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Grégoire savait avoir des attentions pour ses sulfragants

Aussi bien la main de Grégoire savait être souple, quand il le fallait. Un des premiers actes de son pontificat est pour faire connaître aux évêques de Sicile qu'il confie le Patrimoine au sous-diacre romain Pierre, et que le dit recteur représentera auprès d'eux l'autorité du Siège apostolique. On pourrait croire que les évêques de Sicile vont être soumis à ce sousdiacre comme à un çicedominus, mais on a la surprise de voir ces mêmes évêques invités, a iussimus », dit le pape, à se réunir une fois par an, soit à Syracuse, soit à Catane, c( pour aviser aux intérêts des Eglises de la province », aux besoins des pauvres, à la correction des désordres. Pour la première fois, une province du ressort métropolitain du pape a son concile provincial régulier, auquel prendra part, il est vrai, le sous-diacre Pierre, et ce concile aura compétence pour juger (J. 1067).

Peu après, le pape complète cette réforme. Maximianus son ami étant devenu- évêque de Syracuse, Grégoire institue en Sicile un vicariat, comme il en a été institué anciennement à Thessalonique, à Arles, et Maximianus devient vicaire du Siège apostolique a sur toutes les Eglises de Sicile » (J. iiSg). On ne saisira plus Rome que des cas difficiles que le vicaire renoncera à dirimer {causae maiores). Grégoire toutefois, en faisant cette concession à la Sicile, déclare investir Maximianus à titre personnel, le vicariat sera attaché à sa personne, non à son siège. C'est donc une concession révocable ; mais combien il est reriiar-

pauvres ou infirmes. L'ëvêque de Chiùsi, Ecclèsîus, est niàlàde : il le dispense de venir à Rome, et il ajoute : « . Unum caballiim vobis qualem invenire potuimus de benedictione sâncti Pétri ■ transmisimus, ut faabeatis cum quo post infirmitatem yectàri possitis » (J. 1793, septembre 600).

quable que la centralisation métropolitaine de plus en plus étroite imposée par Rome aux regiones subur~ bicarîae, se détende ainsi, fût-ce à titre d'essai et d'exception, au béné&ce de la Sicile.

De même, les évoques du ressort métropolitain viennent à Rome une fois l'an, pour le natale de saint Pierre. De longue date, les évêques de Sicile sont autorisés à ne venir que tous les trois ans. Grégoire; leur accorde de ne venir que tous les cinq ans. Le voyage est pénible et périlleux, et c'est une raison valable ; mais le préteur byzantin de Sicile ne voit pas sans soupçon ses évêques se réunir là Rome (J. i465). N'oublions pas que la Sicile ne dépend pas de l'exarque de Ravenne et qu'elle ressortit immédiatement à Constantinople. Grégoire, en relâchant ainsi de la sujétion de la Sicile à Rome, témoigne, peut-on penser, de sa condescendance pour l'autoritéimpériale.

L'Afrique, — dont on nous pardonnera de parler ici, — depuis qu'elle a été reprise aux Vandales sous Justinien, est gouvernée par un exarque, l'exarque d'Afrique, av«c lequel le pape garde un contact constant. On ne peut douter qu'il compte sur l'exarque, avant tout, pour la répression des hérétiques conformément aux lois de la République*. Les Ariens ont

I. Grégoire est en principe intransigeant sur l'application des lois impériales aux hérétiques. Voyez sa lettre au préfet d'Afrique Pantaléon (J. i3o4),qui commende ainsi : «Haereticorumnefàndissimam pravitatem qualiter lex persequatur ins^antius, excellenliaevestraenonliabetur incognitum... » Il fait au préfet un cas de conscience d'appliquer la loi. — Cependant, quand il croit possible de ramener les hérétiques à l'Eglise, l'attitude de Grégoire devient

disparu avec les Vandales, mais les Donatistes inquiètent Grégoire par leurs velléités de renaître : l'exarque heureusement y veillera. Le pape compte sur lui pour fortifier la discipline ecclésiastique, pour. « restaurer la société des Eglises dispersées ». Mais l'exarque d'Afrique est ombrageux comme le préteur de Sicile : si quelques-uns des évoques d'Afrique « désirent venir au Saint-Siège », recourir à Rome, venir à Rome, Grégoire demande à l'exarque Gennadius de le leur permettre, « perrnittite y> (J. ii4i)- Une permission est-elle donc nécessaire?

L'ëpiscopat catholique, reconstitué en Afrique, est préoccupé de garder les libertés qui sont un trait du catholicisme africain. Les évoques d'Afrique ont adressé au pape Pelage II une requête tendant à ce que « les coutumes, toutes les coutumes, soient maintenues que le passé a conservées jusqu'ici depuis les origines et depuis les ordonnances du bienheureux Pierre, prince des apôtres ». Grégoire répond à cette requête adressée à son prédécesseur. Il écrit donc <c à tous les évêques de Numidie » que leur requête est par lui estimée juste, et qu'il accepte ces coutumes, qui n'ont rien de contraire à la foi catholique. Nous ne connaissons pas le détail de la requête des

tout autre. 11 . écrit à l'évêque de Salone, qui a chez lui des Photinièns obstinés^ de tâcher de les converlir. « S'ils veulent venir à- moi et entendre raison;.,, promets-leur qu'ils ne souffriront de ma part aucune violence, et que je discuterai avec eux. S'ils i^econnaissent la vérité, ils s'y rallieront; s'ils ne la reconnaissent pas, je les renverrai saufs... » (J. 1784, juillet 600). — Au contraire des hérétiques, les Juifs, protégés par les lois, sont défendus par le pape, eux et leurs synagogues, ainsi à Naples, à Palerme, à Cagliari, à Marseille..» Grégoire a préservé l'occident médiéval de l'antisémitisme. Gbisar, p. 342-347.

Africains, nous voyons seulement le pape se déclarer d'accord avec eux nde primatibus constituendis ceterisque càpitulis », il interdit toutefois de conférer la dignité primatiale à des évêques qui seraient des convertis du Donatisme (J . ii44).

Kotez que les évêques africains ont senti le besoin de faire confirmer à Rome leurs « coutumes », et cette requête est 'déjà intéressante comme indice du principatus romain. Grégoire confirme de bonne grâce, à la réserve d'un article : Rome avait donc une sorte de droit de veto en la matière. Grégoire n'a pas dessein de resserrer plus qu'il n'est opportun les liens qui rattachent à Rome xîes évêques africains. Il sait combien il est difficile de juger une cause quand on n'est pas sur place (J. i4i6). Il ne pense pas à se donner un vicaire en Afrique, il n'est pas métropolitain d'Afrique. Il sait que parmi les évêques africains plusieurs sont dévoués au Siège apostolique, tel Çolumbus, évêque en Numidie : « Tota te mente, toto corde, totaque anima apostolicae sedi inhaerere ac esse deçotum ... scio », lui écrit Grégoire (J. laSa). Par Çolumbus, le pape est informé officieusement des affaires religieuses d'Afrique, et le pape peut suggérer des directives. Mais beaucoup de prudence n'est pas de trop : pour avoir reçu souvent des lettres de Rome, Çolumbus s'est attiré nombre d'inimitiés, le pape lui-même nous l'apprend (J. i448). Un fort parti évidemment répugne à s'assujettir a Rome et à sacrifier les libertés de l'Eglise africaine. Ce parti cherche à Constantinople, et y trouve sans doute, des encouragements (J. i548).

Il y a une lettre fameuse de saint Grégoire a l'évêque de Carthage Dominicus, qui, au début du pontificat, a envoyé à Rome deux évêques, avec un diacre et un

notaire, féliciter Grégoire de son élévation. La démarche de Dominicus s'est fait attendre, Grégoire ne le dissimule pas. On devine que l'évêque de Carthagè a insisté auprès du pape sur les privilèges de l'Eglise d'Afrique. Sur quoi Grégoire lui écrite :

« Quanl aux privilèges ecclésiastiques, ce que votre fraternité réclame, qu'elle le tienne (pour reconnu) sans aucune hésitation, parce que, comme nous défendons nos droits, ainsi nous respectons les droits de chaque Eglise. Grâce à Dieu, je n'accorde à personne plus que son droit^ et à personne je ne refuse par ambition ce à quoi il a droit. En tout je , désire honorer (les évêques) mes frères, et je m'applique a maintenir l'honneur de chacun, à condition qu'il n'y ait point de conflit de droits entre eux. »

Grégoire répond là aux arrière-pensées de l'épiscopat africain enclin à soupçonner le Siège apostolique du dessein de confisquer les droits des évêques, « ambitu stimulante >?, par ambition de dominer. Le Siège apostolique veut tenir la balance égale entre tous les évêques et l-especter les droits de chaque Eglise, « singulis quibusque Ecclesiis sua iura servamus ». Il est claiir que ce respect est en fonction du principatus du Siège apostolique, Grégoire ne cédera rien des droits propres à ce siège, « nostra defendimus » . Grégoire écrira bien des fois à l'évêque de Carthage Dominicus, toujours dans les termes les plus affectueux et sans se prévaloir d'une primauté. Il convient, lui dira-t-il une fois, que « pour vous' je prie auprès dji corps très saint du bienheureux Pierre prince des apôtres, et que vous priez pour moi auprès du saint martyr Cyprien'^ ». Cette gracieuse

r. J. 1199, 28 juillet 692.

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