GREGORIUS SILVIAE MATRI FECIT
(IV, 83). Plus loin, dans une ahsidula, au delà du cellarium des moines, Jean Diacre a vu le portrait « in rota gypsea » de saint Grégoire, œuvre du même artiste, assure-t-il (IV, 84)- Par rota gypsea on entendra un médaillon de stuc. Jean Diacre détaille les traits avec complaisance : Grégoire, dit-il, avait un visage qui rappelait le visage allongé de son père et le visage rond de sa mère, et ainsi de suite : c'est de la littérature. Retenons que Grégoire, qui, comme Gordianus, porte une planète sur la dalmatique (une chasuble de laine sur une tunique de lin), ce qui est le vêtement de ville de la bonne société du temps, porte en outre le pallium épiscopal. Tête nue, debout, il tient l'Ëvàngile de la main gauche et une croix de la main droite. Il a autour de la tête un nimbe carré, à quoi on reconnaît les personnages vivants, observe
savent pas lire » (J. 1736). Comme Sereaus feint de ne pas comprendre, Grégoire revient à la charge : il faut des peintures pour les illettrés, et l'antiquité chrétienne a accepté non sans raison que dans les lieux vénérables fussent peintes les histoires des saints. Grégoire n'est pas surpris de l'émotion du peuple de Marseille, qui manifeste contre son évêque, et il est près de donner raison à ces braves gens (J. 1800). Dans la première de ces deux lettres, on voit que Serenus « imagines confregit atque proiecit » : ce pouvaient être des' sortes d'icônes.
Jean Diacre. On ne peut douter que ce portrait n'ait été exécuté quand Grégoire était pape*. Une inscription complète le portrait, inscription médiocre, mais composée par Grégoire lui-même : « O Christ, puissant Seigneur, à qui nous devons l'honneur (de notre charge d'évêque), prends en mains, avec ta bonté coutumière, l'office que tu nous as dévolu. »
GHRISTE POTENS DOMINE NOSTRI LARGITOR HONORIS INDULTUM OFFICIUM SOLITA PIETATE GUBERNA.
Grégoire s'enferma dans son monastère. Les années qu'il y vécut, au sortir du siècle, furent des années de joie parfaite. Devenu évêque, accablé par les sollicitudes de sa charge, sa pensée se reportera à ces années de retraite comme aux plus douces de sa vie. Il écrira dans la préface des Dialogues : « Mon esprit infortuné, souffrant de sa tâche présente comme d'une blessure, se souvient de ce qu'il était jadis dans le monastère. » Là, Grégoire n'avait à penser qu'aux choses du ciel, tandis que maintenant les affaires des hommes du siècle l'écrasent de leur fardeau. Je pèse ce que je porte, je pèse ce que j'ai perdu ! Pareille plainte dans la lettre à saint Léandr^, qui sert de préface aux Moralia. J'avais fui le monde, j'avais abordé au monastère comme à un port, et je m'étais sauvé nu du naufrage, «. portum monasterii petii -y>. C'est quand j'ai dû l'abandonner que j'ai apprécié la paix du monastère, « quietem monasterii.., perdendo cognovi ». Nous sommes ainsi bien assurés que Grégoire a été moine.
I. Voyez E. Wuescher-Becchi, « SuUa ricostruzione di tre dipiati descritti da Giovanni Diacono ed esistenti al suo tempo nel convento di S. Andréa ad Clivum Scauri » , Nuovo BicUetino di archeologia cristianaj 1900, p. aSS-aSi.
Il ne fat pas pour autant à la tête de son monastère. II parle, en effet [Dial. IV, 21), d'un saint religieux nommé Valentio, qui avait été d'abord à la tête d'un monastère dans la province de Valérie. Les Lombards Y ayant rendu la vie intenable, il vint à Rome, où, écrit Grégoire, il fut supérieur de mon monastère et de moi-même. Grégoire, en quittant la plus haute magistrature de Rome, ne cherchait plus qu'à obéir.
Grégoire de Tours assure qu'il vendit ses biens et en distribua le prix aux pauvres, mais c'est peut-être là une affaire de style. Il ajoute que celui qui avait accoutumé de se montrer à Rome « vêtu de soie et couvert de gemmes étincelantes », ne porta plus qu'un vil vêtement : disons simplement qu'il avait pris l'habit monastique, lequel était de règle pour un moine. Nous, admirerons plutôt que, restant à Rome où il avait tant de relations et où il avait tenu une si grande place, il ait pu y trouver la retraite et le silence. Il a dit : « Etabli dans un monastère, je pouvais épargner à ma langue toute parole oiseuse et tenir mon esprit continuellement fixé dans la volonté de prier 1. »
Avec la prière, le jeûne, et le jeûne coûtait infiniment au débile estomac de Grégoire : il souffrait, en effet, de maux d'estomac, qui allaient jusqu'à le faire défaillir, et qu'il ne pouvait vaincre qu'à la condition de s'alimenter fréquemment. Mais il voulait jeûner. Un certain samedi saint, jour où a tout le monde jeûnie, même les petits enfants », écrira-t-il, «je me vis dans l'incapacité de jeûner, et sur le point de défaillir de mon chagrin, plus encore que de mon mal a. Je suppliai, continue-t-il, mon saint confrère