L. S. THIBON
Chanoine honoraire, Secrétaire Général.
Cette page magistrale produisit un effet magique. Devant cette " parole puissante '\ comme Pavait prédit M. Goubier, " le Midi s'ébranla {^), et jamais peut-être ces contrées ne virent de manifestation plus imposante^ de fête plus belle que celle du 22 Octobre 1867. Aussi devons-nous savoir gré i\ M. Fabbé Carle^ Fattrayant rédacteur de la Semaine religieuse de Nimes, d'avoir longuement décrit^ dans cet intéressant recueil^ ces magnifiques solennités. Le numéro presque entier du 26 Octobre 1867 est consacré à cette description, qui déroule à nos yeux, dans une série de tableaux pleins de charme, le.^ scènes émouvantes de cette mémorable journée (^). Nous em pruntons à ce récit les détails qui vont suivre.
Le Lundi, 21 Octobre, veille de. la fête, messeigneurs le
(^) Mémoire aux fidèles de Saint-Gilles, p. 26. Voyez pins haut, p. 282.
("^) M. le chanoine Clastron a eu la bonté de nous envoyer en commtniic: tien les n°^ de la Semaine religieuse de Nimes, du 26 Octobre et du 2 Novetnb 1867, qui renferment les détails des fêtes. M. Trichaud a inséré le récit < M. Carie dans son ouvrage, mais il en a modifié divers passages et supprir' plusieurs autres (op. cit., pp. 146 et suiv.).
évêques de Nîmes et de Digne arrivaient à Saint-Gilles, par un temps magnifique, au milieu des acclamations et des cris de joie de la population. Une cavalcade de jeunes Saint-Gillois, rappelant, par leurs costumes historiques, Wamba, le puissant roi des Yisigotlis, et ses officiers, était venue audevant de leurs Grandeurs, comme autrefois le barbare cbasseur au-devant du pieux solitaire de la vallée Flavienne. Elle servit d'escorte aux deux prélats, et lorsque le cortège fut arrivé au milieu de la place de l'église, l'aimable adolescent, qui remplissait à ravir le rôle de Wamba, se fit l'interprète de la joie et de la reconnaissance de la population tout entière, groupée autour du pavillon qui abritait leurs Grandeurs.
Les rues de la ville avaient été transformées en longues et fraîches galeries de verdure; toutes les maisons étaient pavoisées. Des vivats au grand saint Gilles se lisaient sur tous les murs, sur toutes les banderoles, sur chaque oriflamme, comme dans tous les cœurs, comme sur toutes les lèvres. C'était vraiment le réveil d'un peuple répondant au réveil des cendres de son fondateur, de son père, et saluant le retour de ses vieilles gloires, de son ancienne splendeur.
La première visite des prélats fut pour la crypte; cette visite dura une heure. De là, toujours suivis du clergé et de la municipalité, les hôtes illustres de la cité se rendirent au presbytère, acclamés par la foule qui se pressait sur leur passage, j Cependant, le jour si impatiemment attendu, le 22 Octoibre se lève radieux. L'artillerie municipale tonne, les cloches lancent dans les airs leurs plus joyeuses volées. La musique ie Beaucaire fait retentir les rues de ses harmonieux accords, I3u entraîne toute la population vers l'église, pendant que les orêtres — on en compte plus de cent — arrivent de toutes les avenues, et vont se ranger autour de Mgr. l'évêque de Nîmes, qui va consacrer le nouvel autel de la crypte.
On se rappelle que le 21 Août 1865, sixième jour des touilles de l'église souterraine, on découvrit pa.rmi les décombres une pierre haute d'un mètre quatre-vingt-deux centi-
mètres^ large de soixante centimètres et de quarante centimètres d^ épaisseur (^). Cette pierre, regardée comme un débris d^ autel antique, fut utilisée dans les restaurations. M. Révoil la fit placer à la tête du tombeau de saint Grilles, tout en lui conservant son aspect rude et fruste; il se contenta de la surmonter d^une grande dalle, pour en former un autel fixe, et ce fut par la consécration de cet autel que Mgr. Plantier inaugura les solennités de cette belle journée.
Après cette première cérémonie, une grand^ messe pontificale fut célébrée à Tautel supérieur de la crypte, par révêque de Digne, Mgr. Meirieu, que la ville de Saint-Gilles compte avec orgueil au nombre de ses plus illustres enfants (^).
Plus tard, de fraternelles agapes réunissaient autour des j deux prélats, dans une des salles de PHôtel-Dieu, décorée ; avec autant de richesse que de bon goût, les nombreux ecclésiastiques qui les avaient assistés et les notabilités de la ville. La fin du repas fut marquée par un incident toucliant. M. le curé Goubier, trop modeste pour n^en être pas surpris, eut le bonbeur bien mérité d^ entendre, de la bouche de M. le vicaire général de Cabrières, la lecture de la lettre suivante, icterrompue maintes fois par les applaudissements des convives:
Dieu vous a fait un insigne honneur, mon cher curé, en vous donnant le secret instinct, Vardor prœsagii, qui vous a conduit à l'invention du tombeau de saint Gilles. Par là, votre nom sera Hé, dans l'avenir, à l'un des événements les plus importants de l'histoire religieuse de notre diocèse au XIX^ siècle. Dès aujourd'hui, mon épiscopat à moi-même se félicite et se glorifie de ce grand acte, dont vous aurez été l'instrument.
Qui sait si l'Église de ISTimes, à son tour, ne verra point dater de là le rétablissement du pèlerinage, qui amena jadis tant de pieux étran-
(^) Teichaud, op. cit., p. 80.
(-) Mgr. Marie-Julien Meirien est né à Saint-Gilles, le 23 Novembre 1800.1 Nommé évêque de Digne, par arrêté du chef du pouvoir exécutif, en date du 28 Septembre 1848, il fut préconisé le 14 Décembre suivant, et sacré le 24 Février 1849. Mgr. Meirieu avait été professeur de dogme au grand séminaire de Nîmes; au moment de son élévation à l'épiscopat, il était vicaire général (le Digne.
gers au sépulcre de l'illustre solitaire de la vallée Flavienne. Quoi qu'il en puisse être, cette tombe bénie est rendue, grâce à vous, à la dévotion populaire.
En lui laissant l'inculte austérité de ses formes antiques, vous avez voulu qu'elle reposât dans un sanctuaire digne de la mémoire qu'elle rappelle et des reliques sacrées, dont elle fut dépositaire. Par vos soins habilement secondés, la crypte incomparable dont elle est l'incomparable trésor, a retrouvé presque en entier le lustre des anciens jours, et ainsi avez-vous uni vous-même le mérite du respect et du zèle au bonheur de la découverte,
La solennité qui nous rassemble, en résumant tous ces faits, en forme le couronnement. Elle m'impose à ce titre le devoir de vous décerner une récompense publique. Mon cœur répond volontiers à cet appel, et je vous nomme chanoine d'honneur de ma cathédrale. Notre vénérable chapitre ouvrira ses rangs, avec joie, j'en suis sûr, au prêtre choisi de Dieu pour exhumer le tombeau de saint Gilles des ruines, qui le couvraient depuis plus de trois cents ans.
Croyez, mon cher curé, à mes sentiments les plus affectueux et les plus dévoués.
f Henri, Évêque de Nimes.
L^heure des vêpres était venue. Même pompe solennelle, même foule compacte que le matin. Mais un chaleureux discours devait rehausser Téclat de Toffice divin. M. de Cabrières, du haut d^une chaire improvisée sur le soubassement d^un des piliers de la crypte médiale, prit pour texte cette exclamation du psalmiste, si bien appropriée à la circonstance : Domine,... tu cognovisti sessionem meam et resurrectionem meam. Vous avez connu,, Seigneur, mon repos et ma résurrection (^). Après un brillant exorde, où chacun recevait sa part méritée d'éloges, l'orateur montra combien le temple, où retentissait sa voix, était grand par son antiquité, par sa célébrité et sa sainteté. Dans la seconde partie, M. de Cabrières établit un parallèle remarquable entre saint Gilles et saint Antoine, et, durant tout son discours, il sut tenir sous le charme de sa parole sympathique Timmense auditoire qui remplissait la crypte.
(^) Ps. cxxxviii, 1, 2.
Après les vêpres, une majestueuse procession se déroula dans les rues de Saint-Gilles. Déjà le jour baissait, mais à travers ces galeries de verdure, brillaient les premières clartés de l'illumination qui devait couronner la fête. Les cavaliers de Wamba servaient d^escorte d^honneur aux reliques du Saint, portées par les prêtres sur un riche brancard. La musique jouait ses plus beaux airs; les jeunes filles modulaient en cbœur de suaves cantiques; les enfants des écoles euxmêmes faisaient des prodiges d^harmonieux ensemble, tandis que les voix graves des prêtres chantaient autour des reliques riiymne des confesseurs, et que ^artillerie lançait au loin ses bruyantes détonations.
Quand le cortège sacré parvint sur la place de l^église, la façade de la basilique, dessinée jusque dans ses plus fins contours par des milliers de lumières vénitiennes, offrait un spectacle éblouissant. Sous la porte principale s^élevait un autel élégamment décoré, du haut duquel la bénédiction du Saint- Sacrement fut donnée à cette foule innombrable, venue de tous les pays environnants, et qui refluait au loin dans toute la profondeur des rues. On ne saurait se figurer de tableau plus ravissant; il fut le digne couronnement de cette solennité, dont l^illumination se chargeait de transmettre le dernier éclat à Faurore du lendemain (^).
Une octave de fêtes suivit cette grande manifestation. Le 26 Octobre, à Pissue des vêpres, Mgr. Meirieu, qui daigna, pendant ces huit jours, se prêter, avec sa bonté ordinaire, aux différents offices célébrés dans la crypte, procédait, de. Tassentiment de Mgr. Plantier, à la déposition des reliques dans le tombeau.
Après une allocution sur le culte traditionnel des reliques des Saints, le pontife, revêtu de la chape et mitre en tête, alla prendre sur Tautel provisoire les restes sacrés de saint Gilles, qui y reposaient depuis le matin, et se plaça à Fextrémite
Semaine religieuse de Nimes, n" du 26 OctoWe 1867, pp. 410 et sniv.
supérieure du tombeau ouvert. Dès qu'il sMnclina dans Tenceinte grillée, pour y déposer la boîte en plomb, scellée et authentiquée par Mgr. Plantier, un frémissement de bonbeur parcourut les rangs de la foule, yiussitôt tous les enfants infirmes sont déposés sur la pierre, qui venait de dérober aux regards les reliques du saint patron. Les sanglots, jusque-là comprimés, faisaient explosion et les larmes coulaient de tous les yeux (^).
Le cœur de M. G-oubier débordait de joie. Dieu lui avait ménagé Finsigne bonneur de retrouver le tombeau de saint Gilles, dont la trace semblait perdue pour toujours; une voix puissante et autorisée, celle de son illustre évêque, venait d'affirmer, à la face du monde catholique, l'authenticité de ce sépulcre à jamais béni; deux princes de l'Eglise, une multitude de prêtres, des milliers de fidèles, étaient venus s'agenouiller devant cette tombe, naguère ignorée, et rehausser l'éclat d'une fête, dont les annales de la vieille basilique n'offraient point d'exemple.
Et cependant, il manquait quelque chose au bonheur de M. Goubier; il savait, ce saint prêtre, que les plus belles fêtes ne laissent après elles que des souvenirs, et que la dévotion, tout comme le feu, a besoin d'aliment, pour ne pas se refroidir et s'éteindre. M. Goubier rêvait le rétablissement de l'antique pèlerinage au tombeau de saint Gilles; il lui tardait de voir revivre ces jours glorieux, où du fond de l'Armorique, — comme l'avait dit Mgr. Plantier, dans son magnifique langage, — de la Grande-Bretagne, de la Germanie, de la Pologne, de la Hongrie, on accourait à flots se prosterner j devant ce tombeau, pour implorer le Bienheureux dont il renfermait la dépouille et rappelait la mémoire "; époque ! féconde en miracles, car ^' c'était comme une source de résurrection et de vie qui jaillissait de cette pierre, sur laquelle
(^) Semaine religieuse de Nimes, n° du 2 Novembre 1867, pp. 430, 431.
planait F ombre du grand anacliorète; et ceux qu^il avait réjouis par des prodiges^ s'en retournaient dans leur patrie par tous les chemins du globe, chantant en l'honneur de saint ^gidius des hymnes de reconnaissance et d'admiration
Pour atteindre son but, M. Goubier ne s'épargnera ni peines, ni sacrifices : il mettra tour à tour sa voix et sa plume au service de cette noble cause; pour elle, il usera ses forces et sa vie. Il succombera à cette lourde tâche, mais du moins, avant de mourir, il aura la consolation de voir les pèlerins fouler le sol de sa chère basilique, couvrir de leurs baisers et arroser de leurs larmes la pierre du saint tombeau.
M. Goubier avait fait choix de trois dames, des plus respectables de sa paroisse, pour leur confier la garde et le soin du tombeau de saint Gilles; il leur dit, en les chargeant de cette pieuse mission : Je vous confie mon trésor; soignezle comme votre âme" {}). M. Goubier nourrissait dès lors un projet bien digne de sa foi et de son zèle, celui de donner une garde d'honneur au glorieux sépulcre, en établissant, tout près de l'église souterraine, une communauté de vierges, chargées de l'angélique mission de chanter les louanges de Dieu et de son grand serviteur. Des religieuses, et des religieuses cloîtrées, rattachées par leur règle et leurs constitutions aux grands ordres monastiques, devaient être les gardiennes de cette arche vénérée. Chastes colombes cachées dans ces anfractuosités saintes, elles feraient trois parts de leur perpétuelle immolation : l'une pour leur salut personnel, l'autre pour la gloire du saint tombeau, et la dernière pour la paix et la prospérité de la cité (^). Ce projet eut un commencement d'exécution, du vivant même de M: Goubier. Trois jeunes filles de Saint- Gilles allèrent prendre le voile au couvent des Dominicaines de Mazan (^) . Le digne curé, qui les regardait
C) Nous devons ce détail à M"^^ Parrier, Tune des trois premières gardiennes du saint tombeau, nommées par M. Goubier. (") Trichaud, op. cit., p. 216.
('^) Mazan est une petite ville du département de' Vaucluse.
comme le premier noyau de la future communauté^ les suivait d^un œil de père; il voulut prêcher à la cérémonie de leur vêture^ et, une année plus tard, à celle de leur profession. Après les avoir félicitées d^avoir triomplié avec une force étonnante de faiblesses plus étonnantes encore, il les conjura de persévérer dans leurs résolutions héroïques de tout immoler au Christ, qui les avait choisies comme pierres angulaires d^un édifice, qui ne saurait tarder de s^élever auprès d^une tombe vénérée. Fiancées de Dieu, leur disait-il, vous devez retourner un jour et nous apporter dans les plis flottants de vos robes monacales, le salut, les bénédictions d^un avenir meilleur (^).
Entre-temps, M. Goubier ne négligeait rien pour achever les restaurations de la crypte et du tombeau de saint Gilles, et leur rendre la splendeur des anciens jours; hâtons-nous de e dire, la munificence de ses paroissiens et les oiïrandes multiples des cités voisines lui furent d^un puissant secours. M. Goubier frappait à toutes les portes, et il avait le talent d^ intéresser tout le monde à son œuvre. Le 20 Janvier 1872, quelques mois avant sa mort, il nous écrivait encore : Vous enverrez, n'est-ce pas, quelques exemplaires de votre ouvrage, afin de les vendre au profit du saint tombeau ? Si cela est en votre pouvoir, vous seriez bien aimable de m'envoyer quelques fonds pour la restauration de ce monument, car nous sommes (et surtout en ce moment, avec cinq milliards à payer) très-pauvres à Saint- Gilles.... Ce tombeau si glorieux et si pauvre !.. Il intéressera votre piété et votre pitié pour lui. La France est si malheureuse, et la Belgique a donné des preuves i'un si grand désintéressement; permettez-moi d'espérer que na prière ne sera pas vaine... Il s'agit d'une œuvre de resiauration en harmonie avec la sainteté du lieu et de la chose; [ui ne voudrait pas s'y prêter ? "
(}) Les derniers jours de Monsieur Vahhé Goubier, curé de Saint-Gilles, hanoine honoraire de Nimes et de Digne, par Marie-Albert de Sainte-Madeeine, Dominicaine de Mazan, Tonlouse 1872, pp. 18, 19.
Quand on se rappelle ce qu'était la crypte de l'église abbatiale^ lors de l'arrivée de M. Gonbier à Saint- Gilles, " le repaire des oiseaux de proie, sorte de caveau infect, sans lumière et sans air,... encombré de ruines et de dangereux écueils quand on songe à ce qu'elle est aujourd'hui, on reste stupéfait de la merveilleuse transformation réalisée par le zèle du courageux et intelligent pasteur.
Cependant le pèlerinage reprenait lentement. Le 29 Août de chaque année, jour anniversaire de la découverte, on voyait accourir bon nombre de fidèles des environs, pour vénérer le tombeau du saint anachorète. M. Goubier comprit qu'il s'agissait de donner une impulsion forte et durable à ces premières manifestations de la foi populaire. Il établit un triduum de prédications et d'ofiices, commençant le 29 Août, et servant de préparation à la fête du saint abbé, qui se célèbre le 1^^" Septembre. A la demande de l'excellent curé, le Saint- Père voulut bien accorder une indulgence plénière à tous les fidèles qui, le 29 Août, visiteraient le tombeau de saint Gilles, et entendraient la messe à l'autel propre du Saint Q).
Connaissant le désir des pèlerins d'emporter un souvenir de leur voyage, M. Goubier fit frapper une médaille commémorative de l'événement du 29 Août 1865; cette médaille due au burin de M. L. Peuin, graveur de Sa Sainteté, à. Lyon, fait le plus grand honneur au talent et au bon goût de cet artiste.
Ce fut encore à l'usage des pèlerins, que M. Goubier écrivit sa Vie admirable du grand 8^ Gilles, dont le Tombeau a été découvert en 1865 (29 Août) dans V Église soiderraine de la Ville qui porte son nom {Diocèse de JSfimes), Tarascon-sur- Phône, s. d. L' Avant-propos, daté du 29 Août 1871, et signé: A. Goubier, Ch. hon^'*^. Curé de la Paroisse ", finit par ces lignes :
Vie admirable du grand S* Gilles, p. 25; d'Êverlange, op. et edit. ci'j)]). 11, 111. La concession pontificale est du 10 Décembre 1869.
^' En écrivant cet opuscule sur le propre tombeau du Grand Saint, nous avons le désir de faire revivre pour la gloire de Dieu^ dans la pensée de nos compatriotes, Pimposante figure du plus populaire de nos patrons méridionaux, dont le culte jadis s^identifiait avec celui des Saintes-Mariés de la Mer, et jouissait des mêmes privilèges. Puissent les antiques pèlerinages, dont il fut si longtemps Fobjet, retrouver leur majesté primitive auprès de ce A^énérable sépulcre, découvert, il y a six ans, par un coup de Providence divine ! (^)
M. Goubier constate avec bonlieur le nombre croissant des pèlerins. Après avoir signalé plusieurs grâces éclatantes, obtenues à Saint-Gilles, depuis la découverte du tombeau, il continue en ces termes : ^' Cela suffit pour donner à notre crypte une importance réelle, qui la place au rang des sanctuaires les plus vénérables. Déjà^ plusieurs paroisses des Bouclies-du-Rliône et du Gard, de nombreux pèlerins des Saintes-Mariés de la Mer, se sont fait un devoir et un bonheur de s'y rendre en grand nombre; et à leur suite, plusieurs communautés religieuses et de pieux touristes, etc. (^).
Quelques mois après la publication de son petit travail, le ^0 Janvier 1872, M. Goubier nous écrivait : Ce n'est plus seulement à l'occasion du triduum et de la fête du saint abbé^ pe les fidèles des environs prennent le chemin de la vieille )asilique. Déjà un certain nombre de pèlerins isolés s'y renjlent dans le cours de l'année. Aux jours solennels de pèleriiiage, les paroissiens et les pèlerins étrangers font la procession jutour du saint tombeau^ qu'ils baisent avec respect^, et auprès uquel ils allument une grande quantité de ciergesj les pèlens ne quittent pas ces lieux si chers à leur cœur, sans avoir lit une ample provision d'objets bénits^ tels que médailles, lapelets, etc., qui tous ont été préalablement déposés sur tombeau du Saint. Ils boivent aussi, avec beaucoup de
I * Vie admirable du grand S' Gilles^ pp. 3, 4. I " Id., pp. 24, 25.
confiance^ de Peau du puits^ où saint Gilles avait coutume de se désaltérer; cette eau^ dit-on, a la vertu de guérir les fièvres (i).
Le retour aux traditions antiques, le culte de saint Gilles remis en honneur, et, par une conséquence nécessaire, la rénovation religieuse et morale de sa paroisse, tout cela était bien propre à consoler M. Goubier et à le récompenser de ses peines; ces jouissances, hélas ! devaient être de courte durée. Les émotions ressenties par le digne prêtre, au moment même de la découverte du tombeau de saint Gilles, • avaient causé un préjudice grave à sa santé. M. Goubier n^en laisse rien transpirer dans son Mémoire; il est d^ailleurs fort sobre de renseignements sur la dernière phase des fouilles, et, par un excès de modestie, il supprime la plupart des détails qui lui sont personnels. Des plumes sympathiques ont comblé cette lacune. Décrivant ^incident dramatique, dont le digne curé fut à la fois, peut-on dire, le héros et la victime. Sœur Marie- Albert nous dépeint l^immense joie de M. Goubier, joie trop forte pour son cœur, et qui, succédant brusquement à d'inexprimables angoisses, brisa pour toujours les forces de l'héroïque pasteur.
Un gouffre béant s'est formé, — écrit l'habile narrateur, — et des mesures de prudence demandent qu^on k comble de suite. L'ordre sera-t-il donné ? un combat terribk se livre dans Pâme du vénéré Prêtre, il lutte contre toute évidence, son regard semble perforer chaque parcelle de so
Ce puits avait été mis à découvert lors du déblaiement de la crypt( (Voyez plus haut, p. 96.) On y recueillit une grande quantité d'ossement, qui, d'après toute probabilité, appartenaient aux victimes massacrées par 1( religionnaires, le 27 Septembre 1562; Ménard nous montre " les ecclésiast ques égorgés et jetés dans le puits qui est joignant l'église intérieure; 1< enfants de cbœur précipités dans le même puits, chantant : Christe, Jili V vivi, miserere nohis (Histoire... de la ville de Nismes, tom. iv, p. 364.) n'est donc pas surprenant de voir les fidèles puiser avec empressement ( cette eau sanctifiée par le sang des martyrs, et d'en entendre louer la vei t bienfaisante. (Trichaub, op. cit., pp. 72, 73.)
rocailleux, puis vaincu par la douleur navrante de la déception contre laquelle il se débattait encore, il retourne au presbytère. Quelques oisifs restent auprès des travailleurs qui, prêts déjà à réentasser tout ce qu'ils ont extrait, frappent une dernière fois le sol de leurs lourdes pioches.
Soudain un son étrange frappa leur oreille, on renouvelle Pexpérience, et on acquiert la certitude qu'un souterrain se trouve à Fendroit indiqué.
" On avertit le curé, les autorités se rendent sur place, tout est dans Tanxiété. La nature même semble s'associer aux hommes; d'épais nuages couvrent le firmament, la foudre fait entendre ses avis terrifiants. Que trouve-t-on ? rien, des cercueils comme on en a vus déjà. Le jour baisse de plus en plus, le tonnerre roule avec un fracas épouvantable. Une large pierre apparaît à la surface des décombres. Mais aucune inscription n'en fait connaître l'origine. Une sueur froide perle sur le front de M. Goubier, on retourne le sarcophage, il s'approche en tremblant, et à la lueur vacillante d'une lampe, il lit : m . H . TVMVL . Q . C . B . ^GD . (i).
1'^ Un cri de joie s'échappe de sa poitrine haletante et oppressée, puis il tombe inanimé dans les bras de ses amis... Arrêt fatal et irrévocable, le coup qui avait renversé les monceaux de ruines et mis à découvert le tombeau du Saint, 3tait allé retomber sur son cœur; les émotions successives
Q) MM. ChèAnremont et de Kerval sont les seuls, croyons-nous, qni aient •eproduit exactement l'inscription gravée sur le tombeau de saint Gilles, et qui loit se lire ainsi :
IN H . TML . QI .