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CHAPITRE VI

Fondation d'un monastère dans la vallée Flavienne. Saint Gilles en devient le premier abbé. — Le Saint se rend à Rome, et fait don de son abbaye au Saint-Siège.

Visites fréquentes de Flavius Wamba à la grotte de saint Gilles. ■Sur les conseils de l'anachorète, le monarque se décide à bâtir un monastère en cet endroit, et cède au Saint, pour l'exécution de son œuvre, un vaste terrain, qui prend le nom de vallée Flavienne, en souvenir du royal donateur. Étendue du terrain cédé, pp. 120, 121. — Au dire des Actes, le roi Wamba aurait fait construire deux églises, 1 une en l'honneur de saint Pierre et de tous les apôtres, l'autre, à proximité de la grotte de l'humble ermite, en l'honneur du saint martyr Privât. L'histoire de l'abbaye ne fait aucune mention de cette dernière église. Détails biographiques sur saint Privât, pp. 121, 122. — Saint Gilles devient abbé du nouveau monastère, p. 122.

Des auteurs fort sérieux ont, les uns révoqué en doute, les autres catégoriquement nié l'érection du monastère par saint Gilles et Flavius

Wamba. Plusieurs se basent sur le titre de cœnohii ftmdator, donné à Charles-Martel, dans un manuscrit de l'abbaye de Saint-Gilles. Le terme de fundator ne désigne pas ici le constructeur primitif, mais le restaurateur de cette maison religieuse, celui qui la releva de ses ruines, après sa destruction par les Sarrasins, pp. 122, 123. — Les Acta Johannis VIII mettent hors de conteste la fondation de l'abbaye par saint Gilles, et la bulle, par .laquelle le pape Benoît II reconnaît avoir reçu en don " du vénérable homme Gilles " le monastère de la vallée Flavienne, sert à établir l'époque de la construction de cette maison, pp. 123-125.

Durant des siècles, l'abbaye de Saint-Gilles suivit la règle de saint Benoît; ses religieux la professaient encore au moment de leur sécularisation, en 1538. Cette règle y fut-elle introduite par le saint fondateur lui-même ? Les Acta Sandormn Ordinis 8. Benedicti et les Annales Ordinis S. Benedicti, de Mabillon, ne peuvent servir à trancher cette question, mais il est de toute probabilité que, dès l'origine, saint Gilles soumit sa communauté à la discipline de saint Benoît, pp. 125, 126. — Cette opinion est basée sur les bulles comparées de Benoît II et de Jean VIII, relatives au monastère de la vallée Flavienne, pp. 126-127. — Lorsque saint Gilles réunit ses premiers disciples, la plupart des établissements monastiques de la Gaule, pour ne pas dire tous, suivaient la règle bénédictine; cette règle s'imposait donc en quelque sorte au choix du saint fondateur, pp. 127, 128.

Saint Gilles reçut-il la prêtrise .P Les Actes l'affirment et tous les hagiographes ont admis, de confiance, cette assertion. Un seul auteur, Jean de Ayala, révoque la chose en doute, par la raison qu'à l'époque oii vécut saint Gilles, les abbés des monastères n'étaient ni prêtres, ni même dans les ordres sacrés, p. 129. — • Il est vrai que les anciens moines d'Occident, les abbés pas plus que les simples religieux, ne recevaient les saints ordres; ils n'étaient pas même clercs, p. 130. — Saint Grégoire-le-Grand, créé pape en 590, mit tout en œuvre pour faire cesser un état de choses, qui donnait lieu à de graves inconvénients. Bientôt on ne vit plus de monastère, qui n'eût un prêtre tiré de la communauté, et à la longue tous les religieux, les fratres laid seuls exceptés, reçurent les ordres sacrés. Les abbés furent des premiers promus au sacerdoce, et, dès la fin du YIP siècle, ils étaient tous prêtres. Or, c'est précisément à cette époque, en 673, que saint Gilles fut revêtu de la dignité abbatiale, pp. 130-132. — Source de la méprise de Jean de Ayala, p. 132. — • A ce premier argument en faveur du sacerdoce de notre Saint vient s'ajouter une preuve matérielle. L'inventaire des reliques et joyaux de l'abbaye de Saint-Gilles,

dressé le 27 Février 1362, mentionne la pierre d'autel sur laquelle, d'après la tradition, le bienheureux abbé célébrait la messe, p. 132. — Des écrivains soutiennent à tort que cette pierre, enfouie plus tard sous le sol de la crypte, fut retrouvée lors des fouilles, qui amenèrent, au mois d'Août 1865, la découverte du tombeau de saint Gilles. La pierre, mise au jour à cette occasion, est un ancien autel fixe; celle, consignée dans l'inventaire de 1362, appartenait à la classe des altaria viatica, itineraria, ainsi appelés parce qu'on s'en servait surtout en voyage, pp. 132-134. — S'il fallait en croire certains auteurs, les autels portatifs étaient chose inconnue au temps de saint Gilles. Cette opinion est erronée; l'usage de ces autels remonte au berceau même du christianisme, pp. 134, 135. — Après la mort du saint abbé, son autel, vénéré désormais comme une relique, prit place dans le trésor du monastère, et il est fort probable qu'on l'enchâssa plus tard, d'après les coutumes reçues, dans une bordure de métal ou de bois précieux; cet autel a disparu depuis longtemps. Détails sur la matière et l'ornementation des autels portatifs au moyen âge, pp. 136, 137.

Vers la fin de l'année 684, saint Gilles se rend à Rome, pour faire don de son abbaye au Saint-Siège et obtenir en sa faveur le privilège de l'exemption. Nature de ce privilège; motifs qui y donnèrent naissance, pp. 138, 139. — Benoît II occupait la chaire de saint Pierre. Détails sur ce pape. Appartenait-il à l'ordre de Saint-Benoît, comme l'afîirme Bucelin?, pp. 138, 139. — Erreur des Actes sur l'époque du voyage de saint Gilles, p. 140. — Lettres de Benoît II accordant le privilège sollicité, pp. 140, 141. — Ce document est d'une importance capitale, parce qu'il fixe, d'une façon décisive, l'époque où vécut le saint abbé; le pape Jean YIII s'en sert, en 878, pour condamner les empiétements de Gilbert, évêque de Mmes, usurpateur de l'abbaye de Saint- Gilles, pp. 142, 143. — Jean de Launoy refuse d'admettre que saint Gilles ait obtenu pour son monastère le privilège de l'exemption. Mauvaise foi de cet écrivain. Réfutation de ses arguments, pp. 143-152.

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