‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 52 sur 85 · L'évêque de Gap, Arigius, ayant fait le voyage dé Rome · texte numérisé non relu

L'évêque de Gap, Arigius, ayant fait le voyage dé Rome

Le même jour encore, une lettre est a4ress^e par le pape c( universis episcopis Galliarum qui sub regno Çhiideherti sunt » , pour leur notifier le rétablissement du vicariat d'Arles. Grégoire parle du cas où l'on devra recourir à Rome, une dispute sur la foi, une affaire difficile; il suppose pareil cas exceptionnel; il ne doute pas au surplus que Rome ne puisse prononcer sans appel, « qiiatenus a nohis valeat congrua sin& duhio sententia terminari {causa) * ».

Grégoire, en restaurant le vicariat d'Arles, avait-il dessein d'évincer le patriarcat de Lyon? Rien ne le dit. Rome voyait dans le vicariat une autorité ancienne, à sa dévotion, qui travaillerait à la réforme de l'épiscopat franc, et peut-être à l'organisation ecclésiastique de la Germanie tributaire de l'Austrasie. Dans sa lettre à Virgile d'Arles, Grégoire mentionne la Germanie, en effet, et en la distinguant des Gaules.

Childebert, qui avait vingt-cinq ans alors, mourut Tannée suivante, laissant pour lui succéder deux fils illégitimes en bas âge, Théodebert et Thierry : le premier eut l'Austrasie, l'autre la Burgondie, le gou-

Grëgoire, qui nous l'apprend, en témoigne à l'évêque une vraie tendresse. En retour, l'évêque fait demander à Grégoire pour lui-même et p»ur son archidiacre le privilège d'user de <c dalmatiques » (j. 1748, juillet 599). Voir J. Zettingeb, « Die Berichte ueber Rompilger aus dem Frankenreiche bis zum Jahre 800 », Rômische Quartalschrift, 1900.

I. J. iS^S, la août 595. On signale l'appel à Rome, en 567, de deux évêques déposés par un concile- : Contran les a envoyés à Rome au pape Jean HI, ils sont revenus absous. Ces deux évêques étaient de Provence, Salpnius d'Embrun, Sagittarius de Gap. Leur histoire est dans Grégoire de Tours (V, 20). C'est le seul cas d'appel au pape que nous rencontrions à l'époque mérovingienne. Duchesse, p. 532. Schubert, p. i58.

vernement restant à leur grand'mpre Brunehaut. Saint Grégoire, dès la première lettre qu'il lui écrit, en septembre SgS (J. l'dS^), la loue de sa « boi^té » dont témoigne, dit-il, le gouvernement du royaume, et aussi bien l'éducation de son fils Childebert. De son côté, Brunehaut est habile et déférente envers le pape : elle lui demande un livre, ce qui est prendre Grégoire par son faible, et Grégoire s'empresse de le lui envoyer. Elle fait le meilleur accueil a Augustin partant pour l'Angleterre, Grégoire a bien des raisons d'en être touché. Il lui sait gré du respect dont elle entoure les évêqueç. Grégoire, quoique à contrp-cœur, ne croit pas pouvoir lui refuser le pallium qu'elle sollicite pour ï'évêque d'Autun, Siagriùs. Il compte sur elle, en retour, il compt^ sur sa christianitas, pour proscrire la simonie, pour interdire l'élévation à l'épiscopat de laïques sans préparation, pour extirper ce qui reste de paganisme dans le royaume, du fait de chrétiens qui n'ont pas renoncé au culte des démons *. Il sait assez avec quelle fermeté la piété de la reine est fondée sur la crainte de Dieu (J. i49i)-

On s'est scandalisé des termes honorables dont use saint Grégoire pour Brunehaut. En réalité, ce langage est de style, le pape écrivant à une reine des Francs ne pouvait guère en tenir un autre. Les qualités dont il lui fait honneur étaient réelles. « Elle était éprise de la culture romaine, elle encourageait les arts, elle bâtissait des églises, elle construisait des

I. Contre la simonie Grégoire fera valoir entre autres raisons celle-ci, qui ^est bien révélatrice de son caractère : la simonie écarte les pauvres des saints ordres. « Hinc fit ^it insontes et pauperes a sacris -ordinibus prohibiti despectique résiliant » (J. 1744)- Sur le paganisme endémique encore en France, au vii« siècle, Schubert, p. i65.

• / routes, elle restaurait les monuments, elle se dépenT

sait à imposer à une nation à demi sauvage les institutions de l'empire romain, elle pouvait bien ainsi apparaître comme l'espoir de la civilisation et de la religion chez les Francs, elle était bonne catholique, au surplus, pieuse même », et enfin les plus odieux de ses crimes, crimes politiques, ont été commis après la mort de saint Grégoire *. Le pape était en droit de faire appel aux qualités de cette terrible femme, et de se réserver sur ses violences, qu'il ignorait peut-être.

La restauration du vicariat d'Arles ne donnant pas les résultats qu'il en avait attendus, saint Grégoire forma le dessein de réunir un grand concile des évêques du royaume. Il choisit pour cette négociation l'abbé de son monastère du clivus Scauri, Cyriacus, qu'il envoya à Autun, On est en 599,

Grégoire croit être sûr de Siagrius d' Autun, à qui il vient d'accorder le pallium sur les instances de Brunehaut, et qui ne peut manquer d'être bien en cour. Grégoire écrit à î'évêque de Lyon Aetherius, à l'évêque de Vienne Desiderius, à I'évêque d'Arles Virgile, en même temps qu'à Siagrius. Il leur représente les abus qui sévissent en France, la simonie ouverte ou dissimulée, les laïques élevés à l'épiscopat sans préparation, les conciles tombés en désuétude, quand ils devraient être tenus deux fois l'an. Nous voulons, dit Grégoire, qu'un concile général soit tenu pour rétablir l'observance des canons. Il ne doute pas que Cyriacus ne lui rapporte a son retour une synodale de Siagrius et de tout le concile, qui lui apprendra que ses vœux sont satisfaits ~.

1. DuDDEN, t. 11^ p. 71. G, KuRTH, « Là rcinc Brunehaut », Revue des quesf. hist. 1891, t. VI, p. S-yg.

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