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J. 1178, mars Sga

revenu, du mobilier, des vases sacres, à quoi que ce soit de l'Eglise... Tu exhorteras instamment le clergé et le peuple à rejeter toute coterie, et à se mettre d'accord pour demander comme évêque un sujet digne d'un si grand ministère et en règle avec les vénérables canons. Quand il aura été désigné » — le pape exactement àixpostulatus, — « muni du procès-verbal de rigueur [cum sùlemnitate decrcti) confirmé par les signatures de tous et du témoignage de les lettres, il viendra à nous pour être sacré {sacraadus) ».

Grégoire rappelle au çisitator qu'il ne doit pas laisser élire un clerc étranger à l'Eglise vacante, sauf le cas où cette Eglise ne compterait aucun clerc digne de l'épiscopat, et qu'il ne doit pas laisser élire un laïque, quelque mérite qu'on lui reconnaisse. Nous avons dans le cas présent une délégation formelle, en vertu de laquelle le délégué du pape veillera à l'ordre, le siège vacant, procédera à l'élection, s'assurera que les canons y sont observés, et en rendra témoignage. L'élection appartient toujours à l'Eglise vacante, le sacre étant réservé au pape, mais celui-ci vérifie toujours la régularité de l'élection et le mérite de l'élu*.

Le pape, toujours à titre de métropolitain, peut

I. Avant de procéder au sacre, le pape fait procéder à une enquête sur l'élu^ et il arrive qu'il ne l'accepte pas. L'enquête est confiée au recteur du Patrimoine local, ainsi le recteur de Campanie pour l'élu de Sorrente, ou à un évêque sûr (J. 1774 et 1782). A Rimini, il fait connaître qu'il ne veut pas qu'on vote pour un certain Ocleatinus, et que, si l'on n'a pas de candidat présentable, il en désignera un (J. iiaS). A Syracuse, Grégoire prévoit que les préférences se porteront sur le prêtre Traianus, qui ne lui paraît pas idoine. « Si autem mea voluntàs ad hanc dectionem quaeritur, tibi secrelo mdico quod volo y>^ et le candidat du pape est Jean archidiacre de Catane (J. iSSg). C'est ce Jean que le pape réussira à donner pour évêque à Syracuse. -

unir une Eglise à une autre. C'est ce qui arrive précisément à l'Eglise de Cumes qu'il unit à celle de Misène (J. 1197), sans doute à l'instigation du visitator qu'il a délégué. La distance n'est pas grande entre les deux cités, et la population n'est pas si nombreuse qu'elle ait besoin de deux évêques. Puisque le. siège de Cumes est vacant, le pape l'attribue à l'évêque de Misène, « praesentis auctoritatis pagina » ; il lui permet même d'établir son siège, soit dans l'une, soit dans l'autre Eglise, à condition d'assurer la célébration des saints mystères dans la cité où il ne résidera pas, et de montrer d'autant plus de zèle à exhorter et à gagner les âmes.

Dans les exemples que nous venons dé produire, on voit Grégoire exercer une véritable tutelle sur les Églises dont il est le métropolitain, le siège vacant. Mais quand l'évêque est en possession, Grégoire exerce encore une tutelle sur lui.

Assurément, il se défend d'entreprendre sur sa juridiction. Il admoneste sévèrement le defensor Siciliae qui a, dit-on, commis la faute de juger des clercs, au mépris du droit de leurs évêques, « despectis eorum episcopis ». Si le fait est vrai, nous vous enjoignons par la présente lettre de ne jamais recommencer, déclare le pape. Car, si on ne respecte pas la juridiction de chaque évêque, que fait-on, sinon ruiner l'ordre ecclésiastique, qui doit être par nous maintenu? « Nam si sua unicuique episcopà iurisdictio non servatur, quid aliiid agitur, nisi ut per nos per quos eccîesîasticus cùstodiri debuit or do conjundatur (J. 1812)? » -

Au temps de saint Grégoire, les moines dans leurs monastères restent sujets de l'évêque du lieu. Le pape écrit à l'abbé d'un monastère situé à Sorrente pour

unir à son monastère un pauvre couvent de Campanie qui a tant souffert de la guerre qu'il n'y reste plus un seul moiiie. L'abbé de Sorrenle administrera les biens du couvent désert, et, sitôt que l'ennemi le permettra, il enverra des moines pour y reprendre la vie de prière (ppus Dei celebrai^e). Qu'il prenne garde : la communauté reconstituée ne relèvera pas de l'évêque de Sorrente, mais de l'évêque de Nocera, puisque le couvent à restaurer est sis dans le diocèse de Nocera. Nous entendons respecter les droits de l'un et de l'autre évêque : « lura sua singulis épiscopis înviolataservemus » (J. i846)i.

I. Sur la Mgislatioa ecclésiastique des monastères, l'élude de DoDDEiîy't. II, p. 173-194, est à lire. Le synode romain de 601 est une « forgery ». Les droits de l'évêque consistaient à autoriser la fondation des monastères, à confirmer l'élection de l'abbé élu par la communauté, à pourvoir à la célébration de la messe dans l'oratoire du monastère,' à visiter le monastère, à intervenir en cas de désordre ou de scandale. L'évêque n'avait aucun droit sur le temporel. Il arrivait constamment que l'autonomie, soit spirituelle, soit temporelle, des monastères fût menacée par l'arbitraire de l'évêque. C'est cet arbitraire que Grégoire s'applique à réfréner. Il intervient alors, après que le monastère a , recouru à lui, et il maintient les privilèges monastiques, ainsi à Rimini, dont le cas est topique (J. iSôa). Par contre, le monastère doit vivre sur lui-même : les moines, bien que tonsurés, ne sont pas proprement clercs. Ils ont un chapelain, qui célèbre la messe (J. 142"?). On sait que, dans la règle de saint Benoît, les moines se confessent de leurs fautes secrètes à l'abbé ou à un spiritalis senior. Les moines ne doivent pas sortir du monastère. II est inouï qu'ils se mêlent de prêcher (Dialog. I, 4)- Ce sont, en somme, des reclus, et le monastère est un lieu de retraite, où l'on envoie purger leur pénitence les clercs, prêtres, évêques, ■astreints à une pénitence. Grégoire n'ignore pas pour autant le rayonnement bienfaisant des monastères, quand ils sont édifiants : ainsi il travaille à établir un monastère en Corse, « qualenus insula ipsa, quae monasterium nunc usque non habuit, etiamin

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Grégoire a l'œil ouvert sur ses sufiragants. Les plaintes que l'on peut faire sur eux arrivent à Rome, on les examine sommairement sans les renvoyer au concile qui périodiquement s'assemble à Rome, et le pape prononce, s'il y a lieu, en chargeant de l'exécution les recteurs du Patrimoine qui sont sur place et auxquels on ne peut opposer ni appel, ni résistance. L'évêque d'Amalfi a été dénoncé à Rome comme ne résidant pas dans son Eglise. Le sous-diacre Anthemius, qui a charge du Patrimoine de Campanie, devra enjoindre à l'évêque de ne pas quitter son Eglise et d'y vivre « more sacerdotali ». Que si, après cette injonction, il ne se range pas, il sera relégué dans un monastère (J. i4o3). Grégoire, on le voit, se sent responsable de la conduite de ses suffragants : il n'a pas besoin, s'ils sont accusés, de les traduire devant le concile romain, il les juge lui-même, il peut les interdire^, les reléguer dans un monastère comme des clercs astreints à la pénitence, ce qui est une façon de les déposer, et il peut aussitôt pourvoir à leur succession comme si le siège était vacant.

L'évêque de Naples n'est pas traité avec plus de ménagements que celui d'Amalfi. Nous avons une lettre

huîus conversalionis via meliorari debeat » (J. 1120). Il va sans dire que les monastères sont indépendants entre eux. La protection accordée par Grégoire aux monastères suburbicaires contre l'arbitraire ou la négligence des évêques, prélude à l'exemption des dits monastères, et à leur sujétion immédiate à Rome, mais cette révolution n'est pas le fait de Grégoire^ qui a seulement voulu que tout abbé pût recourir à Rome pour l'intérêt de son monastère.

I. L'évêque de Tarente a fait donner la bastonnade à une femme de matriculis (inscrite au rôle des pauvres de l'Eglise). Grégoire interdit l'évêque « ab admitiistratione missarum » pendant deux mois (J. 1249).

de Grégoire « aux clergé, nobles, ordo et plehs de Naples » (J. Il 56), où le pape prend acte que leur évêque a été astreint à la pénitence et donc privé de l'épiscopat, « paenitentiae reserçatus, sacerdutii honore primtus.est ». Les charges qui pesaient sur lui étaient de la dernière gravité, car, écrit le pape, s'il avait été jugé sans miséricorde, il aurait dû être condamné à mort par les lois divines et humaines. On ne voit pas qu*ily ait eu de sentence prononcée en concile, l'évêque coupable s'est soumis à la pénitence sur l'injonction du pape vraisemblablement, et maintenant le pape signifie aux Napolitains qu'ils ont à élire un; successeur, car les canons, veulent que, le siège étant vacant, par suite de la mort ou dé la déposition de Tévéque, l'Eglise ne soit pas privée longtemps de sacerdoce. Pour veiller sur l'élection, le pape envoie à Naples l'évêque de Nepi à titre de visitator.

Cette affaire de Naples, sur laquelle nous avons maintes et maintes lettres de Grégoire, est un exemple du pouvoir quasi discrétionnaire que le pape exerce sur un évêché de son ressort. Il a devant lui à Naples des têtes chaudes : il lui faudra deux ans pour venir à bout des factions et obtenir une élection. Encore l'élu, Fortunatus, ne sera-t-il pas de tout repos. Quand il mourra, Grégoire devra charger Paschasius, son successeur, de liquider ses comptes, car il laisse des dettes en souffrance : soixante-trois solidi sont dus aux clercs de Fortunatus, cent aux clercs de l'Eglise, cinquante aux clercs peregrini, cent cinquante aux « hommes de bonne condition tombés dans la misère et qui ne peuvent démander publiquement l'aumône », trente-six aux mendiants (J. 1811). Nous réconnaissons là Grégoire attentif aux derniers détails et soucieux de comptabilité ;en ordre.

Paschasius semble après cela en situation de gouverner en paix son Eglise, mais tout à coup un nouvel orage éclate sur Naples, et le sous-diacre Antheraius est averti par Grégoire que les plaintes s'accumulent à Rome : Paschasius est négligent, Paschasius ne s'occupe ni de son Eglise, ni des monastères, ni des pauvres, Paschasius ne reçoit ni les requêtes des suppliants, ni les conseils des gens de bon sens, Paschasius ne s'occupe que de construire des navires, et il lui est arrivé d'y perdre quatre cents solidi et davantage. Il faut que le sous-diacre Anthemius fasse des représentations à l'évêque, en présence d'autres évêques ou de nobles, et si Paschasius ne corrige pas ses errements, qu'on l'expédie à Rome, a afin qu'ici il puisse apprendre ce qu'il convient à un évêque de faire et d'être pour se conformer à la crainte de Dieu^ ».

Autre affaire de Paschasius. Un de ses diacres a été accusé par le sous-diacre Hilarus, qui n'a pu prouver son accusation. Pourquoi- Paschasius n'a-t-il pas puni ce calomniateur ? Il faut qu'il le prive de son office, il faut qu'il le fasse fouetter en public, il faut qu'il le fasse exiler, « et que le châtiment d'un seul serve de correction à tous ». Grégoire ajoute : « Nous voulons que notre frère Paschasius se donne un vicedominus et un majordome, pour qu'il puisse accueillir les hôtes et les causes qui se présentent ». Le conseil est bon, mais ce n'est pas un conseil, c'est une injonction. Si Paschasius fait la sourde oreille, le sous-diacre Anthemius devra s'adresser au clergé

I. J. 1894. Le clergé de Reggio, qui se plaint, de son évéque, voudrait qu'il soit cité à Rome. Grégoire s'y refuse, mais il enjoint au sous-diacre Savious, qui a charge du Patrimoine, de convoquer cinq évêques à Reggio et d'instruire sur place l'aflàire, pour en référer à Rome ensuite (J. i655).

et faire élire le viceclominus et le majordome (J. i845). Grégoire estime cette ingérence comme son devoir, en considération de la faiblesse qu'il reproche à l'évêque deNaples, — ratîone peccati, dirions-nous, — en considération aussi déjà responsabilité qu'il a de toutes les Eglises, dit-il lui-même^. Paschasius cependant aurait pu se plaindre d'être traité durement.

Il n'aurait pas été le seul. Grégoire, en effet, avec son zèle impérieux, blessait souvent ceux qu'il voulait corriger. Quand il apprenait qu'il avait fait de la peine, son humilité et sa générosité lui dictaient des lettres comme celle-ci, à Opporlunus de Teramo^ :

« II m'a été rapporté que, depuis le temps où j'ai contristé la dilectioD par de dures paroles à l'occasion de certaines choses qui m'avaient à bon droit déplu, tu as conçu une grande tristesse et un chagrin qui ne te quitte plus. Aussi, 1res cher fils, je veux que tu saches que ces paroles, je te les ai adressées non par dureté de cœur, mais par amour de ton âme. Reviens donc de toute ton aine à Dieu. Considère combien est fugitive la vie présente. Hâteloi de mériter les récompenses éternelles. De toute la vertu, châtie la chair, qui, tant qu'elle a vécu dans le plaisir, a châtié l'âme. Sois bon au prochain, donne davantage aux heures de la psalmodie et des larmes, supporte avec patience les maux qui te viennent d'autrui. Si l'on t'a fait quelque injustice contre ton droit, estime que c'est un gain. Ainsi faisant, par le mépris des choses du temps que tu souffres, tu gagneras le^royaume du ciel. Que Dieu inonde ton cœur et ton corps du salut de la grâce céleste, et que son Esprit te fasse au dedans sentir ce qui est bien, pour que tu sois capable de le réaliser au dehors^. »

1. Voyez la lettre à l'évêque de Ravenne Marinianus. Grégoire accepte la démission de Tévéque de Rimiui et ordonne qu'on élise quelqu'un à sa place, « quia cunctarum Ecclesiarum iniuncta nos soUicitudinis cura constringit » (J. i663).

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