I. J. 1497, novembre
de légiférer sur l'admission dans le clergé, sur l'admission dans les monastères i, un droit qui ren^ trait dans la conception byzantine de la souveraineté de l'empereur : Grégoire apparemment n'estimait pas utile cet éclat.
Sur la politique à suivre en Italie vis-à^vis des Lombards, Grégoire appréciait peu l'intransigeance de l'exarque Romanus : nous savons qu'il souhaitait que là République fît la paix avec l'envahisseur qu'elle était impuissante à vaincre. Le pape avait obtenu d'Agilulfe des propositions équitables par l'intermédiaire du duc de Spolète Ariulfe, qu'il assurait être « toto corde venire ad rem publicam paratus ». Romanus en référa à l'empereur, qui répondit en rejetant les avances du pape brutalement. Cette fois, Grégoire, sans manquer à la majesté impériale, crut indispensable de défendre sa dignité et sa politique.
La piété du prince, dit-il^, en m'éparghant ne m'a guère épargné. Dans les iussiones qu'il a adressées à Texarque, le prince a l'urbanité de m'accuser de simplicité, et je sais que, dans l'Ecriture, la simplicité est prise en bonne part, mais à condition d'être associée à la prudence. Le prince ne m'accorde évidem-^ ment aucune prudence, « urhane simpUcitatis voca-
1. Grisar, p. i65, réproche à Baronins, à Thomassin, à Bianchi, d'avoir supposé que Grégoire, dans la plénitude de son pouvoir, avait dès la première heure déclaré la loi nulle et non avenue. Grégoire n'en a rien fait. Mais il demeure qu'il n'a pas contesté à Maurice le droit de légiférer sur une matière de discipline ecclésiastique. Grisar, p. i85, a une page instructive sur la souveraineté reconnue par l'Eglise à, l'empereur en tant que tel, et sur le titre de rector Ecclesiac qui lui est donné.
2, J. iSSg, juin ôgS.
hulo mefatuum appellatyi^ je né suis àsds yeux qu'un étourdi. C'est entendu, et je me tairais, joyeux d'être méprisé et moq;ué, si la captivité de mon pays, « terrae meae captivitas », ne s'aggravait pas de jour en jour. Que mon très pieux seigneur pense de moi tout le mal qu'il voudra, à condition que, pour l'utilité de la République et pour la cause de la délivrance de l'Italie, il n'écoute pas n'importe qui, mais daigne croire aux choses plus qu'aux mots.
Cela, c'est le langage d'un pape patriote, qui prend en main contre le basileus la défense de l'Italie. Voici maintenant pour la dignité du sacerdoce.
Que le prince nôtre maître ne s'indigne pas trop vite contre les évêques, mais que, en considération de Celui dont ils sont les serviteurs, il soit leur maître sans manquer au respect qui leur est dû : « Eis îta dominetur ut etiam débitant reverentiam impendat. » Je le suggère au prince, non pour moi, mais pour tous les évêques. Car, moi, je suis un pécheur. Et parce que mes péchés sont de tous .les jours, je bénis Dieu d'être châtié tous les jours, oui, je le bénis, et je trouve ainsi une consolation jusque dans les iussiones qui me surviennent du prince.
« Premièrement, on a ruiné la paix que j'avais faite avec les Lonabards de Toscane sans qu'elle eût rien coûté à la Répu-^ blique. Ensuite, la paix ruinée, on a retiré de la ville de Rome les soldats, dont les uns ont été tués par les ennemis, les autres placés à Narni et à Pérouse : pour garder Pérouse, on a abandonné Rome. Ensuite, c'a été bien pis avec l'arrivée d'Agilulfe (sous les murs de. Rome) : j'ai vu de mes yeux des Romains attachés la corde au cou comme des chiens, et que l'on menait en France pour y être vendus.
« Et parce que nous qui étions dans la ville, avec la protection de Dieu, nous avons échappé aux mains d'Agilulfe, on a cherché ce qu'on pourrait nous reprocher, et par exemple pourquoi le
blé avait manqué, alors que dans Rome il était .impossible d'en conserver beaucoup longtemps, comme je l'ai dit plus au long dans un autre rapport. Quant à moi je ne me trouble en rien de ces reproches, car, en conscience, je puis dire que je suis prêt à tout souffrir, pourvu que je sauve mon âme.
« Mais on s'en est pris au glorieux préfet Grégoire, au glorieux magister militum Castorius, et je n'en ai pas été peu affligé, parce qu'ils avaient fait tout ce qui se pouvait faire, tout le siège durant ils avaient porté le poids des vigiliae et de la défense de la ville, et, pour prix de leurs services, ils ont été accablés par la colère du prince. Je comprends que ce n'est pas leur conduite qu'on leur reproche, mais ma personne! »
Cette page, magnifique d'une amère éloquence, est adressée par le pape patriote au basîleus, lointain, mais redoutable. M. Dudden a pu dire que, si Maurice avait été un Justinien, pareille lettre aurait valu au pape l'èxil. Il faut dire aussi que Grégoire était un autre personnage que les papes du temps de Justinien. Maurice reçut la lettre et ne répondit rien.
La Dalmatie n'avait pas été rattachée à l'exarchat de Ravenne, elle relevait de Constantinople comme le reste de l'illyricum, tout en demeurant dé l'obédience ecclésiastique de Rome. L'évêque de Salorie, Natalis, métropolitain de Dalmatie, un assez triste sire, était en lutte avec son archidiacre Honora tus, auquel le Siège apostolique, du vivant de Pelage II, avait donné raison. Natalis ne voulut rien entendre : il déposa son archidiacre en le faisant prêtre. Mais saint Grégoire n'accepta pas d'être dupe de ce stratagème, il somma l'évêque de rétablir Honoratus archidiacre, faute de quoi il retirerait à l'évêque le pallium, et, s'il persistait, il le priverait de la communion : on
verrait ensuite à prononcer une sanction plus grave. Grégoire notifia cette sommation à Natalis, d'une part, il la communiqua aux évêques de Dalmatie, d'autre pai't, et il fit savoir au préfet d'IUyricum qu'il voulût bien ne pas soutenir l'évêque de Salône, « parce qu'il est d'autant plus nécessaire qu'il sente la vindicte de la justice canonique, que la règle canonique elle-même est ignorée de lui^ ».
Natalis se soumit et rendit à Honoratus sa charge d'archidiacre, non sans écrire au pape, pour se justifier, une lettre inconvenante. Grégoire mit dans sa réponse toute sa vertu. (cTa fraternité, lui dit-il, a supporté avec peine que je lui reproche son amour de la table : moi, qui suis plus haut que toi, non par ma vie, du moins par mon siège {locus), je suis tout prêt à accepter d'être par tous repris, par tous corrigé, et je n'estime mon ami que celui grâce à la franchise de qui je puis laver mes taches, avant que n'apparaisse le grand juge. » Il s'applique cependant à inculquer à Natalis la gravité de la faute par lui commise : il a, dans l'affaire d'Honoratus, méprisé une sentence de Pelage II et de Grégoire. « Si quelqu'un des quatre patriarches en avait fait autant, pareille audace n'aurait pu passer d'aucune façon sans le plus grave scandale^. »
Natalis, qui se moquait du droit canonique, commit peu après la faute de déposer l'évêque de Raguse, sans l'avoir traduit devant le concile de la province. Saisi de cet abus de pouvoir, Grégoire allait intervenir, quand la nouvelle arriva à Rome que Natalis était mort. Le pape donna aussitôt ses instructions au recteur du Patrimoine en Dalmatie : il fallait que le