‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 76 sur 85 · J. 1907, même temps · texte numérisé non relu

J. 1907, même temps

2. Je voudrais pouvoir citer tout entière lîi belle et confiante lettre de Grégoire à l'impératrice Constantina, par laquelle il la prie de représenter, quand elle le pourra, à l'empereur Maurice les plaintes qui montent de Corse, de Sardaigne, de Sicile, contre les exactions des collecteurs byzantins de l'impôt. En Corse, on voit des propriétaires émigrer chez les Lombards, faute de pouvoir s'acquitter, ou être obligés de vendre leurs fils pour payer ce que le fisc réclame. Ce que raconte Grégoire de la Sardaigne est plus exorbitant encore. J. i35i. Par contre, l'auteur de la vie de Jean le Jeûneur traite Maurice de prince « très juste et très doux », et de « martyr ». Kevue £ibl.'-iQ-i6^ p. 676. — Ibid. l'épitaphe de la sœur de Maurice, réfugiée à Jérusalem.

pas que Grégoire ait eu plus 4e raisons que persôniie d'être de ces inéeôntents^ lui qui seRtait si vivement l'Italie trahie par la politique aveugle et impuissante de Maurice, et le Siège apostolique trahi aussi, devajt^il penser, au bénéfice d'intrigants comme les patrons du « patriarche œcuménique ». L'Eglise de saint Pierre « a jusqu'ici souffert de graves épreuves », écrit-il à rimpératrice Leontia. La lettre qui accrédite Boniface apocrisiaire suggère que, entre Grégoire et Maurice, il y avait une tension qui était presque une rupture. Le nouveau règne faisait à Rome l'effet d'une délivrance.

Voilà ce que l'on peut dire pour expliquer que saint Grégoire ait accueilli l'avènement de Phocas avec tant de confiance et la fin malheureuse du règne de Maurice avec si peu de regrets. Car, à notre connaissance du moins, Grégoire n'a pas un mot de pitié pour Maurice et pour sa famille : ce silence nous peine plus que les compliments trop chaleureux adressés à Phocas 1.

X. MoNTAiEMBERT, Lcs moùies d'Occldetit, t. II (i868), p. i33i35, est plus sévère.

Les premières mesures prises par l'empereur Phocas durent donner satisfaction au patriotisme de saint Grégoire, L'exarque Callinicus fut rappelé, qui, au printemps de 60 1, avait provoqué la rupture de la paix si péniblement obtenue "de's Lombards, : la guerre ayant repris, l'exarque avait essuyé revers sur revers. Agilulfe était décidément le plus fort, sans arriver à une décision. On remplaça Callinicus par Smaragdus, qui avait déjà été exarque, et qui obtint une trêve de trente jours, que Grégoire considéra comme un succès. En septembre 6o3, elle fut prolongée de dix-huit mois, qui expireraient le i^'" avril 6o5 (J. 1901). Les derniers jours de Grégoire connaîtraient la paix qu'il n'avait cessé d'appeler de ses vœux et de préparer par son action personnelle.

Il put écrire à la reine Théodelinde et par elle exprimer au roi Agilulfe ses actions de grâces pour la conclusion de la paix. Il comptait sur la reine pour disposer favorablement Agilulfe, comme il savait bien qu'elle avait toujours fait, « sicut consuevistis », et pour transformer en une paix durable ce qui n'était encore qu'une paix provisoire. Théodelinde, en 602, avait eu un fils, Adalwald, et le roi avait consenti à ce qu'il fût baptisé, à Pâques 6o3, dans la foi catholique : c'était pour Grégoire une grande consolation, et un nouveau gage pour sa politique de paix. Il dit toute sa joie à Théodelinde, en

lui envoyant pour Adalwald une croix contenant du bois de la croix du Sauveur et « une leçon du saint Evangile » dans un coffret de Perse. Il envoie à la sœur du petit prince (il l'appelle « ma fille ») trois bagues, deux ornées de saphirs, la troisième d'un onyx. « Nous prions Dieu tout puissant qu'il vous garde dans la voie de ses commandements, et qu'il fasse croître dans son amour notre très excellent fils Adalwald, afin que cet enfant, qui est grand déjà parmi les hommes, soit glorieux aussi un jour par ses actions devant les yeux de notre Dieu *. ,»

L'évêqùe d'Alexandrie, Euloge, fidèle à une gracieuse habitude de tous les ans, a envoyé à Grégoire un présent, une hejiedictio de saint Marc, comme on dit à Alexandrie, mais aucune lettre cette fois n'accompagnait l'envoi. « J'en ai été tout à fait contristé » , lui écrit le pape ~ :

^' « Voici quelque temps, une lettre du chartularius Boniface, qui est mon apocrisiaire dans la ville impériale, m'avait grandement ému, en me disant que votre très douce sainteté, qui m'est si chère, avait perdu la vue. J'en avais eu un très vif chagrin. Puis, j'avais reçu une lettre de votre béatitude, grâce à Dieu, où j'avais vu que vous étiez indemne de cette épreuve : j'en ai été grandement consoléj et mon cœur en a eu autant de joie qu'il avait eu d'abord plus d'amère tristesse,..

« A la joie que j'ai de vous savoir en bonne santé s'est ajoutée pour moi celle d'apprendre de votre bouche que les ennemis de l'Eglise diminuent (chez vous) et que les troupeaux du Seigneur se multiplient. Chaque jour^ sous la charrue de votre éloquence, croissent les semailles célestes et s'emplissent les greniers d'en haut. En vous, nous nous réjouissons de voir s'accomplir ce qui est écrit : Là où abondent les moissons se manifeste la force des bœufs {Prov. XIV, 4). Plus vous ramènerez au service

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