I. J. 1912, ao(\t 6o
nous permet du moîas dé constater l'autorité que Grégoire revendique au nom des saints canons et des lois impériales dans cette lointaine province byzantine qui semble n'avoir pas de concile à elle. Le defensor, en effet, n'a pas mission de se concerter avec le concile : il jugera, il exécutera, il a tous pouvoirs.
Une lettre du même temps (J. 191 3) nous le montre envoyé jdans l'île de Cabrera, voisine de Majorque, pour réformer un monastère, dont les désordres ont retenti jusqu'à Rome. Grégoire ne demande pour cela l'aide dé personne, la permission d'aucun évêque, et il n'a aucune hésitation sur l'exécution du mandat qu'il donne à son envoyé.
L'action directe du pape dans ce pays d'empire est, on le voit, mise en mouvement par les causes dont est saisi le Siège apostolique, et elle s'exerce en conformité des saints canons, voire des lois impériales. Dans des cas comme celui du monastère de Cabrera, le pape se considère comme investi du pouvoir de couper court au scandale motu proprio et de rétablir ce qu'il appelle l'ordre régulier \ordo canonicus) .
Le royaume wisigoth ne se prêtait pas à une pareille action du pape, tant s'en faut, même quand ce royaume, d'arien, fut devenu catholique. Leovigild était mort en 586. Saint Grégoire assure que le roi, réconcilié avec l'évêquede Séville, saint Léandre, l'avait appelé à son lit de mort et lui avait recommandé Reccarèdie son fils qui allait lui succéder [Dialog. III, 3i). Le dixième mois du nouveau règne n'était pas achevé, que Reccarède avait passé au catholicisme (587). Un grand concile national, tenu à Tolède en 689, acheva la catholicisation du royaume.
Saint Grégoire, informé par saint Léandré de la conversion de Reccarède, en témoigna sa joie à l'évêque : « Mes paroles sont impuissantes à exprimer la satisfaction que j'ai d'apprendre que notre commun fils Reccarède, très glorieux roi, est converti à la: foi catholique avec une parfaite dévotion. Vos lettres qui me disent sa conduite me font aimer celui que je ne connais pas^. »
Rome n'a été mêlée en rien, soit à la conversion du roi, soit au concile de Tolède de 589. « Quand le Seigneur dans sa miséricorde nous retira de l'hérésie arienne et que l'Eglise sainte et catholique nous recueillit dans son sein, écrira Reccarède à saint Grégoire, notre volonté était de nous adresser à l'homme si vénéré qui est le premier des évoques, tam reverentissimum virum quiprae ceteros polies antistites ». Cependant trois ans ont passé sans que le roi ait pu mettre son dessein à exécution! Le roi a envoyé à Rome une députation de trois abbés de monastères, pour offrir à saint Pierre des présents et pour saluer le pape, mais l'état de la mer leur a fait rebrousser chemin. Un prêtre que Grégoire avait envoyé à Malaga, et que le roi avait prié de pousser jusqu'à la cour, s'est excusé sur sa santé de ne pouvoir déférer à l'invitation. Reccarède lui a fait remettre nonobstant un calice d'or orné de gemmes à offrir à saint Pierre ~.
Le pape répondit au roi. U lui dit sa joie de savoir que toute la nation des Goths est convertie de l'hêré-