J. 1476^ même temps
titre de patriarche œcuménique est sans importance^ assurez-vous, « appellatio frivoli nominis ». Je ne crains pas de dire que quiconque prend le titre d'évêque universel, ou désire qu'on le lui donne, est un précurseur de l'Antéchrist^.
Il a demandé à son ami l'évêque d'Alexandrie, Euloge, de ne plus donner ce titre à l'évêque de Constantinople, ce qui est une preuve que le titre appartenait à la titulature reçue et qu'à Alexandrie on ne s'en ojffensait pas. Euloge, qui a de trop bons rapports avec saint Grégoire pour lui refuser cette condescendance, a cru comprendre qu'il entendait se réserver le titre, et, lui écrivant, il l'a qualifié de papa universaBs. Grégoire l'avertit de son erreur.
« Votre béatitude a bien voulu nous dire qu'elle ne donne plus à certains, quand elle leur écrit, de vocables orgueilleux que la vanité a mis en circulation, et parlant à ma personne elle dit : (Il en sera) comme vous l'avez ordonné. Ne me parlez pas d'ordre, je vous en prie, car je sais qui je suis et qui vous êtes. Vous êtes pour moi, par votre siège, des frères, mais, par votre sainteté, des pères. Je n'ai pas ordonné^ j'ai voulu seulement indiquer ce qui paraissait utile... J'ai dit que vous ne deviez donner ce titre ni à moi, ni à personne autre, et voici que, dans l'adresse de la lettre que vous m'écrivez, vous mettez ce vocable de superbe,
I . Nous avons là une déclaration célèbre que reprendront les adversaires du concile du Vatican, a Le système papal, écrit Doellioger, a été repoussé avec horreur par le meilleur et le plus grand des papes, lorsqu'il commença à se manifester, et quoiqu'il ne consistât à l'origine qu'en titres honorifiques. » La papauté, éd. française (1904), p. 18. Il est sûr que saint Grégoire a repoussé le terme d'episcopus 'universalis, et pareillement celui de papa universalis, qui ne disait pas autre chose. Mais Doellinger oublie que saint Grégoire estimait avoir hérité de l'apôtre Pierre la sollicitude de toutes les Eglises et une autorité capablede rendre cette sollicitude efficace. Voyez sur cet article Grisab, p. 83-85.
vous m'appelez papa universalis ! Je prie votre très douce sainteté de ne pas recomiuencer... Je ne veux pas d'un honneur qui me serait attribué aux dépens de l'honneur de mes frères. Mon honneur est celui de l'Eglise universelle. Mon honneur est la solide autorité de mes frères. Je suis honoré, quand on ne refuse à aucun (de nos . frères les évêques) l'honneur qixi lui est dû. Si votre sainteté me traite de papa universalis, elle récuse sa propre qualité d'évêque, en supposant que je suis universel. A Dieu ne plaise! Loin de nous les mots qui gonflent la vanité et qui blessent la charité ^ . »
Grégoire ne veut pas que l'évêque de Constantinople se dise l'évêque universel, il n'y a pas d'évêque universel. Ces déclarations de saint Grég^oire ne dérogent pas à l'autorité qu'il revendique pour le Siège apostolique sur l'Eglise universelle, et à la sujétion qu'il entend imposer à l'évêque de Constantinople à l'égard du Siège apostolique^. L'humilité que professe Grégoire ne doit pas nous induire en erreur sur la dignité qu'il sait bien être celle du siège qu'il occupe.
1, J. i5i8, juillet 598. Jean Diacre (II, 1) a voulu voir une protestation contre l'orgueil du patriarche de Constantinople dans le titre de seivus servortim Dei que Grégoire aime à prendre. En réalité, Grégoire prend ce titre avant d'être pape, en 587, dans la donation qu'il fait à son monastère. Saint Augustin s'appelle lui-même « episcopus servus Chrîsti servorumque Christi », et saint Césaire d'Arles « episcopus minimus omnium servorum Dei famulus ». Laurentius de Cantorbery et ses collègues écrivant aux évêques Scols se qualifient de « servi servorum Dei » . Voyez H. Delehate, « Servus servorum Dei » , dans Strena Buliciana, p. 877-378.
2. Et cela, à Constantinople, on le lui accorde. « De Constantinopolitana Ecclesia quod dicunt, quis eam dubitet sedi apostolicae esse subiectam? Quod et piissimus domnus imperator et frater noster eiusdem civitatis episcopus adsidue profitentur »
,(J. i55o). En 607, le pape Boniface III, deuxième successeur de Grégoire, obtiendra de Phocas que le Siège apostolique soit déclaré « caput omnium Ecclesianun ». Lib. pontif. t. I, p. 3 16.
SAINT GtlÉGOIRE ET L'ORIENT. 2X1
Cependant, à Constantinople, on ne co&cède rien sur le titre même d'œcuménique. Grégoire mourra sans avoir rien obtenu, Grégoire n'aura non plus exécuté aucune des menaces qu'il avait annoncées*. Il n'est pas interdit à l'historien de penser que dans cette affaire, comme dans celle de Salone, Grégoire a été un peu vite, et un peu fort.
Le règne de Maurice finit par une tragédie :
l'empereur fut déposé dans un pronunciamiento militaire, et la couronne donnée au général factieux, Phocas (602-610), soldat brutal et incapable, qui allait être un des plus pitoyables empereurs de Byzance. L'Italie, qui ne pardonnait pas à Maurice de l'avoir laissée sans secours, accueillit le nouveau règne comme s'il n'êùt pas commencé dans l'émeute et dans le sang. Avec Maurice, en effet, avaient été massacrés tous ses enfants mâles, à savoir Théodose déjà couronné, Tibère, Pierre, Paul et Justinien, les petits princes à l'éducation desquels saint Grégoire s'était intéressé jadis.
Le pape ne s'empressa pas de saluer le nouvel empereur, il laissa passer peut-être six mois depuis l'inauguration du règne avant d'écrire à Phocas ~. La
1. On continua de donner au patriarche le titre d'œcuménique : ainsi en est-il en 612, en 619, en 629, dans des novelles d'Héraclius. Zachabue, lus graeco-latinum^ t. III, p. 33, 38, l^o, 44. L'usage ^ perpétua dans le protocole des conciles. Geizér, p. 57Û-571.
2. Pliocas avait été couronné à Constantinople le aS novembre précédent. Le a5 avril fut reçu à Rome le portrait de Phocas et de Leonlia, « et acclamatum est eis in Lateranîs in bàsilica lulii
lettre qu'il lui adressa alors, sans doute après la réception officielle à Rome des portraits de l'empereur et de l'impératrice (aS avril 6o3), exprime surtout des vœux : « Quiescat felicissimis temporibus uestris unwersa res publica »*. Elle souhaite une restauration de la liberté individuelle, et rappelle une maxime chère à Grégoire que, entre les rois barbares [reges gentium) et les empereurs de la République, il y a cette diflFérence, que les premiers commandent à des esclaves, les empereurs à des citoyens libres. Des historiens comme Gregorovius affectent de se voiler la face devant cette lettre. ' Voudraient-ils vraiment que le pape eût traité le nouvel empereur de ruffian?
Le pape expédia à Phocas une autre lettre, pour accréditer l'apocrisiaire que Rome envoie à Constantinople, le diacre Boniface^. Votre sérénité, dit Grégoire, n'a pas trouvé de diacre romain dans le palais impérial, contrairement au vieil usage. La raison en est que les ministres de notre Église, « dans des temps si écrasants et si âpres », s'étaient tous récusés, « et on ne pouvait imposer à aucun d'aller demeurer dans la ville impériale, au palais ». Depuis l'avènement de Phocas, ceux-là même brûlent d'aller à la cour qui naguère le redoutaient davantage. Puisse le prince avoir pitié de l'Italie, depuis trente-cinq ans livrée aux Lombards ! Nous avons confiance que Dieu ne laissera pas incomplète la consolation que le règne inaugure.
Avec cette lettre à Phocas, il y en a une à l'impé-
ab omni clero et senatu : Exaudi Christe, Phocae Augusto et Leontiae Augustae vita ». Voyez le fragment de chronique De Phoca coronato, P. L. t. LXXVII, p. iS^g.