‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 3 sur 85 · I. L. DocHESNB, VEglise au VI^ siècle (igaS), p. 238-a · texte numérisé non relu

I. L. DocHESNB, VEglise au VI^ siècle (igaS), p. 238-a

villes, et cependant pas un jour où sans répit le peu qui reste du genre humain ne soit frappé... Les uns sont emmenés en captivité, les autres décapités, massacrés. »

Voilà pour l'Italie, et voici pour Rome :

« Celle qui jadis paraissait la maîtresse du monde, nous voyons ce qu'elle est devenue, brisée par tout ce qu'elle a souffert d'immenses et multiples douleurs, désolation de ses habitants, menace de ses ennemis, ruines sur ruines... Où est le sénat? Où est le peuple?... Tout le faste des dignités séculières est anéanti...' Et nous, le peu que nous sommes qui restons, tous les jours des glaives nous menacent et d'innombrables épreuves... Plus de sénat, plus de peuple, mais, pour ce qui subsiste, des douleurs et des gémissements chaque jour multipliés. Rome déserte est en flammes,... et ses édifices, nous les voyons se détruire eux-mêmes » [Homil. in Ezech, II, vu, 22).

Rome cependant a encore, au temps même de saint Grégoire, son gloriosissimus praefectus urbis. A côté du préfet de la ville figure le magister mïlitum, qui commande la place de Rome, et qui, l'autorité civile restant aux mains du préfet à l'intérieur de Rome, a le gouvernement ou ducatus de toute la région byzantine de Rome, partes romanae'^.

L'empereVir est représenté par l'exarque de Ravenne, dont l'autorité s'étend à toute l'Italie byzantine et est une délégation permanente de la souveraineté impériale, « ministerium imperialis fastigii », comme dira le Liber diurnus'^. Rome demeure, virtuellement au moins, une résidence impériale, Rome conserve un palais impérial, à en juger par la lettre de saint Grégoire intercédant pour que leurs annones soient plus régulièrement servies aux fonctionnaires qui l'occu-,

I. C. Dbehi., Etudes sur V administration byzantine dans l'Exarchat de Ravenne (i888), p. 27-28.

a. Ibid. p. 172-178.

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pent, « dipersa officia palatii urhis Romae'^ ». Il subsiste donc. Il est comme le symbole de la souveraineté impériale. Quand Phocas sera fait empereur, Phocas enverra à Rome son portrait et celui de. sa femme l'impératrice Leontia : on recevra les deux icônes au Latran, dans la basilîca Tuliae, en présence du clergé et du sénat, car il y a encore un sénat, on acclamera les portraits, puis le pape ordonnera de les déposer dans l'oratoire de Saint-Césaire intra palatium, c'est proprement le palais impérial de Rome ^.

L'exarque de Ra venue paraît parfois à Rome. Nous verrons, en 699, l'exarque se disposant! à venir à Rome, le 29 juin, c'est-à-dire pour le dies natalitius de saint Pierre, prince des apôtres (J. 1680). Nous avons là un indice de la dévotion qui s'attache à saint Pierre : notez bien, l'apôtre Pierre, le prince des apôtres, et il semble que saint Paul en soit oublié. Cette dévotion donne à Rome un titre qui survit à tous ceux que la vieille Rome s'était acquis à la domination du monde, et qui avaient fait d'elle « urhs urbium et totius mundi caput ingens », comme dit Grégoire de Tours [Hist. Fr. V, prol.) .

Le corps de l'apôtre repose dan& la confession de sa' basilique, ' les pèlerins y viennent comme à un lieu saint unique au inonde^. Sous le pape Vigile (SSj-SSS), ^

1. Japfe-Loewenpeuo, Regesta Pontificum Romanorum (i885- 1888), n. i63i.

2. Lib. pontif.t. I, p. 877. Duchesse, «i Le Palatin chrétien », Nuovo Bull, di archeol. crist, igoo, p. xg-20.

3. J. GuiRAUD, « Rome ville sainte au v^ siècle », Compte rendu du Congrès scient, intern. des cath. Fribourg, 1897, p. 106 et Euiv. A, Sepuicri, « I papiri délia basilica di Monza e le reliquie inviate da Roma », Archivio storico lombardo, igoS, ' p. 241 et suiv.

Bélîsaire, après ses victoires d'Afrique, offre entre les mains du pape une croix d'or décorée de gemmes et du poids de cent livres, avec deux grands chandeliers d'argent doré, pour être placés en permanence devant le corps du bienheureux apôtre Pierre. Sous le pape Hormisdas (5 1 4-523), on signale des dons magnifiques de l'empereur Justin; sous le pape Jean II (533-535), de l'empereur Justinien. Théodoric, tout arien qu'il est, figure parmi les donateurs du temps d'Hormisdàs, et aussi bien Clodomir roi des Francs*.

Depuis le v® siècle, cette même dévotion a donné naissance à ce qui porte le nom de Patrimoine de saint Pierre, immense domaine foncier dont on trouve les massaeen Italie, en Corse, en Sardaigne, en Sicile, en Dalmatie, en Afrique, en Provence, et dont le revenu fait de l'Eglise romaine une puissance financière^.

Mais l'Eglise romaine est mieux que cela. L'apôtre et le Siège de Rome ne font qu'un. S'adresser à l'évêque de Rome s'appelle recourir à l'apôtre Pierre. Les actes de l'autorité de l'évêque de Rome sont notifiés « ex auctoritate heati Pétri apostolorum principis » . Dans l'Eglise de Rome, on est sûr de retrouver la solidité de la foi de Pierre. L'apôtre, le prince des apôtres, se perpétue dans son successeur. En Saô, la venue du pape Jean à Constantinople est l'occasion de démonstrations qui révèlent le prestige unique du Siège de Rome en Orient même. Pour la première fois un pape se montre à Constantinople : toute la ville vient au-devant de lui jusqu'au quinzième mille, avec des cierges

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