‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 44 sur 85 · I. J. iSaa, septembre-octobre 5g · texte numérisé non relu

I. J. iSaa, septembre-octobre 5g

« Un jour, accablé par le tumulte excédant de certains séculiers, (de ces séculiers) qui dans leurs affaires le plus souvent nous contraignent à payer ce que nous sommes certains de ne pas devoir, je me réfugiai dans un lieu secret ami de ma peinei.. j'étais là, affligé, silencieux, quand se présenta mon très cher fils le diacre Pierre, qui depuis la première fleur de sa jeunesse m'est attaché par une familière amitié et est mon compagnon dans l'approfondissement de la sainte Ecriture. Me voyant dévoré par la grave peine de mon cœur, il me dit : Est-il arrivé quelque nouvelle épreuve, que tu sois plus chagrin que de coutume? Je lui répondis : Le chagrin qui est chaque jour le mien m'est toujours ancien par la peine que j'en ai, ^t toujours nouveau par le surcroît qu'il m'en donne. » Grégoire avoue à Pierre l'incurable regret qu'il a de la vie monastique, à laquelle il a dû dire adieu en devenant évêque. Nous avons cité ailleurs cette page émouvante. « Souvent, poursuit-il, à aggraver ma douleur contribue le •souvenir qui me revient de quelques-uns qui ont abandonné le siècle de toute leur âme : je vois le sommet par eux atteint, je mesure le bas-fond où je gis l » Sur quoi le diacre Pierre confesse qu'il ne connaît guère, en Italie, de saints personnages qui aient fait des miracles, a Que dans cette terre (d'Italie) il y ait eu de saintes gens, je n'en doute pas, mais que d'eux on ait vu des miracles, je ne

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le pense pas, ou bien on les a ensevelis dans le silence de telle façon que nous les ignorons. »

Les quatre livres des Dialogues ont pour dessein d'enseigner au diacre Pierre ce qu'il ignore. *

Nous apprenons là nous-mêmes que l'Italie n'avait pas eu jusqu'alors d'hagiographes el que Grégoire se sentit pressé de combler cette lacune. En Italie, les saints n'avaient pas d'histoire 2, les martyrs eux-mêmes n'avaient que le Martyrologe dit hiéronymien,'nous le savon» par (irégoire en personne (J. iSiy). Quand il entreprit de composer les Dialogues, il recueillit les souvenirs qui flottaient à la dérive et qui n'étaient pas écrits 3.

De juillet 098, on a une lettre de lui à son ami Maximianus évêque de Syracuse, où il dit (J. laSS) :

(c Mes frères qui sont les familiers de ma vie me pressent à l'envi d'écrire quelque chose de court sur ce que nous savons des miracles faits en Italie par les Pères. Pour cela, j'ai grand bçsoîn du secours de votre charité, et que vous me signaliez brièvement les miracles qui vous reviennent en mémoire et qu'il vous est arrivé de connaître. De domnus Nonnosus l'abbé, qui fut

I. U. MoRiccA, Gregorii Magni Dialogi libri IV (i924)> dans les Fonti per la storia d'Italia publiés par l'Istituto' storico îtaliano de Rome. Bonne introduction, mais l'établissement du texte, qui apporte d'utiles corrections, n'a rien de définitif, croyonsnous.

a, H. Df^ehaye, Origines du culte des martyrs (igra), p. 3oo, parle du (c faisceau compact des légendes romaines dont la plupart furent rédigées au vi^ siècle,... dépourvues de toute valeur au point de vue de l'histoire qu'elles prétendent faire connaître )).

3. L'idée de mettre un récit en forme de dialogue a dû lui être suggérée parle précédent de la Fie de saint Martin de Sulpice Sévère, ou aussi bien parles Conférences de Cassien, Il ne cite, du reste, ni l'un, ni l'autre, de ces deux auteurs très lus de son temps.

auprès de rfomitiw Anastase de Pentomisj ^e me souviens que tu m'as rapporté quelque chose, que j'ai oubliée. Cela donc, et autres choses encore, s'il en est, je te demande de me le dire dans une lettre que tu m'adresseras d'urgence, si tant est que tu ne te hâtes pas de venir tpi-mêine à moi. »

Dans l'été de SgS, on le voit par cette lettre, Grégoire recueillait les matériaux des Dialogues. JJn miracle qu'il y rapporte est contemporain de la terrible inondation du Tibre de novembre 589, « ante hoc fere quinquennium y> (III, 19), dit-il, et nous avons là une preuve que Grégoire mit la dernière main aux Dialogues en ^Q^. !

Le titre qu'ils ont porté alors était De miraculis Patrum italicorum.

Grégoire, qui aurait pu étendre son enquête bien au delà de l'Italie et trouver partout des informateurs, — témoin ce qu'il rapporte d'Hermenigilde * d'après ce que lui ont appris maintes gens venus d'Espagne à Rome (III, 3i), ■— Grégoire a voulu se restreindre à l'Italie. Les provinces (Grégoire reste fidèle à la nomenclature des provinces impériales) où se localisent les mira'cles racontés sont principalement la Campanie, l'Ombrie, la Valérie, la Toscane, le Samnium. A quelques exceptions près, cette Italie est, après Rome, l'Italie adjacente à Rome.

L'aire chronologique est limitée tout autant. Les souvenirs recueillis sur saint Benoît nous reportent à la première moitié du vi° siècle. Les plus anciens des autres souvenirs qui peuvent être datés ne remontent pas plus haut que 5 10. Ainsi en est-il de l'abbé Aequitius en Valérie (I, 4) 6t du magicien Basile qui

1. Le récit de Grégoire sur Hermenigilde n'est pas sans difficultés. Voyez DocHESHB, Eglise Vl^ siècle, p. 572-574.

se présenta vêtu en moine à son monastère, « au temps où des sorciers [nialefici) furent découverts dans cette ville de Rome », dit Grégoire^. Nous savons par Cassiodore que ces poursuites contre les malefici se placent en Sio-Sii^. La plupart des souvenirs appartiennent aux deux générations qui précèdent SqS, la première désignée par Grégoire comme « le temps des Goths », plus précisément « le temps de Totila, roi des Goths », la seconde comme « notre temps 5>.

11 faut à saint Grégoire, qui n'a pas de sources écrites où puiser, des témoignages à recueillir. Nous l'avons vu ainsi solliciter celui de Maxîmianus évêqUe de Syracuse, qui n'est pas le seul certainement à qui il a eu recours. Il écrira : Félix évèque de Porto, « de la relation de qui je tiens ce récit... ». Ou encore : « Je ne tairai pas ce que j'ai appris du vénérable Venantius évêque de Luni, qui me l'a raconté il y a deux jours... »

Grégoire ne regarde pas d'ailleurs à la qualité de ses témoins, les plus humbles valent les plus considérables. Ecrivant son chapitre sur le saint évèque de Todi Fortunatus, il dit: « Je ne puis taire ce que j'ai appris voici douze jours à peine. On m'a en eflPet amené un

i. Grégoire connaît la fin de ce Basile : il reparut à Rome où il fut brûlé vif par le peuple :« Nonpost longuni tempus in hac romana urbe, exardescente zelo christiani populi, igné cremalus est » [ibid.). Les malefici étaient nombreux, on recourait à eux, on les redoutait plus encore, et l'Eglise voyait en eux des associés du diable. Dialog. T, lo. Voyez la lettre de Grégoire encourageant à Rome les poursuites contre « quosdam încantatores atque sortîlegos » {J. 173 1).

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