I. DiEHi, p. 127. SCHUBEKT, p. iS
a eu la charité de le recominander à Leontius, est amené à s'expliquer, et il écrit à celui-ci (J. 1794) :
« Votre gloire doit se souvenir que vous n'avez jamais reçu de lettres de moi pour la recommandation de quelqu'un, sans cette condition que vous accorderiez votre protection dans les limites de la justice... Qui était cet homme, quelles affaires at-il eues, je ne me suis jamais fait fort de le savoir, et je ne le sais pas précisément aujourd'hui encore... Mais ce que je sais bien, c'est que, s'il a commis quelque fraude aux dépens des deniers publics, ou devait s'en prendre à ses biens, non à sa liberté.
« Car cette atteinte à la liberté, pour ne rien dire jde l'offense qu'elle est à Dieu, ni du tort qu'elle fait à votre réputation, je dis qu'elle est une ombre jetée sur le règne de notre très pieux empereur. La différence entre les rois barbares et les empereurs romains est en ceci, que les rois barbares sont maîtres d'esclaves, domini servorum sunt, et que l'empereur des Romains est maître d'hommes libres, dominus liberorum.
« C'est pourquoi, en tous vos actes, vous devez d'abord observer la' justice et ensuite respecter la liberté. »
Grégoire n'accepte pas qu'on lui dise que « les fraudes publiques ne peuvent être découvertes sans recourir aux coups et à la terreur ». Un homme du mérite de Leontius ne saurait tenir ce langage pour s'excuser d'exercer des violences injustifiées.
« Glorieux fils, agis ainsi dans l'inquisition qui t'est confiée, que d'abord tu n'irrites pas Dieu, qu'ensuite tu serves scrupuleusement l'intérêt du sérénissime prince... Tu ne peux être négligent sans pécher... Chaque fois que la colère t'envahit, dompte ton âme, vaincs-toi loi-même... Attends d'être de sangfroid pour juger comme il convient. Dans la vindicte du mal, la colère doit suivre la raison, non la précéder : servante de la justice, elle marche derrière elle, elle ne s'agite pas devant elle. »
On peut croire, après cela, qu'il ait eu de la sympathie pour Tra] an 1.
X. G, Paris, « La légende de Trajan » , dans Mélang. hist. phil.
La réussite de sa carrière ne satisfaisait pas Grégoire.
«J'ai lon^emps, longtemps diflFéré la grâce de la conversion, et, quand j'eus été inspiré d'un désir céleste, j'estimai meilleur de garder l'habit du siècle. Dès ce temps se manifestait à moi dans l'amour de l'éternité ce que je devais chercher, mais les habitudes prises m'enchaînaient, et je ne me résolvais pas à changer ma vie extérieure. Quand mon esprit m'amenait à ne servir le monde qu'en apparence, ce service en venait à m'attacher à ce monde, en dépit de moi-même, et à faire que dans cette apparence j'étais retenu, ce qui est plus grave, par mon esprit » ( J. i368).
La subtilité de ces brèves explications est loin des pathétiques récits de saint Augustin dans ses ConfessioTis. Mais la jeunesse de Grégoire n'avait pas connu d'orages, il avait été « ah adulescentia deçotus Deo », écrit Grégoire de Tours. La grâce de la conversion était pour lui, chrétien sans reproche, dans un appel à une vie plus parfaite.
Il aspirait à la vie contemplative, comme avaient fait TarsilJa et Aemiliana, ses tantes, a uno ardora conversae, uno eodemque tempore sacratae » : notez conçersae, la conversion s'entendant de la profession religieuse. Le monde. présent n'était pour la foi de Grégoire qu'une apparence, et l'au-delà, la réalité qui valait seule la peine de s'y attacher. Cependant, ce monde présent imposait des devoirs auxquels Grégoire ne pouvait se dérober : si les honneurs étaient de peu de prix pour une âme comme la sienne,
(1878), p. 261-398. De Rossi, Insciiptiones, t. II, p. 447. La première attestation de la légende de Trajan, délivré de l'enfer à la prière de Grégoire, est dans la ^ita du moine de Witby, n.»a9 (éd. GASQUET,.p. 38),
LA JEUNESSE i)E SAINT GRÉGOIRE. 21
pouvait-il déserter le service de la République dans un temps si difficile et quand Rome était si menacée? Comme 'on comprend ses hésitations, et comme elles font honneur à son caractère !
Grégoire vivait dans ces pensées, il né s'était pas engagé dans les liens du mariage, pour demeurer plus libre d'être à Dieu : un jour vint où il se résolut à se donner tout à lui. Il ne quitta pas Rome pour autant, il prit sa retraite dans la demeure * qu'il avait héritée de son père, au clinis Scauri, et il transforma la maison en monastère. Ses tantes Tarsilla et Aemiliana, en se consacrant à Dieu, avaient de même pratiqué la vie de communauté dans leur propre demeure, « in domo, propria socialem vitam ducebant » [Homil. in Euang. XXXVIII, i5). .
Au cours du vi® siècle, les monastères d'hommes s'étaient multipliés à Rome-. Il s'en fondait un peu partout en Italie, tel celui de Saint-Juvénal, aux abords d'Orta, sur la voieFlaminienne, fondé et doté par Bélisaire, « uhi possessiones et dona multa largitus est^ » ; tel celui de Fondi établi sous les auspices du palrice Venantius et qui compta jusqu'à deux cents moines [Dialog. I, i); tel celui d'Alatri fondé par le patrice Liberius (II, 35). Les monastères de femmes de même. Saint Grégoire (IV, i3) nous fait connaître celui qu'a-
1. Dialog. IV, 35 : « Dam adhuc laicus viverem, atque in domo mea quae mihi in hac urbe ex iure patris obvenerat, manerem.,, » Le clivus Scauri est signalé, au xii^ siècle, comme clivus AemiUi Scauri. Entre beaucoup de Scauri, il y en a six qui se rattachent à la gens Aemilia. Pauly-W. « Aemilius », n. 137-142. Cf. H. JoHDAir, Topographie dcr Stadt Rom, t, II (i885), p. 594-595.