PÉNITENCE Î>UBUQUE DE RAYMOND VI
Le comte Raymond excommunié promit bientôt, avec seize de ses vassaux, de réparef ses fautes. II accepta la pénitence qui lui était imposée ; et ce fut alors que la crypte de Saint- Gilles et le perron de sa basilique offrirent le spectacle émouvant d'une expiation publique et royale dont on n'avait pas vu d'exemples depuis les premiers siècles de l'Église.
« On convint, dit le P. Lacordaire, que sa « réconciliation solennelle avec l'Église aurait « lieu à St-Gilles, selon les formes usitées dans « ce temps-là. On le vit donc présenter ses « épaules nues aux verges du légat, aux portes « de l'abbaye de St-Gilles, devant un peuple « immense (i). » Et, circonstance mémorable, qui n*a pas échappé au génie de l'illustre histo-
(i) i8 juin i»09.
lOa PÉNITENCE PUBLIQUE DE RAYMOND Vi
riographe de saint Dominique, « quand il vou-^ c lut sortir de Téglise, la foule était si pressée <c qu^il ne put faire un pas. On lui ouvrit une € issue secrète à travers Téglise souterraine, et « il passa devant le tombeau de-Pierre de Caste telnau (i). » Ses épaules encore découvertes portaient l'empreinte des coups qu'il venait de recevoir. On put croire qu'il faisait amende honorable pour la mort du martyr, et qu'il lui rendait, dans sa dernière demeure, les honneurs qu'il lui avait refusés de son vivant.
Nous n'avons fait qu'indiquer à grands traits les phases principales de cette guerre déclarée par les Albigeois à l'Église de Dieu, et déjà que d'enseignements en ressortent, pour nous convaincre des suites désastreuses qu'elle devait avoir pour le pèlerinage de St-Gilles ! En effet, la guerre et ses horreurs sont, dans tous les temps, une cause trop certaine de ruines et de dépopulation. Mais quand elle est suscitée
(i) Vie de saint Dominique ^ ch. v.
LA RÉFORME AU XVI* SlâCLE I03
par k fanatisme religieux, — esprit propre aux hérésies, ainsi que le constate Thistoirc, — ses terribles effets se font ressentir dans des proportions plus effrayantes. Funestes à la prospérité matérielle, ils le deviennent surtout à la vie des âmes, dont Taliment est la vérité. Il en fut ainsi pour saint Gilles. Les pèlerins, fuyant le souffle meurtrier de Terreur, s^éloignèrent de son sanctuaire. Semblable aux voies de Sion^ son pèlerinage, devenu désert, pleura l'absence de filsbien-aimés au jour de ses fêtes solennelles.