‹ Saint GillesChapitre 4 sur 57 · VI II · texte numérisé non relu

VI II

l'égard de certaines âmes à qui il fait part de ses communications les plus intimes; et Ton ne doit pas hésiter à publier les œuvres par lesquelles le Seigneur veut bien manifester au monde sa puissance et sa bonté. Certes^ il serait déraisonnable de passer sous silence ou de révoquer en doute un prodige, d'ailleurs attesté par des témoignages authentiques, précisément parce qu''il blesse les préjugés d^une classe d'écrivains aussi légers que prétentieux. La dignité de l'iiistoire, dit M. le comte de Montalembert (^), n'a rien à perdre en s'arrêtant aux récits et aux pieuses croyances consignés dans les annales bagiograpbiques. Écrite par un chrétien et pour des chrétiens, Fhistoire se mentirait à elle-même, si elle affectait de nier ou d'ignorer l'intervention surnaturelle de " la Providence dans la vie des Saints choisis par Dieu pour " guider, pour consoler, pour édifier les peuples fidèles, pour les élever par leur exemple au-dessus des liens et des be- " soins de la vie terrestre " P).

Q) Les Moines d'Occident, 3^ édit., tom. ii, Paris 1868, pp. 413, 414.

(2) DE Ram, Vies des Saints et des personnes d''une éminente piété qui ont vécu dans les anciennes provinces helg es, tom. i, Lonvain 1864, Introduction, pp. XXV et suiv.

Voyez, sur le même sujet, Fleury, Histoire ecclésiastique, tom. i, Paris 1691, Préface, pp. 9, 10 (non chiffrées); — Gosselin, Instructions historiques, dogmatiques et morales sur les principales fêtes de VÉglise, 3^ édit., tom. i, Paris 1861, Préface de la première édition, pp. xi et suir.; on y trouve l'indication d'une foule d'ouvrages à consulter sur la même matière; — Kessel, Sainte Ursule et ses onze mille vierges ou V Europe occidentale au milieu du siècle (traduction de Beetemé), Bruxelles 1870, Préface, pp. xiv et suiv. L'auteur a des pages remarquables sur la méthode rationaliste d'écrire l'histoire, qui " ne porte nulle part, dit-il, des fruits plus funestes que dans le domaine de l'hagiographie " (p. xv); il stigmatise, à bon droit, cette " critique destructive qui trouve qu'il manque partout un enchaînement dans les annales de l'histoire, qui accepte chaque donnée avec un doute glacé et met ainsi en contestation tout ce qui ne s'appuie point sur un document tout exceptionnel de certitude. Cette critique ne mérite pas le nom de science historique : elle ne peut, comme un ouragan, que semer partout le trouble et la dévastation dans le champ de l'histoire " (pp. xiv, xv). Consultez encore Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, tom. i, Arras 1868, Introduction, § m, pp. xxxvii et suiv., surtout les pp. xlviii et suiv., où l'auteur parle, en termes fort sensés, dn surnaturel dans la Vie des saints et de l'école hypercritique qui en fait table rase.

Le deuxième livre de notre travail est consacré aux reliques de saint Gilles. Nous y parlons du corps du saint abbé^ de sa première exhumation, de Fépoque de sa translation à Toulouse, des diverses ouvertures de la châsse qui le renferme, et des efforts tentés par les évoques de Nîmes pour rentrer en possession de ce précieux trésor.

Le 29 Août 1865, à la suite de longues fouilles, on mit à découvert, dans la crypte de Fancienne église abbatiale de Saint-Gilles, le tombeau où reposèrent, durant des siècles, les glorieuses dépouilles de notre Saint. Cet événement providentiel eut un immense retentissement dans le Midi de la France, et produisit des résultats aussi consolants qu^inespérés. Le culte de saint Gilles, presque anéanti par le souffle destructeur des révolutions et de Pliérésie, prit une vie nouvelle, et Ton vit se renouer la chaîne brisée des antiques pèlerinages au tombeau onze fois séculaire du célèbre anachorète. L'honneur de cette découverte revient à M. Tabbé Goubier, curé de Saint-Gilles-du-Gard, qui en a fait Fobjet d'un intéressant Mémoire, dont nous reproduisons les parties principales. Nous ne pouvions passer sous silence les faits qui suivirent Finvention du saint tombeau, et surtout la splendide fête célébrée à Saint-Gilles, le 22 Octobre 1867. L'éloquent évêque de Nîmes, Mgr. Plantier, convia tous ses diocésains à cette fête par une admirable lettre pastorale, la plus belle page sans doute qui ait jamais été écrite en l'honneur de saint Gilles. Nous enchâssons dans notre récit ce magnifique morceau.

Le culte de saint Gilles, répandu de bonne heure dans les divers pays du monde catholique, inspira le désir bien naturel de posséder quelque fragment des reliques du saint abbé, et suffit pour expliquer la présence de ces restes précieux dans une foule d'églises de la chrétienté. Nous avons dressé la liste, aussi complète que possible, des reliques de notre Saint, disséminées par toute l'Europe, en suivant l'ordre alphabétique des sanctuaires, qui les gardaient autrefois ou

les possèdent encore aujourd'hui. Ce travail est tout à fait neuf. Notre liste ne se borne pas à une sèclie et rapide énumération; fruit de minutieuses reclierches, elle abonde en détails de tout genre : détails sur la nature et les dimensions des reliques, sur leur authenticité, sur l'époque et le mode de leur acquisition, sur les églises et les monastères qui les obtinrent en partage, sur les châsses et les reliquaires qui les contiennent.

Depuis plus de quatre siècles, Féglise de Saint- Gilles, à Bruges, garde, avec une légitime fierté, une importante relique de son patron, un os du bras; à côté de cette relique, elle possède tout un trésor de documents qui en constatent F authenticité, et dont le plus ancien, Facte même de donation, remonte au P'' Septembre 1466. Aucune pièce n'a été distraite de ce riche et antique dépôt; elles ont eu le rare privilège d'échapper aux mains des Gueux, comme à celles des révolutionnaires français, et l'on sait avec quelle rage aveugle ces nouveaux barbares s'acharnaient non seulement à profaner les reliques des Saints, mais à détruire tout ce qui en rappelait le souvenir. A l'aide de ces vénérables épaves, nous avons pu écrire une histoire complète de la grande et belle relique, dont s'enorgueillit l'église de Saint- Gilles. Nourrie de faits, riche en épisodes, cette histoire offre un intérêt supérieur et forme un curieux chapitre des annales religieuses de Bruges. On y verra le prix qu'attachaient nos pieux ancêtres aux reliques des Saints, les peines qu'ils se donnaient pour les obtenir, pour les soustraire à tout danger, pour dissiper au besoin jusqu'à l'ombre d'un doute planant sur leur authenticité.

Notre troisième livre, qui embrasse tout le second volume, traite du culte de saint Gilles en Belgique et dans le Nord de la France.

Le culte des Saints est un des plus beaux sujets d'étude, que puisse se proposer l'historien : La vie des héros du christianisme sur la terre, écrit Dora Guéranger, ne s'arrête

jamais au jour de leur mort : elle se continue dans Finfluence qu'ils exercent^ dans les prodiges dont ils brillent, dans la confiance si ardente du peuple fidèle, dans les monuments qu'on leur dédie, dans l'inspiration dont ils sont la source pour la poésie et les arts. La gloire des Saints est la seule gloire populaire; leurs noms portés par toutes les générations survivent aux révolutions et aux empires; souvent même ils se lient indissolublement à l'histoire des peuples " (^).

Ce passage se vérifie à la lettre pour saint Gilles; son culte en fournit la preuve. Jamais la pensée ne nous est venue de faire Tliistoire complète de ce culte. Une vie d'bomme ne suffirait pas à cette tâche, car, pour approfondir un si vaste sujet, il faudrait autant de volumes que de pays, et celui qui aurait le courage d'entreprendre cette œuvre, courrait toujours le risque d'être incomplet (^). C'est qu^en effet saint Grilles a été, plusieurs siècles durant et surtout au moyen âge, l'un ^es Saints les plus populaires, les plus universellement bono-

(^) Histoire de sainte Cécile, vierge romaine et martyre, Tournai 1851, Préface, p. XXI.

(2) L'histoire du culte de saint Gilles a été ébauchée par plusieurs auteurs. Yoyez, pour la France, Teissonniek, Notice historique sur Saint Gilles, Nimes 1862, pp. 73-100, 103, 104, 134-144; de Kerval, Vie et culte de saint Gilles, Vun des quatorze Saints les plus secourahles du paradis, 2^ édit.. Le Mans 1875, pp. 70-88, 91-106. — Pour l'Allemagne, la Bavière et la Hongrie, Stilting, dans les AA. SS. Septemhris, tom. i, Antverpiae 1746, pp. 286, 287, nn. 8, 11, 12; Teissonnier, op. cit., pp. 111-118. — Pour la Pologne, le même auteur, op. cit., pp. 119-134; d'Êverlange, Saint Gilles et son pèlerinage, 5^ édit., Nîmes 1880, pp. 80-83; Documents, Notes iv, V, vi, pp. 242-252. — Pour l'Angleterre, Teissonnier, op. cit., pp. 100-103; d'Êverlange, op. et edit. cit., pp. 75, 76, 144-148; le tome I" de notre travail, p. 111, en note, et le tome ii, pp. 376, 377. — Pour l'Italie, voyez la lettre du D' Bos, de Marseille, dans d'Everlange, op. et edit. cit.. Documents, Note m, pp. 238-242. Dans ses notes sur VHistoria de vitis Uomanorum Pontificum, d'Anastase -le -Bibliothécaire, le savant Bianchini rapporte une curieuse inscription, encastrée dans un des murs de l'église de Saint -Etienne, à Poli, et d'où il appert que, le 11 Mars 1138, Gui, cardinal-évêque de Tivoli, consacra cette église et deux de ses autels, dont l'un, altare de porticu, en l'honneur de la sainte Vierge, de l'apôtre saint Thomas et de saint Gilles {Patrologiœ cursus completus, de Migne, sect. lat., tom. cxxviii, Parisiis 1852, coll. 85, 86). Cette inscinption est précieuse, en ce qu'elle nous montre le culte de saint Gilles déjà établi en Italie au commencement du XII*^ siècle.

rés Q); si bien qu^on peut lui appliquer^ dans une certaine mesure, ce qu'un grand écrivain disait naguère de saint Martin : " Ses églises ont couvert le monde; il n'est pas une

(^) Nous tenons à relever ici nn détail, insignifiant en apparence et négligé par les historiens, mais qui peut aider, ce nous semble, à prouver la popularité du culte de saint Gilles au moyen âge. Qui n« connaît le Roman du Renard ? Après les classiques grecs et latins, jamais œuvre littéraire n'obtint un sort aussi brillant que cette fable. Elle parcourut, dans le moyen âge, tous les pays de l'Europe et pénétra Jusqu'en Orient; elle fut accueillie dans toutes les cours et dans tous les manoirs; elle fut racontée, rimée et chantée dans toutes les langues (*). Dès le XI^, d'autres disent dès le IX^ siècle, on voit le Roman du Renard esquissé, dans la basse Flandre, en deux poëmes latins, dont le fond est le même : Isengriraus et Beinardus Vulpes. Dès le XII* siècle, la réputation du poëme est telle que les trouvères et les troubadours parlent de ses personnages à quatre pattes comme de héros connus de tons, que les partis politiques lui empruntent leurs noms, les peuples leurs proverbes, les langues les noms de ses héros, et les bourgeois, même les prêtres, des sujets de peinture pour orner leurs maisons (*^).

Les personnages de ce roman invoquent souvent les Saints et les prennent à témoin; ils agissent comme les hommes de l'époque à laquelle écrivaient ses auteurs (*"^). Or, parmi les Saints principalement invoqués figure saint Gilles, indice manifeste de la vogue dont jouissait son culte. Nous avons eu la patience de parcourir tout le texte du célèbre roman, publié, en 1826, par M. Méon et nous faisons suivre ici les vers où se rencontre le nom de saint Gilles :

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