Lib.pontif. t. I, p. 271, 276, a
2. Pour l'Italie, le Patrimoine est surtout en Campanie, en Toscane, dans le Picenum, la Calabre, l'ApuIie, leBrnttium. Les Lombards, partout où ils sont les maîtres, font main basse sur les terres du Saint-Siège.
et des croix, pour recevoir glorieusement le vicaire de l'apôtre Pierre. L'empereur Justin se prosterne devant lui, il se déclare rempli de joie d'avoir mérité de voir dans son royaume le vicaire de l'apôtre Pierre. Ainsi parle \e Liber pontificalis .
Ce n'est pas à dire que la politique ecclésiastique de Justinien, nous le verrons, n'ait pas humilié gravement les papes de son temps, un Vigile, un Pelage, et préparé a leurs successeurs des conditions de sujétion qu'un saint Léon ne connaissait pas. Le Siège apostolique, de ce côté, a une revanche difficile à prendre.
Dans la désolation de Rome et de l'Italie, dans la détresse d'un empire amoindri, besogneux, menacé sur toutes ses frontières, dans une Europe où tout est livré aux barbares et où il semble (c'est Grégoire qui dit cela *) que les païens redeviennent les maîtres, la
I. Dans une lettre à l'empereur Maurice, en. SgS (J. i36o) : « Ecce cuncta in Europae partibus barbarorum iuri ■ sunt tradita... Saeviunt et dominantur cotidie in necem fideiium cultores idolorum,.. ». — Pour la bibliographie et pour les sources de la vie de saint Grégoire, je renvoie à la préface de F. Homes DuDDBN, Gregory the Great, his place in history and thought (igoS), et à Haics von Schubebt, Geschichte der christlichen Kirche im Frûhmittelalter (i^i'j)^ p. i85-i86. Les vies anciennes de Grégoire, celle du moine anonyme de Whitby, vers 718 (éditée par Dom Gasquet, 1904), celle de Paul Diacre, entre 770 et 780, celle de Jean Diacre, écrite à la demande du pape Jean Vni (872-882), sont de peu d'intérêt pour une histoire critique, parce qu'elles ont utilisé des documents originaux que nous possédons, et parce que leurs informations propres sont le plus souvent sans autorité. Mais nous avons l'incomparable recueil des lettres de saint Grégoire, dont l'édition critique a été donnée par Ewald (et Hartmann) dans les Monumenta Germaniae (1887 et 1899). Pour éviter toute confusion dans la désignation des lettres, nous les désignerons par le numéro que chacune porte dans les Regestade Jaffe. — Dudden est sans relief, mais copieux et soigné. V Eglise au Fl^ siècle (igaS) de Ms^ Duchesne est pour
Providence ménage l'entrée en scène d'un pape, romain de race et d'esprit, qui ne cherchera pas à gouverner le monde, qui ambitionnera d'être le serviteur des serviteurs de Dieu simplement, mais dont le prestige sera exceptionnel, et dont la mémoire d'une rare sympathie demeurera en bénédiction.
Quand il dit que le sénat de Rome n'existe plus, saint Grégoire pense aux grandes familles romaines qui se sont éteintes, à d'autres aussi qui ont déserté Rome pour Constantinople, où elles cherchent la sécurité et la faveur. Toute la vieille Rome n'a pas émigré cependant, et nous en avons pour témoin la propre famille de Grégoire. Il était par sa naissance « de senatorihus primîs », nous dit son contemporain Grégoire de Tours [Hist. Franc. X, i), en situation d'être bien informé, car il avait son diacre Agiulfus à Rome au moment de l'élection de saint Grégoire.
Le père de saint Grégoire s'appelait Gordianus, sa mère Silvia. Mon père, raconte saint Grégoire, avait trois sœurs, qui toutes trois vouèrent ensemble leur virginité à Dieu, Tarsilla, Gordiana, Aemiliana. Des trois, Gordiana ne persévéra pas dans sa vocation et se maria. Tarsilla fit une sainte mort que saint Grégoire s'est plu à raconter. Tarsilla fut avertie par un songe que ses jours étaient comptés : le pape Félix lui appa-
mon récit une introduction à laquelle je dois infiniment, comme aussi bien au livre plus didactique, et vraiment magistral, de Schubert. Quel dommage que Duchesne soil mort avant d'avoir écrit le chapitre sur saint Grégoire, qui devait être le dernier de son histoire, et qui m'aurait sûrement découragé d'écrire le présent livre 1.
rut, en effet, et lui dit : « Viens, car je te reçois dans cette demeure de lumière. » Elle mourut quelque temps après. Grégoire écrit : « Per visionem atavus meus Félix huius Romanae Ecclesiae autistes apparhit. » Le pape Félix, trisaïeul de saint Grégoire, n e p^ut être que Félix III (483-492). Des inscriptions relevées à Saint-Paul hors les murs ont fait connaître le père de Félix lïï, un prêtre Félix que l'on sait avoir été chargé par le pape saint Léon de réparer la basilique de Saint-Paul. Ge prêtre avait été marié, on a l'épitaphe de sa femme Petronia morte en 472, de sa fille Paula morte en 484» de son fils Gordianus mort en 485, de sa fille Aemiliana morte en 489. Les noms de Gordianus et d' Aemiliana se perpétuèrent dans la famille de Félix IIIi.
Le pape Agapitus (535-536) appartenait à cette famille. Il était fils d'un Gordianus, prêtre du titre de Saints-Jean-et-Paul2, çi il avait été attaché dans son enfance au clergé du dit titre. Agapitus, qui était un lettré, avait établi dans sa demeure une bibliothèque dont on a l'inscription dédicatoire : « Une vénérable cohorte de saints siège en longue filé, enseignant les mystiques paroles de la loi divine. Agapitus, siégeant au milieu d'eux comme il convient à l'évêque, a construit avec art ce beau lieu pour les livres. Une grâce pareille est dans tous ces auteurs^ un saint labeur leur est commun : les paroles n'ont pas le même son, mais il n'y a qu'une foi. » Nous
1. Lib.pontif. t. I, p. 253. DeRossi, Inscriptiones christianae, t. I, p. 371-373. Dom Leciebcq, art. « Grégoire le Grand », du Dict. archéol. çhrét. t. VI, p. 1754-1758.
2, Lib, pontif. p. 265. Sur ce titre, voyez F. Lanzoni, « I titoli presbiterali di Roma antica nella storia e nella leggeoda », Rivista di arckeologia cristiana, igaS, p. ao8-axo<
citerons le texte même de ces vers, dont la poésie est médiocre, mais qui révèle le goût des livres chez un pape ami de. Cassiodore :
SANCTOBUM VENERANDA COHORS SEDET ORDINE (lONGo)
DIVINAE LEGIS MYSTICA DICTA DOCENS.
HOS INTER RESIDENS ÀGAPITUS lURE SACERDOS