, qui avaient compulsé les archives de l'abbaye de Saint-Gilles, disent qu'en assemblée capitulaire du l^"" Août 1423, présidée par l'abbé Antoine I^'' Foulquier, il fut décidé d'enchâsser le chef du saint fondateur dans un reliquaire en vermeil, et que l'évêque Nicolas de Nîmes, par les mesures édictées dans sa double lettre, mit la communauté en état d'exécuter son pieux dessein : Antonius I Folquerii, écrivent ces érudits, .... convertit an. 1423 die I Augusti cum suo capitula de capite 8. Egidii in theca ex argento inaurato recondendo, etc. (t. vi, col. 502).
Ces lignes feraient croire qu'au 1" Août 1423, le chef de saint Gilles n'était pas encore enchâssé; chose difi&cile à admettre, en présence des lettres de Nicolas Habert, qui parlent de la restauration et de la décoration de la châsse qui contenait cette précieuse relique : Cum.... ipsius pii patris ahhatis et confessoris caput ornetur et reparetur, facultatesque sue ecclesie seu monasterii ad illud REPARANDUM et ORNANDUM non suffijciant....; ce sont les termes de la première ordonnance du prélat. Ceux de la seconde sont plus clairs encore; I il y est question d'ornements d'argent, de perles et de pierres précieuses à ajouter au reliquaire : ...caput ornetur et reparetur argento, perlis et lapidihus pretiosis, qui quidem ornatus et reparatio commode fieri non potest, etc.
Ménard nous a conservé un inventaire des reliques de l'abbaye de Saint-Gilles, dressé dans l'église abbatiale, le 27 Février 1362, par le notaire public Raymond Roverius, en présence des religieux du monastère (op. cit., tom. II, Preuves de VHistoire de la ville de Nismes, etc.. Chartes, cxxxi, p. 266, col. 1). Cet inventaire mentionne le bras de saint Gilles, et la pierre d'autel sur laquelle, disait-on, le saint abbé célébrait la messe. Mais il ne parle pas de son chef. Ce silence autorise à croire qu'en 1362, le chef de saint Gilles n'était pas encore enchâssé dans un reliquaire distinct. Peu après la confection de l'inventaire de 1362, on aura mis le chef du saint abbé dans un reliquaire d'argent assez simple. En séance capitulaire du l^"" Août 1423, les religieux auront décidé de restaurer cette châsse, de la dorer et d'y ajouter de nouveaux ornements en argent, des perles et des pierres précieuses; incapables de sufi&re à cette dépense, ils se seront adressés à l'évêque Habert, qui leur vint en aide par sa double ordonnance. Le secours alloué par le prélat et les dons généreux des fidèles rendirent la châsse digne du trésor qu'elle renfermait; l'inventaire de 1491 nous la montre dorée et enrichie de pierreries.
La châsse renfermant le chef de saint Gilles, figure dans un inventaire des reliques, vases sacrés et ornements de l'église abbatiale, dressé en 1491, et que Ménard reproduit dans son Histoire.... de Nismes. Plusieurs mots de cet inventaire sont remplacés par des points, ce qui nous fait supposer que Pacte était détérioré, lorsque cet historien en prit copie. On y lit :
Item.... cum capite heati Egidii, de argento desuper deaurato, cum magna quantitate lapidum pretiosorum et mitra {^).
Le chef du Saint se gardait donc, à cette époque, dans un buste en vermeil, enrichi d'un grand nombre de pierres précieuses, et coiffé d'une mitre, en signe de la dignité abbatiale dont le Saint avait été revêtu.
L'Inventoire des joyaulx, et reliques, et argenterie de l'église collégiale de S. Gilles ", dressé par le notaire royal Giraudi, à la date du 22 Avril 1552, mentionne : ^^Premièrement le chef de monsieur 8. Gilles, prisant trente-neuf livres d'argent, compris Fossement et la pierrerie qui y est, le tout prisant, comme dit est, trente-neuf liv. argent " (^).
A partir de 1552, nous perdons la trace du chef de saint Gilles, et du reliquaire qui le renfermait; aucun acte postérieur n'en fait mention. Cette précieuse relique fut-elle extraite de sa châsse, et portée à Toulouse, avec les autres ossements du saint abbé ? Nous ne le pensons pas. Le procès-verbal de 1865 constate seulement la présence de deux petits fragments d'os du crâne et de quelques dents, ce qui ne mérite pas le nom de chef. D'ailleurs, si la tête du saint abbé avait été tirée de sa châsse en 1562, pour la préserver des profanations des Calvinistes, cette châsse eût été confiée, avec les autres reliquaires de l'église, au précenteur Guillaume Bellon, et livrée, par le frère de ce dernier, au consistoire de Saint-Gilles. Or, elle ne se trouvait pas parmi cette argenterie. L'acte notarié,
(') MÉNARD, tom. IV, Paris 1753, Preuves, etc., Titre.s, xxvii, p. 55. ("-) Mé.NARD, op. cit., tom. iv, Preuves, etc., Titres, xcv, p. 194.
qui constate la remise des reliquaires aux membres du consistoire^ ne dit mot de cette châsse, bien plus il paraît Fexclure : " Premièrement^ — ainsi commence le relevé des pièces, — la châsse du corps de S. Grilles, d'argent, avec sa brodure, sans collier, ni teste, ne aultre ornement quelconque (^).
Stilting craint que le chef de saint Gilles ne soit tombé entre les mains des Calvinistes : Vereor, dit-il, ne forsan non evaserit sacrilegas maniis Galvinistarum, a quibus anno 1562 occupatum oppidum S. ^gidii, sacrœ reliquiœ dissipatœ, templaque destructa (^).
M. Bremond, qui fait remonter à Fépoque des Albigeois la translation du corps de saint Gilles à Toulouse, s'exprime dans des termes qui feraient croire à la présence du saint chef dans cette ville. Parlant de la translation des reliques dans la châsse en argent, détruite pendant la révolution française, il dit : ^' .... la tête du saint abbé fut extraite de la grande châsse, pour être déposée dans un buste d'argent, afin que les saints ossements pussent être exposés plus facilement à la vénération des fidèles et portés aux processions" (^). Nous ignorons sur quoi M. Bremond base son assertion; M. S al van, toujours si exact, ne dit mot de ce buste, et de la relique qu'on y aurait enchâssée, buste et relique dont il n'existe aujourd'hui aucune trace à Saint-Sernin.
Chose curieuse : à part la basilique de Saint- Gilles et celle de Saint-Sernin, deux églises revendiquaient jadis la possession du chef de notre Saint, savoir la chapelle de l'Ordre Teutonique, à Aix-la-Chapelle, et la collégiale de Notre-Dame ad gradus, à Cologne. Nous dirons un mot de cette prétention au chapitre III de ce livre (^), et tâcherons de la concilier lavec ce qui précède.
1 Terminons ce paragraphe par quelques lignes touchant
M^NARD, op. cit., tom IV, Preuves, etc., Titres, cxiii, pp. 302, 303. O AA. SS. Sept, tom. i, p. 289, n. 20.
(^) Histoire de toutes les Saintes Reliques, etc., p. 58. , (^) y ojez aux mots Aix-la-Chapelle et Cologne.
une autre relique insigne de saint Gilles, conservée dans son monastère, à savoir un bras, encMssé séparément, et dont parlent les inventaires de 1362, 1491 et 1552. Cette relique était renfermée dans un bras en argent, garni d^une chaîne du même métal^ et orné d'anneaux et de pierres précieuses. Voici la description qu'en donnent ces divers inventaires :
Inventaire de 1362 : Et pimo brachium heati Egidii, cum una catena argenti, et cum tribus annulis cum lapidibus et uno sigillo de auro, et duodecim annulis parvis
Inventaire de 1491 : Item brachium beati Egidii, de argento desuper deaurato, cum duobus annulis de argento, et cum certis lapidibus.
Inventaire de 1552 : ^' Item deux bras, Vun de monsieur S. Gilles, et Tautre de S. George, d'argent, compris le bois qui y est dedans et reliqueres, le tout prisé six livres argent " (^).
Tout porte à croire que le bras de saint Gilles fut extrait de sa châsse en 1562, et joint aux autres reliques du Saint, secrètement transférées à Toulouse par le sieur de Pousillac. L'inventaire des pièces d'argenterie remises au consistoire de Saint- Gilles, par Michel Bellon, signale divers reliquaires ayant de l'analogie avec celui dont nous venons de donner la j description : " Item, y lisons-nous, une main ayant les quatres , doigts seulement, sans poulce sur le gros doigt; item ung troncson de bois, ayant une grosse pierre cristalhine, et sept aultres petites pierres à l'entour, avec son bois dedans; item la moitié d'ung bras, ayant la main sans garniture; item un custode d'argent surdoré, en quatre pièces, etc. " (^).
D'ailleurs, la simple lecture du procès- verbal de 1865 confirme notre opinion. Ce procès-verbal énumère, comnif se trouvant dans la châsse : Un humérus du côté droit, don'' l'extrémité supérieure manque; le radius et le cubitus di même côté, en entier; la portion moyenne d'un huméru
C) Nous avons indiqué pJns haut les endroits du travail de Ménard, o . l'on peut trouver ces inventaires.
(^) Voyez ci-dessus, pp. 234, 236.
gauche; un cubitus gauclie '\ Si l^on considère en outre, que Féglise de Saint- Gilles, à Bruges, possède, elle aussi, un os presque entier du bras de notre Saint, on ne fera pas difiSculté de se rallier à notre opinion, et d^ admettre que la basilique de Saint-Sernin conserve aujourd'hui, parmi les ossements du saint abbé, la relique insigne mentionnée dans les inventaires de 1362, 1491 et 1552.
CÏÏAPITKE II
L'événement, que nous allons raconter, a produit une sensation profonde dans le Midi de la France, et forme un des faits les plus marquants de l'histoire religieuse de ces contrées. La découverte providentielle du tombeau de saint Gilles, si propre à relever le culte du célèbre thaumaturge, est due à l'heureuse inspiration et au zèle persévérant de feu M. le curé Goubier.
Né à Beaucaire, en 1821, d'une famille honorable et sincèrement chrétienne, M. l'abbé Achille Goubier, successivement vicaire de Saint-Paul et de Sainte-Perpétue, à Nîmes, desservait, depuis huit ans, la cure de Vauvert, lorsque
; Mgr. Plantier lui confia, en 1864, celle de Saint-Gilles, dont le titulaire, M. l'abbé Corrieux, venait d'être promu à la
j dignité d'archiprêtre de la cathédrale de Nîmes (^) .
Lès le début de son ministère, une pensée généreuse
1 s'empara de son âme : ce fut de retrouver le tombeau de
i (^) Voyez la Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Nimes, qui, dans I son dn 11 Mai 1872, a consacré nne courte notice biographique à M. le curé Goubier (pp. 142 et suiv).
— 2Gi —
l'illustre fondateur de l'abbaye. " A peine installé dans cette paroisse comme curé, — dit Mgr. Plantier, dans son admirable lettre pastorale sur la découverte du tombeau de saint Gilles, — M. l'abbé Goubier sentit en son cœur je ne sais quoi, qui ressemblait au secret présage de saint Ambroise : ardor prœsagii. Un instinct mystérieux le poussa, comme malgré lui, à faire commencer des fouilles dans l'église souterraine de Saint- Gilles et sur un point qu'il désigna. Ingrates d'abord, ces recberclies ne tardèrent pas à combler de joie celui qui les avait entreprises
L'emplacement du tombeau de saint Gilles était un mystère pour tout le monde. Une solution de continuité de trois cents ans dans le culte de ce tombeau, écrit M. Goubier, en avait entièrement fait disparaître les souvenirs anciens. On avait gardé sur son ensevelissement^ et la place oii il avait eu lieu, le plus inviolable secret. De génération en génération, rien de ce mystère n'avait transpiré au debors; c'est au point que, parler d'un tombeau de St. Gilles aux doyens d'âge de la cité, c'était les obliger à répondre : ^' Mais nous n'avons à cet égard aucune tradition certaine. "
" La Providence, qui garde les ossements des Saints, selon l'Écriture, avait permis cet oubli radical pour donner, à son heure, par une inspiration directe, le réveil le plus extraordinaire qui fût jamais, à cette relique, aujourd'hui acquise à notre éternelle reconnaissance.
" Depuis la disparition de la collégiale, qui emporta son secret, l'incertitude la plus absolue planait sur cette partie de l'histoire du grand saint Gilles. Où est son tombeau ? existet-il un tombeau du saint patron ? Les traditions monacales n'indiquent ordinairement pas l'usage des sépultures ailleurs que dans le sein de la terre. Ainsi l'exige l'esprit de pauvreté des religieux. Jusqu'à l'année 1865 personne n'avait songé, ou mieux, n'avait eu le courage d'entreprendre cette laborieuse exploration, dont rien ne pouvait justifier la témérité " (^).
(^) Vie adinirahle du grand S*- Gilles, pp. 18, 19.
M. le curé Goubier a décrit, dans une brochure remarquable, les fouilles opérées à la recherclie du sainfc tombeau; cette brochure parut sous le titre suivant : Le doigt de Dieu est ici!... — Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles sur les travaux qui ont amené la découverte du tombeau de leur saint
Patron, 'par M. Vahhé G Guré de cette Paroisse, Chanoine
honoraire de Digne (Nimes, 1866). Le permis d'imprimer est du 26 Mai 1866, et émane de A. de Cabrières, Yicaire- Général, Président de la Commission épiscopale pour le Monument de Saint-Gilles '\
L'année 1868 vit la publication de V Histoire de l'invention du tombeau de S. Gilles, par F abbé J. M. Trichaud, Missionnaire apostolique (Nimes, 1868). Comme nous Tavons remarqué ailleurs, cet ouvrage contient beaucoup plus que ne promet son titre; non- seulement il raconte la découverte du sépulcre de saint Gilles, mais il renferme, en outre, des notions historiques sur le saint abbé, sur son monastère et sur la ville dont sa tombe fut le berceau; c'est la matière du premier chapitre. Le deuxième expose les événements qui ont précédé, accompagné et suivi l'invention du tombeau de saint Gilles; parmi ces derniers, la fête du 22 Octobre 1867 occupe une large place. Le troisième chapitre dit ce qui reste à faire pour l'entière glorification du saint tombeau; il parle du pèlerinage à rétablir, des reliques à recouvrer, de la garde du monument. Le 29 Octobre 1868, Mgr. Plantier écrivait à l'auteur, qui lui avait dédié son livre : Depuis le premier coup de pic, qui, frappant la pierre de ce sépulcre béni, en fit soupçonner la présence, jusqu'à la fête triomphale qui l'offrit de nouveau solennellement aux hommages de la piété publique, vous avez tout décrit, avec autant de fidélité que de talent et de cœur. "
M. le curé Goubier divise son Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles en trois parties.
La première partie, précédée d'une courte introduction, I retrace les faits qui ont préludé à la découverte du saint tombeau : le projet d'appropriation de la crypte au service divin;
son déblaiement; Couverture du puits tristement célèbre^, où les ecclésiastiques et les enfants de chœur de la basilique furent précipités par les Calvinistes, le 27 Septembre 1562; la célébration de l'office des morts dans la basse église, pendant l'octave de la Toussaint 1864; le projet de fouilles dans toute l'étendue de la crypte, à la recberclie du sépulcre de saint Gilles (pp. 5-13).
La deuxième partie du Mémoire décrit la marche suivie dans les fouilles, et raconte la découverte du tombeau de notre Saint, le 29 Août 1865 (pp. 13-21).
Enfin, la troisième partie expose les travaux de la commission nommée par Mgr. Plantier, aux fins d'examiner si la tombe retrouvée était bien réellement celle de saint Gilles, et si les ossements qu'elle renfermait, provenaient du corps du saint abbé (pp. 21-26). Un appel chaleureux à la générosité des fidèles termine ce beau travail (pp. 26-28).
La brochure contient, sous forme d'appendice, un Cantitique au tombeau de saint Gilles, œuvre de M. le docteur Meirieu (pp. 29-31).
Le Mémoire de M. Goubier eut deux éditions en moins d'un an; c'est le plus bel éloge qu'on en puisse faire. " On sent, en le lisant, le pasteur et le père ", écrivait Mgr. Meirieu, évêque de Digne (^).
Lorsque M. Goubier arrivait à Saint-Gilles, en 1864, la crypte encombrée de pierres, surchargée de souillures de! toute espèce de la base au sommet, était devenue un lieu d'horreur (^).
Repaire des oiseaux de proie, écrit le digne curé, sorte de caveau infect, sans lumière et sans air, trois siècles d'oubli venaient de passer sur elle, lorsque nous la vîmes pour lal première fois.
" Était-ce donc pour la vouer à un éternel silence, que
(^) Trtchaud, op. cit., p. 108, en note.
{^) Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles, p. 8, en note.
Dieu avait daigné préserver ses voûtes magnifiques d^une complète destruction ?
Ce lieu de suave recueillement devait-il être à jamais fermé aux accents de la prière publique et aux émouvantes cérémonies du culte ?
Nous ne pouvions le penser sans frémir.
Le caractère grandiose de ce monument appelait au moins le juste tribut de notre admiration et celle-ci, à son tour, réclamait impérieusement une initiative généreuse et prompte. Nous résolûmes donc de convertir cette crypte en un temple vivant et désormais acquis à la dévotion des fidèles, en la dépouillant tout d'abord de ses obstructions (^) .
Dépourvu de toutes ressources matérielles, mais fort de ^approbation de son illustre évêque, Mgr. Plantier, et soutenu par le digne maire de Saint-Gilles, M. Prosper Dugas, le j courageux pasteur se mit résolûment à F œuvre, au mois I d^Octobre 1864.
I " En peu de jours, — c'est lui qui parle, — Perdre et la
I propreté reparaissaient dans ce vaste sanctuaire, et c^était là j un acte de respect, une sorte de réparation d'honneur envers
un lieu jadis sacré mais profané, pollué par 90 ans d^occupa-
tion payenne.
Descendez, à rheure qu'il est, sous ces arceaux naguères si sombres !
" Parcourez librement ce terrain, hier encombré de ruines et de dangereux écueils ! Placez -vous sur tous les points du I monument pour saisir les perspectives diverses de sa construction!... Toutes ses formes arcbitectoniques se déroulent sans obstacle à vos yeux, et vous dites avec raison : c'est un édifice incomparable !... " (2).
C'est ici, croyons-nous, le lieu de faire la description de la magnifique crypte, rendue au culte par les soins de
{}) Mémoire, etc., p. 8.
0) Mémoire^ etc., p. 9-
M. Goubier et destinée à devenir le ttéâtre d^une découverte à jamais mémorable. Nous empruntons cette description à la Consultation pour la Fabrique de Saint-Gilles^ de M. F. Béchard (JSTimes 1866); nous y ajouterons quelques notes, puisées à d'autres sources et propres à intéresser le lecteur :
Cette crypte monumentale, composée de six arcades ou entre-colonnements, a 50 mètres de longueur sur 24 mètres 70 c. de largeur et est divisée en trois nefs. La nef latérale (côté sud), qui règne dans toute la longueur de- la nef principale, a une porte ouverte sur une cour où subsistent quelques vestiges du cloître vendu nationalement, et aboutit à un plan incliné qui mettait autrefois Féglise basse en communication avec le chœur de Téglise haute. La nef (côté nord) ne s'étend qu'au tiers environ de la longueur de la nef principale, et aboutit par un escalier à l'église haute.
" La nef principale se divise en trois parties distinctes. La première a des voûtes surbaissées à arêtes richement dentelées, des piliers massifs et ornés, des fenêtres cintrées et artistement construites, une porte oii apparaît comme une première trace d'ogive. La partie la plus rapprochée du chœur est d'une architecture moins riche, mais non moins imposante; au centre, l'arcade est d'un style sévère, mais simple, qui contraste avec la riche décoration des trois arcades qui la précèdent et des deux arcades qui la suivent. Cette arcade, avec sa voûte à plein cintre et sans ornement d'architecture, enveloppée par des arcades surbaissées et richement décorées qui l'enveloppent et lui font comme un cortège d'honneur, a longtemps excité la sagacité des archéologues. On savait bien
Q) La crypte ne s'étend pas sous toute la superficie de l'église haute ancienne. Elle correspond exactement aujourd'hui à la partie réédifiée, c'est-àdire, aux deux tiers de l'ancien monument. (D'Éveelange, Saint Gilles et son pèlerinage, 4' édit., p. 40.) " Sans doute, dit Mérimée, dans le plan primitif, cette crypte devait s'étendre sous la totalité de l'église. Mais pour cela il fallait excaver le roc sur lequel elle est fondée, et l'immensité du travail a fait renoncer à l'entreprise. " (Op. et edit. cit., p. 318.)
que Féglise souterraine était déjà terminée en 1096^ puisque le pape Urbain 11^ dans une lettre datée d^ Avignon, déclare que, s'étant trouvé à Saint-Gilles, il avait dédié Tautel de la nouvelle basilique à Dieu tout-puissant; mais la construction de Phumble chapelle du centre paraissait lui assigner une date antérieure à celle du restant de la crypte (^). Toutefois, cette date on n'osait la préciser; il y avait là un doute resté longtemps inexpliqué, mais dissipé aujourd'hui par la découverte dont on va parler '' (^) .
Cette appréciation de M. Bécliard. est parfaitement justifiée dans les lignes suivantes, extraites d'une lettre, que le digne abbé Teissonnier nous fit l'honneur de nous écrire, à la date du 5 Mai 1873 :
" Notre église supérieure commença à être construite en 1116, comme l'indique une inscription de l'époque, apposée au mur du côté du midi. Mais déjà vingt ans auparavant, Urbain II, venu à Saint-Gilles, avait consacré l'autel de la nouvelle Basilique. Quelle est cette nouvelle Basilique ? Je pense que c'est le corps de notre église inférieure ou crypte, une des plus belles qui existent dans le monde entier. Mais, tout en construisant cette église inférieure, achevée ou du moins bien avancée en !1096, on laissa subsister une i partie d'un bâtiment bien plus ancien, sinon primitif. Cette partie respectée, ) et pour cause, est comme une crypte dans une crypte. Son architecture est j moins riche et s'harmonise assez peu avec le reste de l'édifice. Ses piliers sont j plus gros et perforés d'armoires. Sa voûte, à arête simple, fait contraste avec i celles des cinq autres travées, qui sont à arêtes saillantes et ornées de moulures. Pourquoi a-t-on conservé ce morceau qui se détache sensiblement du ^ reste, sinon parce qu'il commandait particulièrement le respect, à cause des I trésors qu'il contenait ? C'est là, en effet, qu'on a découvert naguère le j tombeau de S. Gilles. Des restes de fresques, qui ornaient sa voûte, indiquent ' que c'était là en quelque sorte le Saint des Saints ".
(^) P. 25 et suiv. — Voyez encore, sur la crypte de Saint- Gilles, Méki- MÉE, Notes d''un voyage dans le Midi de la France, édit. cit., pp. 317, 318; 1 d'Éverlange, Saint Gilles et son pèlerinage, 4^ édit., pp. 40, 41. La description que donne l'auteur, est extraite des notes de M. le capitaine A. Delmas; |Chèvremont, Crypte de la basilique abbatiale et monumentale de Saint- Gilles \(Oard). Travaux préliminaires de restauration, passim.
1 M. de Caumont se contente de citer la crypte de Saint-Gilles parmi belles de l'ère romane secondaire, sans entrer dans aucun détail (Abécédaire
m rudiment d'' archéologie. Architecture religieuse, 5^ édit., Caen 1869, p. 138). lil. Arthur Mercier ne parle pas de notre crypte dans son bel ouvrage : La ' Upulture chrétienne en France, d'après les monum.ents du XP au XVP siècle
Paris 1855); il consacre cependant une quinzaine de pages de son III^ livre Sépulture dans les églises) à l'énumération et à la description des principales
Iryptes de France (pp. 85 et suiv.). Même silence, plus sarprenant encore,
le la part de M. Viollet-le-Duc, qui, dans son Dictionnaire raisonné de Varchi-
La crypte était déblayée, ses voûtes avaient été purifiées par les parfums de Fenceus, par les accents de la prière... Mais la tâche de M. Goubier n^ était pas terminée. Le noble sanctuaire se trouvait dans un état de mutilation, que de larges ressources auraient peine à faire disparaître. Et puis, il fallait retrouver le tombeau de saint Gilles !... Ce projet hardi, téméraire même, M. Goubier Fa conçu et il veut Fexécuter. Aucune difficulté n^ arrête le vaillant pasteur, aucune défaillance ne se produit en lui, là où tant d^ autres auraient senti fléchir leur volonté; armé de son zèle ardent et si profondément religieux, fortifié et soutenu par les encouragements sympathiques et réitérés de Mgr. Plantier, il commence les fouilles, s^en remettant à la Providence pour Theureuse réussite de son entreprise.
Ici nous déposons la plume, et nous laissons à M. Goubier Fhonneur de raconter lui-même les divers incidents qui marquèrent les travaux, et les scènes émouvantes, qui en furent le couronnement. Analyser ces pages, ce serait mutiler un chef -d^ œuvre, ce serait substituer une narration froide et décolorée à un récit dramatique, plein de vie et de chaleur.
M. Goubier venait de parler des premières restaurations de la crypte. Il se demande ^' pourquoi ces restaurations, si heureusement conduites, ont été brusquement suspendues pendant l'espace de trois mois et comment la crypte a été ^' soumise aux rudes épreuves d'une fouille générale, de nature, disait-on, à troubler le repos des morts ? ^' Il répond, et sa réponse sert d^entrée en matière à la deuxième partie de son Mémoire, que nous allons reproduire :
tecture française (tom. iv, v° Crypte), signale plusieurs cryptes romanes, contemporaines de celle de Saint-Gilles.
Une des remarquables eaux-fortes, qui enrichissent le travail de M. 1( chanoine d'Éverlange, représente la nef centrale de la crypte de Saint-Gilles avec le tombeau du saint abbé. M""^ Parrier nous a fait tenir une petit photographie de la même nef, prise, en 1875, par M. Marius Chaine, d'Arles et M"*" Eudoxie Delmas nous a transmis un grand dessin, offrant une vu d'ensemble de l'église souterraine.
La question nous paraît être résolue par la Providence elle-même : l'Esprit souffle où il veut. Le doigt de Dieu est souvent là où l'on ne croit juger qu'une œuvre humaine et inconsidérée.
Cette œuvre, en effet, nous l'avouons sans crainte, offrait toutes les apparences d'une témérité inquiétante.
Elle avait contre elle la conspiration des plus formidables obstacles : le plus grand, sans contredit, était l'obstacle de l'incertitude.
Où allions-nous ? A la recherche de l'inconnu. Quel courage, quelle patience, quel nombre d'ouvriers ne faudra-t-il pas pour ouvrir et continuer des fouilles sur une surface de près de 1,200 mètres ? Et si ces fouilles ne doivent avoir d'autre résultat que d'enfouir des sommes considérables, quelle espérance tristement abusée? D'ailleurs, sur quel point pratiquer les premières recherches ? Dans la grande nef ou dans les nefs latérales ? Faudra-t-il se borner à quelques explorations superficielles, ou bien creuser sans mesure et sans limite ? Nous demandons, à notre tour, pourquoi ces angoisses de l'incertitude augmentées de la vue de notre impuissance, loin de déconcerter une résolution qui pouvait si aisément revenir sur elle-même, n'ont fait que la rendre plus énergique ?
C'est que le doigt de Dieu était ici ! ! L'homme s'agite et Dieu le mène.
Au centre même de la crypte, on remarque, au premier coup-d'œil, une construction d'un caractère plus antique que le reste de la vaste nef.
Les voûtes de cette chapelle médiale laissent apercevoir des traces de peintures indiquant le soin spécial pris par les moines d'orner un lieu voué à quelque culte particulier.
Autour du pendentif, des crochets disposés en couronne ont dû soutenir des lampes veillant autour d'un corps saint, selon l'usage des I confessions ou chapelles cryptales.
! C'était là autant de signes frappants et comme un mémorial de souvenirs antiques propres à fixer en cet endroit notre premier chantier d'opérations, le 17 août 1865.
Mais loin de rencontrer ici un terrain sans résistance, qui, d^ailleurs, règne dans toute l'étendue de l'édifice, les ouvriers vont se trouver aux prises avec une maçonnerie compacte, un amas effrayant
Ide pierres de toutes dimensions, unies entr'elles et sans ordre par
fun ciment de granit.
Et ce massif impénétrable occupe un espace de 5 mètres carrés ! l^t pour extraire ces blocs accumulés, les instruments nous manquent i^u sont insuffisants! Ensuite n'y avait-il pas un certain danger à
démanteler ces sortes de fondations construites, peut-être, en vue d'une plus grande solidité du bâtiment ?
Cependant la main est résolument mise à l'œuvre.
Yoici déjà un monolithe en pierre froide, mesurant 2 mètres 80 centimètres de longueur, sur une largeur de 1 mètre 20 centimètres; son extraction a duré 48 heures. Creusons encore !
Vient à la suite un sarcophage, peut-être un autel, en marbre blanc, avec des sculptures d'une grande beauté représentant l'entrée des Mages à Jérusalem. Il est du iv^ siècle; mutilé en partie, ce chefd'œuvre du ciseau chrétien n'en occupe pas moins la place d'honneur de notre musée lapidaire.
Puis apparaissent successivement des débris d'anciennes chapelles, colonnes, chapiteaux, corniches, frises, figurines, encorbellements, fragments d'acrotères, quelques pièces de marbre avec inscription... Toutes ces richesses archéologiques, ensevelies sous des blocs énormes, d'où viennent-elles ? On les croit des restes de la basilique supérieure. Dieu, par respect pour ces ruines saintes, a voulu leur ménager une sépulture dans le lieu le plus vénérable de la crypte.
Qu'on veuille bien nous rendre cette justice : nos fouilles n'eussentelles abouti qu'à la découverte de ces intéressants souvenirs du passé, c'était un assez important service rendu à l'histoire monumentale de Saint- Gilles.
Mais quelle peut être la cause de cette singulière obstruction du milieu de l'édifice, et comment expliquer l'épaisseur de ce massif sur un point où il ne semblait utile aux murs de la chapelle médiale ni comme appui, ni comme rempart de sûreté ? Et, pourquoi ce mélange curieux de pierres brutes et de beaux débris d'architecture annexés ou superposés avec tant de confusion ? Peut-on raisonnablement admettre que les catholiques de l'époque aient eu le triste courage de sacrifier ces merveilleux fragments à l'idée ridicule d'exhausser le sol, affaissé i peut-être par le temps en cet endroit ?
Il est mieux, ce nous semble, de penser que ce tombeau de ruines chrétiennes avait un but plus intelligent, celui de conserver à la postérité la mémoire à jamais regrettable des diverses invasions révolutionnaires, et alors il indique une raison d'être : ou bien, qu'étant menacés de nouveaux périls, nos pères ont voulu cacher précipitamment et à l'aide de tous les matériaux trouvés sous la main, quelque précieux monument de leur foi.
Quoi qu'il en soit de ces conjectures, elles avaient le champ libre i -ji encore, car après 15 jours d'extrêmes labeurs, la lumière ne s'est point i faite. On peut donc discourir tout à l'aise.
IJ
Mais voici l'aurore du 29 août, seizième jour des fouilles ! Elle vient dissiper toutes les incertitudes et combler toutes les espérances.
L'extraction de 1,200 quintaux de décombres, au dire des ouvriers, avait ouvert une profondeur de 2 mètres 60 centimètres :
Là se présentait une surface plane, interrompue sur plusieurs points et figurant une sorte de mosaïque avec de légères saillies. IS'ous devions fixer à cette limite celle de nos recherches et il était temps j d'abandonner un chantier qui paraissait, d'ailleurs, avoir rendu toute sa dépouille; que pouvions-nous encore découvrir sous ce niveau déjà si profond ?
Ordre fut donné de poursuivre les fouilles sur une autre ligne, et nous remîmes au lendemain, bien à regret, le soin de faire combler de nouveau la cavité pratiquée sur ce point.
Cependant un charme irrésistible nous forçait à descendre sans cesse dans ce creux rempli de mystères; de là une voix souterraine semblait nous dire : Creusez encore ici !... La pensée d'en finir avec cette fouille déjà bien longue, soulevait avec violence les battements de notre cœur; nous n'avions pas le courage de l'abandonner.
Au centre même du creux, des couches d'un épais ciment dérobaient à la vue une pierre d'une certaine étendue et dont le sourd retentissement accusait un caveau.
Encore des pierres ! Quel intérêt pouvait offrir celle-ci après une si grande quantité d'autres extraites avec tant d'efforts ?
Aussi ne lui accorda-t-on tout d'abord qu'une médiocre attention. Mais l'écho souterrain devenant plus accentué par le choc de I l'instrument et l'impatience des ouvriers ne connaissant plus aucune j borne, on se hâta de dépouiller les alentours par une large excavation, 1 et voilà non-seulement une pierre tombale, mais encore l'apparition I du sépulcre qu'elle recouvre.
i' C'était le premier depuis l'ouverture des fouilles : Mais, ô déception ! aucune inscription ne vient nous éclairer sur ses origines. Serait-ce la sépulture d'un haut et puissant seigneur, ou de quelque célèbre abbé de l'antique monastère? Le tombeau est exactement assis sous le point perpendiculaire de la clé de voûte : ce qui démontre une place d'honneur ! — On eût j donné tout l'or du monde pour le plus léger indice, une simple lettre, une date qui nous mît sur la voie d'expliquer le mystère. ! Il était trois heures du soir : le temps est sombre, la crypte n'a plus de jour et le tonnerre gronde; ô moment d'ineffable émotion !
A défaut de signe révélateur, cette grande voix du ciel semble annoncer qu'il va se passer quelque événement extraordinaire.
Un judicieux ouvrier ayant fait remarquer que l'inscription pourrait bien être placée sous le couvercle intérieur de la pierre, nous nous empressons de la soulever en présence de nombreux témoins officiellement convoqués pour dresser le procès-verbal de la découverte (^).
A peine la pierre fortement scellée au tombeau fut-elle mise sur son champ, qu'à l'aide d'un flambeau on entrevit un double rang de lettres rapidement tracées, mais assez apparentes pour exciter l'émotion générale de l'assemblée.
Nous venions de lire :
IN-H-TVML-Q C.B.^GD. (2)
DANS CE TOMBEAU REPOSE LE CORPS DU BIENHEUREUX GILLES e).
0 Dieu, ce n'est pas à nous, mais à votre nom que désormais toute louange est due !
Le tombeau de notre illustre et bien-aimé père saint Gilles est au milieu des siens pour jamais !
M. le maire, MM. les vicaires et les honorables membres dn conseil de fabrique : MM. Péronse, président; Portai; Delmas, capitaine dn génie en retraite; Michel, pharmacien; Roqnelain, trésorier; Meirieu, docteur; Bessière, notaire; Chrétien; Chèvremont, percepteur des contributions indirectes. (2) Ces lettres signifient :
m H(oc) |TVM(u)L(o) Q(uiescit) C(oRPUs) B(eati) ^G(i)D(ii).
(^) Voici la description que fait du tombeau de saint Gilles, La Semaine religieuse de la ville et du diocèse de Nimes, dans son n° du 9 Septembre 1865 : " Le tombeau a 2 mètres de long à l'extérieur, l^SO à l'intérieur, ce qui donne à la pierre une épaisseur de 0™10. Il a 0'"73 de large, et la dalle qui le recouvre, affleurant dans tous les sens, a donc la même longueur, sur une épaisseur de 0"'20. Les caractères de l'inscription varient de 0'"05 à 0"'06 de hauteur.
" L'inscription est facile à lire, et gravée à l'une des extrémités de la daUe, dans le sens de la longueur. La forme des lettres, celle du G surtout, lui assigne comme date la période comprise entre le VIII^ et le IX^ siècle. On sait que saint Gilles mourut entre les années 720 et 726 ".
Les rédacteurs de la Semaine religieuse de Nimes ont emprunté ces détails sur l'épitaphe de saint Gilles à une lettre de M. Henri Révoil au Courrier du Oard, dont nous parlerons plus loin.
Une attention délicate de M"« Eudoxie Delmas nous permet de donner
Le passé retrouve son histoire, le présent bénit et exalte le Seigneur, l'avenir prépare des gloires impérissables à ce sépulcre cent fois vénérable : et erit sepulchrum ejus glariosum ! et nous vous redisons dans les transports de notre allégresse :
Le doigt de Dieu est ici!
Levez-vous donc, Jérusalem, levez-vous î et revêtez-vous de lumière et de splendeur ! Surge illuminare, J erusalem !
Yieux monument, reprends la vie des anciens jours î Dieu est ici sur toi ! JEJt gloria Domini super te orta est !
Et vous, fils des saints, enfants de cette paroisse privilégiée, accourez! venez déposer sur cette tombe miraculeuse vos cœurs enivrés de reconnaissance et d'amour. Ici vos dons généreux, vos prières, vos fleurs, vos actions de grâces !
La pierre du tombeau de saint Grilles mesure deux mètres de longueur sur 0 mètre 70 de largeur.
Il est d'une simplicité qui ne doit point surprendre ceux qui connaissent l'humilité des saints, des pauvres de Jésus-Christ !
Mais, en vérité, quelle richesse dans cette pauvreté et combien il est aisé de comprendre les précautions infinies par lesquelles on a voulu le soustraire aux profanations des ennemis de la foi !
Le tombeau de saint Gilles s'afîirmait clairement par son inscription, et aucun doute raisonnable n'était possible en présence d'un fait proclamé par l'évidence même.
Le doute, eût-il existé, devait disparaître, si l'on découvrait dans ce tombeau une certaine quantité d'ossements et de détritus attestant une sépulture humaine.
C'est ce qui est arrivé.
Ces ossements qui appartiennent à diverses parties du corps, comme on le verra, ont été extraits au nombre de 64; déjà leur quantité j pourrait, à notre sens, justifier l'inscription : In hoc tumulo quiescit ] corpus Beati Mgidii; mais si l'on admet que le détritus considérable (il a 15 centimètres cubes) s'est formé de la dissolution des parties les plus molles de l'organisme humain et par là-même les premières
le dessin exact du tombeau de saint Gilles et le fac-similé de la précieuse i inscription gravée sur la dalle, qui recouvrait le sépulcre. Le plan de cet intéressant monument a été levé et dressé, le 31 Décembre 1873, par M. Paul Commune, jeune artiste de talent, que nous félicitons de l'heureuse réussite de son travail.
réduites en poussière, il est vrai de dire que dans ce tombeau repose le corps du bienheureux Gilles. — Attendons avec calme le moment suprême de la décision épiscopale.
Certaines personnes éloignées du théâtre de l'événement ayant cru, sur de fausses indications, que le tombeau renfermait le corps entier de saint Gilles, ont nié, sans autre examen, le fait de la découverte, attendu qu'il est historiquement certain que sa dépouille repose dans la crypte de Saint- Sernin de Toulouse depuis 1562. Jouirait-il donc du privilège de l'ubiquité ?
L'objection n'est pas sérieuse.
On n'a pas annoncé l'invention du corps entier de saint Gilles, mais de quelques débris seulement, et c'eût été pour le pays et pour nous une étrange mystification, si les documents relatifs à l'exhumation du saint dans le dixième siècle pour être mis en reliquaire et son transport à Toulouse, en 1562, eussent été surpris en flagrant délit d'imposture.
Or, ces fragments mêlés à une certaine quantité de détritus comme il a été dit, ont pu être séparés de la charpente osseuse ou par le mouvement d'exhumation, ou par le fait d'une sage prévoyance, et laissés dans le fond du sépulcre grâce à une secrète inspiration du ciel : nous affirmons que ces os, au nombre de 64, ont été trouvés dans une disposition symétrique qui suppose évidemment l'intention de les conserver à la postérité.
D'ailleurs, le procès-verbal délivré à Mgr. de Mmes par Mgr. l'archevêque de Toulouse, et qui donne la nomenclature exacte de ceux que contient le reliquaire de Saint- Sernin, signale des parties absentes, et ce sont précisément celles que nous possédons.
Le sacré tombeau renfermait encore des lambeaux de vêtement ou de suaire qui, à peine exposés au contact de l'air, ont été immédiatement pulvérisés, et trois morceaux de fer oxydé, terminés en pointe aiguë, faisant partie d'une même lame.
On sait que dans la forêt Flavienne, habitée par saint Gilles, des chasseurs poursuivant une biche mise à son service par la Providence, un javelot vint atteindre et blesser la main du pieux ermite : Ne seraitce pas ce javelot lui-même, recueilli par les moines et déposé dans le sépulcre de leur père? C'est du moins l'opinion d'un vénérable prêtre dont la paroisse bénira toujours la mémoire et les œuvres (^).
En ce moment toutes ces pièces de conviction sont en lieu réservé
(') M. l^)iic;irm. ricairc L'éiiéral, ancien vicaire ilc Saint-Gilles.
et marquées du sceau épiscopal, jusqu'à la grande solennité du 1" septembre 1866 C).
(^) Mémoire aux fidèles de Saint- Gilles, pp. 12 et suîv.
La grande solennité, dont parle ici M. Goubier, et qui avait été primitivement fixée ati l^"" Septembre 1866, fut différée jusqu'au 22 Octobre 1867.
Les fouilles exécutées dans la crypte de Saint- Gilles, et leur résultat inespéré, eurent un grand retentissement en France; la plupart des journaux consignèrent dans leurs colonnes les détails de cet événement. Nous avons sous les yeux Le Courrier du Gard, du 2 Septembre 1865; sous le titre de Chronique méridionale, cette feuille publie une lettre fort intéressante de M. Henri Révoil, qui fournit sur l'invention du tombeau de saint Gilles, et sur les fouilles qui la précédèrent, des indications que nous connaissons déjà. Les Mémoires de V Académie du Gard ont inséré un article plus étendu sur le même objet, également dû à la plume de M. Révoil. Nous devons à l'obligeance de M^^'^ Eudoxie Delmas une copie de cet article et la communication du n° du Courrier du Gard.
Au début de l'année 1879, une grande nouvelle faisait tressaillir de joie l'Espagne catholique. Par lettre pastorale du 5 Février 1879, Son Èminence le cardinal Michel Paya y Rico, archevêque de Compostelle, annonçait à ses diocésains l'invention du tombeau de l'apôtre saint Jacques dans la crypte de son église métropolitaine. Nous rappelons ici cette découverte, parce qu'elle offre des analogies frappantes avec celle du tombeau de saint Gilles; c'est au point, qu'on croirait certaines parties de la lettre de Son Êminence calquées sur le Mémoire de M. Goubier.
A Compostelle, comme à Saint- Gilles, ce furent les travaux de restauration de la basilique qui suggérèrent la première idée de rechercher le sépulcre primitif du glorieux apôtre, dont l'emplacement était un mystère pour tous. Les explorations souterraines ne donnèrent d'abord aucun résultat, et les fouilles exécutées en différents endroits de la crypte n'amenèrent la découverte d'aucune cavité. On eut alors l'heureuse idée de creuser au centre du plan supérieur du sanctuaire. A un mètre et demi de profondeur, on découvrit, sous une couche épaisse de décombres de tout genre, un quadrilatère rectangulaire, formé par des murs de granit, et dont la tête correspondait perpendiculairement à la table du maître-autel de l'église supérieure, sous lequel reposent, de temps immémorial, quelques ossements du bienheureux apôtre. A la partie opposée, existait une section transversale, formée par un petit mur de pierres et de briques de grande dimension; l'espace compris entre cette section et les murs de granit qui la circonscrivaient, était divisé en trois compartiments, séparés par une légère cloison de même construction que le petit mur. C'était là qu'avaient été déposés les corps des hommes apostoliques de Jérusalem, qui accompagnèrent saint Jacques en Espagne. Le tombeau du saint apôtre ne pouvait être loin.
" Nous fimes creuser de nouveau, dit le cardinal Paya, entre le point central et l'autel qui lui fait face... 0 surprise ravissante ! à un bon mètre de profondeur apparut une pierre rectangulaire verticale, bouchant presque entièrement l'ouverture formée par quatre autres pierres, disposées comme suit : une était horizontale inférieure, deux latérales perpendiculaires et la
Mis au fait d'un événement, qui devait être une des gloires de son épiscopat, Mgr. Plantier s'empressa de nommer une commission, chargée d'étudier, sur les lieux mêmes, les questions qui se rattachaient à cette importante découverte, et de recueillir, avec un soin minutieux, tous les renseignements propres à faciliter la tâche de l'autorité supérieure.
Cette commission était ainsi composée :
M. l'abbé de Cabrières, vicaire général de Mgr. Plantier, aujourd'hui évêque de Montpellier, président;
M. le chanoine Gareiso, supérieur du grand séminaire de Nîmes;
M. Henri Révoil, architecte-conservateur des monuments historiques dans le département du Gard;
M. Germer-Durand, correspondant du ministère de Finstruction publique.
quatrième horizontale supérieure. On comprend quelle respectueuse curiosité, quelle religieuse émotion faisait battre le cœur de toutes les personnes présentes, au moment où l'un des ouvriers enleva le fragment de pierre qui bouchait l'interstice laissé entre la première pierre perpendiculaire et la supérieure horizontale. Soudain il s'écrie, le voilà ! le voilà ! puis il perd connaissance; c'est avec bien de la peine qu'on retire l'ouvrier de la cavité, il ne reprend ses sens qu'une demi-heure après. "
La crypte de Compostelle voyait se reproduire la scène émouvante, dont l'église souterraine de Saint- Gilles avait été témoin. Quand la dalle, qui fermait le sépulcre du saint abbé, eut été enlevée, M. Goubier, qui garde le silence à ce sujet, dans son Mémoire, descendit, un flambeau à la main, au fond de la cavité. Après avoir enlevé les couches terreuses et humides du couvercle de pierre, il pousse un cri strident, que répercutent tous les échos du souterrain : Saint Gilles ! le tomheau de saint Gilles ! je Vai lu ! je le tiens ! Et l'émotion l'abattit au milieu des décombres, oii il demeura anéanti pendant plus de vingt minutes (Trichaud, op. cit., p. 87).
Dernier point de ressemblance avec les fouilles de Saint- Gilles. Le tombeau de saint Jacques renfermait divers os humains et de? débris de crâne, qu'une enquête sévère démontra provenir du corps de l'illustre apôtre.
Nous glissons sur d'autres détails, mais nous engageons vivement nos amis à lire, en son entier, la lettre pastorale du cardinal-archevêque de Compostelle, qu'ont publiée bon nombre de Semaines religieuses et de journaux de France et de Belgique; Le Bien public, de Gand, l'a insérée dans son n° du 10 Mars 1879. Tous ceux qui liront cette magnifique page, seront frappés, comme nous, des ressemblances nombreuses qui existent entre la découverte du tombeau de saint Jacques et celle du sépulcre de saint Gilles. Personne, que nous sachions, n'avait relevé jusqu'ici ces analogies.
A cette commission s^étaient joints : M. Pabbé Goubier^ curé de Saint-Gilles; M. Dugas, maire; M. Tabbé Teissonnier^ professeur au grand séminaire de Nîmes^ auteur de la Notice historique sur Saint Gilles, tant de fois citée au cours de notre travail;, et M. le capitaine en retraite Delmas, membre de la fabrique.
La commission se réunit trois fois à Saint- Gilles. Laissons M. Goubier nous faire Fexposé de ses travaux :
La première visite est du 8 octobre 1865, dix jours après la découverte (^).
On eut à examiner les détails mentionnés dans le procès-verbal expédié à l'Evêclié le jour même de l'événement, et, comme tout se trouva conforme au texte de ce document, il fut dressé une déclaration signée par tous les membres et constatant :
1° L'invention, dans la partie centrale de la crypte, d'un tombeau ayant telles dimensions et ouvert le 29 août;
2° L'existence d'une inscription sur la partie baute de la pierre tombale, tracée en caractères du vii'^ au viii^ siècle et portant le nom du Bienheureux Gilles.
Et comme il s'agissait ensuite de savoir si quelque preuve contradictoire ne viendrait pas nuire à l'authenticité provisoirement reconnue de ce tombeau, la commission ordonna le prolongement des fouilles I sur la même direction, ensuite sur toute la surface de la basse église.
Dieu, sans doute, lui inspirait cette pensée pleine de sagesse, car ces fouilles immédiatement exécutées ont amené d'autres témoignages à l'appui de la découverte, et nous citerons ici, comme une pièce de conviction des plus importantes, un vieux mur de clôture trouvé à deux mètres de distance du sépulcre. Cet appareil offrant au centre même une fenêtre grillée, dont le prospect s'étend directement sur il'axe de la pierre tombale, servait probablement d'oratoire aux fidèles de l'époque. Il a été difiBcile d'en fixer la véritable origine.
Le soir du même jour, 8 octobre, en présence et par les soins de deux médecins distingués dans le pays par leur savoir et leur honorabihté (2), la commission s'occupait de la vérification des ossements dont
j (^) Il y a ici une erreur; le tombeau ayant été retrouvé le 29 Août 1865, |1 faut lire : quarante jours après la découverte. M. Trichaud a redressé cette 'erreur, en reproduisant ce passage (op. cit., p. 98). O MM. Meirieu et Bernavon,
il a été parlé, afin de fixer d'une manière précise 1° leur nature; 2° leur classement dans l'économie du corps humain.
La contexture et la porosité de ces ossements indiquaient suffisamment leur caractère; aussi n'y eut-il aucune hésitation sur ce point; toute l'attention fut portée sur la question de leur classement.
Voici le résultat de cette consciencieuse étude :
1° Cinq petits os des phalanges des pieds;
2" Onze os du tarse (région du talon);
3° Quinze portions spongieuses de fémurs et de tibias;
4" Vingt-sept fragments irréguliers des portions dures de fémurs et de tibias;
5" Parcelles en grande quantité, mais trop exiguës pour être susceptibles d'être analysées.
(Déclaration du 8 octobre 1865.)
Ainsi, tout venait à souhait pour préparer les voies à une solution définitive et solennelle : cette première épreuve avait résolu des doutes sérieux; car toutes les opérations devaient être frappées de nullité, si ces parcelles n'eussent point été reconnues comme faisant partie de l'économie humaine (^).
La deuxième visite de la commission est du 12 novembre.
Comme les travaux préliminaires avaient déjà éclairci quelques points importants, elle ne crut point nécessaire de revenir sur ses conclusions, confirmées, d'ailleurs, par les nouvelles fouilles.
On se souvient encore, dans notre chère paroisse, avec quelle onction et quelle noblesse de langage, M. l'abbé de Cabrières, vicaire général, président de la commission, annonça de la chaire l'invention désormais incontestable du vrai tombeau de saint Gilles, et fit entrevoir dans cette œuvre providentielle le germe d'une ère nouvelle de prospérités matérielles et de grâces immenses pour le pays.
Le jour où cette parole émouvante et toujours élevée permit enfin le culte du sacré tombeau, jusqu'alors laissé dans l'ombre, que se passa-t-il dans le cœur de nos bien-aimés fidèles ? Ont-ils jamais ressenti une plus vive émotion de bonheur ?
Mais tant de clartés répandues sur l'ensemble et les détails des choses ne suffisaient point encore à nos désirs.
Restait le point essentiel, celui de savoir si les ossements, dont nous étions en possession, appartenaient ou non au corps du hienheurem Gilles :
(^) Il n'est pas rare de trouver des tombeaux chrétiens pollués, à certaines époques de l'histoire, par l'introduction d'ossements d'animaux.
La commission entrait ici dans une phase nouvelle et délicate, et ses pouvoirs n'allaient pas jusqu'à donner cette décision suprême.
Aussi la troisième visite du 31 novembre n'eut point d'autre objet que la lecture, devant une assemblée de fabrique, du procès-verbal obtenu de Toulouse par les soins de Mgr. l'Évêque.
Cette pièce remarquable, vrai chef-d'œuvre de précision, énumère les reliques contenues dans la châsse de saint Gilles, possédée par cette métropole, et détermine le nom de chacune d'elles.
Or, il résulte de ce document que les fragments du reliquaire pour la restitution duquel nous faisons des vœux si ardents, constituent les parties supérieures, tandis que ceux du tombeau appartiennent aux parties inférieures d'un même corps; qu'alors le double emploi n'ayant pas lieu, si l'on réunissait ces divers éléments les uns aux autres, le squelette de notre saint serait intégralement reconstruit, eu tenant compte des parcelles absentes et gardées par les diverses églises patronales de saint Gilles répandues dans la chrétienté.
Yienne donc l'heureux jour où, par un acte d'autorité souveraine, l'illustre Pontife de notre diocèse prononcera sur ces ossements la formule d'authenticité et les offrira lui-même, au nom de l'Église, à la vénération des peuples ! (^)
La commission avait terminé ses travaux; la sentence épiscopale devait clore irrévocablement les patientes recherches de ses membres,, et sanctionner leurs conclusions. Le 6 Février 1866y Mgr. Plantier présidait, au presbytère de Saint- Gilles, une assemblée du clergé et des membres de la fabrique. Le saint nom de Dieu invoqué, la précieuse cassette, contenant les ossements trouvés dans le tombeau du Saint, fut ouverte. Lecture faite de la déclaration des médecins, Sa Grandeur, s'assurant que ces ossements ne pouvaient être classés autrement, prononça solennellement leur authenticité, y apposa son sceau, et conclut à la célébration prochaine d^une fête commémorative de Finvention providentielle du glorieux tombeau {^) . Après avoir ordonné de replacer dans le sépulcre les morceaux de fer oxydé, restes probables du
(^) Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles, pp. 22 et sniv. ("^) Nous avons dit que cette manifestation religieuse n'eut lieu que '■e 22 Octobre 1867.
javelot qui blessa saint Gilles, Mgr. Plantier leva la séance, au milieu des applaudissements.
L'assistance se dirigea alors vers la basilique, et descendit dans la crypte, dont la confession, étincelante de lumières et ornée de fleurs, offrait en ce moment un aspect saisissant. Vive fut rémotion, lorsque, à l'exemple du prélat, qui versait des larmes d'attendrissement, tous se prosternèrent au pied du vénérable sépulcre (^) .
A la suite de cet hommage solennel, — s'écrie M. Goubier, dans un saint enthousiasme, — tous les hommages doivent se réunir ici, et la parole du Prophète se vérifier dans sa plus haute expression : Et erit sepulcJirum ejus gloriosum.
Et son tombeau sera glorieux {^).
A lui la louange des anciens jours ! — Bientôt une lettre pastorale va paraître, et sous les traits inimitables de cette plume qui révèle avec tant de science et de clarté les obscurités du passé, nos traditions vont renaître radieuses, nos souvenirs effacés resplendir de nouveau, et les peuples en seront émus.
A lui la gloire des pèlerinages. — Pour rendre à l'avenir la vie et le mouvement du culte primitif et amener au moins les contrées méridionales aux pieds du tombeau de saint Gilles, il nous faut une parole puissante et patronne de ces dévotions populaires; cette parole va retentir et le Midi s'ébranlera.
A lui la gloire d'une restauration en harmonie avec la sainteté de sa dépouille. — Nos découvertes devront-elles subir la triste destinée de tant d'autres ? Laisserons-nous l'œuvre de Dieu dans l'oubli, et ses bienfaits sans actions de grâces ? ISTotre Évôque qui, dans une circonstance mémorable, a donné au pays de saint Gilles une preuve si touchante de sa dilection particulière, en venant déposer sur ses autels une relique cédée à d'instantes prières, et qui, par cette cérémonie, préludait, dans les desseins de Dieu, à la découverte dont nous nous félicitons, va demander aux fidèles, à titre de reconnaissance, de généreuses offrandes et des sacrifices en rapport avec la grandeur de leur foi, et cet appel pour le tombeau de saint Gilles sera entendu.
Enfants du Grand Saint, à vous surtout l'honneur de ces restaurations !
C) Trichaud, op. cit., pp. 103, 104.
(-) Isaïe, ch. n, v. 10.
Confiées aux soins d'un architecte dignement honoré de la haute estime du diocèse, admirateur de ses belles créations, M. H. Révoily elles sont à la veille d'être reprises. Il est vrai, le gouvernement et la bonne administration municipale de la cité ont déjà pourvu aux dépenses les plus urgentes, mais ce qui pouvait absolument nous permettre, avant la découverte du tombeau, de parvenir à la disposition du monument pour le service divin, ne peut plus aujourd'hui suffire. II faut notablement décorer le sépulcre d'un père, et, en plaidant la cause de saint Gilles, c'est votre gloire que j'exalte, c'est votre histoire que j'invoque, votre plus cher intérêt que j'envisage. Donnez, donnez à ce pauvre de Jésus-Christ qui est devenu votre richesse incommunicable, et que vos dons permettent à la postérité de vous attribuer, en vous bénissant, la plus large part du mérite de nos travaux (^).
Comment résister à un appel aussi éloquent ? M. Goubier avait trouvé le chemin des cœurs, toutes les bourses s'ouvrirent^ et ce fut à qui viendrait en aide au pauvre, mais courageux pasteur.
La voûte de la chapelle du tombeau était sillonnée de crochets de fer, disposés en cercle et destinés à la suspension des lampes, qui veillaient autour des saintes reliques. Déjà, depuis la découverte, toutes les lampes de la haute église étaient là, suspendues et entretenues par la piété des fidèles, lorsqu'une généreuse paroissienne offrit une superbe couronne de lumières, en exprimant le vœu de la voir briller au-dessus du sépulcre.
Tous les jours, les fleurs et les cierges y surabondaient. Les riches et les pauvres mêlaient avec joie leurs offrandes, qui fournirent des sommes assez importantes, lorsque le gou- I vernement français, sur les instances de M. Révoil et par Fentremise de M. Talabot, directeur général des chemins de fer, alloua 2,000 francs, applicables aux restaurations de la crypte.
Ces secours providentiels, joints aux sommes recueillies ou votées par le conseil général, la fabrique et la commune, formaient un total net de 4,000 francs. Or, le devis arrêté
Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles, pp. 26, 27.
par Tintelligent arcliitecte diocésain, M. Révoil, évaluait la dépense à 5,400 francs. On n'hésita plus à mettre la main à l'œuvre, qui, dès le début, reçut une nouvelle allocation de 2,000 francs de la maison de Fempereur Napoléon III.
Ces 6^000 francs, en tenant compte des dépenses imprévues, ne devaient pas suffire à la restauration des murs de la crypte, classée parmi les monuments historiques; pouvait-on négliger la partie la plus intéressante de l'église souterraine^ le tombeau même de saint Gilles ?
Il fallut donc recourir encore à la générosité des fidèles. On parvint à réaliser 20,000 francs, soit par des quêtes, soit par des loteries et d'autres moyens, que suggéra une ingénieuse piété. Une quête à domicile produisit 3,000 francs; le Mémoire de M. Groubier, imprimé deux fois en un an et propagé par toute la France, fit afîluer aussi beaucoup d'aumônes à Saint- Gilles.
Les restaurations furent commencées le 20 Août 1866, pour ne plus être arrêtées. Tous les arcs-doubleaux, toutes les voûtes, les piliers et les corniches, mutilés par les religion- i naires et peut-être aussi par les Albigeois, furent réparés ' avec une scrupuleuse exactitude.
Mais, il s'agissait par-dessus tout de remettre en honneur le sépulcre de saint Gilles, et d'en faire le point central de ; l'édifice, comme il l'avait été dès le principe. Une chapelle, ^ rappelant les confessions des basiliques romaines, fut creusée dans la cavité même où repose le tombeau. Un élégant pavé en briques de Viviers, blanc et noir, en rehausse la beauté. Une grille romane, dont les quatre angles sont décorés de candélabres à treize branches, entoure le sépulcre, à la tête duquel se dresse un autel antique, trouvé parmi les décombres qui obstruaient le tombeau du Saint (^) . A gauche, un escalier adroitement ménagé vous permet de gravir le sol de la crypte, d'où vous étiez descendu dans la confession, par sept larges ,
(') Voyez ce que nous avons dit de cet autel, pp. 132 et suiv.
marches en pierre de Beaucaire. Avec cette même pierre, la crypte fut pavée en partie, et le reste fut recouvert d^un glacis à la cendrée. La lumière extérieure se projette dans Péglise souterraine par cinq fenêtres surbaissées, en harmonie parfaite avec le style de l'édifice^ et ornées de gracieuses grisailles, sorties des ateliers de M. Martin, d'Avignon (^), Pendant que s'exécutaient ces restaurations, diverses guérisons prodigieuses furent obtenues par l'invocation du saint abbé, et contribuèrent grandement à réveiller la dévotion populaire. Deux enfants, perclus de tous leurs membres, furent guéris soudain au contact de la pierre sépulcrale du bienheureux anachorète. Un jeune homme, qui se mourait d'une phthisie pulmonaire, vit disparaître son mal le dernier jour d'une neuvaine à saint Gilles. Une jeune personne atteinte j d'une fièvre typhoïde, et une vertueuse fille de quarante-huit ans, souffrant, depuis sept ans déjà, d'un mal occulte qui résistait à toutes les ressources de l'art le plus expérimenté, recouvrèrent une santé parfaite, avec un accompagnement de circonstances, qu'une intervention céleste sufiSt seule à expliquer. Toutes ces guérisons se trouvent consignées dans les archives paroissiales; M. Trichaud a eu Fexcellente idée d'en reproduire les principaux détails au chapitre II de son ouvrage (^) .
LETTRE PASTORALE DE MaR. PLANTIER - FÊTE DU 22 OCTOBRE 1867 - MORT DE M. GOUBIER - TRAVAUX DE M. D'ÉVERLANGE - RESTAURATION DES PÈLERINAGES
Deux années s'étaient écoulées depuis la découverte du :ombeau de saint Gilles. Fidèle aux traditions de prudence jet de sage lenteur qui la caractérisent, l'autorité ecclésiastique
C) Trichaud, op. cit., pp. 106 et sniv. — O P. 110 et suiv.
avait différé de se prononcer^ par un acte public, sur uu événement, qui préoccupait à si juste titre Topinion religieuse. Le temps était venu de rompre le silence, et de proclamer bien liaut Fautîienticité du tombeau et des reliques dont il était dépositaire. Le premier pasteur du diocèse, Mgr. Plantier, s'acquitta de cette tâche; habitué depuis longtemps à ne produire que des cbefs-d'œuvre, il sut faire découler de sa plume, élégante et facile, une lettre pastorale, oii l'élévation des pensées le dispute à la richesse du style, et qui restera comme un monument éternel de l'éloquence et de la piété de l'illustre prélat.
Le mandement de Mgr. Plantier est du 3 Octobre 1867. M. le chanoine Clastron, secrétaire général de l'évêché de Nîmes, aujourd'hui vicaire général de Mgr. Besson, a bien voulu nous en offrir un exemplaire, et c'est grâce à son obligeance, qu'il nous est donné d'enrichir notre travail de ce magnifique morceau :
Lettre pastorale de Monseigneur l'Évêque de Nimes sur la découverte du tombeau de S. Gilles et sur la Fête dont Panniversaire de cette invention doit être Tobjet, le 22 Octobre prochain O- j
Claude -Henri -Augustin PLANTIER, par la Grâce divine et l'autorité du Saint-Siège apostolique, Évêque de Nîmes, assis- i TANT AU Trône Pontifical,
Au clergé et aux Fidèles de notre Diocèse,
Salut et Bénédiction en Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Saint Ambroise, dans une lettre à sa sœur Marcelline, raconte, en quelques traits pleins de charme. Nos Très-Chers Frères, l'inven tion des Reliques des saints Gervais et Profcais. " Je venais, c'est lu" qui parle, de dédier une Basilique, quand plusieurs m 'interpellant av
(*) On trouve anssi cette lettre pastorale dans le livre de M. Trichaud pp. 125 et sniv.; mais l'atiteur a supprimé les nombreux textes latins placé au bas des pages.
unanimité, me dirent : Faites donc cette consécration comme celle d'une Basilique romaine, et je leur répondis : Je la ferai, si je découvre des reliques de martyrs. Et à l'instant même je fus envahi comme par l'ardeur d'un pressentiment prophétique. Pourquoi ne me hâterais- je pas de le déclarer ? Dieu me fit une grâce; en présence de mes clercs presque effrayés, j'ordonnai de creuser la terre à l'endroit même où nous étions, c'est-à-dire devant la grille fermant la sépulture des saints Félix et Nabor. Des signes encourageants ne tardèrent pas à paraître; on fit approcher les possédés à qui je devais imposer les mains; et alors la vertu des saints martyrs commença tellement à se montrer, que pendant que je me taisais encore, on découvrit une urne qui se renversa, s'inclinant comme d'elle-même vers le lieu du saint tombeau. Nous trouvâmes deux hommes de cette grandeur étonnante qu'enfantaient souvent les âges passés. Tous les ossements étaient intacts; les traces de sang, considérables. Pendant deux jours il se fit un concours immense de peuple autour de ces restes vénérés (^). "
A Dieu ne plaise. Nos Très-Chers Frères, que nous nous permettions d'outrager par d'inconvenants parallèles les grands souvenirs d'Ambroise et de son Église de Milan ! Mais sans les faire descendre des hauteurs où les a placés l'histoire, nous osons dire qu'un fait, récemment accompli dans notre diocèse, présente quelque analogie au moins lointaine avec celui dont l'illustre évêque vient d'esquisser le récit. Autrefois notre incomparable basilique de Saint-Gilles avait possédé le tombeau de l'immortel solitaire dont elle portait le nom. Mais ce sépulcre avait disparu depuis le seizième siècle, si funeste à tant de monuments sacrés dans nos provinces. Avait-il été détruit par jle fanatisme de la Eéforme ? Avait-il été caché dans quelque abri tuté-
(^) Cum ego basilicam dedicassem, multi tanquam uno ore interpellare cœperunt dicentes : Siout Eomanam basilicam dedices. Eespondi : Faciam, si martyrum reliquias invenero. Statimque subiit veluti cnjnsdam ardor prsesagii.
Quid multa ? Dominns gratiam dédit : formidantibus etiam clericis jussi îruderari terram eo looi, qui est ante cancellos sanctorum Felicis et Naboris. itnveni signa convenientia : adhibitis etiam qnibus par nos manns imponenda :oret, sic sancti martyres eminere cœperunt, ut adhuc nobis silentibus, arripe- 'etur urna, et sterneretur prona ad locum sancti sepnlcri. Invenimus miras nagnitudinis viros duos ut prisca aetas ferebat. Ossa omnia intégra, sanguinis )lnrimum. Ingens concursus populi per totum illud bidnum. — S. Ambros. lîpist. classis 1. — Ep. xxn, 1, 2.
laire par la piété des fidèles ? Questions auxquelles les annales écrites et les traditions locales refusaient de répondre.
Mais un jour vint oii Dieu daigna faire une grâce : Dominus gratiam dédit A peine installé dans cette paroisse comme curé, M. l'abbé Goubier sentit en son cœur je ne sais quoi qui ressemblait au secret présage de saint Ambroise : ardor prœsagii. Un instinct mystérieux le poussa, comme malgré lui, à faire commencer des fouilles dans l'église souterraine de Saint- Gilles et sur un point qu'il désigna. Ingrates d'abord, ces recherches ne tardèrent pas à combler de joie celui qui les avait entreprises. Sous d'énormes ruines entassées dans un intelligent désordre, le pic du travailleur fit résonner un tombeau. ' A ce bruit sourd mais révélateur, un doux frisson court dans les veines. I On arrive au sépulcre d'où il est parti; nulle inscription ne se montre ' au regard inquiet qui l'interroge. Mais on retourne bientôt la pierre qui le recouvre. O bonheur ! Des lettres grossières, mais dont la date et la véracité sont attestées par leur grossièreté même, annoncent que c'est là que reposa le corps de saint ^Egidius. A l'instant, sur notre appel, une commission, formée d'hommes aussi compétents qu'honorables, étudie ce monument avec autant de conscience que de lumières; et les conclusions de son travail proclament bientôt avec fermeté que cette tombe est très-authentiquement celle du grand solitaire.
Mais cette tombe n'était pas entièrement vide. De nombreux débris d'ossements y reposaient encore. Il s'agissait de savoir s'ils avaient appartenu au corps du saint Abbé. Pour éclaircir ce point de fait, nous avons sollicité la nomenclature des reliques de saint Gilles, dont la ville de Toulouse est en possession. Mgr. Desprez, par une complaisance dont nous ne saurions assez le bénir, a daigné nous envoyer cet inventaire dressé par un professeur d'anatomie, en présence d'une commission spéciale, et muni du sceau de l'archevêché (^). Deux médecins distingués ont comparé cette énumération soit avec les os que nous possédions déjà, soit avec ceux que nous avions découverts dans le sépulcre nouvellement retrouvé; rien ne se répétait et tout coïncidait à merveille (2). Prenant ensuite l'histoire, nous nous sommes rendu compte des parcelles de reliques emportées autrefois chez divers peu-
Q) Procès-verbal d'ouverture de la châsse de saint Gilles, fait à Toulouse et signé par MM. de Lartigue, curé de la Basilique de Saint-Sernin; Roux, Marceille, Castier, Justrobe, vicaires; Miracle, prêtre auxiliaire; Bonamy, professeur d'anatomie; Sabathié, sacristain; le tout légaHsé par Mgr. Tarchevêque.
(2) Procès-verbaux rédigés et signés par MM. François-Adolphe Bernavon et Louis-Camille Meirieu, docteurs-médecins, à Saint-Gilles.
pies par la piété des pèlerins; aucun doute n'est sorti de là pour nous empêcher de regarder comme authentiques celles que la Providence venait, après trois siècles de disparition, de ramener sous nos yeux (^).
Aussi n'hésitons-nous plus à déclarer solennellement que le tombeau découvert est, sans aucune contestation possible, le tombeau de saint Gilles; que les fragments d'os contenus dans ce sépulcre ont indubitablement fait partie du corps du saint Abbé; que cette tombe et les reliques dont elle est dépositaire ont droit à retrouver les honneurs de la vénération publique, et que, pour les signaler à cette dévotion populaire dont nous les estimons dignes, nous autorisons, pour le 22 octobre, la célébration d'une cérémonie triomphale dans C3tte noble crypte où leur gloire, si longtemps évanouie, vient enfin de reparaître.
C'est avec une joie centuplée par l'espérance que nous assisterons à cette fête. Quand il eut exhumé les reliques des deux saints martyrs, le grand archevêque de Milan s'écria : " Je vous rends grâces. Seigneur Jésus, de ce que vous avez daigné réveiller l'esprit et le soufile de ces martyrs, en ce temps oii l'Église a besoin de plus puissants auxiliaires. Que tous le sachent : je cherche des protecteurs capables de nous défendre et s'abstenant d'attaquer. Yoici précisément que je viens de t'en donner, ô mon peuple, qui seront utiles à tous, sans jamais nuire à personne. Ce sont-là les appuis que j'ambitionne; ce sont les soldats que j'aime, non point soldats du siècle, mais soldats de Jésus-Christ. Je ne crains pas que l'envie me dispute leur tutelle d'autant plus sûre qu'elle est plus haute; ou si quelqu'un me l'envie, je lui souhaite d'en partager le bienfait {^). " En restituant à la lumière le tombeau de saint Gilles, nous tressaillons du même bonheur que saint Ambroise. A nous aussi, notre Église demande aujourd'hui des secours plus puissants que jamais. Placée entre les sectes réformées qui la divisent et le scepticisme sans cesse plus audacieux qui travaille à l'envahir, elle ne
C) Voir Notice historique sur Saint-Gilles, par M. l'abbé Teissonnier. (^) Gratias tibi, Domine Jesu, quod hoc tempore taies nobis sanctorum jiiartyrum spiritus excitasti, quo Ecclesia tua prsesidia majora desiderat. Cogloscant omnes qnales ego propugnatores reqniram, qui propngnare possint, liipugnare non soleant. Hos acqnisivi tibi, plebs sancta, qni prosint omnibus, iiemini noceant. Taies ego ambio defensores, taies milites habeo, hoc est non aeculi milites, sed milites Christi. Nullam de talibus invidiam timeo, quorum [uo majora eo tutiora patrocinia sunt. Horum etiam illis ipsis qui mihi eos Qvident, opto praesidia. — S. Ambros., tit supra, 10.
saurait trouver en nous seul une barrière assez ferme pour la soustraire à tant de périls. Contre des dangers plus redoutables il faut des remparts plus assurés. Dieu les élève de sa main par la glorification inattendue de l'illustre solitaire de la vallée Flavienne. Le voilà pour ainsi dire qui se lève de sa tombe, entre saint Yérédème, son vieux maître et ami, dont nous venons de restaurer l'ermitage, et Pierre de Castelnau, dont nous avons naguère replacé la mémoire sur l'autel. Ce sont-là, répèterons-nous avec Ambroise, les gardiens que nous désirons; ce sont les soldats qu'il faut à nos combats et à notre sécurité. Lui s'applaudissait des siens, parce qu'il comptait sur eux pour l'abriter contre l'arianisme des premiers temps. Nous nous félicitons à notre tour des nôtres comme d'un bouclier nouveau contre l'arianisme moderne. Comme les martyrs de Milan, ils n'attaqueront pas cet ennemi par l'épée, mais ils nous en défendront par la prière. Ils apporteront de la sorte à notre faiblesse -le glorieux supplément de leur force, et si Ton s'étonne désormais de nous voir redescendre dans la lutte avec une ardeur renouvelée, nous dirons encore avec le Docteur que nous nous plaisons tant à citer : " Venez et voyez la noble escorte qui m'environne; j'avoue que je me sens enhardi par l'armure dont elle me couvre. Que d'autres mettent leur confiance, ceux-ci dans leurs chars, cewa-là dans leurs chevaux. Pour nous, c'est dans le nom du Seigneur notre Dieu que nous voulons nous glorifier {^). "
Plein d'espérance pour nous-même, nous le sommes aussi pour le troupeau qui nous est confié. Écoutons toujours sans nous lasser saint Ambroise. " Ce n'est pas sans à-propos qu'on appelle l'invention des martyrs une résurrection. Sont-ils ressuscités pour eux-mêmes, nous le verrons une autre fois; mais à coup sûr ils sont ressuscités pour nous. Vous avez appris, vous avez même constaté par vos propres yeux qu'ils ont délivré des démons un certain nombre de possédés; plusieurs infirmes également, aussitôt après avoir touché de la main le vêtement dont les saints étaient couverts, ont été guéris des maux qui les travaillaient. On a vu se reproduire les miracles des temps primitifs, alors que l'avènement de Notre- Seigneur Jésus-Christ répandait une grâce plus abondante dans le monde, c'est-à-dire qu'en notre présence l'om-
Veniant ergo et videant stipatores meos; talibus me armis ambiri non nego. Hi in curribus, et hi in equis, nos autem in nomine Bei nostri magnificahimur. — Psalm. xix, 8.
S. Ambros., ut supra, 10. j
bre de corps saints a suffi pour rétablir instantanément des malades. Que de linges, que de manteaux jetés sur ces reliques sacrées, ont puisé dans ce contact la vertu de guérir ! On est heureux de pouvoir toucher même la simple extrémité du linceul qui les enveloppe, et quiconque la touche, celui-là est sauvé Q). "
Saint Augustin, dans un de ses sermons, atteste qu'il avait été lui-même témoin de ces prodiges, ajoutant le poids immense de son témoignage à l'autorité déjà décisive de saint Ambroise {^). A son tour, il raconte, un peu plus tard, que des prodiges pareils se sont opérés à l'invention des reliques de saint Étienne, et dans ce second récit il trouve encore le secret de ramener et d'entremêler le grand souvenir des martyrs de Milan, pour en confirmer de nouveau les miracles (^).
Autrefois le tombeau de saint Grilles a fait aussi toutes ces merveilles, 'Nos Très-Chers Frères. Il fut longtemps le centre et le but d'un pèlerinage presque aussi fréquenté que les pèlerinages les plus illustres de l'univers catholique. Du fond de l'Armorique, de la Grande-Bretagne, de la Germanie, de la Pologne, de la Hongrie, on accourait à flots se prosterner devant lui pour implorer le Bienheureux dont il renfermait la dépouille et rappelait la mémoire. En ces temps glorieux, il laissait échapper une vertu toute-puissante comme tant d'autres tombes justement renommées. Là aussi les démons désertaient en rugissant les malheureux qu'ils obsédaient. Là aussi les aveugles retrouvaient tout d'un coup l'usage de la vue. Là aussi les malades recouvraient, après une prière, la liberté de leurs mouvements et la plénitude de leur santé. C'était comme une source de résurrection et de vie qui jaillissait de cette pierre sur laquelle planait l'ombre du grand anachorète; et ceux qu'il avait réjouis par des prodiges s'en
(^) Non immerito autem plerique hanc martyrum resurrectionem appellant; videro tamen titrum sibi, nobis carte martyres resurrexerint. Cognovistis, immo vidistis ipsi mnltos a dsemoniis purgatos; plnrimos etiam, ubi vesteni sanctorum manibus contigerunt, lis quibns laborabant debilitatibus absolûtes; reparata vetusti temporis miracula, quo se par advantum Domini Jasu gratia terris major infuderat, timbra quadam sanctorum corporum plarosque sanatos cernitis. Quanta oraria jactitantur ! quanta indumanta supar raliquias sacratissimas et tactu ipso medicabilia reposcuntur ! Gaudent omnas extrema linea contingera; et qui contigarit, salvus erit. — S. Ambros., ut supra, 9.
(^) Tune tantae gloriee^martyrum etiam ego testis fui. Ibi eram, Mediolani eram, facta miracula novi, attestante Deo pretiosis mortibus sanctorum suorum; ut par illa miracala jam non solum in conspectu Domini, sed etiam in conspectu hominum essat mors illa pretiosa. — S. August. Serm. 286, in nat. martyr. Gervasii et Protasii.
(^) S. August., serm. 318, 319, 320, de martyre Stephano.
retournaient dans leur patrie par tous les chemins du globe, chantant en l'honneur de saint ^gidius des hymnes de reconnaissance et d'admiration.
Certes! Nos Très-Chers Frères, verrons-nous ' un avenir stérile succéder à un passé si fécond ? Ce sépulcre n'aura-t-il été rendu à nos hommages que pour être solennellement convaincu d'impuissance ? et faute de miracles qui le distinguent, serons-nous condamnés à regretter l'heure qui l'a retiré des décombres sous lesquels, depuis trois cents ans, il était enseveli ? 0 saint Abbé ! vous qui fûtes l'astre le plus brillant de notre beau ciel, et la fleur la plus embaumée de l'antique vallée Flavienne ! vous rajeunirez votre gloire, pendant que nous ressusciterons nous-même le culte de votre tombeau. Aujourd'hui, comme autrefois, les aveugles abondent dans nos contrées; le rationalisme a plongé et plonge encore chaque jour dans les ténèbres une foule d'esprits; vous les attirerez à vous pour leur rendre la vraie lumière, la lumière de la foi. Que d'infortunés, même sur la terre sanctifiée par vos vertus, sont livrés au démon qui les possède; les uns sont en proie au démon de la cupidité; les autres au démon du libertinage; ceux-ci au démon de l'intempérance; ceux-là au démon du servilisme et de la peur. Ils viendront, eux aussi, à votre tombe et vous les affranchirez des divers démons dont ils seront les esclaves. Ainsi le lustre des anciens jours reparaîtra sur notre Église et sur vos propres ossements. Votre sépulcre sera reconnu pour celui d'un prophète, et les signes extraordinaires dont il sera tout ensemble l'instrument et lo témoin, nous combleront de bonheur en vérifiant nos plus chères espérances.
O Cité de Saint-Gilles ! Te voilà, dirons-nous avec saint Ambroisc, te voilà donc déchargée du poids d'une confusion douloureuse Le tombeau de ton fondateur, de ton père; ce tombeau qui, toute proportion gardée, t'a faite avec tes destinées, comme le tombeau de Pierre a fait la Rome nouvelle avec sa gloire; ce tombeau qui, pendant tant de siècles, fit venir et affluer dans ton sein les âmes les plus élevées, les fils les plus honorables de tant de nations éloignées et diverses, ce tombeau, je ne crains pas de le dire, auquel tu dois tout, était enfoui dans ton sol et tu ne savais où le prendre. La trace en était entièrement perdue, rien ne subsistait, même dans tes tradi-
(') Evasimus, fratres, non mediocrem pndoris sarcinam. — S. Ambros., ut svpra, 11.
tions orales, qui pût te faire soupçonner qu'il existât encore et surtout où il pouvait être caché. Il était là sans doute dans la crypte bénie, mais si quelqu'un te l'avait assuré, tu en aurais souri. Sans doute encore il te protégeait, mais c'était à ton insu. Enfin, grâce à un rayon d'en haut, le voilà retrouvé; c'est la joie de notre épiscopat que de l'avoir rendu à ton amour qui l'avait presque oublié. Ce que les dernières générations de tes ancêtres avaient désespéré de voir, tu le possèdes Q). Tu n'a plus simplement comme eux pour te couvrir un bouclier invisible; tu peux à présent contempler de tes yeux, toucher de tes mains, inonder de tes fleurs et détremper de tes larmes ce tombeau tutélaire ! 0 Cité que nous aimons î sois fidèle à l'entourer du culte dont il est digne. Par tes soins la crypte qui l'abrite s'est parée d'une décoration nouvelle; désormais des lampes et des flambeaux entretenus par la piété l'éclaireront, si j'ose ainsi parler, d'une lumière infatigable. Mais des vertus lui souriront mieux que ces honneurs matériels, si légitimes qu'ils puissent être. Quand il verra couler sur l'autel le sang de la Victime sainte, il faudra qu'il voie aussi l'âme de tes enfants se mêler au sacrifice comme des hosties sans tache, et, suivant le beau mot de saint Ambroise, comme des hosties triomphales (2). Si tu relevais les ruines de la Basilique abattue aux fondements de laquelle il repose; si, comme autrefois, tu donnais des Pontifes 1 ce siège de Pierre qui l'honora de tant de faveurs; si de sa poussière Jiii faisais germer encore de nouveaux évêques, dignes de leurs aînés, pt dont l'Église pût considérer les mérites et citer les noms avec une 'ÎQYté maternelle, ces nobles choses ne le trouveraient pas indifférent. slais ce qui le fera surtout tressaillir avec les ossements sacrés dont \ garda le dépôt, c'est que, fille d'un saint, couronnée de son nom, olidaire de sa gloire, tu travailles à pénétrer tous tes enfants de son sprit et de sa foi; que tu les'pousses avec ardeur à l'imitation de ses ertus; que tu proscrives de tes usages et de tes mœurs tous les obsta- 'es qui pourraient s'opposer à leur sanctification; que ton sol devenu ivinement fécond soit désormais une riche pépinière d'élus pour le iel, et qu'ainsi les nouvelles destinées du sépulcre de ton auguste atron soient encore plus belles et plus consolantes que les premières.
A ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, nous avons pris les Dis déterminations suivantes :
(0 Patronos habebamus et nesciebamus. Invenimns nnnm hoc, qno viden - ' ir prsestare majoribns. Sanctornm martyrnm cognitionem, qnam illi amise- ^'it, nos adepti sumus. — ■ S. Ambros., ut supra, 11.
(^) Succédant victimge triumphales in locum ubi Christns hostia est. — < A.mbros,, ut supra, 13.
1° Le 22 de ce mois, nous irons, avec Mgr. l'Évêque de Digne, à Saint-Grilles, faire une cérémonie spéciale pour célébrer l'anniversaire de l'invention du tombeau du saint Abbé;
2° Cette fête se célébrera conformément au programme convenu entre Nous et M. le Curé de Saint-Gilles;
3° î^ous invitons tous les fidèles de notre diocèse à relever ce pèlerinage de Saint Gilles, autrefois pratiqué par tant de peuples et signalé par tant de miracles.
Et sera la présente lettre pastorale lue à la messe du prône dans toutes les églises et chapelles du diocèse, le premier Dimanche qui suivra sa réception.
Donné à Nimes, en notre palais épiscopal, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing du Secrétaire Général de notre Évêché, le trois octobre mil huit cent soixante-sept, jour où nous célébrons la fête différée des saints Anges Gardiens.
t HENEI, Évêqiie de Nimes,
Par Mandement :