I. Les Avars
tance, en me l'eprésentant qu'ils offraient ces présents à quelqu'un (saint Pierre) qui ne pouvait" refuser les offrandes de votre fraternité, »
L'évêque de lustîniana Prima, qui débutait si bien, se trouva peu après engagé dans une affaire, où il allait connaître un autre aspect de l'autorité du pape. Deux diacres de l'Eglise de Thèbes en Thessalie, déposés par leur évêque Â.drien pour de justes motifs, avaient en retour saisi le basileus d'accusations contre le dit évêque. On est ici dans une province proche de la ville impériale, on recourt à l'autorité discrétionnaire de l'empereur, toujours disposée à recevoir toutes les plaintes, fût-ce contre un évêque. L'empereur renvoya l'affaire à l'évêque de Larisse, qui condamna Adrien. Celui-ci fit appel à l'empereur, et par l'empereur l'affaire fut renvoyée à l'évêque de lustîniana Prima, qui confirma la sentence de Larisse. Alors, seulement alors, le condamné porta sa cause à Rome, il s'y rendit même en personne, et émut le pape de ses larmes. Nous connaissons grâce à saint Grégoire tous les replis de cet imbroglio, qu'il démêla. La sentence seule nous importe, qui réhabilitait l'évêque de Thèbes, le soustrayait à la juridiction de Larisse, et désavouait lustindana Prima. Mais la justice de Grégoire entendait donner une leçon à ces mauvais juges. L'évêque de lustiniana Prima eut la sienne :
« Les décisions de ta sentence étant donc cassées et déclarées nulles^ de l'autorité du bienheureux Pierre prince des apôtres, nous décidons que tu seras privé trente jours durant de la sainte communion, afin d'obtenir de notre Dieu tout-puissant le pardon d'un si grand abus de pouvoir par une pénitence rigoureuse et les larmes » (J. 1210).
L'évêque de Larisse devait rendre à Adrien le siège de Thèbes. Déjà le pape Pelage II, pour des raisons
192 sâM GRÉMiiM hè gràni».
que nous ignorons^ -avait retiré à l'ëvêque de Larisse sa juridiction sur Thèbes : Grégoire confirme cette disposition exceptionnelle.
« Coaformément à ce qd'a ébrit ribtre prédécesseur, s'il arrive à. notre collègue Adrien d'être accusé en matière de foi, de mœurs, ou d'argent, on en saisira ceux qui sont ou seront dans la ville royale (de Constantinople) nos apocrisiaires, supposé que l'affaire soit médiocre 5 oii la aëferera au Siège apostolique, si elle est difficile, afiii que là sériteriiiè soit prononcée par nous, nostrae aiidicntiae sententia.
a. Que si, aux dispositions ainsi prisés, en quelque temps ou en quelque , occasion que ce soit, tU essaies de te soustraire, sache que tu es privé de la sainte communion, et que tu ne pourras la recouvrer, l'article de la iiiort excepté, que sur le cbhsentemeiit du {Jbrïtîfè romain.
« Nous en décidons ainsi conformément à la doctrine des saints Pères : celui qui ne sait pas obéir aux sacrés carions n'est pas digne de servir les sacrés autels ni de recevoir la cominuriion » (J. 12 ir). :
Sàiiit Grégoire bdiisidéràit apparemment le vicariat dé l'évêqué dé Théssalôhitjtié éomihë une digiiité désbrlïiais tout honorifique, il hê coiifie pas au dit vicaire le soin de jugbt" l'éyèque dé ThèbéS, s'il y a lieu à l'avenir, mais il ëKàrge dé ce sôiii l'àpôcrisiaife ou respbhsdlis du Siégé ajJbstoliqùé à Coiistantitioplé. C'est une iniiovatiôn, qui assurera sans doute une meilleure juistice, et qui après tout hé s'applique qu'à , une situation exceptionnelle.
Notez encore que Grégoire frappé de ces graves sanctions les évêqiiés dé Itistinianà Prima et dé Larisse, sàiis égard au fait qiie ces deux évêqués ont marché dans cette affaire sur l'ordre de l'empereur : la leçon à eux adressée par le pape s'adresse aussi bien à l'empereur.
Dans cet Illyribum byzantin resté dé l'obédieiicé de
Rome, le, pape exerce une juridiction immédiate, qui court risque de s'emmêler avec les ingérences du basileus. Grégoire est résolu à défendre la justice, l'ordre, les saints canons, et nous venons de voir la fermeté qu'il y emploie, avec ces évêques dénués du sens du droit, avec une autorité laïque qui est l'arbitraire même. L'évéque de lustiniana Prima, rentré en grâce avec le pape, sera défendu par lui contre cet arbitraire.
L'empereur, en effet, sous prétexte que cet évêque Jean est maintenant infirme, a prescrit que le concile lui donne un successeur, « de peur que la ville, si elle n'a pas le prestige d'un évêque, ne succombe sous les ennemis », les Avars, qui la menacent. Grégoire, informé de ce <c précepte » de l'empereur par son apocrisiaire à Constantinople, répond que « nulle part les canons ne permettent de donner un successeur à un évêque malade ». Nous ne pouvons nous y prêter sans péché. On peut seulement suggérer au prince de donner à l'évéque malade un dispensator, qui administrera l'Eglise en son nom et assurera la défense de la ville, «.custodia civitatis ». L'évéque pourrait aussi se démettre, à condition que sa démission fût donnée par écrit.
«Que si l'évéque refuse de la donner, tout ce qui plaît au très pieux empereur, tout ce qu'il ordonne de faire, il en a le pouvoir. Que le prince se règle selon ce qu'il sait. Mais qu'il ne nous mêle pas à la déposition de cet évêque. Ce qu'il fera,- si c'est canonique, nous l'accepterons. Si ce n'est pas canonique, nous le subirons, pour autant que nous pourrons le faire sans péché^. ».
Nous avons là, en deux mots, la définition de la souveraineté de l'empereur : « Quod piissîmo imperatori