I. J. iiii^ avril
a. La lettre de Reccarède est dans Ewald-Hartmans, t. U, p. 220. L'authenticité, contestée par Garas et. Momnisen, est défendue par Ewald.
SAINt GËÉGOIRE ET L'OCCIDENT. 161
sîe arienne : il eh rend grâces à Dieu, il prend àà part de l'oétivré du roi, « etsi vohiscûm nihil egimus », encbrè que Rome y ait été étrangère. Il le remercie du présent qu'il a ofiPert à saiiit Pierre. En retour, il lui envoie, à titre d'eulogie ou dé henedîctio, une petite clé prisé au tombeau dé saint Pierre, petite clé dans laquelle est enfermé du fer de ses chaînes, « afin que ce fer qui avait enchaîné le cou de l'apôtre au (jour de son) martyre, libère votre cou de tous péchés ». Grégoire envoie encore une croix dans laquelle est du bois de la croix du Seigneur avec des cheveux dé saint Jean Baptiste. Il adresse par lé même messager à Léandre au nom du Siège du bienheureux apôtre Pierre le pallium, « que nous devons bien à une coutume antique » , ati caractère du roi, à là bonté et à la gravité de l'évêque ^.
Les relations entre Rome et l'Espagne wisigothique n'étaient pas faciles : le pape s'excuse du retard dé sa réponse à Reccarède sur ce qu'il n'y a pas pour le moment de navire qui parte pour les ports de l'Espagiie. Les Espagnols étaient, de plus, brouillés avec les Byzantins, dont les flottes faisaient la policé de là Méditerranée. Mais cela né suffît pas à expli-
I. J. 1757, août 599. Le pape dit : «... antiquae consuetudini... debéamus. » On a voulu voir là un rappel du vicariat conféré aux évêques de Séville par les papes Simplicîus et Hormisdas. Mais il n'y a pas ombre d'un pareil vicariat au temps de saint Grégoire. L'antique coutume est celle qui consiste à donner à des évêques d'Occident le pallium romain. Dans la lettre à Léandre qui accompagne l'envoi du pallium, Grégoire dit : «Ex benedictioae beati Pétri apostolorum principis pallium vobis trànsmisimus, ad sola missarum solemnia utendum. Quo transmisse, valde debui qualiter vobis esset vivendum admonere, -sed locutionem supprime, quia verfaa nloribus anteitis d (J. 1756).
SAINT GRéaOIRË LS GRANfii il
quer que le Siège apostolique fût si peu mêlé aux affaires ecclésiastiques d'Espagne. L'amitié, qui, depuis qu'ils s'étaient connus à Conslantinople, attachait Léandre à Grégoire, établissait une liaison entre Séville et Rome, et l'autorité personnelle de l'évêque de Séville était exceptionnelle. Le véritable chef de l'Eglise espagnole était cependant l'évêque de la résidence royale, Tolède, qui n'est pas nommé dans la correspondance de saint Grégoire.
Sans doute, le concile de SSg a prononcé que « restent en vigueur les constitutions de tous les conciles et les (lettres) synodiques des saints évêques de Rome^ ». Il n'est pas prouvé cependant que dès lors aucune cause espagnole fût portée à Rome : les conciles espagnols suffisaient à régler les litiges pendants et à édicter les canons utiles. Ces conciles s'assemblaient chaque année, à dates fixes, par provinces ecclésiastiques, Tolède, Séville, Mérida, Braga, Tarragone, Narbonne. « Tous les évêques de la province étaient tenus d'y assister ou de s'y faire représenter, et non seulement les évêques, mais les fonctionnaires de l'Etat et les administrateurs des domaines royaux... Le gouvernement s'appuyait ouvertement sur le clergé, non seulement pour propager dans les relations civiles la fusion (des races) obtenue sur le terrain religieux, mais, d'une façon générale, pour la bonne administration du pays 2. »
1. Mansi, Concilia, t. IX, p. 992. Dans la profession de foi publiée par le concile de Tolède est mentionnée, à propos de Ciialcédoine, la lettre de saint Léon à Flavien, « épistulam sancti ac bealissimi primae sedis archiepiscojîi Leonis ». Ibid. p. 98a.
2, DucHESNE, p. 579. Cf. Schubert, p. 177-179.
Au concile national de 589, on avait vu paraître le roi Reccarède, la reine Badda, et nombre de notables goths et suëves. L'Eglise d'Espagne n'était pas dans la main du roi, comme l'Eglise d'Orient dans la main du basileus, elle se gouvernait elle-même d'accord avec lui.
Le pape saint Grégoire ne prenait pas ombrage de ce nationalisme, et il faisait confiance aux évêques espagnols, Ja communion catholique étant sauve.
Justinien n'avait rien reconquis en Gaule. Même, c'est de son temps que datait l'unification de la Gaule aux mains des Francs : en 534, en effet, ils s'étaient annexé le royaume des Burgondes, et, en 536, le roi ostrogoth. de Ravenne, Vitigès, leur avait abandonné la Provence conquise par Théodoric. Le pays de Narbonne restait aux Wisigoths d'Espagne. A la mort de Clotaire, en 56i, le royaume des Francs jusque-là indivis avait été partagé entre ses fils, qui étaient quatre, qui ne furent bientôt que trois : l'on eut ainsi trois rois francs, celui de Burgondie à Chalon, celui d'Austrasie à Metz, celui de Neustrie à Soissons. Le Rhin n'était plus la frontière de la Gaule, l'Austrasie dépassait le Rhin et se rattachait les cantons germaniques de.Hesse, de Franconie, de Thuringe, d'Alémannie, de Bavière.
Les Francs étaient catholiques depuis le baptême de Clovis (496). De ce fait, ils n'étaient pas juxtaposés à la population romaine du pays, ils faisaient corps avec elle, ils ne la pénétraient que trop de leur rusticité. Le clergé n'échappait pas à cette dégradation, la simonie y était maintenant endémique, qui,
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lés évêchës étant à la nomination du roi, les peuplait d'évêques lamentables : les récits dé Grégoire de Tôuts en donnent une idée. Ces évêqués étaient naturellement acquis au régime établi. Les rois francs, de leur côté, laissaient à l'Eglise lé soin de se gouverner elle-même, les élections d'évêques mises à part; ils convoquaient ou autorisaient les conciles, ils n'y paraissaient pas.
Le morcellement du royaume entre plusieurs rois n'était pas fait pour favoriser une centralisation ecclésiastique, comme celle de l'Espagne autour de Tolède. Il y avait les évêques de Neustrie, les évêques d'Austrâsié, les évêques dé Burgondie, les évêques d'Aquitaine. La Burgondie, royaume de Contran, essaya peu avant le règne de saint Crégoire de constituer sur la tête de l'évêque de Lyon une primatie des Gaules : au grand concile de Mâcon de 585, où plus de soixante sièges épiscopaux furent représentés, le président, Priscus, métropolitain de Lyon, s'attribue le titre de patriarche et fait décider que le concile national se réunira désormais tous les trois ans, au lieu que déterminera, d'accord avec le roi, l'évêque de Lyon^. Le patriarcat de Lyon n'avait pas plus d'avenir que le concile national périodique.
L'action directe du Siège apostolique, quand Grégoire devint pape, ne s'exerçait guère que sur la Provence. Le grand souvenir de saint Césaire d'Arles (5o2-543) n'était pas pour rien dans cette tradition. Entre la Provence et Rome, au surplus, les relations par Marseille étaient faciles, quotidiennes : le moindre incident était colporté à Rome. tJn exemple, entre plusieurs, nous édifie sur ce point : nous avons une
«! D0CHE8SE, p. 5a8-53oi
lettre dfi Grégpire k réyêque d'A-rles Virgile, pu Je pape se lamente que l'évçque de Marseille Serenus admette daqs sa société (dps personnages ppu reqQfl!|Lr mandables, notamment un mauvais prêtre. Le pape prescrit à l'évêque d'Arles de fairp une enquête et de rappeler à l'ordre et Tévêque et le prêtre (J. i8a8). Il n'y avait qu'en Provence que le pape pût intervenir de la sorte.
Entfe la Provence et Rome, le patrimpine de saipt Pierre était un lien aussi. Il n'existait pas dans les Gaules en dehors de la Provence, et il n'était pas considérable, Grégoire le traite de dominiolum. Mais ce domaine mettait le pape en relatipn ayep l'auiprîté royale, car iipus avoQs la surprise de constater que Grégoire demande à l'autorité royale de s'intéresser à l'administration du Patrimoine, et nous voyons des fonctionnaires royaux plusieurs fois mêlés à cette administration V-
Le roi d'Austrasie Ghildebert hérita de la Burgondie en SpS, comme son père avait hérité de l'Aquitaine en 56^. La primatie de l'évêque de Lyon, qui avait été une idée du roi Contran, parut peut-être chimérique à Ghildebert : il se laissa suggérer de restaurer le titre de vicaire conféré jadis par le Siège apostolique aux évêques d'Arles ~. Ghildebert en écrivit donc à saint Grégoire, qui accueillit favorablement
1. Voyez la lettre de Grégoire à Dynamius patricius Galliarum, qui débute ainsi (J. 1237) : « Monstrat quam bene dispenset propria qui fideliter administrât aliéna.,. » Rapprochez la lettre à Asclépiodote : « Ab excellentissipajs regibiis Francqrum filHs nostrifs poposcimus ut ipsum patrimoniolutn sub sua cura habere dignentur... » (J. i833).
2. Sur ie vicariat d'Arles, on pourra voir mon Siège apostolique, p. aio-a26, et Schubert, p. 44 et iSg.
ses ouvertures, heureux de cette occasion d'étendre son action dans le royaume des Francs, et trop habile pour ne pas en profiter. Il répond au roi^ :
« La lettre de votre excellence nous a apporté une grande joie, en nous témoignant votre sollicitude pieuse et vive pour l'honneur et la dignité de l'épiscopat. Vous montrez à tous votre fidélité au culte de Dieu, en aimant ses évêques avec la vénération reconnaissante qui leur est due, et ea procurant avec une chrétienne dévotion tout ce qui concerne leurs intérêts. Voilà pourquoi nous avons reçu avec gratitude ce que vous avez écrit, et volontiers nous vous avons accordé ce que vous vouliez, A notre frère Virgile, évêque de la cité d'Arles, donc, nous accordons, sur votre désir, d'être notre vicaire selon la coutume antique, avec l'aide de Dieu. Nous lui accordons aussi l'usage du pallium, comme le veut l'ancienne coutume, »
En retour de la satisfaction qu'il donne au royal désir, Grégoire sollicite de Childebert deux choses. Le pape a appris que des laïques sont élevés à l'épiscopat d'un bond, fn praecipiti saltu », sans avoir passé par les degrés préalables des saints ordres. Il a appris aussi que les saints ordres, à tous les degrés, sont conférés à prix d'argent. Il conjure le roi, au nom du salut de son âme, de couper court à des abus si détestables. Il compte que l'évéque d'Arles, à qui il a donné toutes les instructions utiles, trouvera auprès du roi pour cette réforme un appui efficace, et que les canons, dont le pape Pelage son prédécesseur a obtenu qu'ils fussent observés sous le glorieux règne du père de Childebert, le roi Sigebert, seront mis en vigueur grâce à la dévotion du roi. « Nous avons sans retard satisfait votre volonté, il faut que vous fassiez en tout respecter nos prescriptions,