Partie centrale de la face mférieure (Orandeur d'eïéculion
I\ELiqUAlI\E lyîNTXI^HANT UN OS HUMEI\A1 DE SAINT &ILLES, conservé à réalise paroissiale de Samt-fTilles, a Bruges.
E Rembry - Essai liagio^rapticiae !
samt Gilles et son culte ei.BelHue. WUMyl
Poi\TE-ï\ELI(;|TJAII\E EN BOIS SCULPTÉ servant a exposer les I\elic[ues de saint Gilles, et à les porter en procession.
Essai H.jrajl.i<iue sut saint Gilles et son culte e., BelSi,».. ^
de donation,, les armes de Gruillaume de Gracliaut devaient être gravées sur le reliquaire; les marguilliers^ de concert avec le curé Jean de Man^ s^y engagèrent par acte du 14 Mai 1468.
" Et quant icellui reliquaire^ disent-ils, ferons enrichir et enchâsser;, promettons de y mettre les blasons et les armes
Adrien van der Haghe était baolielier en théologie et possesseur de la cliapellenie de sainte Anne dans la collégiale de Sainte-Pharaïlde, à Gand, lorsqu'il obtint la ctire de Saint-Gilles, par voie de permutation avec Jean Cornepimt et sur présentation de Eemi Drieux, prévôt de la collégiale de Notre- Dame, à Bruges. Les lettres, qui lui confient cette cliarge, émanent du vicaire général de Charles de Croy, évêqne de Tournai, et sont datées du 14 Juin 1560 {Acta capit. colleg. B. M. V., Brugis, reg. iv, fol. xliiij r°).
Adrien van der Haghe exerça les fonctions pastorales, l'espace de quarante-cinq ans. Dans la longue série des curés de Saint-Gilles, qui s'ouvre en 1311, nous n'en avons point trouvé qui ait gouverné aussi longtemps que lui cette paroisse; nous n'en rencontrons aucun non plus dont l'administration ait été traversée, autant que la sienne, par des épreuves de toute nature.
Le 20 Mars 1578, les Gueux s'emparèrent de la ville de Bruges. Le curé van der Haghe fut chassé de son église, qui, après avoir subi les horreurs de la profanation et du pillage, demeura fermée du mois de Février 1580 aa mois de Juillet 1582. Quand l'édifice sacré fut rouvert, les ministres protestants en prirent possession et y tinrent leurs prêches.
En 1583, la peste et la famine décimèrent la population de la malheureuse cité; ce double fléau fit de si affreux ravages, qu'en peu de mois, racontent des témoins oculaires, il mourut quatre-vingt mille personnes (Kervyn DE Lettenhove, Histoire de Flandre, tom. vi, Bruxelles 1850, p. 344). Nous n'essayerons pas de justifier ce chiffre, mais nous rappellerons l'immense quantité de campagnards, qui, fuyant les dévastations des Malcontents, s'étaient réfugiés à Bruges, oti, faute d'abri suffisant, ils campaient par milliers dans les rues et sur les places publiques. La population normale de la ville était doublée, et ce détail rend moins improbable l'effrayante mortalité signalée par les historiens. La peste fit une nouvelle apparition dans la paroisse de Saint-Gilles, en 1604-1605; les comptes de la fabrique sont pleins de détails sur cette cruelle épidémie et sur les moyens employés pour apaiser la colère divine.
Le 14 Juillet 1592, trois religieux de l'ordre des Capucins arrivaient à Bruges, avec l'intention de s'établir dans cette ville et d'y bâtir un couvent. Une noble dame, Anne Winoc, douairière de messire Guillaume Joigny de Pamele, en son vivant président du conseil privé, leur vint en aide; elle acquit, à leur intention, un vieux bâtiment, nommé la Citerne, sis en face du château de Houtmarck, dans la rue Sainte- Claire, et occupé, de 1568 à 1578, par les Chartreux anglais. Les travaux d'appropriation ne furent terminés qu'en 1594; en attendant leur achèvement, il fallait un gîte aux pauvres franciscains. Le charitable curé van der Haghe les accueillit chez lui et les hébergea durant deux ans. Nous avons puisé ce détail dans la chronique manuscrite du couvent;
duclit Guilliame^ seigneur de Hollan, au plus parant et eminent lieu dudit reliquaire, telz quil les lui plaira nous baillier et délivrer (^).
Nul doute que cette stipulation n'ait été remplie, tout au moins après le jugement porté sur Tautlienticité des reliques par les vicaires généraux de Reims, sous la date du 1"' Mai 1486. Or, le blason qui figure sur le pied du reliquaire, et qui est d'argent à cinq losanges de sinople accolées en fasce, est tout différent des armes de la famille de Grachaut, telles que nous les avons blasonnées plus haut (^), d'après M. l'archiviste du Doubs. Cette famille portait d'or à une fasce de sable; M. l'archiviste avait joint à sa lettre le dessin de ces armoiries, sommées d'un buste de maure.
D'oii vient cette différence ? Nous l'ignorons. Peut-être faut-il la mettre sur le compte de l'orfèvre. Les armes de messire de Grachaut, placées au plus parant et eminent lieu ", se seront effacées à la longue par le frottement, et l'artiste, peu ou point versé en héraldique, les aura reproduites défectueusement sur le nouveau reliquaire. Ces altérations se rencontrent tous les jours.
on y lit : Hospitio recepit fratres prœdictos R. Dominus Pastor S. Mgidii, donec conventus parvulus extrueretur. Sanderas atteste la même chose : Hospitio, dit-il, primum eos excepit fratres Curio S. jEgidii, et il ajoute, en marge, avoir tiré ses renseignements ex Tabulis Cœnohii (Flandria illustrata, tom. ii, Hagae Comitum 1732, p. 118, col. 2). M. Weale s'inscrit en faux contre une tradition aussi bien établie. Après avoir dit que les Capucins vinrent se fixer à Bruges en Juin 1592, il ajoute qu'ils furent d'abord logés dans une maison près de l'église de Saint- Gilles, appartenant à Amand Willaert, et dont le loyer fut payé par la ville (Bruges et ses environs, 3^ édit., Bruges 1875, p. 220).
Adrien van der Haglie portait depuis quarante-cinq ans le fardeau du ministère pastoral, et sentait le besoin de se reposer des fatigues d'une vie aussi laborieuse qu'agitée. En 1605, il permuta sa cure avec' Ferdinand van der Straeten contre la cbapellenie fondée à l'autel des saints Nicolas et Madeleine, dans l'église paroissiale de Saint-Jacques, à Bruges (Acta capit. colleg. B. M. V., Brugis, reg. iv, fol. cclxiij r"), et passa dans la retraite les dernières années d'une longue et noble carrière.
C) Voyez plus haut, p. 429,
(-) Item, p. 407.
Nous faisons suivre ici quelques extraits des comptes de la fabrique et des inventaires de F église, postérieurs à la confection du nouveau reliquaire :
Betaelt voor een cabinet met twee dueren om de relyche vanden aerme van 8^ Gillis daer inné te hewaren,... vj se. gr. (0. 1^^- Juillet 1605- 30 Juin 1606, cliap. i des dép. — Reg. v, fol. 224 v«) 0).
(Betaelt) voor tschilderen vanden stoel om 8^ Gillis relique te draghen,... iij se. iiij gr. (C. 1^'^' Juill. 1607- 30 Juin 1608, ch. unique des dép., même reg.) (^).
Betaelt voor tbeslaen vande casse daer de relycJce van 8^ Gillis in rust,... xvj se. gr. (Id.) (^).
Item de reliqitie vanden aerme van myn heer onsen patron 8^ Gillis, besleghen in zelvere mette custode daertoe dienende (Inventaire du 14 Novembre 1605) (^).
Item een cushen van zyde damast van diversche couleicren, omme den aerme van 8^ Gillis iip te legghen (Id.) (^).
Item een arm van 8^ Gillis luanof de hant is selver (Invent, dressé vers 1611) (^).
Item vier geluwe gordynhens met noch drye andere stycx tôt het cieraet vanden harm van 8^ Gillis (Id.) (^).
Q) Payé pour nne armoire à donble battant, qui sert à conserver la relique du bras de saint Gilles,... vj esc. gr.
(^) Payé pour la peinture du brancard, sur lequel on porte la relique de saint Gilles,... iij esc. iiij gr.
(^) Payé pour la garniture en métal de l'armoire où repose la relique de saint Gilles,... xvj esc. gr.
(■*) Item la relique du bras de monsieur saint Gilles, notre patron, garnie d'argent, avec sa custode.
(^) Item un petit coussin en damas de soie de diverses couleurs, pour y reposer le bras de saint Gilles.
(^) Item un bras de saint Gilles, dont la main est d'argent. — Le même inventaire renferme le détail suivant, qui concerne sans doute la petite relique du saint abbé, dont nous avons parlé plus baut : Item een zilver casken daerinne de reliquien van Gillis zyn, wegende ontrent onder halfve once. (Item une boîte en argent du poids d'une once et demie, contenant les reliques de saint Gilles.)
(') Item quatre petits rideaux jaunes avec trois autres pièces d'étoffe, pour orner le bras de saint Gilles.
Item de reliquien van dcn aerme van den Patroon van dese prochie myn heere 8^ GilliSj hesleghen in selver ende met lintPM vaste ghemaect op een ghepercht kussen (Invent, dressé en Juillet 1619)
(^) Item les reliques du bras de monsieur saint Gilles, le patron de cette paroisse, garnies d'argent, et fixées, an moyen de rubans, sur un coussin à carreaux.
Le dessin du reliquaire, donné par le curé Adrien van der Haghe, am-a remis en mémoire au lecteur ce que nous avons dit plus haut (pp. 255 et suiv.) de Tusage d'enchâsser les reliques dans des reliquaires imitant la forme des membres du corps humain. Les reliquaires, tels que le nôtre, en forme de bras portaient le nom de hrachialia; ils étaient extrêmement nombreux :
" Au Moyen-âge [et même plus tard], écrivent MM. Bock et Willemsen, de même qu'on déposait les chefs ou les crânes des Saints dans des bustes, ainsi on aimait à enfermer les ossements des bras dans des Reliquaires, auxquels on avait donné la forme de ce membre. Le Trésor de S. Vite à Prague possédait autrefois un grand nombre de ces hrachialia, la plupart gothiques, dont quelques-uns existent encore; parmi ceux qui se gardent h Cologne, réglise de S. Géréon en possède deux, qui datent du commencement du XIII'"'^ siècle et sont particulièrement remarquables; de la même époque datait le brachiale, en argent doré et orné de pierres précieuses, qu'on conservait autrefois à Groningue : il enfermait un bras de S. Jean-Baptiste; trois autres hrachialia, appartenant aussi à cette époque, se voient à la Cathédrale de Munster. " {Antiq^lités sacrées conservées dans les anciennes collégiales 'de S. Servais et de Notre-Dame à Maestricht, Maestricht 1873, p. 207.)
Le trésor des ducs de Brunswick-Lunebourg, conservé au palais de Hanovre, ne comptait pas moins de onze hrachialia, les uns en vermeil, les autres en argent, en bois doré ou argenté, enrichis pour la plupart de pierres précieuses. Voyez la Lipsanogra-phia si've Thesa,urus Reliquiarum Electoralis Brunsvico-Lunehurgicus, de Gérard Molanus, édit. Jung, Hanoverae 1783, pp. 16, 20, 22, 31, 34, 49, 50, 60, et les planches viii et ix, qui offrent les dessins de deux de ces hrachialia.
Plusieurs églises de Belgique et des Pays-Bas conservent des bras-reliquaires, précieux tant sous le rapport de la matière que de la valeur artistique.
Le trésor de Notre-Dame do Tongres en possède sept (Thys, L'église de Notre-Dame, cl Tongres, dans les Annales de V Académie d'archéologie de Belgique, tom. XXII, Anvers 1866, pp. 268, 269, avec gravure dans le texte). L'église de Saint-Ursmer, à Binchc, garde deux hrachialia, provenant du trésor do l'abbaye de Lobbes; ils ont figuré à l'exposition d'objets d'art religieux, organisée à Malines en 1864, et M. Weale les décrit dans le Catalogue de cette exposition, 2^^ édit., Bruxelles 1861., pp. 106, 107, 543, 544.
Parmi les pièces remarquables, qui forment le trésor de l'ancienne collégiale de Saint-Scrvais, à Maestricht, on trouve quatre bras-reliquaires. Le plus précieux, datant de la fin du moyen âge, est en argent et renferme Vhumerns du bras droit de l'apôtre saint Thomas, envoyé an chapitre de Saint- Servais
Il y avait près de doux siècles que l'église de Saint-Gilles possédait sa grande relique^ et, saintement avare, elle ii^avait cédé à personne la moindre parcelle de ce trésor. Ce no fut qu'en 1659, qu'elle consentit à en laisser détaclier une portion assez considérable, en faveur de l'église paroissiale de Saint- Leu-Saint-Grilles, à Paris. Les détails qui se rapportent à ce fait, seront lus avec intérêt. Nous les faisons précéder de quelques mots sur l'église de Saint-Leu et sur les origines du culte de saint Gilles à Paris.
On s'accorde à faire remonter l'origine de la paroisse de Saint-Leu-Saint-Grilles à l'année 1235, la dixième du règne de saint Louis. Elle tire son nom de la chapelle dédiée à ces deux Saints dans l'église abbatiale de Saint-Magloire, oii les habitants du quartier faisaient célébrer leurs offices, avant qu'ils eussent une église à eux. Comme ils demeuraient assez loin de Saint-Bartbélemi, leur église paroissiale, et qu'ils ne pouvaient obtenir les secours de la religion, lorsque les portes de la cité étaient fermées, Saint-Bartbélemi se trouvant intra muros, ils furent autorisés par le curé de cette église, d'une part, et, de l'autre, par l'abbé de Saint-Magloire, à construire une église succursale sur le territoire abbatial; le nouveau temple prit les noms de Saint-Leu-Saint-Grilles, en souvenir de la chapelle, où les offices avaient été célébrés jusqu'alors (^).
par Godefroid de Bouillon, premier roi de Jérusalem. MM. Bock et Willemsen font une description minutieuse de ce bel objet, et en donnent le dessin (op. cit., pp. 207 et suiv.).
Presque tous les hrachialia affectent la forme d'un bras vêtu, terminé par une main levée et bénissant; dans le reliquaire de saint Gilles le bras est remplacé par un cylindre en cristal, permettant de voir l'os tout entier, et la main qui en sort a tous les doigts étendus.
(^) Renseignements adressés par M. Texier-Olivier, cnré de Saint-Leu, d, Mgr. Affre, Archevêque de Paris, sur VÉglise paroissiale de Saint-Leu- Saint- Gilles, de Paris, p. 3. Hurtaut et Magnj, auteurs du Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, s'expriment dans le même sens (tom. m, Paris 1779, p. 400). "Cette nouvelle chapelle, ajoutent ces écrivains, fut ensuite unie à la Cure de Saint -Barthelemi, parce qu'il ne s'y trouvoit pas assez d'habitans pour avoir un Pasteur résidant à Saint-Lcn-Saint-Gillos; mais enfin le nombre des habitant devint si considérable, qu'on fut obligé, en 1617, de
M. Fabbé Teissonnier se demande à quelle époque et comment le culte du saint abbé s^introduisit à Paris; il avoue ne pouvoir rien préciser à cet égard : Peut-être, dit-il, S. Gilles fut-il adopté comme Patron de la paroisse de ce nom, à la suite de la première croisade de S. Louis; cette expédition avait donné occasion au pieux monarque et aux braves chevaliers qui Raccompagnaient, de connaître Fliistoire de notre Saint et de le vénérer dans notre église abbatiale. Au portail de cette église, nous lisons encore les noms de Joinville et de beaucoup d'autres guerriers, gravés avec la pointe de l'épée, sur le marbre de nos colonnes (^) .
L'auteur croit :même qu'on peut reculer l'introduction du culte de saint Grilles dans la capitale de la France jusqu'au règne de Louis-le- Jeune : Cent ans auparavant, ajoute-t-il, Louis-le- Jeune, dans une charte datée d'Étampes, la 27"^^ année de son règne, avait confirmé tous les privilèges de l'Abbaye de St.-Gilles de la vallée Flavienne. Bien plus, s'il faut en croire les savants auteurs de V Histoire du Languedoc (^), il paraîtrait que ce prince débarqua au port de Saint-Gilles,
désunir cette Chapelle d'avec Saint-Barthelemi, et de l'ériger en Eglise Paroissiale. "
Voyez aussi, sur Saint-Leu-Saint-Gilles, de Guilheemy, Itinéraire archéologique de Paris, Paris 1855, pp. 161 et suiv., et Joanne, Paris illustré, 2^ édit., Paris 1867, pp. 370, 371.
" De graves et savants historiens, dit M. Texier-Olivier, entre autres l'abbé Lebœuf, prétendent que S' Gilles fut le premier patron de cette église; la raison qu'ils en donnent, c'est que la chapelle, o\x les habitans du quartier célébrèrent d'abord leurs offices à S' Magloire, possédait les reliques de ce saint, et n'en avait point de saint Leu, et que les livres liturgiques du \2i^^ siècle contenaient l'office de saint Gilles, au l^' Septembre, avec simple mémoire de saint Leu. Ces preuves sont loin d'être péremptoires. On voit, en effet, des églises considérables dont le patron principal n'a, dans l'office, qu'une simple commémoraison. Tels sont S*^ Eustache, au 3 Novembre, et S* Merry, au 29 Août. Quoi qu'il en soit, on peut avancer que tant que l'office paroissial se fit à Saint-Magloire, la paroisse porta le nom de S' Gilles-S' Leu, et que lorsqu'elle eut son église, elle adopta, quelques années après, saint Leu pour premier patron, tout en conservant à S' Gilles le rite de 'première classe ou iVannuel le jour de l'octave de saint Leu. " (Renseignements, etc., p. 4.)
(*) Notice historique sur Saisit Gilles, p. 135.
(2) Tom. II, Paris 1733, p. 454.
en 1148, au retour de sa croisade. était précisément Tépoque la plus florissante de la ville et de F Abbaye. Si cette conjecture est fondée, le roi de France et les ofîiciers de sa suite auraient pu contempler la foule des pèlerins qui se pressaient dans ^immense enceinte de la nouvelle basilique, et importer dans la capitale de la France la renommée d^un Saint qu^on aurait été jaloux ensuite d^avoir, comme tant d'autres villes, pour un des saints protecteurs de la grande cité (^).
A Fépoque oii nous sommes arrivés, c^est-à-dire, en 1659, saint Grilles était fort honoré dans T église de Paris, dont il était titulaire, et qui, malheureusement, n'avait pas même une parcelle de ses reliques à présenter à la vénération des pieux fidèles. C'est ce qui résulte du procès- verbal de Mgr. Charles van den Bosch, dont nous extrayons tous les détails qui vont suivre : Petitio continehat, y lisons-nous, ç[iiod Ecclesia Sanctorum Libpi et ^gidii in Givitate Parisiensi... esset... dotata... celebriori popuU confluxu, et devotione, ad ejusdem Sancti Mgidiif Ecclesiœ 'patroni, patrocinia seio suffragia ibidem imploranda, absque eo quod eadem Ecclesia aliquibus ejusdem Sancti JEgidii Abbatis reliquiis decorata dignoscatur.
La paroisse de Saint-Leu comptait parmi ses habitants un négociant du nom de François Martin (^), dont le père, Grilles Martin, avait rempli à Bruges diverses fonctions honorables (^). Durant son séjour dans la maison paternelle, François devait avoir vu et vénéré maintes fois notre belle relique (^),
Notice historique sur Saint Gilles, p. 135, 136.
(^) Le vrai nom de ce négociant était Maertens. Établi à Paris, François aura donné à son nom une désinence française, et changé Maertens en Martin.
(^) D'après le manuscrit déjà cité. De Wet van Brugghe, Gilles Maertens fut conseiller de la ville en 1609, 1611, 1616, 1624, 1626, clief -homme en 1610, 1612, 1619, et échevin en 1615, 1618, 1622, 1623 et 1629 (fol. 341 v° et suiv.). Il exerça aussi l'emploi de receveur du grand tonlieu de Sa Majesté Catholique.
('*) Cette supposition paraît d'autant plus fondée, que le père de François Maertens s'appelait Gilles; il est permis de croire, que le fils accompagna bien souvent son père, lorsque celui-ci venait honorer les reliques de son patron. Grande était alors la dévotion des Brugeois au saint abbé, et le trésor conservé dans notre église y attirait une foule de monde; ... aliqua pars, dit le procès-
et, sans aucun doute, il aura suggéré au curé (}) et aux marguilliers de Saint-Leu Tidée d'en demander un fragment. Chargé de négocier cette délicate affaire, Thonnête commerçant en écrivit à son ami Greorges Aerts, ancien échevin et trésorier de la ville de Bruges, pour lors commis des impôts de Flandre au même quartier (^); celui-ci consentit bien volontiers à faire toutes les démarches nécessaires auprès de révêque de Bruges, Mgr. Charles van den Bosch, auprès de Jean Neyts, curé de Péglise de Saint- Grilles (^), et de ses marguilliers. Deux choses facilitaient la tâche de Georges Aerts : d'une part, l'église de Saint-Leu s'engageait, pour le cas où elle obtenait la relique demandée, à donner en échange un morceau de la vraie Croix; de l'autre, des liens de parenté unissaient le solliciteur au curé Jean Neyts (^) . Aussi l'affaire ne souffrit-elle aucune difficulté; l'évêque, le curé et ses mar-
verbal qui nons occniDe, sacri ossis de Brachio... Sancti jEgidii... magna populi Briigensis frequentia, devotione et consolatione in Ecclesia parochiali Sancti yEgidii hujus Civitatis Brugensis exaltati...
L'église de Saint-Leu était administrée, à cette époque, par Henri de l'Espy du Saussay, successeur et parent d'André du Saussay, l'auteur du Martyrologium Gallicanum, dont nous avons parlé ailleurs (pp. 17 et suiv.); Henri du Saussay était protonotaire apostolique, conseiller et chapelain-né du roi de France.
(") Georges Aerts, fils de Jean et d'Anne van de Velde, fut échevin de Bruges en 1646, 48, 52, trésorier en 1649, 50, prévôt de la confrérie noble du Saint-Sang en 1656, et commis des impôts de Flandre au même quartier. Il mourut le 1'^'' Mars 1669, et fut enterré à Notre-Dame, dans la chapelle du Saint-Sacrement, oh l'on voit encore aujourd'hui, adossée au mur, une épitaphe en marbre blanc et noir, ornée de ses armes et d'une inscription rappelant son souvenir et celui de sa seconde femme. Barbe van der Plancke, décédée le 28 Août 1680. (Gailliard, Bruges et le Franc, tom. v, Bruges 1862, p. 201. — Item Inscriptions funéraires et monumentales de la Flandre-Occidentale, tom. I, 2^ partie. Église de Notre-Dame, à Bruges, Bruges 1866, p. 388, et la planche xliv, qui se trouve en regard du texte.)
(^) Jean Neyts, bachelier formé en théologie, fils de Jean et de Marguerite van der Plancke, fut nommé curé de Saint- Gilles, le 5 Juin 1655, et garda cette cure jusqu'à son décès, survenu le 14 Octobre 1692.
('') Marguerite van der Plancke, mère du curé Jean Neyts, était la cousine germaine de Georges Aerts; Catherine Aerts, mère de Marguerite, était la sœur de Jean Aerts, père de Georges. (Gailliard, Bruges et le Franc, tom. cit., pp. 197, 199.)
guilliers^ Vincent van der Meere, Clément De Prince^ Daniel Mulier et Jacques Neyts, firent le meilleur accueil à la requête du curé et des marguilliers de Saint-Leu- Saint-Gilles, à Paris.
Le 1^^' Août 1659, sur les ordres de Mgr. Charles van den Bosch, la relique de saint Grilles, munie des actes originaux du 1^^ Septembre 1466 et du 1^^' Mai 1486, fut portée au palais épiscopal, escortée des chanoines gradués Hubert Waghenaers, archidiacre, et Arnould Crabeels, archiprêtre de la cathédrale de Saint-Donatien. En présence de ces dignitaires ecclésiastiques et d^ autres témoins à ce convoqués, après inspection minutieuse du reliquaire (^), et lecture faite des actes précités (^), Tos fut extrait de son cylindre (^), et Pévêque fit détacher de Fextrémité inférieure une relique égalant en volume la moitié d'un grand œuf de poule Notre relique fut reportée à Saint-Gilles avec le même cérémonial, et le fragment détaché, dûment authentiqué, fut renfermé dans un petit reliquaire, en destination de Saint-Leu de Paris (^). On dressa procès-verbal en double
Q) Le procès-verbal contient une description très-exacte de notre reliqnaire. Nous n'avons qu'une remarque à faire à ce sujet : en décrivant la main d'argent, qui surmonte le cylindre, le rédacteur de l'acte s'exprime comme suit : ... et ah alia parte alio nodo argenteo formata in modum dexterœ manus, cujus digîti exstant extensi cum annulo in pollice. Aujourd'hui le pouce ne porte plus de bague, et n'en a gardé aucune trace; en revanche, deux pierres précieuses, non mentionnées au procès-verbal, se trouvent enchâssées au-dessous de la paume de la main. Peut-être ces pierres garnissaientelles jadis la bague, dont parle le texte, et en faisant disparaître celle-ci, les aura-t-on placées à l'endroit qu'elles occupent maintenant.
Ces actes sont insérés en entier dans le procès-verbal.
(^) Voici comment le procès-verbal décrit cet os: ... unum os longitudinis unius pedis aut circiter, referens formam ossis hrachii humani, quod os circa crassiorem seu latiorem extremitatem, constitutam versus suprascriptum priorem nodum argenteum, erat involutum hysso, seu rubeo ermosyno.
(*) ... partem in quantitate et forma fere referentem dimidiatum majus ovum gallinaceum.
(^) 8uprascriptam vero partem, dit le procès-verbal, a prœdicto osse hrachii Sancti ^gidii amputatam seu separatam parvulœ tahulœ chartaceœ, hysso ruhei coloris ohductœ, filis argenteis affixam, prœsenti capàulœ argenteœ in extremitatihus deauratœ, ac in superiori parte apertura ovali chrystallo transparente
expédition; Tun des doubles devait se garder dans nos archives^ Pautre dans celles de Saint-Leu (i) .
Il est aisé de concevoir les sentiments de joie et de reconnaissance^ avec lesquels le curé et les marguilliers de Saint-Leu reçurent la précieuse relique de leur patron; aussi s^empressèrent-ils de faire honneur à leurs engagements, et d'envoyer à Bruges la relique promise en échange de ce don généreux. L'église de Saint-Leu possédait, depuis des siècles, une croix en vermeil du plus beau travail^ ornée de pierreries et de ciselures, et qui renfermait à l'intersection des bras, derrière un cristal, trois fragments de la Croix du Sauveur, de dimensions égales, disposés en forme de croix; cette relique était fort vénérée des Parisiens (^). Dans les derniers jours du mois d'Août 1659, Jean-Baptiste de Contes, doyen de la métropole, et Alexandre de ïïodencq, archiprêtre de Saint-Séverin, tous deux vicaires généraux du cardinal de Ketz, Jean François-de-Paule de Gondy, archevêque de Paris, se fii'ent apporter la croix de Saint-Leu, et permirent au curé Henri de l'Espy d'en extraire^ en leur présence^ les deux fragments qui
occlusœ, et pro inspectione ejusdem sacrœ partis aptatœ, una cum prœsentihus nostris Utteris,... imposuimus .
(^) Le procès-verbal, écrit sur papier, de la main du secrétaire A. Alio, comprend 25 pages de texte, petit in-folio; il porte, outre la signature de cet ecclésiastique, le paraphe de Mgr. van den Bosch (c.b.e.b'% Carolus Boschius Episcopus Brugensis), et son sceau imprimé sur une oublie rouge.
Le double, envoyé à Saint-Leu de Paris, doit s'y être gardé tout au moins jusqu'à la première révolution française. M. l'abbé Teissonnier résume brièvement le procès- verbal de Mgr. van den Bosch, dans sa Notice historique sur Saint Gilles, pp. 138, 139. Il avait trouvé une copie de cet acte dans les manuscrits, contenant les recherches de M. Hector Mazer sur la ville de Saint- Gilles, tom. II, pp. 133 et suiv.; cette copie se termine par la déclaration suivante : " Cette présente copie a été faite mot à mot sur l'acte original qui est dans une boîte, chez M. le curé de Saint-Leu- Saint- Gilles, par moi soussigné, le 24 Août 1754, J. L. le Normand, prêtre de ladite église Saint- Leu -Saint-Gilles, à Paris. " (Op. cit., p. 139, note au bas de la page.) On trouvera le procès-verbal de Mgr. van den Bosch parmi les pièces justificatives qui terminent notre travail.
(2) Quœ a plurihus sœculis, dit la lettre des vicaires généraux de Paris, in eadem ecclesia sumnia cum veneratione asservatur et colitur.
formaient les bras de la croix; le troisième fut laissé en place et rendu à Saint-Leu. Ces fragments, convenablement encbâssés et munis de deux lettres, qui en garantissaient Fautlienticité, furent offerts à notre église, in perenne gratitudinis monimentum, comme s^exprime la lettre du curé de FEspy (^).
Arrivée à Bruges, la relique fut soigneusement examinée par Mgr. van den Boscb, et placée dans une croix d^argent à rayons dorés (^). Sa translation à Saint-Gilles se fit avec beaucoup de solennité; une procession fut organisée à cette fin, et le prélat voulut la porter, de ses propres mains, depuis la chapelle du Saint- Sang, où elle avait été déposée, jusqu'à notre église. Sa Grandeur ofîicia pontificalement au salut, qui clôtura les cérémonies de la translation; en outre, elle accorda quarante jours d^ indulgence aux fidèles qui avaient suivi la procession ou assisté au salut, et pareille indulgence, à gagner, tous les Vendredis de Fannée, par ceux qui viendraient vénérer la relique exposée ces jours-là, et prieraient aux fins ordinaires ainsi que pour la prospérité de la ville de Bruges. Acte de tout ceci fut dressé par Mgr. van den Boscli, le 28 Octobre 1659, fête des saints apôtres Simon et Jude,
(^) La première de ces lettres, émanée du curé de Saint-Leu et adressée à Mgr. Charles van den Boscli, est datée du 29 Août 1659; elle porte, outre la signature et le sceau d'Henri de l'Espy du Saussay, les signatures de ses vicaires, Jean Bidault, prêtre du diocèse d'Êvreux, maître ès arts, et Daniel Le Couteulx, du clergé de Paris, tous deux conseillers et aumôniers du roi, celles de Gabriel Benoist et Jean Le Yallois, prêtres du diocèse de Coutances, sacristes de Saint-Leu, et de René Ernault, prêtre du diocèse du Mans, secrétaire du curé de l'Espy.
La seconde lettre, en date du 30 Août 1659, émane des vicaires généraux du cardinal de Retz, dont elle porte les signatures; elle est munie du sceau de ce prélat et contresignée par l'abbé Baudouyn, son secrétaire.
Les deux actes, écrits sur parchemin, appartiennent à nos archives; le premier a beaucoup souffert de l'humidité, et le second en porte également des traces. Ces documents, qui se relient étroitement à l'histoire de notre relique, prendront place parmi les pièces justificatives.
(^) ...prœfata duo fragmenta ligni sanctœ Crucis... capsœ seu thecœ argenteœ rotundœ, ah interiori parte vitro transparente occlusœ, et ah extra stipite et hrachiis informa crucis ex argento, cum intermediis radiis argenteis deauratis magnifice adornatœ,.... inclusimus. (Acte du 28 Octobre 1659.)
et jour de la translation de la relique^ en présence d'Hubert Waghenaers et d'Arnould Crabeels, du curé Jean Neyts et d'autres témoins (^). Nous possédons encore aujourd'hui les fragments de la vraie Croix, cédés par l'église de Saint- Leu (2).
Après avoir raconté comment l'église de Saint-Leu s'enrichit d'un fragment de notre grande relique, M. l'abbé Teissonnier continue de la sorte :
Il existe dans nos archives deux doubles originaux de cet acte, tous deux sur parchemin et parfaitement conservés; ils ont été écrits, ou plutôt calligraphiés, par le secrétaire A. Alio, qui avait une main superbe. L'une des pièces porte la signature en toutes lettres de Mgr. Charles van den Bosch, et l'autre son paraphe; la première a perdu son sceau, la seconde en a conservé un fragment. L'acte, qui nous occupe, se trouve copié dans le registre aux délibérations de la fabrique, vol. i, fol. 45 r" et suiv., et dans les Acta Upiscopatus Brugensis, reg. xxviii, fol. 76 v° et suiv.
Cet acte renferme, outre la copie des lettres du curé de Saint-Len et des vicaires généraux de Paris, une description très-détaillée de l'état dans lequel la relique fut expédiée de Paris; son importance et sa connexion avec la relique de saint Gilles, nous l'ont fait insérer parmi les pièces justificatives. Ce document a été traduit en flamand et publié dans une plaquette devenue rare, dont voici le titre : Getuygenisse der luaere Beliquien van het Hout des H. Cruys 0ns Heere Jesu Christi, rustende in de Parochiale Kercke van St. Gillis hinnen Brugge, als mede de Aflaeten van het Broederschap van het H. Cruys, ingestelt in de voorseyde Kercke van 8t. Gillis. — Tôt Brugge, hy Pieter de Sloovere, gesiuoren Stadts-drucker, in de Predickheers-straet, s. d. (1756). Vqyez pp. 8 et suiv. La même plaquette donne, à la page 16, des détails intéressants sur le culte dont cette relique était l'objet au milieu du XVIII^ siècle.
(^) Nous avons vu que ces fragments étaient au nombre de deux, et formaient les bras de la croix conservée à Saint-Leu; ils sont d'un brun clair, et ont une épaisseur d'un demi-centimètre. On en a fait une petite croix : l'un fragment, servant de traverse, est demeuré intact, et mesure un peu moins de deux centimètres; l'autre, formant le montant, a été coupé en deux parties égales, qui réunies mesurent exactement deux centimètres. Un fil de couleur brune est enroulé autour de la relique, qui se trouve enchâssée dans une petite croix en vermeil, ornée de rayons dorés; celle-ci, à son tour, est renfermée dans un reliquaire en argent de forme orbiculaire, qui n'offre aucun mérite artistique. La relique fut approuvée de nouveau par Mgr. Henri-Joseph van Susteren, évêque de Bruges, qui munit le reliquaire de son sceau; nous ignorons la date de cette approbation, parce que les lettres qui en faisaient foi ont disparu. Mgr. Jean-Baptiste Malou examina une dernière fois la relique, et l'approuva par lettres in forma ordinaria, datées du 11 Avril 1861. La relique de la vraie Croix, dont nous venons de donner la description, est une des plus belles que possède la ville de Bruges.
^' Nous ignorons si Féglise St-Leu-St-Gilles de Paris a conservé la précieuse relique de son saint Patron^ qu'elle obtint de St-Gilles de Bruges en 1659;, mais depuis cette époque, Paris est devenu bien des fois le principal théâtre et le foyer des révolutions, qui ne sont guère conservatrices de leur nature, et nous craignons bien que cette relique n'ait péri, comme tant d'autres choses si précieuses, dans nos tempêtes sociales" (^).
Désireux de savoir si les craintes de M. Teissonnier étaient fondées, nous profitâmes d'un voyage à Paris, au mois d'Octobre 1868, pour nous assurer de la chose. Malheureusement, notre visite à Saint-Leu devait aboutir à une déception. M. le curé de la paroisse était en voyage, divers empêchements retenaient MM. les vicaires, et le sacristain brillait par son absence. Notre seule ressource fut de nous aboucher avec un employé d'église subalterne : le brave homme fit l'étonné en apprenant le but de notre visite; il en était à ignorer si l'église de Saint-Leu possédait des reliques du saint abbé, et répondit, par un froid Je ne sais pas ", à toutes nos demandes. Décidément, nous n'avions pas de chance.
En 1871^ sous le règne de la Commune, de hideuse et sanglante mémoire, l'église de Saint-Leu eut à souffrir d'incroyables ravages; les projectiles endommagèrent gravement l'édifice, et l'intérieur fut souillé par des sacrilèges et des profanations sans nom (^). Le digne curé de Saint-Leu, M. l'abbé Lartigue, fut arrêté le 9 Avril, jour de Pâques; écroué d'abord à Mazas, il fut transféré, le 22 Mai, avec les autres otages, à la E-oquette, où il n'attendait plus que la
(^) Notice historique sur Saint Gilles, p. 139.
(2) M. Paul Fontonlien raconte ces horreurs dans son beau travail, intitulé : Les églises de Paris sous la Commune, travail inséré, sous forme de feuilleton, dans Le Courrier de Bruxelles, édition quotidienne; le § xiv est relatif à l'église de Saint-Leu. (Voyez les du Courrier, des 14 et 15 Sept. 1872.)
M. Fontoulieu a réuni ces feuilletons en un volume in-12, de xxvi-400 pages, publié chez Dentu, à Paris, en 1873, et orné d'une préface de M. de Pontmartin.
mort, lorsque le Samedi, 27 Mai, veille de la Pentecôte, Fapproclie des troupes versaillaises lui permit de s'évader, et de rentrer à son presbytère, non sans avoir couru les plus grands dangers (^).
A cette époque, nous ne connaissions pas le mémoire adressé à Mgr. Affre, en 1846, par M. Texier-Olivier, curé de Saint-Leu; mémoire d'oii il résulte qae cette église ne possédait plus alors la relique envoyée de Bruges en 1659. Notre visite à Saint-Leu ne nous avait rien appris, et nous espérions toujours que des mains pieuses avaient réussi à soustraire la relique aux révolutionnaires français du siècle dernier. Le pillage des églises de Paris,, organisé par les communards et dont tous les journaux avaient entretenu leurs lecteurs, nous fit craindre que ces restes vénérés ne fussent tombés en des mains sacrilèges, et nous inspira la pensée d^écrire à M. le curé Lartigue, pour calmer nos inquiétudes et aussi pour obtenir quelques renseignements sur le culte de saint Grilles dans sa paroisse. Notre missive était datée du 2 Octobre 1871; après quelques lettres de rappel, nous reçûmes la réponse suivante :
Paris, le 24 9""'' 1871.
Monsieur l'abbé,
Veuillez, je vous prie, m'excuser de n'avoir pas répondu à toutes les lettres, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, pour me demander des renseignements touchant les reliques de S* Gilles et son culte. Après les épreuves de ma dure captivité, j'ai dû prendre quelques moments de repos et de distraction, pour rétablir ma santé qui a été fortement ébranlée par les événements de la Commune, et ce n'est que depuis peu que je suis rentré chez moi, oii j'ai trouvé vos lettres.
Ma réponse ne sera pas longue et vous attristera profondément. De toutes les églises de Paris, l'église de S' Leu-S' Gilles a eu le plus à souffrir. Le monument a été considérablement endommagé par les
(^) Il faut lire les détails de cette évasion dans Eastoul, L'Église de Paris sous la Commune, Paris 1871, pp. 252, 253; ces détails ont de quoi faire frémir. Ils sont extraits d'une lettre insérée dans le Conservateur du Gers, et rédigée d'après les renseignements communiqués par M. Lartigue lui-même.
obus; les ornements ont été hachés à coups de sabre; les lustres, les candélabres, les chandeliers, les vases sacrés ont été broyés ou volés; nos archives ont été enlevées et jusqu'à cette heure nous n'en trouvons aucune trace; nos reliques, et nous étions très-riches, ont disparu, et très-probablement ont été jetées dans le ruisseau ou brûlées (^). Yoilà en quelques mots la triste et déplorable extrémité à laquelle nous sommes réduits. Je me trouve donc dans l'impossibilité de répondre aux diverses questions, que vous m'avez posées. Tout ce que je puis vous dire, c'est que nous avions des reliques considérables de 8^ Gilles, avec les authentiques; que le culte de ce Saint, uni au culte de S' Leu, est en grand honneur dans la paroisse, et que les familles chrétiennes se font un devoir de consacrer leurs enfants nouveau-nés à ces deux Saints et de les mettre sous leur patronage.
Je regrette infiniment, Monsieur l'abbé, de ne pouvoir vous donner d'autres renseignements. Je m'occupe très-activement de la recherche de nos archives, car j'ai appris qu'elles n'avaient pas été livrées aux flammes. Si j'étais assez heureux pour découvrir quelques pièces relatives à S* Gilles, je m'empresserai de vous en donner connaissance, afin de compléter, s'il en était temps encore, le pieux travail qui vous occupe.
Eecevez, Monsieur l'abbé, avec mes regrets, l'assurance de ma parfaite considération.
L'abbé Lautigue, Curé de S* Leu, 57, de Sébastopol.
(^) Voici comment M. Paul Fontoulien décrit le pillage de Saint-Len : " Les scènes de pillage, de dévastation et d'immoralité, qui eurent lieu dans l'église à partir du 13 Avril, dépassent toute croyance. On brisa les troncs, on déchira les vêtements sacerdotaux, on fit voler en éclats, à coups de crosse de fusil, les vitraux modernes; le maîtrè-autel, qui était un des plus riches et des plus élégants de Paris, fut en partie détruit, avec tous ses accessoires; les deux anges qui lui servaient d'attributs, dus au ciseau de Maillet, ne furent pas plus épargnés que le reste; la statue de saint Leu, par Le Harivel-Durocher, les saintes Femmes, par Demesmay, ne trouvèrent pas grâce devant la rage de ces vandales. Quant aux vases sacrés et aux bronzes, ils furent envoyés, les uns à la Monnaie, les autres au Garde-Meuble, où l'on en a retrouvé près de la moitié. L'argenterie a été entièrement perdue pour l'église. "
Plus loin, parlant des dommages matériels causés à l'édifice, l'auteur dit : " L'église Saint-Leu a eu à supporter encore les dégâts occasionnés par les obus et les balles pendant la grande semaine. Elle reçut plusieurs projectiles venant des Buttes-Chaumont; mais une pièce de 12, installée rue aux Ours, et que servait en dernier lieu une cantinière fédérée, lui fit énormément de mal. Le conseil municipal lui a alloué pour les réparations un crédit de 76,000 fr. " (Le Courrier de Bruxelles, loc. cit.)
Le passage de cette lettre, imprimé en italiques, nous confirma dans la pensée que la relique, objet de nos investigations, s'était conservée à Saint-Leu jusqu'aux jours néfastes de la Commune et se trouvait parmi celles dont M. Lartigue pleurait la disparition. Le fragment expédié à Paris, en 1659, était en effet considérable, puisqu'aux termes du procès-verbal de Mgr. van den Boscb, il égalait en volume la moitié d'un grand œuf de poule, partem in quantitate et forma fere referentem dimidiatum majus ovum gallinaceum.
Nous laissâmes toute une année s'écouler, espérant que, dans l'intervalle, malgré les tristes pressentiments de M. l'abbé Lartigue, les reliques et les arcbives de Saint-Leu auraient fini par se retrouver. Notre lettre du 3 Novembre 1872 reçut cette réponse :
Paris, le 21 9^" 1872.
Monsieur l'abbé,
Si j'avais été en mesure de vous donner quelques renseignements satisfaisants sur S' Gilles, je me serais empressé davantage à répondre à la lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; mais outre qu'elle m'est parvenue à un moment de grandes occupations, je n'avais, hélas ! rien de nouveau à vous dire. Toutes les recherches auxquelles je me suis livré pour découvrir quelques traces et des reliques que nous possédions et des pièces authentiques, ont été sans aucun résultat. Elles n'ont point été brûlées, c'est certain; elles auront été probablement jetées dans les égoûts, ce qui est bien plus affligeant encore que si elles avaient été brûlées. Je n'ai retrouvé de nos reliques et de nos archives que quelques fragments insignifiants. Yous pouvez facilement juger. Monsieur l'abbé, de la peine profonde que j'ai éprouvée, et que j'éprouverai toujours, des pertes que mon église a faites, et surtout de toutes les profanations qui y ont été commises {}). Que le Seigneur daigne pardonner à ces malheureux égarés !
Les lignes suivantes, extraites du travail de M. Paul Fontoulieu, donneront une idée de ces profanations :
" Le lendemain (15 Avril) fut consacré aux amusements. Trente ou quarante fédérés, obéissant aux ordres d'un étranger nommé Kobosko, organisèrent dans l'église une orgie -mascarade, comme on n'en a jamais vu, même pendant les saturnales de 93; ils se revêtirent des habits ecclésiastiques aux trois quarts déchirés, et parodièrent les ofiSces divins en chantant des refrains orduriers. C'est Kobosko qui ofl&ciait. '
Les dégâts matériels de l'église sont presque entièrement réparés, grâce à la ville de Paris et à la générosité de mes paroissiens. Ce qui reste à faire encore n'est pas urgent. J'ai le nécessaire, ce qui est beauco,up; car le pillage avait été complet. Les ornements, comme j'ai dû vous le dire déjà, avaient été hachés à coups de sabre, et tout le linge, aubes, corporaux, nappes d'autel, etc., etc., avait été enlevé.
Veuillez, Monsieur l'abbé, recevoir tous mes regrets de ne pouvoir vous fournir les renseignements que vous me demandez, et l'assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.
L'abbé Lartigue, Curé de S' Leu(i).
Il donna la commnnion à ses dignes acolytes, en faisant les gestes les pins ignobles; il avait remplacé les hosties par des morceaux de brioche. Puis, on se mit à table dans la nef, et le dîner, apporté des cabarets voisins, se prolongea jusqu'à neuf heures du soir. Après ce repas, ou furent vidées cent-trente bouteilles de vin, eut lieu un bal auquel avaient été conviées toutes les femmes publiques du quartier. A minuit, les portes furent rigoureusement fermées, et hommes et femmes passèrent la nuit pêle-mêle dans l'église. " {Le Courrier de Bruxelles, loc. cit.)
(^) M. Lartigue, devenu chanoine-pénitencier de la métropole de Notre- Dame, à Paris, est décédé en cette ville, le 7 Avril 1880, à l'âge de 71 ans. La Semaine religieuse de Paris a payé un juste tribut d'éloges à sa mémoire.
Ordonné prêtre en 1836, M. l'abbé Lartigue débuta dans le professorat et contribua puissamment à la fondation du collège de Vaugirard, oii il remplit les fonctions d'économe.
*' Nommé vicaire à Neuilly, son tact exquis et la distinction parfaite de ses manières le firent remarquer de la reine Amélie, qui le demanda pour être son aumônier. Il avait administré les derniers sacrements à l'infortuné duo d'Orléans, le 13 juillet 1842, et reçu son dernier soupir. Comme si sa nouvelle charge devait l'associer à tous les malheurs de la branche royale d'Orléans, ce fut encore M. Lartigue qui célébra la dernière messe, dite aux Tuileries, sous son règne, au jour néfaste du 24 février 1848, alors que les insurgés commençaient à envahir le château. Le courageux aumônier, fidèle à son devoir jusqu'au bout, n'eut que le temps de réciter les prières d'actions de grâce et de se dérober à l'émeute à la faveur d'un déguisement. Il suivait le quai, le long de la terrasse des Tuileries, lorsqu'arrivé sur la place de la Concorde, il aperçut le roi Louis-Philippe qui sortait du tunnel pratiqué sous la terrasse, puis montait dans une voiture publique pour prendre précipitamment le chemin de l'exil. Le prêtre et le monarque échangèrent alors un suprême et douloureux regard. Scène navrante, qui se grava pour toujours dans la mémoire de l'abbé Lartigue, et dont on ne se lassait pas de lui entendre raconter les émouvants détails.
" Dès lors, il se livra exclusivement au ministère paroissial. Yicaire à . Saint- Sé vérin, puis à Saint- Joseph, il s'y montra tout à la fois prudent et zélé, affable et digne, doué en un mot de cet ensemble de qualités qui font
Nous savons aujourd'hui, à n'en pouvoir douter, que les reliques de saint Gilles, dont T église de Saint-Leu se vit spoliée en 1871, étaient celles mentionnées au chapitre précédent (^), et parmi lesquelles ne figure pas le fragment reçu de Bruges en 1659. Tout porte à croire que cette dernière relique fut égarée ou volée dans la tourmente révolutionnaire, qui souilla de ses horreurs la fin du XVIII^ siècle.
Nous ne pouvions pas cependant laisser de côté les lettres de M. le curé Lartigue. Pour être moins importantes, les reliques de saint Gilles, dont elles constatent la profanation, avaient droit à tous nos respects, et leur perte, dans des conditions aussi tristes, excite nos plus vifs regrets.
Les lettres de notre digne correspondant se passent de tout commentaire. Leur lecture fait naître un double sentiment : un sentiment d'indéfinissable tristesse, à la pensée de tant d'objets sacrés détruits, mutilés ou volés, à la pensée des reliques des Saints foulées aux pieds et confondues avec les immondices de l'égoût; un sentiment d'horreur pour les exploits sacrilèges des forcenés, qui laissèrent bien loin derrière eux les iconoclastes du XVI^ siècle et les démagogues de 93. Jetons un voile sur ces infamies, et continuons notre histoire.
dn prêtre de paroisse l'homme le plus respecté et le plus airaé. Tel apparut toujours et partout M. l'abbé Lartigue. Aussi l'administration diocésaine le jugea-t-elle capable de diriger lui-même une Paroisse. Curé de Saint-Denis pendant trois ans, il fut ensuite rappelé à Paris, en qualité de curé de Saint- Leu. Il demeura dans ce poste de 1862 à 1873. On sait tout ce qu'il eut à endurer de privations et de souffrances pendant la période sanglante de la Commune. Enfermé six semaines à Mazas, puis à la Roquette, il n'échappa à la mort que par une sorte de miracle. Mais sa santé s'était trouvée si fortement ébranlée qu'il crut devoir offrir à Son Éminence la démission de sa cure. Il fut nommé aussitôt chanoine titulaire de Notre-Dame, puis Pénitencier et membre de la fabrique. Il occupait ainsi depuis sept ans les loisirs de sa retraite, entouré d'estime et d'une respectueuse affection, lorsque la mort est venue le frapper, après une maladie de langueur de plusieurs mois. Maître dévoué de la jeunesse, prêtre laborieux, charitable pasteur, confesseur de la foi, n'a-t-il pas pu dire avec saint Paul : J'ai ccmibattu le bon combat, j'ai gardé la foi, j'attends la cburonne des mains de mon juste Juge ? " (Semaine religieuse de Paris, n" du 17 Avril 1880, tom. lui, pp. 703, 704.) (') Voyez ci-dessus, pp. 378, 379.
Le 3 Octobre 1679^ un second fragment, cette fois pen considérable, fut détaché de notre relique par Mgr. François de Baillencourt, évêque de Bruges, en faveur de F église paroissiale de Craywick, au diocèse de Saint-Omer. Ce détail a été relevé au chapitre précédent (^)
Depuis 1679 jusqu^à nos jours, la grande relique de saint Gilles n'a plus subi de morcellement. L'inventaire de l'argenterie dressé le 21 Octobre 1692, après le décès du curé Jean Neyts, mentionne une seconde relique, plus petite, servant à la bénédiction de Peau : Item, y lisons-nous, een cleyn silver seynsel om het water te wyden{^). Cette dernière relique a disparu.
Le porte-reliquaire en bois peint et argenté, surmonté d'une statuette de saint Œlles, et figuré sur la planche m, date de la seconde moitié du siècle dernier. Nos comptes ne renfermant aucun détail relatif à ce meuble, nous ne pouvons assigner l'époque exacte de sa confection; feu M. Petyt, professeur à l'Académie de cette ville et graveur des planches de notre travail, en attribuait le dessin au peintre brugeois Jean Garemyn.
La précieuse relique avait été mise en lieu sûr, quand éclata la tourmente révolutionnaire du siècle passé, et elle demeura soigneusement cachée jusqu'au jour où notre église fut rendue au culte (6 Juin 1802); personne n'a pu nous indiquer la maison, qui l'abrita contre les profanations (^) .
(^) Voyez plus haut, p. 363.
(2) Item un petit reliquaire en argent, employé pour la bénédiction de Teau.
(^) Diverses pièces d'argenterie de notre église furent cachées dans la maison formant le coin des rues longue de la Eame et du hameau Saint- Gilles, marquée aujourd'hui E 18; peut-être notre reliquaire était-il du nombre. Cette maison, occupée à l'époque de la révolution française par Antoine Andries et sa femme Marie Vermeulen, boutiquiers, avait conservé jusqu'en 1874 son ancien cachet et sa disposition primitive; on y montrait encore le réduit où les vases sacrés et d'autres objets précieux trouvèrent un abri. Cette vieille construction a été démolie et remplacée par un bâtiment sans style et sans goût.
En 1861, le reliquaire fut restauré par Torfévre J. Van Damme, de Bruges. Le petit tube en argent, dans lequel s'emboîtait l'extrémité inférieure de la relique, était fort endommagé; quand on bénissait Peau, pour peu qu'on plongeât le cylindre dans le liquide, celui-ci pénétrait dans le tube, et mouillait la soie qui enveloppait l'extrémité de l'os. En retirant la relique, on constata que l'humidité avait légèrement entamé cette partie, dont se détachèrent même plusieurs petits fragments; tout le reste de l'os se trouvait dans un état parfait de conservation. Le tube fut renouvelé et le fond percé de petits trous pour empêcher l'eau d'y séjourner, si tant est que quelques gouttes parvinssent à y pénétrer (^); la confection du tube rend du reste presque impossible le retour de cet inconvénient, et, pour prévenir tout ébrèchement ultérieur, on eut soin de tremper l'extrémité de la relique dans une dissolution résineuse. Une bandelette, avec ces mots : 8anctiJEgidii Ahhatisj fut enroulée autour de l'os, et munie en deux endroits du petit sceau de Mgr. Malou; une quadruple empreinte du même sceau fut fixée à l'extérieur du cylindre, aux extrémités des lamelles en argent, qui joignent les deux bouts du reliquaire. Sa Grrandeur accorda de nouvelles lettres d'authenticité, dont voici la teneur :