J. iSgS, octobre SgS
réciprocité de prières n'implique pas pour autant l'égalité de saint Pierre et de saint Cyprien . Il vient d'Afrique des appels à Rome, le pape ne les repousse pas, mais il les renvoie en Afrique à des juges qu'il désigne : il exerce ainsi sa primauté de juridiction, sans paraître l'exercer.
En Italie, passé les frontières des regiones suhurèicarùze, le pape ne connaît plus les évéques un par un comme il connaissait ses sufiragants : il ne connaît plus, peut-on dire, que leur métropolitain, et tous les pouvoirs que, évêque de Rome, il exerçait à titre de métropolitain sont de droit réservés à ce métropolitain. Nous avons vingt-neuf lettres adressées par Grégoire à l'évêque de Ravenne, pas une à l'un quelconque des sufiFragants de Ravenne, sauf celle par laquelle il nommé l'évêque de Ficoclae (Cervia) çisitator de Ravenne, le siège vacant (J. i336). L'évêque de Ravenne, sitôt élu, doit venir à Rome, où il est sacré par le pape. Il prend part d'ordinaire au concile de Rome.
L'évêque Jean, que Grégoire a trouvé sur le siège de Ravenne, est un romain d'éducation et de carrière. Quand il meurt (ii janvier SqS), les électeurs s'étant divisés, deux noms de ravennates sont proposés au pape, qui n'agrée ni l'un ni l'autre, et persuade aux deux factions de lui demander un moine de son monastère du clivus Scauri, Marinianus, et Marinianus est sacré, si peu qu'il ait de goût d'être évêque (J- i367).
Le pallium était, au vi° siècle, un insigne du pape et aussi de l'évêque d'Osde en tant que consécra-
leur du pape : aucun autre évêque, en Occident, ne portait le pallium, sijaon par concession personnelle du pape. En fait, nous le voyons constamment porté par les évêques de Ravenne dans les mosaïques. L'origine et la signification du pallium restent pour nous problématiques 1. Grégoire est si attentif sur cet article, et vraiment si pointilleux, que l'on a pu croire que le pallium était quelque chose de saint Pierre. En réalité, Grégoire était d'un temps où les insignes avaient pris une importance grande : il n'en a pas créé un seul, mais il tenait la main à ce qu'ils ne fussent usurpés par personne, et que les ayants droit eux-mêmes observassent ponctuellement les conditions du privilège dont on les avait honorés. Grégoire écrit à l'évêque de Ravenne Marinianus (J.1377):
« Par faveur du Siège Apostolique, et considérant l'ordre de la coutume antique, nous avons décidé de concéder l'usage du pallium à ta fraternité, qui vient de prendre en main le gouvernement de l'Eglise de Ravenne. Tu te souviendras que tu ne peux porter le pallium que dans la propre Eglise de ta cité, quand tu sortiras prôcessionnellement du salutatoriujn, après en avoir congédié (les laïques) tes fils, et pour célébrer les sacre'es solennités de la messe. La messe finie^ lu auras soin de quitter le pallium, en rentrant au salutaôorium. Hors de l'église, nous ne te permettons pas de le porter, sinon quatre fois l'an, dans les Litanies, ainsi que nous l'avons dit à ton prédécesseur Jean... »
Nous avons vu que l'évêque de Ravenne est toujours sacré par lé pape, en souvenir du temps où Ravenne
I. Le pallium est sûrement à la fin du iv^ siècle l'insigne des évêques grecs. Au début du vi« siècle, en Occident^ il est porté par le pape seul. Saint Césaire d'Arles est le premier évêque à qui un pape Tait donné. Schubert^ p. 45. Sur le pallium, P. Batiffol, Etudes de liturgie et d'archéologie (1919), p. 57-71.
appartenait au ressort métropolîtaîn de Rome. Les suffragants de Ravenne sont sacrés par l'évêque de Ravenne, et lui seul intervient quand un siège est h pourvoir dans sa province. Le pape tout au plus se croit-il permis d'exciter son zèle à ne point laisser vaquer un siège plus de trois mois conformément aux «. statuta sacrorum canonum » (J, i485).
Grégoire a grand intérêt à avoir à Ravenne un collègue très sûr. Si sur la question du pallium il lui tient rigueur, il est pour le reste en confiance, aussi bien avec Marinîanus qu'avec Jean, son prédécesseur, à qui il a dédié sa Régula pastoralis. Cette confiance va jusqu'à demander à Jean de veiller sur les évêques suffragants de Rome, qui ne peuvent venir à Rome, parce que les Lombards coupent la route : Grégoire compte sur Jean, non pour les convoquer à Ravenne, cela à aucun prix, mais pour les réprimander, le cas échéant, par lettres, et si quelque affaire grave surgit, l'instruire et en faire son rapport à Rome, où on prononcera « quae legibus canonïbusque conveniunt » (L 1181).
L'évêque de Milan, au contraire de l'évêque de Ravenne, n'est point sacré à Rome par le pape. Il est élu à Milan, mais à cette date Milan est aux mains des Lombards ariens, et quand, en SgS, l'évêque Laurentius meurt, c'est à Gênes, en terre impériale, que se fait l'élection du successeur. Grégoire délègue à cette élection le sous- diacre romain Jean, à la demande des électeurs soucieux apparemment de légitimer par là l'élection. Grégoire écrit au sous-diacre recteur du patrimoine de Ligurie* :
« Autant le Siège apostolique, grâce à Dieu, est incontestable- I. J. i234j avril SgS.
ment à la tête de toutes les Eglises [apostolica sedes Deo aucto/e ciinctis praelata constat Ecclesiis], autant parmi nos multiples sollicitudes celle-là s'impose à nous, quand pour la consécration d'un évêque on nous attend comme arbitres {ad consecrandum antislitem, iiostrum expectatur arhitnum). »
Le mot arhitrium implique rassentiment du pape à l'élection et par suite à la consécration. Le clergé milanais a élu le diacre milanais Constantius. Le sousdiacre romain Jean se rendra à" Gênes, il s'enquerra de la régularité de l'élection, et il fera consacrer Constantius « à propriîs episcopis, sicut antiquitatis mos exigit, cum nostrae auctoritatis assensu ». On peut douter que cet assentiment du pape soit une coutume de l'anliquité j il est du moins de règle au temps de Grégoire, qui n'entend rien abandonner de son droit, pas plus qu'il n'entreprend sur les droits des autres. Il l'avait dit à l'évéque de Carthage, il le redit avec insistance au ' clergé milanais : 4< Sicut ah aliis nostra exigimus, ita singulis sua iura servamus »^.
Sitôt Constantius sacré évêque, en réponse à sa première lettre, Grégoire lui envoie le pallium. Le pape compte qu'il relèvera cet honneur par son humilité^. Pour le reste, l'évéque de Milan traite seul avec ses suffragants, pourvoit seul aux sièges qui viennent à vaquer. Certaines causes cependant, instruites à Milan, jugées à Milan, peuvent venir en appel à Rome.
Il est question ainsi d'un évêque du nom de Pompeius, qui a passé en jugement devant Constantius, et que celui-ci n'a cru pouvoir ni condamner, ni absoudre. Le dossier (gesta) a été porté à Rome et