CHAPITRE IV
HISTOIRE DES RELIQUES DE SAINT GILLES CONSERVÉES DANS L'ÉGLISE PAROISSIALE DE CE NOM, A BRUGES
L'église de Saint-Grilles n'était dans Forigine qu'une chapelle^ dépendant de la collégiale de Notre-Dame, à Bruges; bâtie en 1240, cette chapelle fut élevée au rang d'église paroissiale, dans le courant de l'année 1311.
L'église de Saint-Gilles posséda de bonne heure des reliques de son glorieux patron, savoir une dent, et une croix d'argent ayant appartenu au saint abbé : Een zelverin cruce dat sint Gillis toehehoorde. Een relique daer sint GilUs tant in was. Ces détails sont extraits d'un inventaire des ornements de l'église, inséré dans un des cartulaires de la fabrique {}). Cet inventaire, fort concis du reste (^), ne porte pas de date; il se trouve au milieu de copies de chartes du XIV^ siècle, mais on ne peut rien inférer de là, car les pièces, dont se compose le cartulaire, ne sont pas classées dans un ordre chronologique rigoureux. Toutefois, malgré cette lacune, ou peut dire, sans crainte de se tromper, que l'inventaire en question est antérieur à l'année 1466, époque à laquelle notre église reçut une nouvelle et importante relique de saint Gilles; celle-ci n'eût pas manqué d'y figurer, d'autant plus que le même cartulaire contient une copie de l'acte de donation. La dent et la croix de saint Gilles ont disparu depuis des siècles; aucun inventaire postérieur ne les mentionne, et toutes les recherches, faites pour en découvrir la trace, sont demeurées infructueuses.
(') Cart. I, f xcvi r". Ce cartulaire est de la seconde moitié duXV^sièolè; l'acte le plus ancien, dont il renferme la copie, remonte à 1267; le plus récent date de 1479.
(2) Il ne compte que dix-huit lignes, et commence par ces mots : Bit zyn
de ornamenten van S' Gillis Icerke in Brugghe.
En 14C6, — nous venons de le dire^ — l'église de Saint- Gilles obtint une relique considérable du saint abbé^ savoir un os du brasj elle garde encore aujourd'hui ce précieux trésor, avec les documents originaux qui s'y rattachent. Ces documents sont au nombre de trois : l'acte de donation, daté du 1^^' Septembre 1466, et deux pièces émanées des vicaires généraux de Reims, sous les dates respectives du 16 Avril et du 1^^" Mai 1486. Ces chartes, toutes inédites, contiennent des détails historiques du plus haut intérêt; nous allons en consigner ici les principaux, tout en nous réservant de donner, parmi les pièces justificatives, le texte intégral de ces actes (^).
L'église paroissiale de Buzy (^), au diocèse de Eeims, possédait des reliques notables de saint Grilles, son patron; ces reliques, renfermées dans un coffret et placées sur le maîtreautel^ étaient, en 1453 déjà, l'objet d'un culte immémorial (").
(^) Pour éviter les répétitions dans l'indication des sources, nous désignerons ces trois actes, d'après leur ordre chronologique, par les trois premières lettres de l'alphabet. La lettre A représentera donc l'acte du l'^'' Septembre 1466; la lettre B, celui du 16 Avril 1486 et la lettre C, celui du 1" Mai de la même année.
(^) Le village de Buzy, Buzeyum, Biisseijum, n'existe plus. Il ne reste que le cimetière et une croix, à la place même de l'église détruite. Les pouillés et actes administratifs des XIII^ et XIY^ siècles en font mention. Buzy avait titre de seigneurie et de justice; au spirituel, ce n'était qu'un secours de Massiges.
Massiges et l'ancien Buzy sont à 12 lieues de Eeims, 10 de Cbâlons, 5 de Sainte -Menebould, non loin des défilés de l'Argonne, dans une vallée d'une lieue d'étendue, arrosée par deux ruisseaux qui se jettent dans la Tourbe. Ces localités ont cessé de faire partie du diocèse de Eeims, depuis le concordat de 1801; elles appartiennent maintenant au diocèse de Châlons. Massiges ne compte, même depuis la destruction de Buzy, que 215 habitants. L'église est dédiée à saint Maurice; elle n'est plus qu'une annexe d'une paroisse voisine, appelée Virginy, et dépend aujourd'hui du doyenné de Tienne le-Château, arrondissement de Sainte-Menehould, au diocèse de Châlons.
Ces renseignements nous ont été transmis, le 19 Juillet 1872, par M. le chanoine Bussenot, secrétaire général de l'archevêché de Eeims, qui s'est plu à nous les communiquer avec un empressement et une bonne grâce, dont nous ne pouvons assez le remercier.
(^) Dicte reliquie... ah antiquissimo tempore ihidem fuerant et venerdbantur ac miraculis choruscabant (Acte B, déposition de Periessomius Perard)...., plurihus ac tantis annis quod de contrario non extitit memoria. (Acte C.)
On accourait en foule à Buzy pour les vénérer, et obtenir, par ce moyen, d'être délivré de la fièvre. Les guérisons se succédaient, promptes et éclatantes; entrés à Féglise dévorés par les ardeurs de la fièvre, les pèlerins en sortaient rayonnants de santé (^). Aussi, dans toute la contrée, point de pèlerinage plus populaire et plus fréquenté que celui de Buzy; l'invocation de saint Gilles, jointe à la vénération de ses reliques, tenait lieu de tout autre remède (^).
En 1453, époque où se place notre récit, le village de Buzy offrait un bien triste spectacle; des guerres longues et désastreuses en avaient fait un monceau de ruines (^) .
L^église restait debout, mais affreusement ravagée et en partie détruite; les toitures s'étaient effondrées, les portes ne fermaient plus, et le lieu saint, désert et abandonné, était ouvert à tout venant; des bergers mêmes y entraient, en plein
(^) ... antequam locum et ecclesiam predictam exirent sanahantur omnes
easdem (reliqnias) vénérantes a morho et egritudine quihus detinehantur sanahantur. (Acte B, déposition de Periessomius Perard.)
{') ... dum quis aliquo morho fehrium detineretur, aliud sihi nesciehat medicamentum sive remedium nisi per invocationem aut venerationem et visitationem dictarum reliquiarum. (Acte B, déposition de Gilles Blanchet.)
(^) " La tradition, — ainsi s'exprimait M. le clianoine Bussenot, dans sa première lettre, — est que ce village a été ruiné par les armées de Marie, reine de Hongrie et gouvernante des Pays-Bas; cette destruction daterait de 1552. " Nous fîmes observer à notre honorable correspondant, que cette tradition était battue en brèclie par nos deux ?actes de 1486, ces documents disant en termes bien clairs, qu'à cette époque déjà le village de Buzy était complètement ravagé, et abandonné de ses habitants, propter dicte ville et ecclesie de Buzeyo destructionem et ruinam. (Acte C.)
M. le chanoine Bussenot nous répondit, le 2 Août 1872 : " Je soupçonnais bien que la ruine de Buzy devait remonter au-delà de 1552; que ce village avait dû souffrir considérablement dans la longue guerre des Anglais et des Bourguignons sons Charles VII, au temps de Jeanne d'Arc. L'extrait que vous m'adressez de la charte des vicaires généraux de Eeims confirme, d'une manière presque certaine, cette idée. Les guerres survenues un siècle plus tard, ont fait oublier les désastres précédents, et les populations n'ont conservé le souvenir que des fléaux des guerres avec l'empire; elles ont attribué toutes les ruines à cette dernière époque. Par malheur pour nous, la révolution de 1793 a détruit et jeté à tous les vents les nombreuses et précieuses archives de nos églises, de nos monastères et de nos seigneuries; et il est très-difficile chez nous de faire une histoire locale, parfaitement exacte dans tous ses détails, faute de documents authentiques. "
jour^ avec leurs troupeaux (^). Le curé de Buzy avait quitté sa paroisse, et les liabitaiits, qui avaient point suivi ^exemple de leur pasteur, se rendaient aux églises voisines, pour Faccomplissement de leurs devoirs religieux. Cependant, — chose étrange, — les reliques de saint Gilles n'avaient point cliangé de place; elles demeuraient toujours exposées sur le maîtreautel et des pèlerins venaient encore les visiter. Mais, d^ autre part, rétat d^ abandon où elles se trouvaient, donnait lieu à mainte irrévérence; bien des gens se permettaient de toucher, d'une façon peu respectueuse, la châsse renfermant les ossements du Saint (^).
En cette même année 1453, un noble écuyer de la Franche- Comté^ messire Etienne de G-rachaut, seigneur d'Ollans (^), vint à Buzy. Tourmenté par une fièvre maligne, il avait épuisé en vain toutes les ressources de Fart, lorsque le récit des guérisons prodigieuses, opérées par les reliques du saint abbé, lui suggéra l'idée de recourir à ce puissant remède. Etienne de Grachaut ne fut point trompé dans son attente; à peine arrivé au terme de son pèlerinage, il vit disparaître, comme par miracle, le triste mal qui minait sa santé Cet heureux événement fit naître dans le cœur du pieux écuyer un désir immense, et bien naturel, de posséder une portion des reliques, qu'il était venu vénérer avec tant de confiance et un si merveilleux succès. Après des instances aussi pressantes que nombreuses, sa demande, appuyée par le seigneur d'Oiselay
(^) ... propter guerras illis in partihus plurimum ac diutius vigentes, predicta parrochialis ecclesia sancti Egidii de Buzeyo reddehatur quasi déserta et vacua ac pastore viduata, adeoque ovium pastores interdum suas oves itidem custodientes eamdem dietim intrare potuerunt, et ecclesia ipsa, seratis januis carens et discooperta, vaga relinquetatur. (Acte C.)
(^) ... cum... in dicta ecclesia de Buzeyo dietim a pastorihus et aliis personis eamdem intrantihtts palpari possent et manutangi, nec eisdem reliquiis quantum decébat fiehant honores aut venerationes. (Acte B, déposition de Jean Dupuis.)
(^) On trouvera plus loin quelques détails sur la famille de Gradiant.
('*) ... ipse Btephanus... per venerationem et invocationem sancti Egidii et suarum reliquiarum, a fehrihus quitus detinehatur sanatus fuerat. (Acte B, déposition de Jean Manfilus.)
et de Cernay-en-Dormois {^), reçut un accueil favorable de Jean de Eivières, seigneur de Buzy^ des paroissiens de cette localité réfugiés à Cernay, et de Jean Souillet^ curé de ce dernier endroit. É tienne de Gracliaut obtint un os du bras de saint Gilles^ cubitale hrachii {^), mais sous la condition expresse d^encMsser décemment cette relique et de l'exposer à la vénération des fidèles dans une église ou un autre endroit public convenable; le curé Souillet munit la relique de son sceau et y joignit un écrit de sa main^ qui en attestait Pau-
(^) Cernay-en-Dormois, 8arnacum in Dormisis, autrefois chef-lieu d'un doyenné, dont relevait Buzy, n'est plus aujourd'hui qu'une simple succursale de 850 âmes, qui dépend du doyenné de Vienne-le- Château, arrondissement de Sainte-Menehould, au diocèse de Châlons; son église a pour titre patronal la Nativité de la sainte Vierge. C'était jadis un riche bénéfice de la contrée. (Renseignements communiqués par M. le chanoine Bussenot.)
Parlant de notre relique, M. l'abbé Teissonnier, dit que, " de temps immémorial, elle avait été en grande vénération dans la petite église de Buleys, ou Buzeyo, ou Bm-seyo, au diocèse de Eeims, près de Dormans, dans le doyenné de Sarnac. " (Notice historique siir Saint Gilles, pp. 136, 137.) Ces indications ne sont pas exactes : Buzeijum doit se traduire par Buzy; in Dormisis ne signifie pas Dormans, mais en Dormois, nom d'une contrée, et non pas d'une localité. Dormans est une paroisse du diocèse de Châlons, arrondissement d'Épernay.
(^) On trouve ailleurs : hrachium cubitale, cubitale sive pars cubitalis brachii, reliquiœ cubitalis brachii, reliquiœ cubitalis; l'acte de donation ne spécifie pas la relique, mais l'appelle simplement : sanctuarium brachii sancti Egidii.
Nous devons faire ici une remarque très-importante. La relique, que nous possédons, est un os huméral de saint Gilles; comment se fait-il dès lors que les deux actes de 1486 lui donnent le nom de cubitale brachii ? Cette contradiction n'est qu'apparente et peut aisément s'expliquer.
Les mots cubitale brachii ne se rapportent pas au cubitus ou à l'os cubital de l'avant-bras, os cubitale antibrachii; cette qualification indique ici Vhumerus, ou l'os huméral du bras, l'un des os qui concourent à former l'articulation huméro-cubitale ou le coude. Ces os sont au nombre de trois : l'os huméral ou humérus, os du bras proprement dit; l'os cubital ou cubitus, situé du côté interne, et l'os radial ou radius, situé du côté externe, ces deux derniers formant l'avant-bras. hliumerus étant l'os principal, on comprend qu'on ait pu lui donner le nom de l'articulation, que forment ses condyles avec les têtes du radius et du cubitus de l'avant-bras. Au reste, il ne faut pas chercher dans les documents de l'espèce l'exactitude et la précision terminologique qu'on exige de l'anatomiste; la grande préoccupation de ceux qui ont dresse les actes de 1486, a dû être de prouver l'authenticité de notre rehque, et, à cette fin, de constater sa provenance de Buzy. La description exacte de la relique n'était qu'une question secondaire.
thenticité. Ce qui restait des ossements de saint Gilles^ déposés à Buzy^ fut transporté dans F église paroissiale de Massiges.
De retour en Franche-Comté^ messire de Gracliautj fidèle à sa promesse, déposa son pieux trésor dans l^église paroissiale de Notre-Dame de Rougemont {^), au diocèse de Besançon. Cette relique toutefois ne devait point rester là; elle était destinée à enrichir la ville de Bruges.
Le 1^^" Septembre 1466, vers deux heures de Faprès-midi, une assemblée peu nombreuse^ mais des plus respectables, se trouvait réunie dans une chambre haute de rhôtellerie VAnge, sur le grand marché de Namur. On y voyait, d'une part, Jean Taulet, curé de Notre-Dame de Rougemont, chapelain du comte de Nevers, et messire Guillaume de Grachaut, écuyer, seigneur d'OUansj de Fautre, Simon van der Carreest, seigneur de Yoormezeele, et Georges Baert, tous deux secrétaires du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon, ainsi que Jean de Man, curé de Saint-Gilles, à Bruges. Là se trouvait aussi Godefroid de Vico, notaire juré de la cour spirituelle de Liège et clerc de ce diocèse, assisté de trois témoins : Pasquier Desprez, chapelain de Philippe-le-Bon, et Charles Demasure, prêtres du diocèse de Tournai, et Martin Le Rouaert, clericus viegarius (^) du duc de Bourgogne. {Acte A.)
(^) L'église paroissiale de Rougemont, érigée sous le vocable de la Nativité de la sainte Vierge, appartient encore anjonrd'hui an diocèse de Besançon (arr. de Banme); elle était jadis à la collation alternative de l'abbé de Saint-Yincent et des professeurs de théologie de l'université de Besançon, comme prieurs de Moutier-Hautepierre. (Dunod de Charnage, Histoire de V église, ville et diocèse de Besançon, t. ii, Besançon 1750, pp. 491, 492.)
(^) Quelle signification faut-il attacher aux termes clericus viegarius, accolés au nom de Martin Le Rouaert ?
Le mot clerc, dit le Dictionnaire de Trévoux, " a signifié originairement trois choses : un homme Ecclésiastique, un homme de Lettres, et celui qui écrit sous autrui... On nomma Clercs tous ceux qui faisoient profession d'écrire sous l'autorité d'un autre " (tom. ii, Paris 1771, p. 636, v° Clercs). C'est dans ce dernier sens qu'on dit encore aujourd'hui : un clerc d'avocat, de notaire, d'huissier, de greffier.
Du Gange écrit de son côté : Clerici prœterea dicuntur Scrihœ, Actuarii, et Amanuenses judicum, vel officialium Regiorum, aut qui sumjptus quotidianos ad officia coc mimera spectantes, in acta referunt, aliaque oheunt miinia, qitœ
Avant d'exposer le but de cette réunion, nous devons faire connaître les personnages principaux qui la composaient : Guillaume de Gracliaut, donateur de la relique de saint Gilles, Simon van der Carreest et Georges Baert, qui provoquèrent ce don, enfin le curé Jean de Man, qui l'accepta au nom de son église.
Il importe tout d'abord de rétablir la véritable orthograpbe du nom de Grachaut, étrangement estropié par les copistes. Induits en erreur par les similitudes que présentent, dans les documents anciens, le C et le G, mais surtout Vn et Vu ils ont écrit: de Crachant, de Grachant, et cette méprise s'est perpétuée jusqu'à nous, avec des variantes plus ou moins fortes. Ainsi nous lisons: Grachant, Crachant, Orassant, Crassant, avec ou sans accompagnement de la particule de; nous trouvons même, dans nos comptes, Graschant, Granmndt, Garsant, Garschant. Le véritable nom de cette famille est de Grachaut, de Grachaiilt, ou de GracJiaux; on rencontre ces trois formes, dont les deux premières sont plus anciennes
sine qualicunque doctrina prœstari nequeunt.... Clerici Eegis, qui et Notarii, et postmodum Secretarii, appèllati.... Horum passim mentio occurrit, qui iidem sunt, quos hodie Clercs Notaires et Secrétaires du Eoy appellamus (Glossarium, tom. II, Parisiis 1733, col. 689, y'^ Clerici, Clerici Régis).
Un diplôme de 726, émané de Charles-Martel, se termine par cette formule : Aldo CLERicus jussus a domino meo Karolo scripsi et suscripsi hanc testamenti chartam in Dei nomine féliciter. Parmi les formules de souscription employées par les chanceliers de Philippe I^'^, roi de France (1060-1108), on trouve la suivante : Gislëbertus régis clericus, ad vicem Gosfridi cancellarii Parisiorum episcopi, relegendo suhscripsi (de Wailly, Éléments de paléographie, tom. I, Paris 1838, p. 269, col. 2, et p. 350, col. 2). Dans ce double texte, le mot clericus a bien certainement la signification de scriha, amanuensis, secretarius; ne serait-ce pas dans le même sens qu'il faut entendre le titre donné à Martin Le E-ouaert ? Nous le pensons, sans toutefois oser l'afiirmer.
Le terme de viegarius ne souffre pas de difficulté; c'est l'équivalent de vicarius (Du Gange, op. cit., tom. vi, Parisiis 1736, col. 1589, v° Vigerius), et vicarius, généralement parlant, désigne celui qui remplace un autre, generatim dicitur ille, qui alterius vices gerit, ohit (du Cange, op. et tom. cit., col. 1549, v° Vicarius). Le clericus vicarius serait donc un secrétaire suppléant ou un pro- secrétaire. Nous laissons aux érudits le soin de trancher la question.
que la troisième. Notre charte de 1466 porte^ dans le corps de l'acte, Guillermus de Grachaut, mais la quittance^ inscrite au bas de la pièce, commence ainsi : Je Guilliame de Gmchmdt; ce personnage signe, d'une façon très -lisible, Grachaut. Les deux actes de 1486 écrivent distinctement de Gj^achant; cette dernière ortliograplie nous semble la forme primitive de ce nom, sur laquelle finit par prévaloir la forme plus moderne de Grachaux.
L'obligeance de M. l'archiviste du département du Doubs nous a permis de redresser l'erreur des copistes. A la demande de M. le chanoine Thabourey, secrétaire général de l'arcbevêché de Besançon, auquel nous avions pris la liberté de nous adresser, M. l'archiviste départemental voulut bien faire des recherches touchant la famille de Grrachaut, et en consigner le résultat dans une note des plus intéressantes, datée du 2 Septembre 1872.
*^ Grrachaux — ainsi s'exprime M. l'archiviste, — est un village de la Haute- Saône, arrondissement de Grray, canton de Gry, ancienne seigneurie d'Oiselay. Dès le XIIP siècle, il existait une famille féodale de ce nom, d'où sortit, au XY^ siècle, Gruillaume de Grachaux, bienfaiteur de Saint- Gilles de Bruges. Cette famille n'avait pas grande importance par sa fortune ou ses emplois, elle était de second ordre parmi les gentilshommes de la province. Ses armoiries étaient d'or, à une fasce de sable, timbrées d'un buste de maure. En 1460, Guillaume de Grachaux était écuyer du duc Charlesle-Téméraire, dont il suivit longtemps la fortune, soit avant, soit après cette date. En 1470, il fut reçu chevalier de l'ordre de S* Georges, ce qui explique son titre à'eques auratus. Nos nobiliaires franc-comtois ne donnent pas d'autres détails sur sa personne. La famille de Grachault s'est éteinte, au XYIP siècle, dans les familles de Toulongeon et de Balay "
^ M. rarcMviste dn Donbs a puisé ces renseignements dans les nobiliaires manuscrits de la Bibliothèque publique de Besançon et des Archives départementales du Doubs. Il cite aussi, comme sources, Dunod de Charnage,
Deux personnages de la famille de Grachaut figurent dans rhistoire de nos reliques : Etienne de Grracliaut^ qui les reçut à Buzy^ en 1453, et les déposa dans l'église de Notre-Dame de Rougemont, et Guillaume de Gracliaut, qui en fit don à Saint-Gilles de Bruges, en 1466.
Etienne de Grachaut, tout comme Guillaume, porte, dans nos actes, les titres d'écuyer et de seigneur d'Ollans; il est
Mémoires pour servir à Vhistoire des comtes de Bourgogne, contenant le Nobiliaire de ces comtes, Besançon 1740, p. 261, et Gollut, Mémoires historiques de la république séquanoise et des princes de la Franche- Comté de Bourgogne (Dôle 1595), nonv. édit., 1844-46, col. 1190.
Gollnt signale encore Jean de Grachanlt (1542-1562), comme faisant partie de la confrérie de la noblesse de Bourgogne (op. et edit. cit., col. 1447), et Pierre de Gracliault, seigneur de Raucour, mort en 1604 (Quartiers : Grachanlt, Manceville, Parrey, Espenoj) (id. col. 1451). [Note de M. le comte de Limbourg Stirum.]
Nous trouvons deux membres de la famille de Toulongeon alliés à la maison de Grachaux. Marc de Toulonjon, chevalier, seigneur de Plousey et de Vitreux, capitaine d'une compagnie de deux cents fantassins, au service du roi d'Espagne, Philippe IV, épousa, le 7 Juin 1644, Marguerite de Grachaux, fille de François de Grachaux, chevalier, seigneur de Kauconr, Francour et Vaulon, et de Barbe de Beaujeu, dont il eut sept enfants. Léonel de Toulongeon d'Emskerk, II® du nom, chevalier, seigneur de Eaucour, Francour, Vaulon, Antorpe, Vitreux, Plousey et autres lieux, fils du précédent, devint l'héritier des maisons de Grachaux et d'Emskerk; il changea Torthographe de son nom, mettant de Toulongeon au lieu de Toulonjon, et mourut en 1720. Il avait épousé, le 18 Juillet 1673, Catherine de Grachaux, fille de Melchior de Grachaux, chevalier, seigneur de Raucour, et de Marie-Thérèse de Grivel de Perigny; cette dame mourut en couches, le 16 Avril 1691, le laissant père de cinq enfants. (Moreri, Grand Dictionnaire historique, édit. Drouet, tom. x, Paris 1759, p. 266, art. Toulonjon ou Toulongeon.)
Dame Catherine de Grachaux avait une sœur, du nom de Claude-Françoise, qui lui survécut. Claude-Françoise de Grachaux, dernière de son nom et de ses armes, épousa en 1685, messire Jean de Balay, seigneur de Marigna et de la Boissière, fils de Pierre de Balay et de Jacqueline de Franchet. Jean de Balay servit, pendant trente-deux ans, le roi d'Espagne dans les guerres de Flandre, et se distingua aux batailles de Seneffe, de Cassel et de Saint- Denis. Il était lieutenant-colonel du Terce de cavalerie de Bourgogne, lorsqu'ayant tué dans un combat singulier le vicomte de Loo, seigneur flamand, il se retira, lors de la paix, en Franche- Comté, dans ses terres, oii il prêta serment de fidélité au roi Louis XIV, entre les mains du maréchal de Duras. (Moreri, op. cit., tom. ii, Paris 1759, pp. 51, 52, art. Balay.)
Les maisons de Toulongeon et de Balay, toutes deux originaires du comte de Bourgogne, étaient comptées parmi les plus anciennes et les plus illustres de la province. Françoise de Rabutin, l'une des filles de sainte Jeanne-Fran-
qualifié en outre, et à diverses reprises, dans Pacte du 16 Avril 1486^ de familiaris domesticus domini temporalis de Oizelettes ac loci de Sarncœo. Comme nous l^avons vu plus haut, ce fut grâce à Tintervention du seigneur d^Oiselay et de Cernay-en- Dormois, que messire Etienne de Grracliaut obtint une relique de saint Gilles. Le village de Grachaux relevait de la seigneurie d^Oiselay, et Etienne comptait parmi les gens de la suite de ce seigneur; c'est le sens qu'il faut attacher aux mots familiaris domesticus.
Nous ignorons le degré de parenté existant entre Etienne et Guillaume de Grachaut; nos actes gardent le silence à cet égard. M. l'abbé Teissonnier dit que Guillaume était fils d'Etienne (^); la chose paraît probable, mais l'auteur n'allègue aucune preuve à l'appui de son assertion.
L'acte du 1^^ Septembre 1466 qualifie Guillaume de Grachaut, de scutifer, parrochianus heate Marie de la Riant (^), dominus temporalis Dolant (^).
çoise Frémiot de Ctantal, fondatrice de Tordre de la Visitation, épousa, en 1622, Antoine, comte de Toulongeon.
Notice historique sur Saint Gilles, p. 137- (^) Larians n'est plus aujourd'hui qu'une chapelle, ou, comme la nomme VÉtat du diocèse de Besançon, une commune coparoissiale de Guiseuil-et-Verchamp, canton de Montbozon, arrondissement de Yesoul, département de la Haute- Saône. Au siècle dernier, cette église était paroissiale, et comptait parmi ses dépendances le petit village d'Ollans, dont le château appartenait, au XY^ siècle, à la famille de Grachaut. (Détails fournis par M. l'archiviste du Doubs.)
L'église de Larians, érigée sous le vocable de l'Assomption, relevait du doyenné de Baume; elle était du patronage alternatif des abbés de Saint-Paul et de Saint- Vincent, à Besançon. Ollans possédait une chapelle castrale, de la nomination du seigneur de l'endroit. (Dunod de Charnage, Histoire de Véglise, ville et diocèse de Besançon, tom. ii, p. 496.)
Ollans ne compte plus qu'une centaine d'habitants, et forme une commune coparoissiale de Cendrey, canton de Marchaux, département du Doubs.
(^) Ce nom est écrit d'une façon défectueuse dans nos actes; celui du 1" Septembre 1466 qualifie Guillaume de Grachaut de dominus temporalis Dolant, et celui du 1^' Mai 1486 nomme Etienne de Grachaut dominus tenvporalis de Dolant. Cette erreur s'explique aisément par la suppression de l'apostrophe ou par l'élision de l'e dans la particule de-, Dolant a été mis pour ■d^Olant ou de Olant. Le copiste de 1486 croyant Dolant la véritable orthographe du mot, aura fait précéder celui-ci de la particule de et écrit dominus
Parlant de ce personnage^ Sanderus lui donne les titres de chevalier doré et de chambellan de Jean^ comte de Flandre : nohilis vir Joannes (^) Grassantius, Eqiies aiiratus {^), qiiondam a cuhiculis Gêner osi viri [ita membrana Ioquitur)j Joannis Flandriœ Gomitis (^).
En 1466, Guillaume de Gracbaut n'était pas chevalier mais simple écuyer ('^); comme nous Tapprend M. l'archiviste du Doubs, il ne fut armé chevalier de Saint- Georges qu'en
Plusieurs ordres de chevalerie furent fondés sous le patronage et le vocable de saint Georges (^), mais tout porte à
temporalis de BolanU La quittance de Guillaume de Grachaut, mise au bas de l'acte de donation, porte distinctement seigneur de Olan; cette dernière orthographe a été suivie dans les tableaux des offices religieux de Saint- Gilles, à Bruges, dressés en 1634, en 1720 et vers la fin du siècle passé. Dans une note écrite, en 1642, à la fin du formulaire de bénédiction de l'eau de saint Gilles, le curé Jennyn écrit toparcha in Dolant, et M. l'abbé Teissonnier, op. cit., p. 137, seigneur temporel de Dolant.
Q) Sanderus se trompe; le prénom de ce seigneur était Guillaume.
(") Le titre dieques auratus était commun à tous les chevaliers; ils étaient ainsi appelés, parce que, dans la cérémonie de leur réception, on leur attachait aux pieds des épérons d'or ou dorés, comme marque de chevalerie. (Moreri, Grand Dictionnaire historique, édit. Drouet, tom. m, Paris 1759, p. 602, v° Chevalier. — Dictionnaire de Blason, dans V Encyclopédie méthodique, sect. Histoire, tom. I, Paris 1784, p. 35, v" Chevalerie, et p. 54, v° Dorés ou Chevaliers dorés.)
(^) Flandria illustrata, tom. i, Colonias Agrippinse 1641, p. 230, col. 2. — Dans l'édition de la Haye (1732), ce passage se trouve au tome ii, p. 89, col. 2.
(^) Il faut se garder de confondre l'écuyer, scutifer, avec le chevalier, eques ou miles, comme l'appellent les anciens titres.
Le nom d'écuyer est un simple titre de noblesse, appartenant à ceux qui ont le droit de porter des écus et des armoiries. On le donnait anciennement à celui qui tenait l'écu du chevalier dans les tournois, et lui servait de second; il se donnait encore à ceux qui portaient les armes de leurs princes ou seigneurs, pour les leur remettre quand ils en avaient besoin. De là les noms de scutifer, armiger. (Moreri, Grand Dictionnaire historique, édit. Drouet, tom. IV, Paris 1759, E, p. 21, v° Écuyer.)
La chevalerie n'est point héréditaire; elle s'obtient. On ne l'apporte pas en naissant, comme la simple noblesse : " Aussi, dit Moreri, les chevaliers ont toujours précédé les écuyers. En effet, le hasard de la naissance fait le gentilhomme, qui prend ordinairement la qualité d'écuyer, sans qu'il y ait rien contribué, et la vertu seule élève le chevalier à ce degré d'honneur. " (Op. cit., tom. III, p. 602, v° Chevalier. — Dictionnaire de Blason, p. 35, v*' Chevalerie.)
(^) Dictionnaire de Blason, p. 76, v" George (saint.)
croire que l^ordre auquel appartenait Guillaume de Grachaut était celui de Saint-Georges de Rougement ou de Franclie- Comté, ordre militaire institué, vers Fan 1390 ou 1400, par Philibert de Miolans, gentilliomme bourguignon. Ayant rapporté d^un voyage en Orient quelques reliques de saint Georges, Philibert fit bâtir, pour les y déposer, une chapelle proche de F église paroissiale de Rougemont, dont il était en partie seigneur; après avoir enfermé ces reliques dans une riche et magnifique châsse, il convoqua, l'an 1390, un grand nombre de gentilshommes franc-comtois, pour assister à leur translation. Ces gentilshommes, afin de témoigner de la dévotion qu'ils avaient au saint martyr, s'unirent dès lors entre eux, et s'engagèrent à assister à tous les offices fondés, dans la chapelle de Saint- Georges, par Philibert de Miolans. Ce fut l'origine d'un ordre, qui reçut des statuts en 1485, et dont les assemblées se tinrent par la suite dans l'église des Carmes de l'ancienne observance, à Besançon (^).
Guillaume de Grachaut n'était pas, comme le dit Sanderus, chambellan de Jean, comte de Flandre, c'est-à-dire, de Jean-sans-Peur, le seul prince auquel puissent s'appliquer les termes de Joannes, Flandriœ Cornes. En 1466, époque du don de la relique, Jean-sans-Peur était mort depuis près d'un demi-siècle, ayant été massacré sur le pont de Montereau, le 10 Septembre 1419. Il y a ici une confusion évidente de noms; dès 1460, Guillaume de Grachaut était écuyer de Charles-le-Téméraire, alors simple comte de Charolais, et un copiste quelconque, peu au fait de l'histoire, aura substitué à ce prince, son aïeul, Jean-sans-Peur (^).
(^) Darche, Saint Georges, martyr, patron des guerriers, Paris 1866, p. 393. — DuNOD DE Charnage, Histoire de Véglise, ville et diocèse de Besançon, tom. II, pp. 491, 492.
(^) Sanderus se trompe encore, lorsqu'il écrit que la relique de saint Gilles fut apportée à Bruges en 1408 (loc. cit.).
Ces erreurs s'expliquent sans peine.
Sanderus n'a pas eii connaissance de l'acte du 1^"^ Septembre 1466; la chose est certaine. On se sera contenté de communiquer à cet historiographe un ancien formulaire de bénédiction de l'éau de saint Gilles, datant de la
Simon van der Carreest était seigneur de Voormezeele (^) et secrétaire du duc de Bourgogne^ Philippe-le-Bon (^). On a peine à reconnaître le nom de ce personnage sous les altérations que lui font subir nos actes; celui du l^'^ Septembre 1466 écrit le Kerrest, et celui du l'^^' Mai 1486^ de Karest.
Philippe de TEspinoy rapporte comment Simon van der Carreest devint seigneur de Voormezeele : Dame Catbarina de Lichtervelde, Dame de Vormiselle^ Croix et Bruycasteel^ dit-ilj... espousa Messire Jean de Ogierlande^ Chevalier^ laquelle estant vefve dudit Seigneur son mary^ vendit ceste terre de Vormiselle à un Simon vanden Karrest qui donna ladicte terre à Jacqueline sa fille en advancement de mariage avec Messire Paul de Baenst^ Chevalier^ Président de Flandres...P).
Jacqueline van der Carreest fut inhumée^ ainsi que son épouxj Paul de Baenst^ dans Féglise de Voormezeele (^).
seconde moitié du XV siècle, et qui repose dans nos archives; ce manuscrit, dont les derniers feuillets ont disparu, se terminait — nous le tenons d'ailleurs, — par une note relative au don de la relique, note reproduite par le curé Jennyn, en 1642, sur une copie nouvelle de l'ancien formulaire. Or, cette note donne à Guillaume de Grachaut le titre de chambellan de Jean, comte de Flandre, et le fait en termes identiques à ceux employés par Sanderus; cet historien reconnaît les avoir copiés ; ita memlrana loquitur, dit-il. Le formulaire en question étant écrit sur parchemin, le terme de membrana lui était parfaitement applicable.
La note, dont nous venons de parler, fixe en 1468 l'arrivée à Bruges 'de la relique de saint Gilles. Se trouvant en présence d'un personnage décoré du titre de chambellan de Jean-sans-Peur, et ne pouvant concilier cette qualification avec la date indiquée de 1468, Sanderus aura cru cette date fautive, et lui aura substitué le millésime de 1408, qui nous reporte en plein règne de Jean-sans-Peur; par la mort de Marguerite de Maie, sa mère (16 Mars 1405), ce prince, déjà duc de Bom-gogne, devint comte de Tlandre, et fut inauguré comme tel, à Gand, le 21 Avril suivant.
Le formulaire, mis entre les mains de Sanderus, a donc induit celui-ci en erreur, et en voulant corriger ce qu'il croyait être une faute, cet historien s'est trompé davantage.
(^) Doniinus temporalis de Vormezele (Acte C) (2) Actes A et C.
(^) Recherche des Antiquitez et NoMesse de Flandres, Douay 1631, p. 132. (^) Bruges et le Franc, tom. i, Bruges 1857, p. 30. J. Gailliard dit que Jacqueline van der Carreest mourut en 1447; cette date est évidemment
Simon van der Carreest et sa femme furent enterrés à Saint-Gilles^ devant Pantel des francs-bateliers^ dédié à la Vierge; ils firent plusieurs fondations à cliarge de la communauté (^) de cette église. Le tableau des offices religieux^ dressé;, en 1560, par le curé Adrien van der Haghe^ nous apprend que les deux époux avaient chacun leur anniversaire; celui du mari se célébrait le 5 Février {^), et celui de la damo;, le 19 Mars (^). On devait chanter en outre^, à l'autel
fautive, car Paul de Baenst, qui épousa cette dame, était à cette [époque un enfant en bas âge.
Paul de Baenst devint président du conseil de Flandre en 1482; né à Bruges vers 1442, il mourut à Gand en 1497. Voyez, sur ce personnage, FoPPENS, Histoire du Conseil de Flandre, Bruxelles 1869, p. 60. Ce travail a été publié, pour la première fois, par M. Alphonse o' Kelly, d'après le manuscrit autographe de Jean-François Foppens, archidiacre de Malines, manuscrit conservé à la Bibliothèque royale de Bruxelles. Yoyez aussi la Biographie nationale, tom. i, Bruxelles 1866, coll. 620, 621, art. Baenst (Paul de).
(^) La communauté de l'église de Saint- Gilles (commumias, H commun) se composait du curé, prochiepape, de son vicaire, viceeureit, et des prêtres attachés au chœur. Les membres de la communauté se trouvent désignés de diverses manières, dans les actes qui les concernent. Tantôt ils figurent sous le nom de : Hahituati, prestres habitués, hahituanten, ghehahitueert. Tantôt ils sont appelés : Socii de communitate sive de pitantia, capellaen ofte ghezelle vande pitance ende van het ghemeente van 8^ Gillis, habituant ende medegheselle van den choore van 8^ Gillis. Un document les' nomme : presbyteri mercenarii, prestres merchenniers , et un autre les intitule : Heeren van het ghemeente ende capiltre deser TcercTce.
Il y a une distinction à établir entre les membres de la communauté et les chapelains perpétuels de l'église. Il existait à Saint-Gilles plusieurs chapellenies ou bénéfices simples, dont les possesseurs n'avaient d'autre charge que de célébrer la messe à quelque autel de l'église, aux jours stipulés par les actes respectifs de fondation. Ces chapellenies étaient perpétuelles, ceux qui les possédaient étaient inamovibles et ne pouvaient conséquemment en être privés que pour des motifs canoniques; de là leur nom de capellani perpetui, chapelains perpétuels. On les trouve encore désignés sous le nom de capellani beneficiati. Ces chapelains n'étaient pas de droit membres de la communauté, mais ils pouvaient le devenir aux mêmes conditions que les autres ecclésiastiques. Un prêtre pouvait donc être à la fois chapelain perpétuel et membre de la communauté, mais l'une qualité n'impliquait pas l'autre. La communauté formait un corps à part, possédant des droits et des revenus, et ayant sa comptabilité distincte de celle de la fabrique; la plupart des registres de cette comptabilité se conservent dans les archives de l'église.
(2) Fol.24v°.
f ) FoL29v''.
des francs-bateliers^ dix messes par an, en l'honneur de la Vierge, savoir cinq aux approches de la fête de TAnnonciation, du 21 au 25 Mars Ç^), et cinq avant la fête de l'Assomption, du 10 au 14 Août {^). A part ces fondations, il en existait une autre, commune aux familles van der Carreest et de Plaet, et consistant dans la célébration quotidienne d'une messe basse, au susdit autel.
Des liens de parenté, ou tout au moins d'étroite amitié, paraissent avoir existé entre Simon van der Carreest et Jean de Plaet. Leurs fondations étaient en quelque sorte fusionnées; le même acte en fit la réduction. Jean de Plaet fut inhumé, lui aussi, devant Fautel de la Vierge, et, d'après toute probabilité, les caveaux des deux familles étaient contigus.
Le 15 Juillet 1621, Mgr. Antoine Triest, évêque de Bruges, réduisit les fondations à charge de la communauté, de la fabrique et de la table des pauvres de l'église de Saint- Grilles; celles de Jean de Plaet et de Simon van der Carreest étaient du nombre. Sa Grandeur stipula que les quatre anniversaires fondés par eux seraient réduits à deux, dont l'un pour Jean de Plaet et son épouse, avec distribution de quarante ^roven (^) d'une valeur de six gros, et l'autre pour Simon van der Carreest et sa femme, avec distribution de soixante proven de même valeur. Les dix messes chantées de la fondation van der Carreest furent réduites à cinq, et leur célébration fixée aux cinq principales fêtes de la Vierge. En-
C) Fol. 29v°.
(2) Fol. 53 r".
(^) " On trouve dans VEtijmologicum teutonicœ linguœ de Kilian (1632): PKOVE, PROVEKE, Panis gradilis,panis qui eleëniosynœ loco egenis distrihuitur, et dans le Dictionnaire ou Promptuaire flameng -francoxjs, par Elcie Edouard Léon Mellema (Rotterdam 1591), v''* prove oft deylbroodt, " pain d'aulsmosne ". Le mot %>roven, formé du latin providere, pourvoir, se traduit souvent dans les épitaphes ou les actes de fondation en français, par proves (substantif féminin), provendes, ou prétendes, et, en latin, par praibendœ, ou prœhendt. On l'applique aussi à d'autres distributions en nature d'aliments, tels que la viande et le vin, et ii;iême à des distributions en numéraire. " (De Schodt, Confrérie de Notre-Dame de V Arbre Sec, dans les Annales de la Société d'Émulation, 4^" série, tom. i, Bruges 1876-77, p. 161, notel.)
fin, au lieu de la messe quotidienne, fondée par les deux familles, la communauté eut à célébrer deux messes par semaine, dont une le Dimanclie, à 1^ issue du sermon, et F autre aux jour et heure à notifier aux membres de la famille et à la corporation des francs-bateliers, en leur qualité de proviseurs de la fondation (^).
Les tableaux des offices, à partir de celui de 1634, mentionnent, au 27 Janvier, ^anniversaire de Jean de Plaet et de sa femme, mais on n^ trouve pas celui des époux van der Carreest; d^autre part, les mêmes tableaux, depuis 1720 jusqu^à la révolution française, indiquent les neuf messes basses à célébrer par mois, pour les familles de Plaet et van der Carreest, en vertu de la réduction d^ Antoine Triest. Le dernier tableau, en usage jusqu^à la fin du siècle dernier, fait également mention des cinq messes chantées de Beatâj provenant de la fondation van der Carreest.
Greorges Baert était, comme Simon van der Carreest, secrétaire de Philippe-le-Bon {^).
Ce personnage joua, par la suite, un rôle important dans riiistoire de la ville de Bruges. Il fut nommé, en 1486, bourgmestre de la commune, van den cowyse (^).
Au cours de sa gestion, Georges Baert fut investi d^une mission de haute confiance par Tarchiduc Maximilien d^Au-
Q) Acta Episcopatus Brugensis, Eeg. xii, fol. 69 v", 70^ r°. - (^) Actes A et C. Durant la première période de son règne, Philippe-le-Bon employait dix-sept à dix-huit secrétaires; ce prince en réduisit le nombre à neuf, par son ordonnance, en date du 12 Janvier 1437, faite " sur le gouvernement des hostelz de Luy, de madame la duchesse et de Monseigneur de Charolois leur filz ". Cette ordonnance a été mise au jour, pour la première fois, par M. le chanoine Van de Putte, d'après une copie conservée aux archives de l'ancien conseil de Flandre, à Gand. (Annales de la Société d' Émulation, 4«= série, tom. i, Bruges 1876-77, pp. 6 et suiv.) Le paragraphe relatif aux secrétaires du duc commence ainsi : " Jtem pour le grant nombre des secrétaires, qui sont de dix sept a dix huict, tous ou la plus grant partie diceulx aians gaiges ou pensions et autres bienffaix, mondit seignieur veult et ordonne par exprès que doresnavant ne servent et signent devers luy que les nœuf cy après nommez " (p. 17).
(^) Sanderus, Flandria illustrata, tom. ii, HagEe Comitum 1732, p. 28.
triche. Ce prince le désigna pour assister à la diète des députés des soixante-douze villes de la Hanse (^), qui devait se tenir à Lubeck^ et lui donna pour compagnons Ricliard Utenliove, conseiller et maître des requêtes^ Jacques Coolbrant, trésorier, et Nicolas Delft, pensionnaire de Bruges. Les quatre délégués se mirent en route le 14 Mai 1486, et leur absence se prolongea durant soixante-trois jours (^). Ils rentrèrent à Bruges, porteurs d^un projet de lettres patentes à délivrer par Maximilien et son fils Philippe, pour la confirmation du traité sur Fétaple de Bruges (^), en suite des décisions prises par la diète (*). Ces lettres de confirmation, délivrées par les princes à Bruxelles, le 21 Août 1487, sont
Q) La Hanse était une société commerciale qui existait entre les villes de Flandre et celles d'Allemagne, d'Angleterre, de Hollande et du Nord de la France. Un fait qui avait concouru à attribuer aux communes flamandes leur puissance politique, était l'extension rapide des relations commerciales, au moyen-âge. De bonne heure elles s'étaient unies dans une ligue, connue sous le nom de hanse de Londres; et plus tard, on les trouve en rapports continus avec la hanse d'' Allemagne. MM. Waknkœnig et Gheldolp (Histoire de la Flandre^ Bruxelles 1836, t. ii, pp. 179-211) ont développé cette partie avec une sagacité remarquable, à laquelle nous ne pourrions rien ajouter. GiLLiODTS-VAN Severen, Inventaire des Archives de la ville de Bruges, série, tom. IV, Bruges 1876, p. 272.
(^) Jtem, xiiij jn meye zo trac meester Jooris Baert als huerchmeester van den courpse van der stede van Brugghe te LuheJce jn Oostland, daer de Ixxij steden van der duutscher hanze vergadert waren, ende met hem Jacop Coolbrant trésorier, Clais van Delf ende meer andere, omme midsgaders den cooplieden van den voors. steden te hesongierne vp de materie van den stapele, achteruolgende den recessen daer of tanderen tyden ghemaect, daer omme sy vte ivaren Ixiij dagen (Compte communal de 1486-87, f 131, n. 5. Gilliodts-van Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, l""^ série, tom. vi, Bruges 1876, pp. 277, 278).
(^) L'étaple était un privilège appartenant à la ville do Bruges, en vertu duquel toutes les marcbandises arrivant au Zwyn devaient être déchargées sur ses quais pour y être soumises au droit de tonlieu. Dans une charte du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon, du 5 Novembre 1441, il est dit que " lesdiz de Bruges seront maintenus... en leur droit et possession dauoir lescaple de tous biens, denrées et marchandises venant en nostre Zwin de Lescluse, et que avant que on les puisse vendre ou achater, ilz seront ammenez a leur droit estaple a Bruges... " (Gilliodts-van Severen, op. cit., t. V, Bruges 1876, p. 244.)
(^) GiLLioDTS-vAN Severen, op. cit., tom. vr, p. 277.
littéralement conformes au projet rapporté de Lubeck par les députés de Bruges (^).
Nicolas Despars nous montre Greorges Baert paraissant en public^ vers la fin de sa gestion de bourgmestre^ avec une escorte de six hallebardiers^ stipendiés par la ville (^). Le 29 Mars 1488^ durant ^emprisonnement de Maximilien au Cranenhurg, Fex-bourgmestre Baert constitua comme cautions Marc van de Yelde^ Jacques Despars et Adrien Basin^ pour
Les lettres de Maximilien et Philippe sur le droit d'étaple de Bruges sont rédigées en bas-allemand ou idiome du moyen âge et entièrement écrites en gothique carrée. M. Gilliodts-van Severen en donne le texte dans son Inventaire, tom. Ti, pp. 282 et suiv.
Le voyage des quatre magistrats coûta beaucoup d'argent à la ville et mécontenta le peuple, qui n'était pas au courant de leurs faits et gestes, et y vit un grief de plus, ajouté à beaucoup d'autres dont il se plaignait. Le 15 Mars 1487, les bourgeois et les hommes de métiers se présentèrent en armes sur la grand'place, et, en dépit des efforts tentés par les magistrats pour les engager à désarmer et à rentrer paisiblement dans leurs foyers, ils refusèrent de se séparer avant que l'on eût donné satisfaction aux délégués des neuf membres de la ville (Kbrvyn de Lettenhoye, Histoire de Flandre, tom. v, Bruxelles 1850, p. 435).
On peut voir dans les Annales de la Société d"* Émulation (l*'^ série, tom. iv, Bruges 1842, pp. 230 et suiv.), le relevé des griefs formulés par les délégués des neuf membres de la ville de Bruges et des points au sujet desquels ils réclamaient une enquête.
Cette pièce est intitulée : De doleanchen ende iegheerten die de ghecommitteerde van de neghen leden van der stede van Brugghe int générale overhrocht hehhen der wet. Le 28^ article, relatif à Georges Baert, est ainsi 'conçu : Voort zo hegheeren zy te wetene waerachteghe tydinghe van tghuendt dat meester Jooris Baert ende andere amhassaden die geiveest hebhen in Oostlandt, dat vele goeds ghecost heift, ghedaen hehhen (p. 234).
(2) CronycTce van den lande ende graefscepe van Vlaenderen, édit. De Jonghe, ' IV deel, Brugge 1842, p. 288.
Une sentence arbitrale du 31 Juillet 1487, dans laquelle intervint Georges Baert, en sa qualité de bourgmestre de la commune, est munie de neuf sceaux pendant à double queue de parchemin, parmi lesquels nous trouvons celui de ce magistrat, ainsi décrit par M. Gilliodts-van Severen : " Jooris Baerd. Orbe de 28 mill., en cire rouge. Un écu à deux douloires * adossées, les manches posées en sautoir, surmonté d'une étoile; penché, timbré d'un heaume avec bourrelet et lambrequins, cimé d'une tête et col de bœuf issant d'un vol; tenu par deux hommes, dont celui à senestre porte une branche de laurier. Gothique minuscule. S. JoRis Baerd ". {Inventaire, tom. cit., p. 281.)
* Boulovre ou doloire, en latm dolahra, instrument de tonnelier à lame très-large, qui sei?t à unir le bois ou à le réduire à l'épaisseur convenable.
tous méfaits qu'on produirait à sa charge^ du clief de son ancienne administration (^).
Georges Baert était Tami intime de Pierre Landials^ ancien écoutète de Bruges^ décapité sur la grand' place de cette ville^ le 22 Mars 1487. Lanchals le clioisit pour un de ses quatre exécuteurs testamentaires, qu'il se plaît à nommer : eerhare ende ivyse myne lieve ende spéciale vrienden, et auxquels il lègue, à titre de souvenir, un plateau en argent, du poids de trois marcs, orné de ses armoiries, eene zelverin scale van drie marc zelvers met myndjer ivapene {-),
Ea 1490, les Brugeois révoltés, ayant fait une alliance avec Philippe de Clèves et les G-antois^ et déclarant vouloir se soustraire à l'autorité de la magistrature, beaucoup de magistrats et d'autres personnes de distinction, qui prévoyaient les suites fâcheuses de cette nouvelle sédition, quittèrent la ville sans bruit, le 2 Août. Parmi eux se trouvait Georges Baert (^). A partir de cette date, nous perdons la trace de ce digne citoyen.
Jean de Man (*) obtint la cure de Saint-Gilles au commencement des années 1460, et la garda jusqu'au 16 Août 1482,
(^) GiLLiODTS-VAN Severen, Inventaire, tom. vi, p. 298.
(2) Ces détails sont extraits du testament de Pierre Lanchals, daté du 22 Mars 1487. Ce document, précieux à plus d'un titre, avait échappé à tous les historiens; M. Gailliard le découvrit, il y a quelques années, dans les archives de Notre-Dame, à Bruges, et nous devons lui savoir gré de l'avoir publié dans ses Inscriptions funéraires et monumentales de la Flandre^ Occidentale, tom. I, 2« partie. Église de Notre-Dame à Bruges, Bruges 1866, pp. 274 et suiv. Le passage relatif à Georges Baert se trouve à la p. 277.
(3) Despars, op. et tom. cit., p. 461. — ' Beaucourt Noortvelde, Tableau fidèle des troubles et révolutions arrivées en Flandre et dans ses environs, etc., tom. I, Bruges 1792, pp. 261, 262. — Gailliard, Bruges et le Franc, tom. IV, Bruges 1860, p. 92.
O L'acte du l'^' Septembre 1466 porte : Johannes Viri, ce que M. l'abbé Teissonnier rend par : Jean Vire (Notice historique sur Saint Gilles, p. 138). Viri, génitif de vir, est une forme latinisée de de Man, car, par une bizarrerie inexplicable, le de qui indique le nominatif en flamand, a été iiresqae généralement traduit par un génitif en latin " (Aimales de la Société d'Emulation, 3^ série, tom. v, Bruges 1870, p. 110). C'est ainsi qu'on rencontre : ^wici,
date de sa morfc. Il était maître ès arts Q), clianoine des collégiales de Sainte-Walburge^ à Furnes {^), et de Saint- Pancrace, à Oostvooren au diocèse d^Utredit, et devint, en 1473, chapelain de Charles -le-Téméraire (^').
Barhitonsoris, Braxatoris, Clerici, Divitis, FaboH, Flamingi, Nepotis, PavoniSy Régis, Tinctoris, pour de Vriendt, de BaerdemaecJcer, de Brouwer, de Clerck, de Ryclce, de Smet, de Vlaminck, de Neve, de Pauw, de ConincJc, de Verwer. La même remarque s'applique aux noms français; on trouve, dans les anciens documents, Nigri, Âlhi, Buffo, etc., pour le Noir, le Blanc, le Boux.
Ménard consacre une note à l'explication de cette anomalie, en ce qui concerne les noms français. (Histoire... de la ville de Nismes, tom. i, Paris 1750, Note XXVII. Si les noms de famille qui sont au génitif dans les chartes Latines, doivent avoir Varticle de en François, pp. 109 et suiv. des Notes.) L'auteur tâche de prouver que ce génitif est régi par le mot filius sous-entendu, et il établit sa thèse par des considérants empruntés à l'histoire de la formation des noms de famille. Les arguments de Ménard nous semblent concluants et applicables aux noms flamands latinisés.
(') In artihus magister (Acte A), meester in arten. Jean de Man prend ce titre dans la plupart des actes où il figure.
Les grades que conférait la Faculté des Arts étaient au nombre de trois : le baccalauréat, la licence et le doctorat ou magisterium.
Nous ignorons dans quelle université le curé de Man prit ses grades. Il paraît que ce ne fut point à Louvain, car nous n'avons pas trouvé son nom dans les Promotions de la Faculté dès Arts de V Université de Louvain, (1428-1797) publiées par M. le chanoine Reusens dans les Analectes pour servir à Vhistoire ecclésiastique de la Belgique, tom. i, pp. 377 et suiv., ii, pp. 222 et suiv., etc. A Louvain, le cours de la Faculté des Arts était de deux années, et l'enseignement comprenait la logique, la physique et la métaphysique, enseignées simultanément dans les quatre pédagogies de la Faculté.
(^) Canonic tsinte Wouhurghen te Veurne. C'est le titre que donnent à Jean de Man la plupart des actes des années 1470, où il intervient.
Le chapitre collégial de Sainte-Walburge, à Furnes, fut fondé en 958, par Baudouin-le -Jeune, comte de Flandre, et supprimé, le 4 Janvier 1798, par décret de la République française. Voyez Caeton et Yan de Puttb, La collégiale de Ste-Walhurge, à Furnes, dans les Annales de la Société d' Émulation, 2^ série, tom. xii, Bruges 1862-63, pp. 67 et suiv. Item De Potter, Ronse en BoRRE, Geschiedenis der stad en Tcastelnij van Veurne, II deel, Gent 1875, pp. 189 et suiv. Les Gueux du xvi*^ siècle détruisirent la majeure partie des archives de la collégiale, et notamment les anciens actes capitulaires, qui nous eussent appris quand Jean de Man obtint sa prébende.
{^) CanuenicTc vander kerken collegialle van sinte Pancratius in Oostvoorne, int hisdom van Uutrecht. Le curé de Man figure sous cette qualité dans deux actes, tous deux du 27 Décembre 1479. Voyez, sur cette collégiale, dont le chapitre se composait d'un doyen et de huit chanoines, van Heussen, Histo^^ia Episcopatuum fœderati Belgii, tom. i, Antverpiee 1733, p. 346, col.2, art. Oistvoirn,
(^) Le tableau des ofîices , mis en ordre par le curé Adrien van der ïïaghe-, en 1560, contient (fol. 16 v°) de courtes mais précieuses données biographiques
Un double événement^ auquel Jean de Man prit une part active^ marqua Tadministration de ce curé : Tacquisition de rimportante relique de saint Gilles^ dont nous retraçons l'histoire, et Farrivée à Bruges des Frères-Mineurs de TObservance (^). Ces religieux se fixèrent d'abord rue Sainte- Claire, dans la paroisse de Saint-Gilles; ils allèrent demeurer ensuite hors ville, entre la porte des marécliaux et l'ancienne paroisse de Saint-Bavon, et enfin Corne de Médicis leur bâtit un couvent à ses frais, hors de la porte des baudets. Cela se passait vers 1463.
Les quatre ordres mendiants (^) et les curés de la ville, se prétendant lésés dans leurs droits, voulurent empêcher la construction du- nouveau monastère, et résolurent de porter plainte à Rome contre les Observantins. Le curé Jean de Man et le frère Jean Jaquemyns, franciscain non réformé du couvent de Bruges, furent désignés pour aller plaider la cause des opposants en cour romaine. Le voyage des délégués fut
sur les premiers curés de Saint- Gilles. Nous avons emprunté plusieurs détails à la note qui concerne Jean de Man, et dont voici le texte : Magister JoçLunes de Man, verus pastor, canonicus heatœ Walhurgis Furnensis et Caroli comitis Flandriœ sacellanus. a° M. 4*^ 73. Ohiit anno 82, die 16 augusti. Cette note, et toutes les autres également laconiques, sont de la main du curé van der Haghe.
(^) La plus considérable et la plus célèbre de toutes les congrégations réformées de l'ordre de Saint-François ou des Frères-Mineurs, fut celle que l'on nomma de VOhservance régulière. Fondée en Italie par frère Paulet de Trinci (1368), elle passa rapidement dans les autres pays; les papes la favorisèrent, et, dès l'an 1444, elle fut gouvernée par des vicaires généraux, dont le premier fut saint Bernardin de Sienne (Annuaire séraphique, année, Paris 1879, pp. 31, 32). Saint Bernardin de Sienne méritait cette distinction, car il avait contribué plus que tout autre à introduire la réforme dans les maisons de son ordre. Il parcourut dans ce but une grande partie de l'Europe; Bruges reçut la visite de ce saint homme, et la tradition rapporte qu'il y bénit, au couvent des Frères-Mineurs, un puits dont les eaux passèrent depuis lors pour un remède souverain contre les fièvres. (Sandeeus, Flandria illustrata, tom. n, Hagse Comitum 1732, p. 115, col. 2.)
(2) Les quatre ordres mendiants, de vier hiddende ordens, comprenaient les Carmes de l'ancienne observance, les Ermites de Saint-Augustin, les-Frères- Prêclieurs on Dominicains, appelés aussi Jacobins, et les Frères-Mineurs. Ceuxci s'établirent à Bruges, du vivant même de leur fondateur, saint François d'Assise. (Sandekus, op., tom. et loc. cit., col. 1.)
inutile; Isabelle de Bourbon, femme de Cbarles-le-Témérairej, avait pris les Observantins sous sa protection, et ^influence de cette princesse neutralisa tous les efforts de Topposition (^) .
Nous venons d'esquisser le portrait des personnages, qui s'étaient donné rendez-vous à Namur, le 1^^ Septembre 1466. Il est temps de parler du but de leur réunion.
Treize ans s'étaient écoulés dépuis le jour oii messire Étienne de Gracbaut avait déposé dans l'église de Eougemont la précieuse relique de saint Gilles, rapportée de son pèlerinage de Buzy. Ce trésor était l'objet des pieuses convoitises de Simon van der Carreest et de Georges Baert; ils désiraient en enrichir l'église de Saint-Gilles, à Bruges, et ne se donnèrent point de repos, qu'ils n'eussent abouti dans leur dessein (^).
Ces détails sont inédits. Nous les tirons de la clironique manuscrite de l'ancien couvent des Dominicains de Bruges, œuvre du P. Jacques de Jonckheere (f 1673), appartenant aujourd'hui à la confrérie du Rosaire, érigée dans l'église paroissiale de Sainte-Walburge, à Bruges. Cette chronique, de 614 pp. in-folio, s'arrête au 25 Août 1671; elle est intitulée : Memoriale Conventus Brugensis Ord. FF. Prœdicatorum, sive notahilia concernentia dicimm Conventum, tam quoad res, quam quood personas, secundum quod colligi et extrahi potuit ex lihris extantihus ibidem.
Voici le passage que nous avons analysé :
Vana resistentia contra Minores de Ohservantia. — Circa hune annum P. Goossin Prior adjunxit se illis qui voletant impedire constructionem Qonventus Fratrur)i Minorum de Ohservantia. Illi primo hàbitdbant in vico 8. Clarœ, postea extra Brugas juxta 8. Bavonem ad de Smeede Poorte, et tandem buyten de Eselpoorte. Ex parte opponentium Bomam missi sunt Mag. Joannes de Man, Curatus 8. Egidii, etp Joannes Jaquemyns, minorita antiqui generis, sed nihil irnpetrarunt, cum Principissa Isahella ex parte Ohservantium Minorum esset, et concordatum cum Curatis Brugensihus fecisset, quo se dbdicarunt ah illo suscepto negotio, unde mansit super solos quatuor Ordines, qui reciderunt causa et illi Minores Observantes mansere in pacifica possessione.
Le P. de Jonckheere place ce fait aux approches de l'année 1473; c'est une erreur manifeste. Côme de Médiois, le fondateur du couvent des Observantins, termina sa carrière à Florence en 1464, et Isabelle de Bourbon, deuxième femme de Charles-le-Téméraire, mourut à Anvers, le 13 Septembre 1465.
(^) L'acte du l'^'^ Mai 1486 dit, en termes exprès, que la relique fut obtenue grâce aux prières et aux démarches réitérées de ces nobles personnages ad singularem, devotionem, postulationem et pr.osecutionem magnificorum virorum 8ymonis de Karest, domini temporalis de Vormezele, et Georgii Baert. L'acte de donation n'est pas. aussi explicite; il dit seulement que la relique est
Le curé de Rougemont, Jean Taulet, et Griiillaume de Grrachaut, successeur d'Etienne, de Tavis de leurs paroissiens et amis, consentirent enfin à se dessaisir de leur relique, et la réunion qui nous occupe, avait pour but de constater, par un acte authentique, la cession qu'ils voulaient bien en faire. Cette donation toutefois ne constituait pas une libéralité pure et simple, des conditions très-onéreuses Raccompagnaient; Pexposé de ces stipulations nous donnera une idée du prix qu'on attachait, dans ces siècles de foi, à la possession d'une relique de Saint.
Les stipulations de l'acte sont au nombre de trois : 1. A partir de l'année 1467, l'église de Saint- Gilles fera célébrer, annuellement et à perpétuité, un anniversaire solennel pour les parents et amis défunts de Gruillaume de Grracliaut, et pour lui, après sa mort. Cet anniversaire, semblable en tout point quant aux offices, quoad servicium divinum dumtaxat, à celui du duc de Bourgogne Jean-sans-Peur, fondé à Saint- Gilles (^), commencera, le 2 Septembre, au soir, par les vigiles
accordée aux instances de beaucoup de personnes notables, propter devocionem quam hahent ac sex annis continuis habuerunt. Cette dernière plirase semble indiquer qu'il fallut six ans d'efEorts et de négociations pour obtenir la relique de saint Gilles.
(^) Cet anniversaire fut fondé par le curé Barthélemi Niet, en souvenir de la victoire remportée par Jean-sans-Peur sur les Liégeois, le 23 Septembre 1408, à Othée, près de Tongres.
Jean de Bavière, évêque élu de Liège, était assiégé dans la ville de Maestriclit par les Liégeois, révoltés contre lui sous divers prétextes, et notamment parce qu'il refusait de recevoir la prêtrise et la consécration épiscopale. Jean-sans-Peur, qui avait épousé la sœur de Jean de Bavière, quitta la France en toute bâte, pour venir au secours de son beau-frère. Guillaume IV, comte de Hollande et de Hainaut, et le comte de ISTamur unirent leurs troupes à celles du duc de Bom^gogne, et, à la date indiquée, les Liégeois essuyèrent, à Othée, une sanglante défaite, qui leur coûta près de quinze mille hommes, (de Ger- LACHE, Histoire de Liège, depuis César jusqu'à la fin du XVIIP siècle, tora. IV de ses œuvres complètes, Bruxelles 1859, pp. 174 et suiv. — Kervyn de Let- TENHOVB, Histoire de Flandre, tom. iv, Bruxelles 1849, p. 153.)
Barthélemi Niet était chapelain de Jean-sans-Peur, et comme, en cette qualité, il s'intéressait tout spécialement au succès des armes de son seigneur et maître, il fit plusieurs vœux à accomplir dans le cas où celui-ci reviendrait victorieux de son expédition. Un de ces vœux avait pour objet la célébration
des morts> et s'aclièvera le lendemain par une messe de requiem, avec commendaces.
2. Pour perpétuer le souvenir du don^ les armes de Guillaume de Grachaut seront mises sur le reliquaire^ où Fon enfermera l'os de saint Gilles.
3. Dans le délai d'un mois, à compter du jour de la passation de l'acte, une somme de cent écus d'or^ monnaie de
d'un anniversaire, le lendemain de la victoire, ponr le repos des âmes de Philippe'le-Hardi et de Marguerite de Maie, père et mère de Jean-sans-Peur.
Une cliarte émanée de ce dernier prince, sous la date du 28 Juillet 1411, décrit cet anniversaire dans les termes suivants :
" .... et avec ce ait ledit exposant ordonné et proposé de tous les ans faire faire en son église devantdite ung solempnel anniversaire, cest assavoir le lendemain dudit jour dicelle nostre victoire, vigiles a neuf leclions, commendaces et messe de Requiem au grant autel de ladite église pour les ames des dessusdiz noz pere et mere, et au jour dudit anniversaire faire faire ung lit couvert dung drap dor devant ledit autel et mettre a cliascun des quatre cors dudit lit une grant torche de cire, et que pour offrir len distribuera par deux des varlets de nostre dite ville treize notables chandelles de chevalier... "
La charte, dont ce passage est extrait, a été publiée, mais d'une façon peu correcte, dans les Annales de la Société d'' Émulation, 2^ série, tom. xii, Bruges 1862-1863, pp. 234 et suiv. A défaut du texte original, nous avons suivi la copie insérée dans le cartulaire de la table des pauvres de Saint- Gilles, écrit sur vélin, en 1453, par Christophe Jernais, receveur de cette administration (fol. ccxxxvj r°).
Aux termes de la fondation, cet anniversaire devait se célébrer pour les parents de Jean-sans-Peur, le lendemain de la bataille d'Othée, soit le 24 Septembre; il fut fixé plus tard au Lundi après le quatrième Dimanche de Septembre.
Un des registres de la table des pauvres, écrit sur vélin dans le courant du XVP^ siècle et rédigé sous forme de calendrier, énumère, jour par jour, tous les anniversaires et autres services religieux avec distribution de secours, à charge de la susdite administration, de la fabrique et de la communauté. On trouve, au 28 Septembre, la description détaillée de l'anniversaire fondé par le curé Barthélemi Niet. Cette description nous intéresse, car elle fait voir comment se célébrait l'anniversaire de Grachaut, conforme, quoad servicium divinum, à la fondation précitée :
xxviij Septemher. — Up den zondach voor sinte michiels dach zo es tcomm^un
ghehouden te zynghen een messe van spiritus , ende upden zelven dach naer
de noene vigilie ende smaendaghs daer naer eene messe van Requiem, oocTc met vullen choore, over den dooden prinche. Dies ivorden den Luders ghehouden te malcene inden choor een hedde van stroode, ende den coster es schuldich daer up te legghene een ghulden laTcene, ende hier vooren moeten dischmeesters den com' mune hesorghen iij l. par., den costre iij sch. par., den Luders van heyaerden ter messe van spiritus ende van cloppene ter vigilie ende ter zielmesse, ende dit al
France (^), sera versée entre les mains du procureur de Guillaume de G-racliaut^ le nommé Pierre de Potos, habitant la ville de Besançon; cette somme sera consacrée à des œuvres pies, au choix du donateur.
Si les paroissiens de Saint-Gilles trouvent ces conditions trop dures, ou s^ils conçoivent quelque scrupule à cet égard, ils seront libérés de toute obligation, en restituant la relique, avant la fin du mois, chez Pierre de Potos; s'ils les acceptent,
metten grooten ghelude, x sch. par., den orghelare metten hlasere vj sch. par. Noch moeten dischmeesters leveren vier groote stallichten, omme die ghestelt te wordene ten vier houcTcen vanden hedde voorseid, ende een pont Rudder Tceerssen omme daer mede te offeren, de stallichten %oeder nemende, ende de offerkeerssen der Uercke hlivende, zo pleghen dischmeesters te hetalene den waslichtmaTcere die tzelve was levert xxxij sch. par. (fol. cxxxv v°).
L'œuvre magistrale de M. Gilliodts-van Severen renferme, sur la victoire d'Otliée, plusieurs détails inédits, empruntés au compte communal de 1408-9 {Inventaire des Archives de la ville de Bruges, série, tom. iv, Bruges 1876, pp. 33, 34). On y trouve aussi un acte émané des maîtres des pauvres de Saint- Gilles, sous la date du 14 Juillet 1409, et contenant la description minutieuse des fondations du curé Barthélemi Niet (pp. 35 et suiv). L'anniversaire, dont nous parlons, y est ainsi détaillé :
Jtem, vp den zelven dach achter noene naer die vesperen, salmen singhen vighelie met neghen lessen; een pellel zalmen spreeden voren den hooghen outaer, ende viere grote Icarsen doen staen vp viere yserine Tcandelaers.
Jtem, des ander daghes sal men singhen commendacien ende zielmesse, also het hetaempt, ouer onsen heere ende prinse Philips van ■ Borgoenien, vrouwen Margrieten zyn wyf, vader ende moeder ons gheduechts heeren Jans voorseit, ende ouer aile haerlieder voorders, ende ooc mede naercommers, ende ouer aile zaleghe zielen.
Jtem, ter zeluer messen zal men offeren xiii rudder hersen, weghende a Ih.; die welke kersen ten verzouhe van dischmeesters, an huerchmeesters twee garsoene vander stede van Brugghe -sullen gheuen, dien ghonen die offeren willen, ende daeromme zullen zy hehhen elc ii groten (p. 35).
En 1466, et sans doute longtemps auparavant, cet anniversaire ne se célébrait plus pour Philippe-le-Hardi et Marguerite de Maie, mais pour leur fils Jean-sans-Peur; l'acte de donation le dit en termes fort clairs : anniversarium perpetuum ad instar anniversarii illustrissimi principis domini Johannis quondam ducis Burgundie. Nous supposons que ce changement eut lieu aussitôt après le meurtre du duc, en 1419. Cet anniversaire fut régulièrement exonéré jusqu'à la révolution française; les tableaux de fondations, les comptes de l'église et de la communauté le désignent invariablement par les mots : Anniversarium pro principe, pro defuncto principe, tjaerghetyde vanden prince.
(^) Summam centum scutorum auri monete régis Francie.
En 1466, date de l'acte, Louis XI occupait le trône de France. Deux monnaies d'or eurent cours sous le règne de ce monarque, les écus à la cou-
et que des irrégularités se commettent plus tard dans la célé-
bration de ^anniversaire, Guillaume de Grracliaut et, après lui, ses héritiers seront en droit de réclamer la relique. L^acte
ronne et les écus au soleil. Ces derniers ne furent frappés qu'à partir du 2 Novembre 1475; c'est donc des écus d'or à la couronne qu'il s'agit dans ce passage. Le Blanc parle de cette monnaie en divers endroits de son Traité historique des Monnayes de France (Amsterdam 1692). Il écrit dans les Prolégomènes de ce travail :
" Escu A LA Couronne. Nous les appelions communément JEscus d''or, quelques Auteurs de ces temps-là les nomment simplement Couronnes ou Couronnes de France, et ceux qui écrivent en latin Coronati. Cette Monnoye fut nommée Escu à la Couronne à cause de la Couronne qui est au dessus de l'Escu de France, et pour les distinguer des Escus de Philippe de Valois et de Jean Premier^ qui étoient fort différents de ceux-cy. Cette Monnoye des Escus à la Couronne fut commencée par Charles VI. l'an 1384. au mois de Mars : elle étoit d*or fin, et pesoit 3 deniers 4 grains. Ils valoient 22 sols la pièce, et ils vaudroient aujourd'huy 7 livres 7 sols....
" Je ne connois point de Monnoye qui ait été plus célèbre dans l'Europe, que les Escus d'or. Les étrangers en firent aussi faire à nôtre imitation.... Sous Charles VII. ils changèrent souvent de poids et de titre, et on en fit qui n' étoient qu'à 16 karats; mais l'an 1436. il les fit faire d'or fin et de 70 au marc, valant 25 sols pièce. Depuis ce temps-là on ne s'écarta gueres de ce poids ny de ce titre et l'an 1455. ils étoient à 23 karats |, et de 71 au marc, valant 27 sols la pièce.
" Louis XI> Charles VIII. et Louis XII. gardèrent le même titre, et ne s'écartèrent que tres-peu de ce poids " (pp. vij, viij. Voyez aussi p. 249 et suiv., ou Le Blanc traite des monnaies en cours sous le règne de Louis XI, et les Tables contenant Année par Année les prix du Marc d'Or et d'' Argent depuis Van 1144. le nom des Espèces, leur Loy, leur Poids et leur Valeur,
p. 326. — Item Simonon, Traité historique et méthodique sur Vusage et la nature des anciennes Monnaies d''or et d''argent et rehausse des Capitaux, Liège 1758, pp. 53, 86, 87).
La planche en regard de la p. 250 du travail de Le Blanc offre l'empreinte d'un écu d'or à la couronne, du règne de Louis XI. Du Cange reproduit le type de cette monnaie, telle qu'on la frappait sous Charles VII, sur une des I planches qui accompagnent la description de ses Monetœ aurece Begum Franciœ tertii stemmatis (Glossarium, tom. iv, Parisiis 1733, en regard des coll. 923, 924, n" 17. Voyez aussi col. 927, art. Benarii auri puri \Deniers d'or fin, appeliez Escus à la couronne']).
Q) L'original sur parchemin est assez bien conservé. L'acte fut dressé à Namur, in aula superiori hospicii ad angelmn siti in fora maiori ibidem, le
L'acte de donation est daté du 1^^' Septembre 1466, mais il ne sortit son effet qu'en 1468; nous ignorons la cause de ce retard.
Par lettres du 14 Mai 1468, le curé et les marguilliers de Saint- Gilles reconnaissent avoir reçu la relique de leur patron des mains de Guillaume de Grachaut et de Jean Taulet, curé de Notre-Dame de Rougemont; ils s'engagent, en même temps, à remplir les deux premières stipulations de l'acte du 1^^' Septembre 1466. Voici le texte de ces lettres :
Nous Jehan de Man, pbre, maistre es ars, curé, efc maistre Paiile Oudmaert (^), aussy maistre es ars et docteur en medicine, Philippe
l^' Septembre 1466. Il porte au bas la souscription et la marque du notaire apostolique Godefroid de Vico, et plus bas encore la quittance de Guillaume de Grachaut.
Nous possédons plusieurs copies de cet acte : la première se trouve dans le cartulaire I de la fabrique, fol. xxxviij et suiv.; la deuxième, dans le cartulaire I de la communauté, fol. cxij et suiv.; la troisième dans le cartulaire II de la communauté, fol. cvj et suiv. Toutes ces copies sont de la fin du XV^ siècle. Le même acte est inséré dans le procès-verbal de Mgr. Charles van den Bosch, évêque de Bruges, dont nous parlerons plus loin, et qui appartient à nos archives; ce procès-verbal a été copié dans le registre aux délibérations de la fabrique, vol. i, fol. 39 v° et suiv., et dans les Acta Episcopatus Brugensis, reg. xxviii, fol. 69 r° et suiv. Voilà donc six copies distinctes, dont cinq se trouvent en notre possession.
On trouve quantité de variantes de ce nom : ïïoutmaerc, Oudemaerc, Houtmaert, Oudemaert, ïïoutmart, Oudmart, Houtmar, Van Houtmarkt (GiL- LiODTS-VAN Severen, Inventaire, passim). La véritable forme de ce nom paraît être Houtmarck.
La famille Houtmarck était riche et considérée; de 1472 à 1505, plusieurs de ses membres firent partie du magistrat. En 1487, Guillaume Houtmarck était bourgmestre de Bruges, et propriétaire de l'ancien château de Rosehurch, plus connu sous le nom de Houtmarcks ou Oudmarx kasteel. Cette demeure seigneuriale, située à l'est de la rue Sainte -Claire, fut enclavée dans l'abbaye d'Hemelsdaele, en 1672. Voyez Gailliard, Revue pittoresque des monuments qui décoraient autrefois la ville de Bruges, et qui n''existent plus aujourdliui, Bruges 1850, p. 81; le texte est accompagné d'une vue du château de Houtmarck.
Dans son Étude sur les noms des rues et des maisons de la ville de Bruges, M. Verschelde s'écarte des conclusions de M. J. Gailliard, qui fait dériver le nom de Houtmarchs Icasteel de celui de Guillaume Houtmarck; l'auteur aime mieux voir dans cette dénomination une altération de Iloedemakers Icasteel, et la rattache à sire Pierre Hoedemaker, qui possédait ce manoir dès avant 1302, et donna très-probablement son nom à la rue Hoede^nalcer, transformée
van Thîelro Q), Mathieu de Leiide {^) et Jehan Plaet p), mombeurs (*) et margliseurs (^) de leglise prochial de saint Gilles a Bruges, cognois-
depnis en rue des Chapeliers ! (Annales de la Société d^Émulation, 3^ série^ tom. X, Bruges 1875, p. 361).
Paul Houtmarck était docteur en médecine. Nous n'avons rien trouvé à son sujet dans les Esquisses biographiques des praticiens distingués de la ville et du Franc de Bruges, depuis 1400 jusqu'à nos jours, formant la 11'^ partie des Analectes médicaux, du D"^ De Meyer, Bruges, s. d.
(^) D'autres actes écrivent : van Thielroo, van Thielrode. Un Philippe de Thielrode figure, comme échevin de Bruges, dans un acte de convention entre les magistrats de cette ville et le chapitre de Saint-Donatien, daté du 29 Mai 1448 (Gilliodts-van Severen, Inventaire, tom. v, p. 286).
(^) Les actes flamands portent : van der Lende. Mathieu van der Lende était échevin de Bruges en 1468 (De Wet van Brugghe, manuscrit du XYI^ siècle, de la collection de M. Edw. GaiUiard, fol. 227 v°).
(^) Lisez de Plaet. Jean de Plaet, hostelier ende mdkelare hinnen der stede van Brugghe (acte du 22 Octobre 1476), fut chargé par Phîlippe-le-Bon, à la date du 12 Décembre 1463, avec Soyer de Baenst, Jacques Breydel et Anselme Adornes, du " gouuernement et administracion des... receptes mises biens et reuenues quelxconques de (la) ville de Brug^es pour le temps et terme de quatre ans " (Gilliodts-van Severen, Inventaire, tom, v, p. 440). Jean de Plaet était échevin de la ville en 1468 (Be Wet van Brugghe, fol. 227 v°).
Jean de Plaet et Jacqueline Macharis, sa femme, furent de grands bienfaiteurs de l'église de Saint- Gilles; la construction du collatéral nord ou de la chapelle de la Yierge, qui date de la seconde moitié du XV^ siècle, fît éclater leur munificence. L'autel et ses accessoires, le tabernacle, des helichs sacraments huus, les portes de clôture, le jubé, les vitraux, les peintures, en un mot tous les meubles, tous les décors de la chapelle furent exécutés aux frais des généreux époux. En témoignage de gratitude, le curé et les marguilliers de Saint- Gilles, par acte du 22 Octobre 1476, accordèrent à Jean de Plaet et à Jacqueline Macharis divers privilèges, notamment le droit de sépulture, pour eux et leur postérité, dans la susdite chapelle (Cartulaire I de la fabrique, fol. cxxxviij v° et suiv.). Lors du redallage de l'église haute, en 1823, les descendants de la famille de Plaet remplacèrent les deux pierres sépulcrales, qui rappelaient la mémoire de leurs ancêtres, par celle qu'on y voit aujourd'hui.
('*) Momheurs, variante de Hambourg, Mamhour, qui signifie : tuteur, curateur, administrateur, gouverneur, gardien, procureur; le mot doit se prendre ici dans le sens d'administrateurs, curateurs. Voyez Eoqueport, Glossaire de la langue romane, Paris 1808, t. ii, p. 130, v° Mambourg. Cet auteur ne mentionne pas la leçon qui nous occupe.
Le titre de Mambours se donnait jadis aux administrateurs des biens d'églises (De Brabandere, Juris canonici et juris canonico-civilis compendium, tom. II, Brugis 1872, p. 266).
(5) Margliseurs, marguilliers. Ce dernier mot est une corruption de matric^darii, c'est-à-dire, dépositaires de la matricule sur . laquelle les administrateurs de l'église inscrivaient les noms des pauvres qu'ils avaient la mission de secourir. (Lauwers, Code de Droit civil ecclésiastique, Bruges 1860, p. 16,
sons et confessons en dévot don et en translacion avoir eu et receu par les mains de noble homme Giiilliame de Grachaut, seigneur de Ollan, procliien de nostre dame de Larjan, et de messire Jehan Taulet, pbre, curé de nostre dame de Eougemont, ou dyocese de Besanson, du gré, seu (^) et consentement et aussy par bonne et meure deliberacion de leurs amis et prochiens, ung saint reliquaire quilz dient estre le bras de monsieur saint Gilles, et lequel pour tel ilz ont tenu et veneré en ladite église de nostre dame de Rougemont ja lespace de treze ans ou environ, pour cause du quel dévot don et translacion faite par ledit Guilliame, seigneur de Ollan, a leglise prochial de saint Gilles a Bruges comme dit est, en loueur de Dieu et de monsieur saint Gilles et en memore et ramenbrance P) dudit Guilliame, ses parens et amis, promettons par cestes noz lettres patentes aux frais causes et despens de ladite église de saint Gilles solemnellement faire faire et célébrer pour chascun an perpétuellement durer ung obit et service, assavoir le propre jour de monsieur saint Gilles aprez les vespres dudit jour vigiles de mors, et le lendemain commendacions et messe de requiem a chantre dyacre et soubdyacre, et mettre ung lit des mors devant le grant autel de ladite église couvert de drap dor et quatre chierges dune livre la pièce alentour, ensemble de délivrer une livre de chandelles, pour ceulx du ceur et tous autres, pour les ames des trespassez, aussy de faire sonner le grant son tant aux vigilles que aux commendacions et a la messe, et de aler au lieu dudit lit couvert de drap dor avec lencens et leawe bénite, accompaingnié de ceulx dudit ceur et illecq dire ung miserere mei deus et deprofundis avec les collectes a ce pertinentes, et ce pour les ames des parens et amis dudit Guilliame, et de lui aprez son décès et de tous vrays chrestiens trespassez, bien sceu et entendeu que au cas que aux jours que dessus nous f eussions faillans ("*), enfraingnans ou neggligens de aux frais et despens de ladite église faire faire et célébrer solemnellement ledit obit et service perpétuel et a tous jours, ainsi que dessus est declairé et spécifié par exprez, que en ce cas ledit Guilliame, seigneur de HoUan, ses hoirs et successeurs, par droit et
note 1.) L'ancienne législation ne connaissait pas la distinction entre le conseil et le bureau des fabriques d'églises; tous les fabriciens indistinctement portaient le nom de marguilliers, qui est aujourd'hui réservé aux membres du bureau.
(^) Seu, su.
(2) Ja, déjà.
(■^) Ramenbrance, mémoire, souvenir.
(^) Faillans, participe du verbe faillir, manquer, être en défaut.
sans déport (^) nous pourront pourchasser et poursuir jusques a la restitucion dudit saint reliquaire en telle fourme et manière et en tel estât que lavons eu et receu, assavoir ne en or ne en argent, ne en piere (^) enchâssé. Et quant icellui reliquaire ferons enrichir et enchâsser, promettons de y mettre les blasons et les armes dudit Guilliame, seigneur de HoUan, au plus parant et eminent lieu dudit reliquaire, telz quil les lui plaira nous baillier et délivrer. En tesmoing de ce avons mis chascun de nous dessusdiz noz seaulx privez a ces présentes faittes et données a Bruges, le xiiij^ jour de may lan mil quatre cent soixante et huit (3).
L^acte du l^'^' Septembre 1466 stipulait^ comme troisième condition^ le payement de cent écus d'or; cette somme fut versée entre les mains de Guillaume de Grrachaut^ qui en donna quittance^ dans les termes suivants^ au bas de Tacte de donation :
Je Guilliame de Grachault, escuier, seigneur de Olan dessus nommés, fais savoir a tous que jay eheu et rechu des dessus nommés et obligié en ce présent instrument la somme de cent escuz dor du court du Roy de France reaiment a moy paiez et dont je suis contant et les en quicte (^) et de toutes autres choses que avons ehu a faire ensemble, sauf et reservez a moy ledit Guilliame l'anniversaire que perpétuelle-
.Q) Sans déport. Le mot Déport signifie délai et aussi faveur, ménagement (Roquefort, op. cit., 1. 1, p. 364). Dans notre charte, l'expression sans déport doit probablement se prendre dans le sens de sans délai. Telle est, dn reste, l'acception dans laquelle elle semble généralement usitée; témoin les textes suivants que nous empruntons au savant Inventaire de M. Gilliodts-van Severen : " En levant icelles amendes pour nous sans delay ne déport aucun..." (t. III, p. 135); "En punissant... sans faveur ne déport..." (t. iv, p. 74); " En pugnissant sans depport ou dissimulacion les delinquans... " (t. V, p. 135).
(2) Piere, p!errerie.
(^) L'original de ces lettres fut remis à Guillaume de Grachaut; on en trouve une copie, assez défectueuse, dans le cartulaire I de la fabrique, fol. cxxxiiij v", cxxxv r<>.
(^) Cette expression du court du Boy de France nous rappelle les ^orws de le court de Bomme, dont il est fait mention dans une quittance de 1306, analysée par M. GiUiodts-van Severen, dans son Inventaire déjà cité, t. vi, p. 527. Ces Florins de le court de Bomme sont ainsi désignés dans un document flamand de 1369 : florine van spaeus camere (op. cit., t. ii, p. 152), ce qui fixe bien le sens à attribuer, dans l'espèce, au mot court.
(^) Variante de Quitter, qui signifie donner quittance. (Eoquefort, op. cit., t. Il, p. 422.)
ment me doivent dire et célébrer chascun an le lendemain de fesfce de saint Gile, selon et par la fourme et manière qui plus a plain est contenu es lettres obligatoires que jay par devers moy des curé et margliseurs de leglise dudit saint Gile de Bruges, laquelle lettre demeure en sa force et vigeur. Tesmoing le saing de ma main cy mis le xvij® jour du mois de may mil iiij'^ soessante et huit, avec le saing manuel de moy; J eban de Baissey chevalier seigneur de Longcourt cy mis a la requeste dudit Guilliame lan et jour que dessus, et le saing de Chrestien de Sangemark dit Chemeniere seigneur de Oceyans a la requeste dudit Guilliame lan et jour que dessus.
Debaissey Grachaut Chemeniere.
D'après Sanderus et une note du curé Jennyn, G-uillaume de Grachaut apporta lui-même à Bruges la relique de saint Gilles, et son arrivée donna lieu à une imposante manifestation religieuse. Le chapitre de la collégiale de Notre-Dame (^), le clergé de Saint-Gilles et les quatre ordres mendiants se rendirent processionnellement à la porte de Sainte- Catherine, par où le noble écuyer devait entrer en ville, et escortèrent la précieuse relique jusqu'à F église où elle allait reposer désormais. Yoici la note tout entière du curé Jennyn, écrite au verso du dernier feuillet du formulaire de bénédiction de Teau de saint Gilles, copié en 1642 (^).
Anno XIIIP. 68. die XI Augiisti, Nohilis vir D. Gidlielmus Grassant, Eqites •Aiiratus, Toparcha in Dolant, quondam a cuhiculis Generosissimi viri Joannis Gomitis Flandrien, attulit hrachium seu Reliquias 8^^ JEgidii de Busseyo juxta
(^) Le prévôt de la collégiale de Notre-Dame était patron de l'église de Saint-Gilles. On appelle patron celui qui a fondé, bâti ou doté une église, et patronage les droits que les canons lui ont conservés sur cette église. Parmi les principaux droits du patron figure celui de présentation à la cure de l'église dont il a le patronage. Le prévôt de Notre-Dame était patron de Saint-Gilles, parce qu'en 1240, un prévôt de cette collégiale, Lambert, de concert avec le chapitre, avait bâti la chapelle primitive dédiée au saint abbé, sur un terrain donné par Philippe Eam et compris dans la circonscription de la paroisse de Notre-Dame. Ce détail explique la présence du chapitre de cette collégiale dans le cortège.
O Voyez sur cette note, p. 411, note 2.
Servacum, Remensis diocesis {^), ad Ecdesiam dicti S. JEgidii Brugensisy existent e ibidem Pastore Domino Joanne de Man, Canonico S. Walhurgœ Furnis (^). Ohviam iverunt jpro hono- Tandis p^'^^ Religiiiis S^^ ^gidii Gollegium insignis Ecclesiœ B. Mariœ Brugensis, comitante Glero 8^^ ^gidii et quatuor Ordinihus mendicantihus 'processionaliter usque ad pointas 8. Catharinœ, et inde revertendo ad dictam Ecdesiam 8. ^gidii (^).
Aux termes de cette note, la réception solennelle des reliques de saint Grilles eut lieu le 11 Août 1468, date qui nous paraît inadmissible.
Le 14 Mai de cette année, le curé et les marguilliers déclarent être en possession de la relique, et^ trois jours plus tard, Guillaume de Gracliaut reconnaît avoir touché la somme convenue de cent écus d^or. Comment concilier ces détails avec la note, qui fait arriver la relique à Bruges, le 11 Août suivant ?
L'erreur est manifeste; au lieu de XI Augusti, il faut lire : XI Maii. Alors tout s'explique et s'enchaîne. Guillaume de Grachaut arrive à Bruges, le 11 Mai 1468; Jean de Man et ses marguilliers paient la somme stipulée, et, par lettres du 14 Mai, postérieures à la remise de la relique, ils assument les charges auxquelles le donateur avait subor-
(^) Ce détail est inexact. La relique dn Saint reposait, depuis l'année 1453, dans l'église paroissiale de Notre-Dame de Rougemont, et c'est de là, non pas de Buzy, qu'elle fut apportée à Bruges.
('^) Jennyn avait écrit d'abord : ... existente ihidem Pastore Domino Bartholomœo Nietf Christianitatis Decano, Sigillifero Curiœ spiritualis Brugensis. Ayant aperçu son erreur, il a biffé ces mots et mis en surcharge ceux que nous lisons dans la note.
(^) Le texte de Sanderus n'offre que de légères variantes : In die 8. Mgidii, dit cet bistorien, solemnis fit supplicatio, cum reliquiis prœfatis, quas sicut ex archivis ejusdem ecclesiœ discitur, ad hanc ecdesiam tulit nolilis vir Joannes
(lisez Guilielmus) Qrassantius, ah ecclesia 8. Mgidii de Bussero iuxta 8er-
vacum Bemensis diœcesis anno M C C C 0 VIII (lisez LXVIII) die xi Augusti, comitante eum Collegio toto B. Mariœ Virginis, et clero 8. JiJgidii, ordinihusque mendicantihus a porta 8. Qatharinœ ad hanc usque ecdesiam (Flandria illustrata, tom. i. Colonise Agrippinse 1641, p. 230, col. 2, on tom. ii, Hagse Comitum 1732, p. 89, col. 2)i
donné la cession de ce trésor. L'acte en décliarge, signé de la main de Guillanme de Grracliautj suit ces lettres à trois jours d'intervalle^ et termine l'affaire (^).
La plus lourde charge imposée par le donateur était, sans contredit^ la célébration à perpétuité d'un anniversaire solennel. Cette clause fut loyalement remplie. Tous les tableaux de nos offices mentionnent l'anniversaire de Gracbaut, et on lira avec intérêt les extraits qui s'y rattachent.
Le 1^^' tableau, dressé en 1560, par le curé Adrien van der Haghe^ qui administra la paroisse, de cette dernière date jusqu'en 1605, porte comme suit, au 3 Septembre :
Ani. nohilis Bni Guilielmi Gr assaut, equitis aurati.>., Iste sti Egidii attuUt hraàiium a^ 13..^ ut hahetiir latius in fine libelli de aqua consecranda in die sti Egidii patroni et ahhatis; ideo 'pro memoria hahet anniversarium. (Fol. 59 v°.)
Notons, en passant, que le curé van der Haghe devait être bien peu familiarisé avec l'histoire de notre belle relique, pour en faire remonter l'acquisition au XIY^ siècle; encore n'écrit-il que les deux premiers chiffres de la date.
Le second tableau, dressé en 1634, s'exprime de la sorte, au 2 Septembre :
2^ die fit anniversarium j)ro D. Gitiliehno de Crachant, tojparcha de Olan, diœcesis Bysontinensis, ratione dati (en surcharge ohtenti) hrachii s^^ Egidii, ex ohligatione communitatis facta et admissa coram notario Apostolico, et admissa per dnm coram scahinis, etc., a^ 1466.
Nous n'avons aucune connaissance de l'acte échevinal, dont parle cet extrait.
{}) Le ctiapelam Jean-Baptiste De Laeter a tiré, en 1764, une nouvelle copie du formulaire de bénédiction de l'eau de saint Gilles. La dernière page de son manuscrit reproduit la note du curé Jennyn, dont De Laeter a modifie ainsi les premières lignes : Anno reparatœ salutis MCCCC et LXVIII (veljuxta tabulam fundationum hujus ecclesiœ, mense septemhri LXVI) Die IX Atigusti, etc. Le copiste eût mieux fait de ne pas retoucher la notej il a confondu la date de l'acte de donation avec celle de l'arrivée de la relique à Bruges.
Le troisième tableau, écrit de la main du curé Jean De Cuypere, et datant de Tannée 1720, énonce dans les termes suivants, au 2 Septembre :
2*. Anniv. pro def^^ prœnohili GuilUelmo Crachant, tojparcha de Olan, qui attulit Brachium 8^^ Egidii, anno 1466 : ad onus Gommunitatis.
Enfin le quatrième tableau, rédigé vers la fin du XYIII® siècle, et en usage jusqu'à la révolution française, porte au 2 Septembre :
2. Anniv. pro prœn. d^ Guill : Crachant, toparcha de Clan. — ipse est qui attulit hrachium S. j^gidii, 1466. Commun.
La lecture de ces extraits donne lieu à plusieurs observations :
1. L'acte de donation dit clairement que l'anniversaire sera célébré pour les parents et amis défunts de Gruillaume de Grracliaut, et pour lui après sa mort : pro animahus par entum et amicorum prefati Guillermi scutiferi et sua postquam ah humanis decesserit; ce que le curé et les marguilliers de Saint- Gilles rendent ainsi, dans leur acte du 14 Mai 1468 :
... pour les ames des parens et amis dudit Guilliame et de lui aprez son décès et de tous vrays cL restions trespassez Comment se fait-il dès lors que ces extraits ne parlent que de Guillaume de Gracliaut, et laissent complètement de côté sa famille ?
2. D'après l'acte de donation, l'anniversaire devait se célébrer le 3 Septembre : tbrcia die eiusdem, missam de requiem cum commendationihus mortuorum; or, les trois derniers tableaux le mettent au 2 Septembre, et ce fut à ce jour qu'on le célébra, tout au moins de 1634 jusqu'à la révolution française. Chose plus curieuse encore, le curé et les marguilliers euxmêmes promettent de faire célébrer, à la date du 2 Septembre, l'anniversaire de Gracliaut. " Assavoir, disent-ils, le propre jour de monsieur saint Gilles (1^^" Septembre) aprez les vespres dudit jour vigiles de mors et le lendemain commendacions et messe de requiem ". Ce nonobstant, le tableau
de 1560 fixe l'anniversaire au 3 Septembre. Il y a là des anomalies qu'on ne s'explique pas.
3. Aucun de nos tableaux ne fait mention des vigiles des morts, à chanter le 2 Septembre, veille de l'anniversaire, vigilias secunda die mensis septemhiis. Faut-il inférer de ce silence, qu'on omettait cette partie de l'office ? Nous l'ignorons.
L'anniversaire de Gracbaut était une charge de la communauté, qui le célébra fort exactement jusqu'à la fin du siècle passé.
Il y avait près de vingt ans que l'église de Saint-Gilles possédait la relique, dont nous venons de raconter l'histoire, et cette relique n'était pas encore enchâssée; enveloppée de soie, elle reposait dans un coffret en cuir, et ne recevait pas des fidèles les honneurs qui lui étaient dus (^). On avait, paraît-il, conçu quelques doutes au sujet de son authenticité; la chose semble résulter clairement de la démarche faite par le curé Pierre van den Iloutte (de ligno), les marguilliers et la communauté de Saint-Gilles auprès de leur métropolitain, l'archevêque de Keims (^); ils s'adressèrent à ce prélat, dans les premiers mois de l'année 1485, avec prière de bien vouloir prendre les informations nécessaires pour constater l'authenticité de leur relique.
Le siège de Reims était occupé par Pierre de Laval p), qui ne résidait pas, à cette époque; le diocèse était administré, en son absence, par ses vicaires généraux, maîtres J ean Allart et Jacques de Thuizy, licenciés, le premier en droit canoni-
Q) ... in sericio panno et coffreto de correo sunt minus dehitj honore recondite, nec quantum decet tam sanctis reliquiis a christifidelihus venerate (Acte C).
(^) Avant l'érection des nonveanx évêchés dans les Pays-Bas, en 1559, celui de Tournai, dont relevait la ville de Bruges, était suffragant de la métropole de Eeims.
(^) Elu évêque de Saint-Brieuc, le 28 Février 1472, Pierre de Laval fut transféré, le 8 Octobre 1473, au siège métropolitain de Reims, qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée le 14 Août 1493. Voyez, sur ce prélat, Marlot, Metropolis Remensis Historia, tom. ii, Remis 1679, pp. 745 et suiv., et la Gallia christiana, tom. ix, Parisiis 1751, coll. 140 et suiv.
que, le second en droit civile chanoines de Reims, officiaux et juges métropolitains. Ces derniers faisant droit à la demande du clergé et des fabriciens de Saint-Grilles, chargèrent deux notaires jurés de la cour spirituelle de Reims, les clercs Jean de Mercatte et Jean Maillefer, de se rendre sur les lieux, et de procéder à ^audition de tous les témoins, dont ils jugeraient les dépositions nécessaires ou utiles; ces dépositions, soigneusement recueillies par les commissaires, devaient permettre aux vicaires généraux de se prononcer, en parfaite connaissance de cause, sur la question soumise à leur tribunal (1).
Jean de Mercatte et Jean Maillefer se rendirent à Cernay-en-Dormois et à Ville-sur-Tourbe (^), au diocèse de Reims, et y reçurent, les 11 et 12 Mars 1485, les dépositions des dix témoins dont les noms suivent :
Jean Morifer, prêtre, chapelain de Tahure (^), âgé de 38 ans;
Jean Manfilus, clerc marié, clericus conjugatus (^), cooper-
(^) Actes B et C, passim.
(^) La paroisse de Ville -snr-Tourbe, Villa supra Turbam, appartient anjourd'liui an diocèse de Châlons, et dépend, comme Cernay-en-Dormois, du doyenné de Vienne-le-Châtean, arrondissement de Sainte-Menehould.
(^) Talinre est du même diocèse que Ville-sur-Tourbe, et du même doyenné.
(*) Clericus conjugatus, clerc marié. Cette expression, qui pourrait sembler étrange, a besoiïi d'un mot d'explication.
Les clercs étant appelés à un plus haut degré de sainteté, l'Église leur impose l'obligation de vivre dans la continence; elle ne les admet au sousdiaconat qu'autant qu'ils prennent solennellement l'engagement de garder la ctasteté. Cette obligation est grave, et l'Église n'en a dispensé que trèsrarement ceux qui l'avaient contractée, le faisant toujours à regret; et ceux qui ont obtenu cette dispense ne pouvaient plus monter à l'autel, ni exercer les fonctions saintes. Ce serait un crime, un sacrilège, de la part d'un clerc qui est dans les ordres sacrés, de tenter de se marier, son mariage serait frappé de nullité, et il ne pourrait attirer sur lui que les malédictions du ciel et de la terre. (Gousset, Théologie morale, tom. ii, Bruxelles 1849, p. 327.)
Il s'agit, dans l'occurrence, de simples clercs non engagés dans les ordres sacrés, ayant reçu la tonsure ou, tout au plus, les ordres mineurs. Il n'était pas rare, dans les anciens temps, de voir ceux-ci contracter mariage, et renoncer par là même à recevoir les ordres majeure. Castivioniam quoque inviolati corporis perpétua conservare studeant (Clerici), disent les Capitulaires
tor tegularum (^), demeurant à Cernay-en-Dormois, âgé de 68 ans;
Jean de pidheo (Dupuis), prêtre, curé de Téglise paroissiale de Bouconville {^), au diocèse de Reims, âgé de 55 ans;
Gilles Blancliet, clerc marié, maieur ou maire de Cemayen-Dormois, major ville de Sarnaco in Bormisio (^), âgé de 40 ans;
Periessomius Perard, clerc veuf, custos sive matricularius (*) de F église paroissiale de Ville-sur-Tourbe, âgé de 80 ans;
Pierre Adenet, alias Dieu, laïque, résidant à Ville-sur- Tourbe, âgé de 76 ans;
Jean Perard, prêtre, curé des églises paroissiales de Massiges et de Buzy, âgé de 43 ans;
de Charlemagne, aiit cette unius matrimonii vînculo fœdei'entur (Du Cange, Glossarium, tom. ii, Parisiis 1733, col. 687, v'^ Clerici conjugati). Le iv^ concile de Tolède défend aux clercs de se marier, sans avoir pris l'avis de leur évêque, inconsulto episcopo (Id).
Le clericus conjugatus jouissait de certains privilég-es (Du Cange, loc. cit.)
Dans son beau travail : Le Chapitre de la cathédrale de Saint-LambeH, à Liège, et ses méreaux ou jetons de présence (Bruxelles 1875), M. Alphonse De Schodt, dit en parlant des chanoines tréfonciers : " Les chanoines qui n'avaient reçu que les ordres mineurs pouvaient librement contracter mariage, en résignant leurs canonicats. Dès l'origine du chapitre de Saint-Lambert jusqu'en 1794, les chanoines qui avaient usé de cette liberté, et le nombre en fut grand, s'appelaient clerici conjugati, expression exclusive d'une idée de blâme; le clericus conjugatus était affranchi de certains impôts et seulement justiciable des tribunaux ecclésiastiques " (p. 61, note 2). Un titre spécial des Décré taies traite de clericis conjugatis.
(^) Couvreur en tuiles, tegeldehker.
(^) Bouconville ressortit encore aujourd'hui au diocèse de Reims; cette paroisse relève du doyenné de Monthois, arrondissement de Vouziers.
(^) Majores villarum, dit Du Cange (Glossarium, tom. iv, Parisiis 1733, coll. 347, 348), primitus dicébantur, qui cœteris villœ incolis prœerant, et domini villœ noniine jus dicébant. — Ad eorum prœterea officium pertinehat, ajoute Dom Carpentier, dans son supplément à Du Cange (tom. ii, Parisiis 1766, col. 1123), ut ea, quœ fisci doniinici erant, colligerent, de Us rationem reddituri; iidem proinde atque Villici : unde inter officiales justitiarios minores ponuntur. Du Cange dit encore (op. et loc. cit., col. 348) : Majores dicti etiam urhium Prœfecti, nostris Maieurs, Maires, Angl. Mayor.
(^) Custos, Preshyter aut Clericus, cui Ecclesiœ seu templi cura incumhit, œdituus, qui Custos' Ecclesiœ dicitur in Ordine Romano. (Du Cange, op. cit., tom. II, Parisiis, 1733, col. 1276, 1277.)
Collessomius Champein, clerc marié, habitant Yille-sur- Tourbe, âgé de 55 ans;
Jean Milart, laïque marié, établi dans la même localité, âgé de 64 ans;
Watrinns Perard, clerc marié, maieur de Massiges, âgé de 60 ans.
Les dépositions de ces témoins fourmillent de détails curieux et sont d^un intérêt capital au point de vue de notre travail, car elles établissent^ d^une façon irrécusable, Fautlienticité de notre relique; nous allons donc les analyser en peu de mots, tout en évitant les répétitions, qui s^y rencontrent.
I. Jean Morifer a entendu ses parents et beaucoup d^autres personnes dignes de foi raconter publiquement, il y a quinze ou seize ans, qu'on conservait jadis dans Féglise de Buzy, paroisse aujourd'hui ravagée et dépeuplée, des reliques du bras de saint Grilles, renfermées dans un coffret placé sur le maître-autel. Une foule de personnes atteintes de la fièvre se rendaient en pèlerinage à Buzy, et retournaient guéries. Jean Morifer lui-même doit sa guérison à ce moyen : passé quinze ou seize ans, comme il souffrait de la fièvre, ses parents le menèrent à Buzy; il coucha dans Féglise, but d'une certaine eau, dite eau de saint Grilles, fit son offrande, et, plein de confiance dans l'intercession du Saint, dont les reliques se gardaient autrefois dans ce lieu, il obtint sur le champ la délivrance de son mal. Aujourd'hui encore, malgré la disparition des reliques, les pèlerins continuent à fréquenter l'église de Buzy. Jean Morifer ignore d'où provenaient les reliques du saint abbé, et oii elles se trouvent maintenant.
II. Jean Manfilus a été guéri, lui aussi, de la fièvre, à la suite d'un pèlerinage fait au sanctuaire de Buzy, passé trentehuit ans. Il croit en âme et conscience, que les reliques de saint Gilles, jadis vénérées dans cette église, étaient bien authentiques, car elles exhalaient une odeur semblable à celle
des meilleurs parfums (^). Cette conviction est partagée par une foule de vieillards^ qui ont vu les reliques^ et par les personnes moins avancées en âge, qui, nonobstant leur enlèvement, visitent toujours T église de Buzy. Jean Morifer a ouï dire maintes fois qu'Etienne de G-rachaut, après sa délivrance de la fièvre, par l'invocation de saint Gilles et la vénération de ses reliques, avait obtenu une portion de ces dernières. Jean Souillet, curé de Cernay-en-Dormois, qu'on rapporte avoir signé les lettres d'authenticité conservées à Bruges, était un bomme fort respecté, honnête et prudent, incapable dès lors d'attester comme vrai ce qui ne l'était pas.
III. Jean Dupuis, de putheo, remplissait, il y a trente ans, les fonctions de custos ou matricularius de l'église de Cernayen-Dormois. Il était présent, avec Jean Souillet, curé de cette église, lorsque Jean de Kivières, seigneur de Buzy, du consentement des habitants de cette dernière paroisse, résidant pour lors à Cernay, remit à messire Etienne de Grachaut un os du bras de saint G-illes. Jean Dupuis rédigea et écrivit luimême l'acte constatant cette donation et l'authenticité de la relique, qui en formait l'objet; cet acte, signé de la main du curé Souillet et muni de son sceau, fut confié au pieux écuyer, ensemble avec la relique, que ce seigneur se jugeant indigne de toucher de la main nue, enveloppa dans un beau voile de toile. Les reliques conservées à Buzy étaient renfermées dans un coffret de deux pieds de long, sur un demi-pied de large; ce coffret était couvert de lames de cuivre doré, et garni de bandes de fer (^). Quelques personnes ont raconté au témoin, que ce qui restait à Buzy des reliques de saint Gilles, se conserve aujourd'hui dans l'église paroissiale de Massiges. Prié d'indiquer, d'une façon précise, l'ossement offert au chevalier
Q) Odorabant ac si fuissent alique hone species.
(^) ... dicte reliquie clause fuerunt et erant in quodam parvo coffro sive scrinioy longitudinis duo peduni vel circiter et latitudinis dimidii pedis, vincuUs ferreis circumligato ac cupro vel métallo, ut videhatur, ad modum auri deaurato et cooperto.
franc-comtois, Jean Dupuis répond que c'était Vos cubital du bras (^).
IV. Gilles Blanclietj guéri de la fièvre, comme les deux premiers témoins et de la même manière, a vu souvent sur le maître-autel de Buzy le coffret décrit par le témoin précédent; les reliques qu'il contenait, répandaient une excellente odeur (^). Pour mieux s'en assurer, il s'est permis d'approcher le nez des trous pratiqués dans le coffret, et a pu constater, ce que tout le monde assurait, qu'il en sortait un parfum des plus agréables (^).
V. Periessomius Perard, vieillard octogénaire, natif de Buzy, entre dans les détails les plus circonstanciés au sujet des reliques de saint Grilles, jadis conservées dans l'église de son lieu natal. Ces reliques étaient placées dans un coffret entouré de soie et de toile blanche; celui-ci à son tour reposait dans un coffret plus grand, fermé à clef, ayant la forme d'une châsse (^). Des lames de cuivre et des bandes de fer couvraient ce dernier. Le témoin allègue une triple preuve à l'appui de l'authenticité des reliques.
La première, c'est leur état exceptionnel de conservation, et l'arome céleste, qui s'en échappait; les ossements exhalaient une odeur si douce, si suave, si pénétrante, qu'on eût cru la châsse remplie de baume et de parfums de toute espèce (^).
Ajoutez à cela les guérisons sans nombre dues à la vénération de ces restes précieux. Les malades venaient chercher
Q) C^tbitale sive pars cubitalis hrachii. (^) ... honi et optimi odoris.
(^) ... cuius quidem coffri sive scrinii prefatus testis foraminihus in eodem existentihus nasum apposuit, uti quemadmodum a cunctis narrabatur, odorem dulcissimum ex eodem coffro procedentem assumere et sentire posset sive sentiret, prout sentiit.
(^) ... dicte reliquie erant sub clave clause et servate primo in quodam cofffo sive scrinio ad modum feretri confecto, et deinde in quodam alio parvo coffro dicto magno coffro incluso, pannis sericeis ac lineis alhis honeste circumvoluto...
(■^) ... et erant huiusmodi partes ossium a vermihus omnino munde et immaculate, dulcissimi odoris sive speciei optime et mellijiue, redolentes ac si plene^halsamis aut aliis speciehus fuissent.
la santé à Buzy, et nul ne partait sans Favoir recouvrée; le témoin a vu de ses yeux une foule de ces prodiges. Etienne de Grachaut, à bout de remèdes, vint à Buzy, fut rétabli sur Fheure, et obtint, à force d^instances, une partie des reliques du saint anacborète.
Un autre fait miraculeux corrobore Fassertion du pieux vieillard. Il y a quarante ans, un pèlerin plaça devant la châsse un cierge allumé, qui venant à se consumer, mit le feu au coffret extérieur, dont les bandes de fer seules demeurèrent intactes; le feu respecta la soie et les linges environnant le second coffret, qui renfermait les reliques. Le témoin et d'autres personnes, aujourd'hui décédées, constatèrent ce prodige, en entrant à Féglise; les reliques bien sèches et entourées de matières inflammables devaient nécessairement être réduites en cendres, et leur conservation est une preuve évidente de leur authenticité (^).
yi. La déposition de Pierre Adenet est en tout point conforme à celle du témoin qui précède.
YII, YIIL Jean Perard et CoUessomius Champein ont été tous deux guéris de la fièvre, en faisant le pèlerinage de Buzy. Jean Perard, curé de Massiges, dépose que le restant des reliques de saint Gilles, vénérées à Buzy avant la destruction de ce village, a été transféré dans son église, et y reçoit la visite des pèlerins; beaucoup de monde cependant se rend, d'après Fantique usage, à Buzy. Le témoin constate aussi la bonne odeur de ces reliques. Le reste de sa déposition n'est qu'une répétition de celles que nous venons d'analyser; celle de CoUessomius Champein n'offre rien de saillant.
(^) ... Jam quadraginta annis et ampUus ejffiuxis, quedam persona in eadem ecclesia peregre veniens... apposuit quamdam candelam ceream ardentem coffro sive feretro, in quo dicte reliquie custodiéhantur. Que quidem candela dum declinaro inciperet, incendit et comhussit lignum dicti coffri sive feretri adeo et %n tantum quod pro clausura dicti feretri dumtaxat ferrum simul junctum remansit. Et dum testis et alii tune secum existentes deffuncti eamdem ecclesiam intrarent, viderunt dictum coffrum in quihus (quo) huiusmodi reliquie requiescehant omnino comhustum, ac dictas reliquias pannis sericeis involutas illesas et mundas, ac si ignis in dicto coffro non fuisset...
IX.y X. Les deux derniers témoins^ Jean Milart et Watrinus Perard^ déposent dans les mêmes termes que Gilles Blanchet.
La tâche des commissaires était terminée; il ne leur restait plus qu^à dresser acte de leur enquête^ et à le soumettre au jugement des vicaires généraux de Reims. Cet acte est daté des Lundi et Mardi après le Dimanche Oculi de Fannée 1485; nous en possédons un vidimits émané des vicaires généraux précités^ et portant la date du 16 Avril 1486. Ce mdimuSj revêtu des signatures de Jean de Mercatte et de Jean Maillefer^ porte en outre la marque et la souscription du premier de ces deux notaires; il résulte de la souscription^ que la pièce elle-même est écrite de la main de Jean Maillefer. Cet important document était primitivement muni du sceau de la cour spirituelle de Reims; ce sceau a disparu, et il ne reste plus que la double queue de parchemin, qui Rattachait à Facte (^).
L^ enquête avait clairement établi Tauthenticité des reliques de Buzy, et le don partiel qui en avait été fait à messire Etienne de Grrachaut. Il s^agissait maintenant de prouver que la relique conservée dans notre église, était bien celle remise à ce seigneur, et accompagnée, au dire des témoins, d'une lettre portant la signature et le sceau de Jean Souillet, curé de Oernay-en-Dormois. Pour s'en assurer, et sur l'ordre des vicaires généraux de Reims, Jean de Mercatte entreprit le voyage de Bruges, voyage long et dispendieux, à une époque où il n'existait guère de voies de communication; cette
(^) Troisième dimanclie du carême.
(^) Ce vidimus a beaucoup souffert de l'humidité; il se trouvait confondu avec d'autres documents relatifs à la fabrique, et ce n'est qu'en 1864, lors du classement de nos archives, qu'on l'a découvert. La trace de cette pièce capitale était complètement perdue, et l'on remarque avec surprise que le procès-verbal de 1659, dont il sera question plus loin, n'en fait aucune mention, tandis que l'acte de donation et celui du l^"" Mai 1486 y sont insérés in extenso,
circonstance explique le laps de temps considérable écoulé entre le procès-verbal de Fenquête^ dressé par les commissaires, et le vidimus délivré par les vicaires généraux. Ce procès- ver bal fut rédigé les Lundi et Mardi de la troisième semaine du carême de Tannée 1485, et le vidimus lui est postérieur de plus d'une année, vu qu'il porte la date du 16 Avril 1486; le voyage de Jean de Mercatte doit être placé entre ces deux dates. Le délégué rémois examina, avec un soin scrupuleux, la relique de saint Gilles, ainsi que les lettres du curé Jean Souillet, qui faisaient foi de leur provenance; la signature et le sceau de cet ecclésiastique, comparés à ceux d'autres actes émanés de sa main, furent reconnus authentiques (^) .
Le jugement des vicaires généraux de Reims ne se fit pas attendre; le 1^^' Mai 1486, dans un acte fortement motivé, et qui renferme toute l'histoire des reliques de saint Gilles honorées jadis à Buzy, ils déclarèrent que la relique du saint abbé, conservée à Bruges, était authentique, qu'elle avait droit, comme telle, à la vénération des fidèles, et devait être enchâssée dans un somptueux reliquaire. Voici le texte même de leur décision :
.... has reliquias cuhitalis predicti sancti Egidii in prefata ecclesia sancti Egidii Brugensis existentes, alias in dicta ecclesia de Buzeyo fuisse a christifidelihus veneratas et honoratas, ac adhuc in ecclesia sancti Egidii Brugensis jpredicta jposse venerari et honorari, ipsasque reliquias in theca sive reliquiario honesto et sumptuoso esse collocandas, collocari posse et dehere (declaramus) .
Ce précieux document, dont l'original parfaitement conservé se garde dans nos archives, porte les signatures de Jean de Mercatte et de Jean Maillefer; l'acte est de l'écriture
(^) ... dictus Johannes de Mercatte parochialem ecclesiam sancti Egidii Brugensis ac reliquiare predictum ibidem personaliter vidit, visitavit et diligenter inspexit, sigillum proprium dicti dni Johannis Souilleti ac scripturam comparando... (Acte C.)
de ce dernier. On y voit encore la double queue de parcliemin, qui servait à fixer le sceau du vicariat de Reims; ce sceau avait déjà disparu en 1659, témoin le procès-verbal de cette année, qui dit : ... dupUci cauda pergamenea, sigillo, ut conjicitur, vetustate exeso, ex plica dependente (■^).
Le clergé et les marguilliers de Saint- Gilles étaient rassurés désormais sur 1^ authenticité du dépôt confié à leur garde; leur premier soin dut être d^obéir aux prescriptions de l'autorité métropolitaine, en faisant encbasser, le plus ricbement possible, les reliques de leur glorieux patron. Les comptes de l'époque devaient renfermer des détails fort curieux à cet égard; mallieureusement ils ont disparu, et le plus ancien document de l'espèce que possède notre église, ne remonte qu'à l'année 1527. Un renseignement précieux, emprunté aux actes capitulaires de la collégiale de Notre-Dame, à Bruges, et qui trouvera sa place ailleurs, nous apprend qu'en 1508, l'église de Saint- Grilles voyait accourir chaque jour une foule de pèlerins qui venaient de loin pour bonorer le Saint, et lui offrir des dons, tant en argent qu'en nature. Evidemment, c'étaient les reliques de saint Grilles qui provoquaient ce concours et ces largesses, et il est permis de croire qu'une cbâsse magnifique abritait cet inestimable trésor. Au reste, à dater de 1527, nos comptes renferment de nombreux détails au sujet du reliquaire de saint Grilles, le premier probablement qui ait été confectionné; ces détails, tout en gardant le silence sur la forme même du reliquaire, indiquent sufîisamment que c'était un objet de grand prix, et prouvent le soin religieux qu'on en prenait. Yoici quelques extraits des comptes :
Item hetaelt Jooris de Satelare, over tmaken van eene zelver Icetene an sint Gillis arem, inde leveringhe weghende een marck
Q) Cet acte est inséré en entier dans le procès-verbal de Mgr. van den Boscli; celui-ci, comme nous l'avons dit déjà, a été copié, à son tour, dans le registre aux délibérations de la fabrique et dans les Ac+a Ejpiscopatits Brugensis. (Voyez plus haut, p. 426, fin de la note 1 de la p. 425 )
een inghelsche,.. ij Ib. ij se. œj gr. [G. S*- Jean 1529-id. 1530, chap. V des dépenses. — Reg. i des comptes de la fabrique^ fol. xcr«) (1).
Item hetaelt Herman, de goudsmit ande VlamynchruggJie, ter caitsen van tvermaken ende thinden van tzelvere draecxkin dienende toter grooter zelvere relique,... vj groten. (Ibid., fol. xcijr") (2).
Item ontfaen van Pauwels Gockuut, ter causen vanden vercoope van eene copere vergulde casse, daer medemen 8^ Oillis aerme plochte te dragene, weghende Ixxv Ih. te iij gr. tpondt,... xviij se. ix gr. (C. S*-Jean 1536-id. 1537, cliap. vu des recettes. — Reg. I, fol. clxvj v°) p).
(^) Item payé à Georges de Satelare, pour confection d'une chaîne d'argent, destinée au bras de saint Gilles, du poids d'un marc, un estelin,... ij livr. ij escal. xj gros.
(^) Item payé à Herman, l'orfèvre du pont flamand, pour la restauration et l'ajustement du petit dragon d'argent, servant au grand reliquaire de même métal,... vj gros.
L'artiste, dont il est question dans cet extrait, était Herman van Oudvelde, doyen de la corporation des orfèvres en 1514-1515 et 1528-1529, décédé en Décembre 1540, et enterré au cimetière de l'église Saint-Jacques. Herman van Oudvelde occupait la maison située au coin sud-est du pont flamand, et marquée aujourd'hui F. 76; le 18 Juillet 1514, il fut autorisé, par les trésoriers de la ville de Bruges, à construire l'élégante tribune suspendue, qu'on y voit encore aujourd'hui. (La Flandre, tom. ii, Bruges 1868, pp. 307, 308.) M. Charles Verschelde, dans son remarquable travail intitulé : Les anciens architectes de Bruges, donne le dessin de cette tribune (planche V), et dit qu'elle est sans aucun doute la construction la plus délicate, qui ait jamais été exécutée en briques. (Annales de la Société d'Émulation, 3"^^ série, tom. vi, Bruges 1871, p. 49, 50 et 122, 123.) Cette tribune a été restaurée en 1877, aux frais de la ville, par M. l'architecte De Lacenserie.
Les mots dienende toter grooter zelvere relique indiquent que l'église possédait une autre relique plus petite de saint Gilles; le même chapitre de dépenses contient un détail relatif à cette dernière : Item betaeU voor tsuveren ende scoonmaken vander relicque van sinct Gillis daer mede men daghelicx zent,... xij groten. (Fol. xc v°). [Item payé pour le nettoyage et la mise à neuf du reliquaire de saint Gilles, qu'on présente journellement à baiser,., xij gros.] (^) Item reçu de Paul Cockuut, pour vente d'une châsse en cuivre doré, du poids de soixante -quinze livres, servant à porter en procession le bras de saint Gilles, à raison de trois gros la livre,... xviij escal. ix gros.
Cette cassette fut vendue, avec divers antres objets, pour couvrir en partie les frais de fonte des nouvelles cloches. Paul Cockuut, qui figure dans cet extrait, était peintre et élève de son frère Thierri; il fut admis à la maî-
Betaelt voor eene leere omme sint Gillis aerme mede of ende up te stellene,... vj gr. (0. S*-Jean 1554-id. 1555, cliap. vi des dépenses. — Reg. ii, fol. 219 v°) Q).
Betaelt Jan Willaeis, smit, voor tmaken van drie slotelen ende tvermahen van tslot daer Gillis aerme in rust,... œviij gr. (0. S*- Jean 1557-id. 1558, cliap. vi des dép. — Reg. m) [^).
Betaelt Michiel Bailliu, smet..., omme tmalcen dat de candelare staet voor de ditere van sint Gillis j^elicqiie,... vij gr, (0. S*- Jean 1558-id. 1559, mêmes chap. et reg.) (^).
Betaelt den letsten dach van Décembre Jacoh Meese, schildere, voor dat hy vergult heeft tpylaerlcin ende croontMn daer den aerme up staet van myn heere Gillis..., iiij se. vj gr, (C. S*-Jean 1561-id. 1562^ mêmes chap. et reg.) (^).
Pour bien comprendre les détails qui précèdent, il importe de savoir qu'à Feutrée de la chapelle de saint Gilles, j aujourd'hui chapelle de la Vierge, régnait un tref, reeze (^),
trise dans la corporation de saint Luc et de saint Eloi, le 20 Février 1522, et mourut avant 1557- (La Flandre, tom. ii, p. 206.)
(^) Payé pour une échelle destinée à monter et à descendre le bras de saint Gilles,.... vj gros.
(2) Payé à Jean Willaeis, forgeron, pour la confection de trois clefs et le raccommodage de la serrure fermant le coffret oii repose le bras de saint Gilles, ... xviij gros.
('^) Payé à Miobel Bailliu, forgeron, pour fixer le chandelier devant le reliquaire de saint Gilles,... vij gros.
(^) Payé, le dernier jour de Décembre, à Jacques Meese, peintre, pour la dorure du petit pilier et de la couronne qui supportent le bras de monsieur saint Gilles... iiij esc. vj gr. L'objet, mentionné dans cet extrait, était sans doute une espèce de porte -reliquaire, servant à l'exposition des reliques du Saint.
(^) Voyez, pour les diverses significations du mot reeze, De Bo, Westvlaamsch Idioticon, Brugge 1873, pp. 924, 925, v" Beeze. Voyez en outre Reusens, Éléments d'' Archéologie sacrée, tom. i, Louvain 1871, p. 199, § viii. Cancels et trefs. L'article est accompagné du dessin d'un tref ou trabes porté sur six colonnes. Item ViOLLET-LE-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XP au XVP siècle, tom. ix, Paris 1868, pp. 196, 197, art. Trabes, et surtout DucLos, Étude sur la conservation des saintes Reliques, Bruges 1875, pp. 102, ' 103.
Il y avait des trefs en métal; le plus souvent ils étaient en bois. M. l'abbé Duclos nous en donne une idée très -nette et explique fort bien leurs divers usages.
" Au moyen-âge, dit l'auteur, on avait l'habitude de pqCer des poutres en travers et autour du chœur, quelquefois même entre les colonnes de la nef,
composé d^une traverse en cuivre, soutenue par deux colonnes de même métal (i). Cette traverse, faisant l'office de candélabre et munie de cierges {^), supportait aussi le coffret à trois clefs, renfermant les reliques de saint Gilles; il fallait donc une échelle, pour monter et descendre ces dernières.
comme le montre une ancienne peinture de rintérieur de l'église de Notre- Dame à Bruges, conservée à la chambre des marguilliers. Ces poutres auxquelles on donnait le nom de trahes ou de tref, portaient des flambeaux et servaient à suspendre des lampes. Les églises abbatiales possédaient des trahes en avant de l'autel principal. Ces poutres reposaient parfois sur quatre colonnes entourant l'autel. Elles étaient sculptées et peintes, comme celle qu'on a placée à Notre-Dame à Bruges, devant la chapelle du S. Sacrement, et qui porte les trois lampes. Parfois elles étaient ornées de plaques d'or et d'argent. Les vies des pontifes d'Anastase-le-Bibliothécaire sont riches en renseignements sur cette matière. Ces trahes porte-lumières, qui étaient fort ornementales et servaient à éclairer splendidement les édifices sacrés, servaient aussi à y suspendre les voiles du carême. L'usage en remonte à l'origine du Christianisme. Dès les premiers temps on en plaça en travers de l'ouverture du chœur sur des colonnes. Ces poutres servirent bientôt de support à la croix triomphale, accompagnée de la Vierge et de S. Jean.
Ces poutres qu'on décorait, aux grandes fêtes, de bouquets de fleurs et de statues, servaient aussi de support aux châsses et aux reliquaires. C'est ce que fit l'abbé Angilbert.... Ce saint prêtre avait cherché, par ordre de Charlemagne, des reliques par toute la chrétienté. A son retour il dépose celles qu'il a obtenues dans des châsses d'or et d'argent, confiées à la crypte de r église de S. -Sauveur. Les Reliques qui restaient sont enfermées par lui en treize coffrets qu'il plaça sur les poutres devant l'autel de S. Richard. "
Ces dernières lignes prouvent qu'en plaçant les reliquep de saint Gilles sur le tref, on ne faisait que se conformer à un très-ancien usage.
(^) Nos comptes parlent fréquemment de ce tref : (Betaelt) de zelve (Jan de Turck) van te scueren de reese van Gillis cappelle gheseyt 8^^ Catherinecappelle, hy accorde vanden pasteur ende kercmeesters,.. x gr. (C. S'-Jean 1559id. 1560, chap. iv des dép. — Reg. ii, fol. 349 v".) [Payé|au même (Jean de Turck), aux termes de l'accord conclu avec le curé et les marguilliers, pour écurer le tref de la chapelle de S' Gilles, dite chapelle de S'« Catherine,... x gr.] Ailleurs on lit : Betaelt... van te scueren de reese ende twee pilaren anden oultaer daer mynen heere Gillis nu staet... x gr. (CC. S'-Jean 1562-id. 1566, m. chap. — Reg. III.) [Payé.... pour écurer le tref et les deux colonnes à l'autel oîi se trouve maintenant l'image de monsieur saint Gilles,... x gros.]
(^) M. J. Weale traduit le mot reeze par candélabre en forme de chambranle. Un acte du 20 Février 1517 mentionne " ung candélabre en forme de chambrant, avecq sept chandelers estouffez, " Voyez Le Beffroi, t. m, Bruges, 1866-1870, pp. 296, 298, 299, où l'on trouve divers détails intéressants sur des trefs confectionnés par les fondeurs brugeois Jean van den Dorpe, Jacques de Keysere et Laurent de Lyckere.
Nous n'ajoutons plus qu'un détail^ extrait de l'inventaire de l'argenterie et des ornements de l'église^ dressé le 22 Juin 1521; parmi les objets qui y sont relatés^ se trouve eeii rahat van roode zyde om te hanghene onder de reese an 8^ GilUs aerme (^).
Nous touclions à une époque néfaste/ celle des troubles religieux de la fin du XVP siècle; les Grueux vont s'abattre sur nos églises^ les dépouiller de leurs richesses, briser les images des Saints, brûler leurs reliques et en jeter les cendres au vent. L'église de Saint-Grilles, comme toutes celles de Bruges, eut énormément à souffrir de ces nouveaux iconoclastes; après en avoir chassé le clergé, les chantres et autres employés, ils jetèrent bas toutes les statues et ravagèrent complètement l'intérieur de l'édifice (^).
Heureusement, des mesures avaient été prises à temps, et les reliques de saint Grilles ne furent point profanées par des mains sacrilèges.
Après le départ des Gueux et la rentrée de la ville de Bruges sous l'obéissance du roi d'Espagne (22 Mai 1584), les églises furent rendues au culte catholique, après avoir été préalablement réconciliées. Mgr. Remi Drieux, 11^ évêque de Bruges, fit la réconciliation de l'église de Saint-Grilles et du cimetière y attenant, le 1^'^ Juillet 1584 (^). Mais de cette cérémonie à la restauration de l'édifice^ il y avait loin; quatre
Q) Une bordure de soie rouge, à suspendre au tref, au-dessous du bras de saint Gilles. — On suspendait jadis aux tref s des étoffes précieuses (Reusens, op. et loo. cit., et le passage cité de M. Duclos). Voyez sur la signification du mot rahat, De Bo, Westvlaamsch Idioticon, p. 908, v° Rahat
(") Nous lisons dans les Lamentations de Soyer van Maie :
8. GillisTcerclce; den pastor met de capellanen aldaer ende de sanghers van de herche met de officiers gheheel verjaecht ende wechgesonden, de aerme hercke van hinnen gheheel gheriiyneert, de heelden afghedaen ende de hercke al gheprofaneert. (Lamentatie van Zegher van Maie, hehelsende %vat datter aenmerclcensweerdig geschiet is ten tyde van de geuserie ende de heeltstormerie hinnen ende omirent de stadt van Brugghe, Gent 1859, p. 10. Publié par M. le chanoine Carton pour la Société des Vlaemsche Bihliophilen.)
(^) Acta Episcopatus Brugensis, reg. iv, fol. 93 v".
années plus tard, Féglise se trouvait encore dans le plus grand délabrement. Une résolution prise par les marguilliers, le 24 Janvier 1588^ nous apprend qu^elle n'était pas même à Fabri des intempéries de Pair; le vent et la pluie y pénétraient de toutes parts (^). Peut-être faut-il cberclier dans ce triste état de cboses l'explication du détail suivant, consigné dans un inventaire des joyaux et ornements del'église^ dressé le 5 Décembre 1587 :
Item een cashen hehanghen met de reliquien vanden aerme van myn heer 8^ GilUSf hy myn heere den pasteur in hewaringhe ghenomen up 8^ Thomaes dach 1587 (^). Le curé aura pris les reliques de saint Gilles cliez lui, parce qu'elles ne pouvaient se garder convenablement à l'église.
En 1593, les reliques furent encliâssées dans un nouveau reliquaire en argent, dont le curé Adrien van der Haghe couvrit les frais (^), et que nous possédons encore aujourd'hui; l'inscription suivante, gravée sur le pied, conserve le souvenir
de ce don : ME . DEDIT . ADRIAN^ . VANDER . HAGHE . PASTOR . S . EaiDY . A 1593 . 28 AYGVSTL
La planche ci-jointe donne un dessin très-exact de ce reliquaire et nous dispense d'en faire la description. Il est un détail toutefois que nous voulons relever. Aux termes de l'acte
Uut dien, y lit-on, de voorseyde Jcerclce nootsdkelick gherepareert moet weescn jegens watre ende wynt. (Cartulaire ii de la Fabrique, fol. 73 v".)
(-) Item une petite armoire où sont suspendues les reliques du bras de monsieur saint Gilles, pris en dépôt par monsieur le curé, le jour de saint Thomas 1587. (Cartulaire ii de la Fabr., fol. 5 v°.)
(^) La reconnaissance nous fait un devoir de consacrer quelques lignes au curé Adrien van der Haghe. Si l'église de Saint- Gilles peut se glorifier d'avoir conservé une relique, que bien des sanctuaires lui envient, c'est à ce digne prêtre qu'elle le doit. Il sut préserver ce trésor des profanations des Gueux, qui eussent brûlé notre relique, comme tant d'autres, s'ils avaient pu la découvrir. Le précieux reliquaire qui la contenait devait tenter la cupidité sacrilège des iconoclastes; Adrien van der ïïagbe en fit le sacrifice, pour sauver plus sûrement la relique. La tourmente passée, il fit confectionner à ses frais un nouveau reliquaire, qui sans égaler en richesse le morceau d'orfèvrerie dont nous déplorons la perte, téreoigne depuis trois siècles et témoignera longtemps encore, espérons-le, de la générosité du zélé pasteur et de l'ardent amour qu'il portait au patron de son église
Pied dit I\elii^uaji^e.