SAINT GILLES ET L ORDRE MONASTIQUE
une haine implacable aux moines, ces valeureux soldats du Christ, qui portent, dans leur vie humble et pénitente, Tétendard du grand roi déployé à tous les vents du Ciel, et sur lequel on lit ces mots terreur de Tenfer et condamnation du monde : pauvreté, obéissance, chasteté.
Et cependant, n'est-ce pas à la vie religieuse que le monde est redevable des plus grands, des plus nombreux bienfaits ?
Oui, le monde, et tout particulièrement notre France, lui doivent ses plus grands hommes, ses plus florissantes cités, ses plus belles institutions. Que Ton déploie la carte de l'ancienne .France, a dit un célèbre auteur (i), on y rencontrera à chaque pas des noms d'abbayes, de couvents, d'ermitages, qui marquent l'emplacement d'autant de colonies monastiques. Quelle est la ville qui n'ait été fondée ou enrichie par quelque communauté ? Quelle est l'église qui
(i) Lq comte de Ntontalembertf
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né lui doive un patron, une relique, une pieuse et populaire tradition ?
La solitude, on Ta dit, est la patrie des forts ; le silence, leur prière (i). Comment donc ces natures d'élite, retrempées à chaque instant dans cet élément surnaturel et fécond de la solitude et de la prière, n'auraient-elles pas enfanté des prodiges et produit des merveilles 1 Oui, sans doute, le contraire serait plus étonnant que la chose elle-même, et osons le ré- * péter à ce siècle contempteur du passé : les moines furent les bienfaiteurs de leurs semblables, la gloire de leur patrie, l'honneur de leurs peuples.
Quel service rendu à la civilisation en préservant du naufrage de la barbarie les lettres et les sciences, et en les dotant des productions incomparables de leur génie I
(2) p. de Ravigoan j De r Institut des Jésuites, p. 3i.
Et cependant il faut remarquer ici, avec le savant Mabillon (i), que les communautés monastiques n'ont pas été établies pour être des académies de science, mais de vertu, et que Ton n'y faisait cas des sciences qu'autant qu'elles pouvaient contribuer à la perfection religieuse ou à l'édification du prochain.
Ce qui a donné naissance à ces saints établissements, c'est l'amour de la retraite et de la vertu, le mépris des choses du monde, la fuite de sa corruption, le renoncement à soimême, et par-dessus tout, le désir de se livrer à Jésus-Christ en quittant tout pour le suivre*
Leur influence sur les arts n'est pas moins incontestable. On a pu même dire qulls ont eu plus d'attraits pour les arts que pour lès sciences. Ne sont-ils pas, en effet, l'efflorescence la plus pure de la pensée religieuse ?
(i) Mabillon ; Étudet monastiques, p* i«