I. Voyez la note de MoRicci, p
de cet homme bien bon, plus j'en bois, plus j'en ai soif, miraciila quo plus bîho, plus sitio » (II, ^7).
GiQ& gestaàQ saint Benoît sont aussi bien, pour une grande part, des traits de caractère : Grégoire, qui les discerne et les met en valeur avec un tact très sûr, se trouvera avoir dressé devant nous un admirable personnage, grave, judicieux, humble, tout en Dieu*. Sa rencontre avec Totîla (elle doit se placer en 542) est une belle page d'histoire. Le roi goth est monté au Mont-Cassin, et le prestige de Benoît vieillissant est si grand, que le roi se prosterne devant lui. Benoît le l'élève : « Tu fais beaucoup de mal, lui dit-il, tu as fait beaucoup de mal : désormais fais trêve à ton iniquité. Tu entreras à Rome, tu passeras la mer, tu as dix ans de règne, dans dix ans tu mourras. » Car Benoît est prophète. A l'évêque de Canosa qui s'épouvante à la pensée que Totila entrera à Rome (l'événement est de 546), rhomme de Dieu dit : « Rome ne sera pas exterminée par les barbares, mais harassée par les tempêtes, la foudre, les tremblements de terre, elle dépérira sur elle-même, marceseet in semetipsa ». Grégoire croit voir cette prophétie s'accomplir sous ses yeux, les murs de Rome s'écroulent, les églises sont détruites par les tempêtes, les édifices sont exténués de vieillesse, a aedificia longo senio lassata » (II, i5).
La Providence fera mentir la prophétie de saint Benoît et le pressentiment de saint Grégoire, Rome n'est pas près de mourir de vieillesse et de s'ensevelir dans ses ruines, avec le monde lui-même. Le mona-
I. Voyez Dom Ryelakdt, Essai sur la physionomie inorale de saint Benoît (1924)} p. 21-47. Dom Butusk, Le monachisme bénédictin, ira.d. franc. (i92'4), p. 172-175,
chisme qui se discipline sous la règle de saint Benoit, — en dépit des lacunes de cette règle, — est un renouveau déjà à l'œuvre : la retraite des Cassinésiens au Latran les solidarise plus étroitement avec le Siège apostolique. Mais nul doute que le livre II des Dialogues n'ait fait de saint Benoît le patriarche des moines d'Occident.
SA.INT GRÉGOIRE ET l'oCCIDENT
L'Occident, séparé de la res publica christiana, ne saurait échapper à la sollicitude de Grégoire. Nous avons vu l'habile politique dont Grégoire use envers les Lombards en Italie, en vue de les rapprocher du. catholicisme et du catholicisme de Rome : nous allons retrouver cette même politique en Espagne, en France, en Angleterre, aux prises avec des difficultés et des opportunités nouvelles.
Depuis Justinien, exactement depuis 552, l'empire byzantin a mis la main sur la province de Carthagène et sur une part de la Bétique, et il . saura maintenir sa conquête jusqu'à l'invasion arabe. Le reste de l'Espagne relève, y compris Narbonne, du royaume des Wisigoths. Le royaume suève a été annexé par les Wisigoths en 585. Grégoire a devant lui, en Espagne, d'abord une enclave byzantine.
Le gouvernement en est aux mains d'un iudea; byzantin, Comitiolus, qui pratique avec ses ressortissants la manière forte, sans scrupule. Il a fait juger par quelques évêques à sa dévotion l'évêque de Malaga (en Bétique), qui a été déposé et à qui on a donné un successeur. L'évêque de Malaga, lanuarius, a fait appel à Rome. Un autre évéque, Etienne, dont le siège n'est pas nommé, mais qui appartenait sans doute lui aussi à la Bétique, a fait appel de même d'une
sentence de déposition, obtenue contre lui par le redoutable Comiliolus. Le pape a reçu les deux appels. Il pourrait se plaindre à Constàntinople de l'arbitraire du iudex. Il voit au contraire dans le cas présent une occasion d'intervenir directement dans cette province byzantine de l'extrême Occident et d'y connaître des causae maiores.
Prévoyant que le iudex byzantin fera opposition à cette intervention, Grégoire dresse un capitulare ou relevé des lois de Justinien qui la peuvent légitimer*. Le pape y a trouvé que, si un laïque accuse un évêque, il doit saisir de l'accusation le métropoUtaipi dudit évêque, qui jugera a conformément aux saints canons et aux lois », et, s'il y a une seconde instance, elle sera portée devant « l'archiévêque ou patriarche », qui prononcera sans appiel. Justinien a consacré par là le droit canonique oriental. Grégoire semble le consacrer à son tour, puisqu'il invoque la novelle de Justinien qui l'énonce. Que si, poursuit le pape, on objecte que les deux évêquês en cause n'ont ni métropolitain, ni patriarche, il n'en est que plus évident que leur cause est de la compétence du Siège apostolique, qui et omnium Ecclesiarum caput est ».
Grégoire envoie donc en Espagne un defemor romain, Jean, qui instruira sur place et prononcera, dût la sentence comporter une excommunication de six mois des évêques compromis dans l'afiPaire des deux appelants et leur réclusion dans un monastère pour y faire pénitence, sans parler des dommages et intérêts à imposer à Comitiolus. Nous ne pouvons insister sur cette affaire, dont d'ailleurs nous ne connaissons pas l'issue. Le dossier que nous en avons