‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 47 sur 85 · I. P. Monceaux, Saint Martin (i9a6),p · texte numérisé non relu

I. P. Monceaux, Saint Martin (i9a6),p

qui avait été « le père » du grand monastère de Fondi, et qui n'avait été disciple de personne : « Le don de l'Esprit saint ne s'astreint pas à une loi », et saint Jean Baptiste n'a pas eu de maître (T, i). La règle de saint Benoît, à la fin du vi® siècle, n'était sans doute pas adoptée partout, pas même peut-être au clivus Scauri, quoiqu'on ait dit. Elle était connue de Grégoire. « Je ne veux pas, dit-il au diacre Pierre, que tu ignores que l'homme de Dieu, entre tant de miracles qui l'ont illustré dans le monde, n'a pas médiocrement brillé par le verbe de la doctrine : car il a écrit une règle de moines remarquable par son esprit de discrétion, écrite avec une clarté parfaite, monachorum regulam discretione praecipuam, sermone luculentam. » Grégoire ajoute : « Si quelqu'un veut connaître à fond le caractère et la vie de Benoît, il trouvera dans la lettre de sa règle tous les traits de sa maîtrise, car le saint homme n'a pas pu 'enseigner autre chose que ce qu'il vivait » (II, 36). Grégoire donc avait lu la règle de saint Benoît ; il en admirait la rédaction, lui qui savait mieux que personne ce que doit être un texte législatif; il en admirait plus encore l'esprit de discrétion, c'est-à-dire le discernement du possible, par contraste avec le chimérique et l'excessif. Il ne pouvait pas ne pas y découvrir une extraordinaire conformité avec ses propres vues. Il se complaisait à y trouver mieux qu'une règle, saint Benoît lui-même et sa sainteté.

Quand saint Benoît était mort, après l'année 54^, personne parmi ses moines n'avait entrepris d'écrire sa vie : sa règle leur suffisait. En SSp, chassés du Mont-Cassin par les Lombards, ses moines s'étaient réfugiés à Rome et établis dans un monastère adjacent au Latran, d'où ils ne devaient pas retourner au

Mont-Cassin, avant le viii^ siècle^. Le Latran était devenu ainsi, sous le pape Pelage II, l'abri de la vie bénédictine, et il allait le rester plus d'un siècle. C'est là que Grégoire recueillit les éléments de sa biographie de saint Benoît. « Je n'ai pas, dit-il, connu tous sesgestUy mais le peu que j'en raconte je le tiens de quatre de ses disciples : Gonstarilinus, homme très vénérable, qui lui succéda dans le gouvernement du monastère, Valentianus qui longtemps fut à la tête du monastère du Latran, Simplicius qui troisième après Benoît gouverna le communauté, Honoratus enfin qui est à la tête de la cella où Benoît vécut d'abord », à Subiaco (II, Prolog.). Cinquante ans seulement, en 098, séparaient Grégoire de la mort de saint Benoît : il a pu interroger des moines qui avaient été formés par lui, qui étaient de ses disciples immédiats, qui vivaient de son souvenir.

Grégoire n'a pas eu dessein d'écrire une vie de saint Benoît, mais seulement de nous édifier de sa sainteté et de ses miracles. Il lui importe peu de nous apprendre quand il est venu dé Nursie à Rome poor « se livrer aux études libérales des lettres » ; quand il s'enfuit au désert en abandonnant ses études, donc tout jeune encore ; quand il s'établit à Subiaco et passe bientôt maître d'ascétisme,- quand il quitte Subiaco pour le Mont-Cassin. 11 ne nous dira même pas en quelle année il mourut. Mais il nous raconte les jnirabilia de cette vie de l'homme de Dieu, à la joie du diacre Pierre, qui lui dit ; « Grandes, très grandes sont les choses que tu racontes là, elles serviront h l'édification de beaucoup : pour moi, des miracles

Page 1