‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 61 sur 85 · E. Gibbon, Décline andfall. ch, xlv (éd. Buky · texte numérisé non relu

E. Gibbon, Décline andfall. ch, xlv (éd. Buky

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L'Orient VU de Rome, c'était Alexandrie, Antioche, Jérusalem, Constantinople, et les provinces ecclésiastiques qui se groupaient autour de ces quatre grandes métropoles. Nous mettons à part l'IUyricum, qui relevait de Rome. En prenant possession du siège, l'évêque de Rome adressait une « épître synodique » à Tévêque de Constantinople et aux trois autres patriarches orientaux pour leur annoncer son élévation et nouer communion avec eux. Nous avons la lettre par laquelle saint Grégoire s'acquitte de ce devoir, la même pour les quatre. L'adresse porte : « Grégoire à Jean de Constantinople, à Euloge d'Alexandrie, à Grégoire d' Antioche, à Jean de Jérusalem... »(J. 1092). Grégoire ne fait pas difficulté de donner le premier rang à l'évêque de Constantinople et de se conformer ainsi à Vordo sediwn consacré par Justinien en confirmation du fameux 28® canon du concile de Chalcédoine, si résolument repoussé par le pape saint Léon. La lettre de Grégoire est expédiée à Constantinople en latin, là elle sera traduite en grec, et Grégoire écrit à Aristobule, un fonctionnaire de la cour, pour lui recommander cette traduction, qu'il veut intelligente plutôt que littérale (J. 1097).

La synodique du pape comprend un long prélude sur la cura pastoraliSy pensées chères à l'auteur, mais qui font ici figure de hors-d 'œuvre. On arrive ainsi au dernier paragraphe, qui est la profession de foi du

SAINT GRÉGOIRE ET L'OIflENT. 185

npuvei éveque,, e|; qiii est le sujet pHigé de toute synodique. Jj© PPP^ déclare que, cpmine il reçoit Ips quatrp Evangile^, il rpçoit et vénère les quatre conciles (Nicée, Çonstantinople, Ephèse, (Chalcéfloine), il reçoit pareillement le concile de Çpnst§ntinople de 553 qui a condamné les Trpis Chapitres. Tputes les personnes que les susdits conciles pnt rp jetées, il les rejette; celles qu'ils yénèrpnt, il les efnbrasse; ces conciles étant l'expression du consentement urfiyersel, <( univei'sali consensu çonstitiita p. Qaicpnque prpfesse la fpi de ces conciles, que |a paix soit sur lui !

A. charge de revanche, quand un nouveavi patriarche est élu à Constantinpple, pn attend à Rpme spn épître synodique, et, tant qu'elle n'a pas été reçup, on n'a à Rome aucun rapport avec l'élu. Il en va de même pour les autres patriarches orientaux. Il suffit que la communion soit scellée entre le Siège apostplique et les quatre patriarches, pour qu'elle le soit avec tout l'épiscopat cathplique. Le Siège appstolique répond dé la foi de l'Occident, comme chacun des patriarches répond de la fpi des évêques qui relèvent de lui.

La cohésion de Rome et de l'Orient byzantin serait une fédération qui n'existerait que sur le papier, si vraiment elle se réduisait à cet échange de lettres synodiques à chaque întronisatipn de patriarche. Le basileus est le lien qui maintient l'unité concrète de ces patriarcats d'Orient, et auprès du basileus est accrédité un représentant de l'éyêque de Rpme, l'appcrisiaire : un contact constant est cpnservé par Rome avec la cour de Çonstantinople, avec le basileus. Le basileus répond de l'ordre et de l'orthodoxie dans les patriarcats. Le pape doit compter avec lui.

Ypici un exepaple (J. io74)« Anastase, patriarche

d'Antioche, a été déposé d'ordre de l'empereur Justin II, en 5^0. Retiré à Gonstantinople, il a dû y connaître saint Grégoire, qui, sitôt élevé au siège de Rome, a voulu demander à l'empereur Maurice de permettre à Anastase de venir à Rome pour y vivre avec lui, <c mecum vivere ». Anastase donc ne pourrait quitter Constantinople pour se fixer à Rome, sans l'agrément du basileus. Il y a plus, car le pape a demandé à l'empereur de rendre à l'évêque dépossédé, non son siège, mais la dignité épiscopale, plus précisément, l'usage du pallium, afin qu'il puisse vivre à Rome « in honore suo », en évêque. Et ainsi Anastase est à Constantinople dépouillé du pallium, le basileus peut le lui restituer, s'il lui plaît, le pape ne l'ose pas, même à Rome.

La communion une fois établie par la lettre synodique, les relations de Rome et des patriarches autres que celui de Constantinople n'ont rien que d'occasionnel ou de personnel. Saint Grégoire s'interdit d'entrer dans les difficultés que l'un ou l'autre patriarche peut avoir. L'abbé du monastère de Néas s'est ouvert au pape des démêlés qu'il a avec son évêque de Jérusalem Amos. Ce sont de vieilles querelles, lui répond Grégoire, car « entre le père de ce monastère et le pasteur de l'Eglise de Jérusalem la coutume est qu'il y ait toujours des disputes, semper esse iurgia consueuerunt ». Il conseille à l'abbé de s'accorder avec l'évêque. « Cela, très cher frère, je le dis, parce que je vous aime l'un et l'autre beaucoup et que j'appréhende que vos prières ne soient gâtées par vos discordes » (J. i^ySy.

I. Sur les ï'elations de Grégoire avec les Lieux-Saints de Jérusalem, voyez Vincent et Abel, Jérusalem^ t. II (1926),

Si cepeiidant saint Grégoire apprend que des désordres s6 produisent sans que l'on s'applique à les corriger, il prend sur lui d'adresser au patriarche en faute la monition fraternelle qu'il estime de son devoir et de sa compétence. Le bruit est arrivé jusqu'à Rome que, dans les Eglises d'Orient, nul ne parvient à un ordre sacré sans en payer le prix. « Si vous constatez qu'il en est ainsi, écrit-il à l'évêque d'Aritioche nouvellement promu, ojffrez à Dieu comme prémices de votre épiscopat la résolution que dans les Eglises à vous sujettes on coupe court à l'erreur de l'hérésie simonienne » (J. 1661). Le pape n'est pas en relation avec ces Eglises du patriarcat d'Antioche, et, en fait, il n'y intervient que par l'intermédiaire du patriarche. Nous avons de Grégoire une monition pareille adressée à l'évêque d'Alexandrie (J. 1909).

Le droit d'app'el à Rome est un droit que l'Orient reconnaît. En fait, si on ne voit venir d'appelants à Rome, ni d'Alexandrie, ni d'Antioche, il en vient de Gonstantinople. Nous connaissons, en effet, le cas de deux prêtres condamnés en matière de foi à Gonstantinople par un jugement régulier. Lçur cause est portée à Rome, où elle est traitée en forme aussi, V. facto concilio », la sentence de Gonstantinople est cassée et les deux prêtres réhabilités *. Ces deux cas sont très significatifs, car ils sont la meilleure preuve que la primauté du Siège apostolique n'est pas une pure primauté d'honneur, mais est à l'occasion une primauté de judicature, et que la compétence de l'évêque de Rome n'est pas contestée par l'évêque de Gonstantinople lui-même.

p. gaa. Grégoire a contribué à la construction d'un xenodochiiim à Jérusalem. J. iSgS.

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