J. i36o, juin 5g
4i Grégoire ignore que le titre d'oecuménique est dônrié à
Pierre, en recevant lés clés, s'est vu confier la sollicitude et le gouvernement de toute l'Eglise i, sans être pour autant appelé apôtre universel, et le patriarche travaille à se faire appeler évêque universel ! Grégoire proteste que la cause qu'il défend est la cause de l'Eglise universelle. Supposez, en effet, que l'évêque universel devienne hérétique, l'Eglise universelle défaille avec lui. Or nous connaissons nombre d' évoques de Constantinople tombés dans l'erreur, un Macedonîus, un Nestorius. Rejetons donc ce titre blasphématoire, qui accapare pour un seul la dignité de tous, quand un seul a la démence de se l'arroger 2. Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette affaire qui a si fort ému saint Grégoire, nous ne pouvons nous attarder à la lettre qu'il en écrit à l'impératrice Constantina, à Jean le Jeûneur luimême. Le pape exige que, à Constantinople, on renonce à la prétention qu'implique ce titre provoca-
l'évêque de Constantinople dans maintes constitutions de Justinien. Il est vrai I[u'on ne le retrouve pas dans les actes du concile de Constantinople de 553.
1. Ce texte est important comme revendication du pnncipatus du Siège de Rome. Grégoire fait appel à Jean, xxr, 17 [Petre, amas me? Pascc oçes ineas), à Luc, xxii, 3i [Confirmafratres fuos}j à Mathieu, xvi, 18 (Ta es Pet rus). Il infère de ces paroles du Sauveur : « Cunctis Euangelium scientibus liquet quod voce dominica sancto et omnium apostolorum Petro principi apostolo totius Ecclesiae cura commissa est... Ecce claves regni caelestis accepit, potestas ei ligandi ac solvendi tribuitur, cura ei totius Ecclesiae et principatus cbmmittitur... »
2. La lettre à l'impératrice Constantina reprend cet argument. Grégoire reproche au patriarche de vouloir « despectis omnibus... solus appellari episcopus » . Il représente à la princesse que l'empereur, son père, a recherché « sancti JPetri apostoli gratiam »^ et qu'elle ne doit pas supporter que ^pit diminué en rien l'honneur dû à saint Pierre (J* î35a)4
leur ; il exige, et, si satisfaction ne lui est pas donnée, il sait ce qu'il aura à faire.
La lettre à Jean le Jeûneur, que nous venons de mentionner, est du début de janvier SgS, le patriarche mourut le 2 septembre suivant, sans qu'il y ait trace qu'il se soit soumis. Le choix de son successeur Cyriaque était un choix de l'empereur Maurice, et l'empereur en personne avait écrit à Rome pour demander qu'il fût accueilli pacifiquement. Le prince fit écrire à saint Grégoire par un évêque en qui il savait que le pape avait toute confiance, Anastase d'Antioche, le même qui traduisit en grec la Régula pastoralis.hsL lettre d' Anastase était pleine d'affection, elle était aussi une monition fraternelle. Anastase invitait Grégoire à se souvenir de son caractère, dont tous apparemment admiraient la sympathie, et à ne pas donner occasion à l'esprit malin qui ne demande qu'à cribler les âmes. Avec sa vivacité familière, Grégoire riposte qu'il a toujours eu mauvais caractère, « ego quîdem me semper malis morïbus fuisse recolo » . Anastase dit des choses gracieuses, mais il est comme l'abeille : il a voulu me gagner par la douceur de son miel, pour me percer ensuite de son dard acéré. Vous me dites que nous ne devons donner lieu à aucun scandale, l'empereur aussi me l'a écrit, et plusieurs fois. On veut faire entendre raison à Grégoire, mais il ne s'y prête pas. Vous n'avez pas le droit de dire, écrit-il, que cette querelle est sans objet : si nous la prenons avec indifférence, nous corrompons la foi de l'Eglise universelle 1.
Ce qu'il dit à Anastase, il le dit à l'empereur ^. Le