CHAPITRE Vil
LES DEHNIÈRES ANNEES (lo8l-Io85).
Au moment où Henri IV franchit les Alpes, à la fin de mars 1081, la situation de Grégoire VII parait sinon désespérée, du moins sérieusement compromise. Le pape ne peut compter sur aucun appui. En Allemagne, le parti saxon a été désorganisé par la mort de Rodolphe ; il est incapable d'empêcher Henri IV de prendre le chemin de ITtalie ou de le contraindre, par une diversion bien organisée, à quitter la péninsule. Dans l'Italie du nord, la comtesse Mathilde, réduite depuis la défaite de Volta à une pénible défensive, ne peut barrer au roi la route de Rome. Enfin le seul allié, sur lequel Grégoire VII, eût pu compter, Robert Guiscard, est beaucoup plus préoccupé de réaliser ses plans de domination sur la Méditerranée orientale que de protéger le pape contre les tentatives du roi de Germanie.
Devant un pareil isolement, la prudence eût conseillé de tenter des négociations. Malgré la promotion de Guibert de Ravenne au souverain pontificat, il est probable que Henri IV se fût prêté à un accord et qu'il eût consenti à abandonner son antipape^
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si le pape légitime avait consenti aie couronner empereur et h lui reconnaître le droit de nommer les évêques allemands, (jrégoire VII n'a pas songé un instant à une semblable abdication qui l'eût amené, d'une façon plus ou moins déguisée, à renier toute son œuvre réformatrice ; incapable de transiger avec sa conscience particulièrement scrupuleuse, il a préféré s'exposer aux pires événements plutôt que de sacrifier ee qu'il considère comme les droits de Dieu. Toute sa politique, au cours des quatre dernières années de son pontificat, est résumée dans cette phrase d'une lettre écrite à Didier du Mont-Cassin dans le courant de l'année 1081 : « Je ne fais aucun cas des menaces et je suis prêt, s'il le faut, à subir la mort plutôt que d'approuver l'impiété et de trahir la justice » {Reg.^ 1. VIII, ep. 34).
Pendant deux ans, la résistance du pape est couronnée de succès. Henri IV s'imaginait que son expédition en Italie ne serait qu'une promenade militaire et il n'avait emmené avec lui qu'une petite troupe, pnvva maniis^ écrivait Grégoire VII à Didier. Au début, il ne rencontre aucune difficulté sur son passage et peut faire une série d'entrées triomphales à Vérone, à Milan, à Pavie, enfin à Ravenne où il va chercher Guibert. Il annonçait à qui voulait l'entendre que le jour de la Pentecôte il serait à Rome. Il paraît en effet sous les murs de la ville le 21 mai, escorté de tous les prélats condamnés par Grégoire VII, Guibert de Ravenne, Liémar de Brème,
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Tedald de Milan, Burchard de Lausanne et la plupart des évêques lombards. Il campe dans les prata Neronis, et s'imagine que la proclamation qu'il vient d'adresser aux Romains produira plus d'effet que les machines de siège qu'il a omis d'amener avec lui.
Cette proclamation est très cauteleuse. Le roi y rappelle la fidélité que les Romains ont toujours témoignée à son illustre père, l'amour et le respect dont ils ont entouré son enfance, le constant appui qu'ils lui ont prêté dans la mesure de leurs moyens. 11 s'excuse de ne pas être venu plus tôt, mais invoque comme circonstance atténuante les luttes qu'il a dû soutenir coutre de perfides adversaires sur lesquels il vient de remporter le plus éclatant triomphe. Il s'étonne pourtant que les Romains n'aient pas envoyé une ambassade au-devant de lui, mais, pour éviter que cette incidente ne produise une fâcheuse impression, il n'insiste pas et annonce pompeusement son intention de rétablir la paix de l'Eglise, avec tout le respect qu'il a pour le bienheureux Pierre. Il se garde de prononcer le nom de Grégoire VII, afin de se réserver toute liberté d'action suivant la tournure que prendront les événements.
Les Romains ne furent pas dupes de ces flatteuses paroles; ils n'ouvrirent pas les portes de la cité et le jour de la Pentecôte ne vit ni l'intronisation de Guibert ni le couronnement impérial à Saint-Pierre. On se consola en célébrant cette dernière cérémonie en plein air et, plus encore, en ravageant la campagne romaine où l'on fit quelque butin, 11 n'en fallut pas moins, au bout de quarante jours, abandonner le
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siège. C'était un échec, facilement réparable, il est vrai, car il était dû surtout à ce que Henri IV avait trop présumé de ses forces.
Aussi, pendant la fin de l'année, le roi s'atlachet-il à afiPermir sa situation dans l'Italie du Nord. Il prend Lucques et Pise, affaiblit l'armée de la comtesse jMathilde qui est réduite à concentrer la résistance dans la citadelle de Canossa. En février io8^, il revient devant Rome, accompagné de sa brillante escorte qui s'est grossie de Henri, patriarche d'Aquilée, et de l'évêque de Plaisance, Denis, accourus pour assister au triomphe. Il adresse aux Romains une nouvelle proclamation, toujours très modérée, mais un peu différente de celle de l'année précédente et en somme plus habile. Il cherche tout d'abord à masquer sa défaite dont la seule cause est l'insuffisance de ses troupes ; il avoue qu'il s'attendait de la part des Romains à un accueil plus empressé, mais il se défend de tout sentiment de rancune à leur égard, parce qu'ils ont été victimes des « machinations d'Hildebrand ». Celte fois le nom est prononcé et Henri IV entame le procès de Grégoire VII, mais avec une modération inaccoutumée; il reproche seulement au pape d'avoir détruit l'ordre établi par Dieu en ne voulant pas pas admettre que « s'il est juste de respecter le prêtre, il est non moins juste d'obéir au roi ». Toutefois, il laisse entendre qu'il est prêt à négocier : il invite Hildebrand à venir prouver la justice de sa cause et s'engage a lui laisser la vie sauve, même si les canons démontrent sa culpabilité. Malgré cela, les portes de Rome restent fermées et la campagne de 1082 est marquée par un échec,
encore plus caractérisé que celui de l'année précédente. En mars, Henri IV essaie d'enlever la ciié léonine ; il est repoussé et doit se retirer. Le dimanche des Rameaux, il reprend l'assaut sans plus de succès et il doit célébrer très modestement la fête de Pâques (24 avril) à Albano.
Pourtant, malgré des apparences contraires, au cours de cette année 1082, la situation de Henri IV s'est améliorée très sensiblement et celle de Grégoire VII s'est aggravée du même coup. Il était clair que Rome ne pourrait indéfiniment résister, si un secours étranger ne lui arrivait pas et ce secours ne pouvait venir que des Normands. Or Grégoire VII a commis une grosse faute en favorisant les projets orientaux de Robert Guiscard dans le chimérique espoir que leur réalisation faciliterait l'union des deux Eglises de Rome et de Constantinopte qui comptait parmi ses rêves généreux. En 1081, conscient du danger, il a voulu décider Robert à ajourner son expédition et à venir à son secours, mais il s'est heurté à une indifférence manifeste; le duc répondit que ses préparatifs étaient trop avancés pour qu'il pût renoncer à son projet et, tandis que Henri marchait sur Rome, il gagna Otrante où il s'embarqua le 20 mai. Ses succès, et notamment sa victoire de Durazzo (16 octobre 1082), l'engagèrent à continuer sa marche vers Constantinople et il ne prêta qu'une oreille fort distraite aux exhortations de Grégoire VII qui l'engageait à témoigner sa gratitude à saint Pierre, au patronage duquel il devait sa victoire, en ne différant pas davantage de venir délivrer le tombeau de l'Apôtre {Beg,, l. VIII, ep. 4o).
Ce ne furent pas les appels du pape qui déterminèrent Robert Guiscard à revenir en Italie, mais les succès diplomatiques de Henri IV qui pouvaient avoir pour lui les plus graves conséquences. Le roi de Germanie avait conclu une alliance avec l'empereur de Constantinople, Alexis Comnène, menacé par Guiscard, et l'or byzantin, largement répandu dans le duché de Fouille, y avait provoqué une insurrection. Ce résultat avait été obtenu en partie avec le concours de Jourdain de Capoue que Henri IV avait réussi à détacher de la cause pontificale, espérant se servir de lui pour négocier un rapprochement avec Grégoire Vil. Jourdain avait pu décider Didier du Mont-Cassin, l'homme de la paix à tout prix, à venir trouver le roi au moment de Pâques 1082 et le bon abbé, tout en observant une altitude très correcte et en se gardant d'avoir des rapports avec les excommuniés, avait autorisé le prince normand à promettre à Henri IV qu'il le ferait couronner empereur par Grégoire Vil.
Le parti pontifical commençait donc à se désagréger. En outre, la révolte des Etats de Guiscard et la défection de Jourdain vont avoir une fâcheuse conséquence : Robert Guiscard, de retour en Italie, songe uniquement à arrêter les rebelles et à châtier Jourdain ; il se désintéresse du sort de Grégoire VII qui fait très inutilement un rapide voyage dans l'Italie méridionale au début de io83.
Or, l'arrivée des Normands devant Rome à ce moment-là eût été indispensable, non seulement au point de vue militaire, mais pour relever le moral des Romains, énervés par deux années de siège et en proie à toutes sortes de difficultés pour ravi-
tailler la ville, par suite de la présence presque continue des trou[>es royales dans la campagne romaine. Le parti de la paix a fait des progrès parmi eux; des défections se produisent (/?e^., 1. VIII, ep. 58) et, tandis que Henri IV, le 3 juin, attaque la cité léonine ets'erapare de Saint-Pierre où Guibert préside, le 28, une cérémonie solennelle, la noblesse romaine négocie. Elle obtient d'ailleurs un résultat : le roi consent à la réunion d'un concile pour la fin de l'année. Grégoire VII, qui jusque-là a tenu bon et a excommunié Jourdain et ses complices [Reig., 1. VIII, ep. 49)» ne croit pas, dans l'intérêt de la paix de l'Eglise, devolr^repousser ces ouvertures : il convoque aussitôt les évèques de toute la chrétienté {Reg.y l. VIII, ep. 01 et ep. coll. 23); mais, avec sa fourberie habituelle, Henri IV met la main sur les prélats qui se rendaient à Rome; Eudes d'Ostie, Huges de Die, Anselme de Lucques, d'autres encore tombent ainsi en son pouvoir et ne peuvent prendre part au concile qui s'ouvre pourtant le 20 novembre, mais ne réunit que quelques évèques italiens et français.
Dès lors l'assemblée n'eut pas le caractère qui lui était assigné. Le pape ne put que se lamenter sur les effets de la tyrannie de Henri IV qui, non content d'empêcher depuis trois ans la réunion habituelle du synode de carême et de répandre le sang dans Saint-Pierre, retient les évèques, afin qu'ils ne puissent assister à un concile qu'il a pourtant approuvé {Reg., l. VIII, ep. 58). La sentence d'excommunication contre le roi ne fut pas renouvelée, mais, au dire de Bernold de Constance, elle fut formulée contre tous ceux qui empêchaient les
évêqnes de communiquer avec leur chef spirituel.
Les tentativ^es pacifiques ont donc échoué et le siège continue, mais les Romains sont déçus; ils avaient espéré que Grégoire VII se déciderait à couronner Henri IV, et, ne se Tendant pas compte que l'attitude du roi avait rendu la chose impossible, ils abandonnent en niasse le pape. Treize cardinaux notamment se signalent par une défection retentissante. Aussi le roi de Germanie peut-il atteindre facilement le but qu'il poursuit depuis trois années. Le 2 1 mars io84, toute la ville de la rive gauche du Tibre se livre à lui; il entre avec l'antipape dans le palais de Latran où l'on vient en masse saluer le vainqueur.
Grégoire VII ne capitule pas; encerclé de toutes parts dans le château de Saint-Ange, il préfère y mourir plutôt que de sacrifier son œuvre. Mandé par Henri IV à comparaître devant un grand concile réuni à Saint-Pierre le 24 mars, pour se justifier, il se confine dans une dédaigneuse abstention. On instruit son procès qui est aussi celui de sa doctrine. Au moment de son arrivée devant Rome, Henri avait demandé au juriste Petrus Crassus, formé à l'école de Ravenne, de réfuter les thèses grégoriennes, et celuici s'était efTorcé d'établir, à l'aide du droit romain, de l'Ecriture et de la tradition ecclésiastique, que la royauté était nécessairement héréditaire, que cette hérédité conférait à celui qui en est investi un pouvoir absolu sur ses sujets. Tel était l'objet de la Defensio Heinrici l'egis. Petrus Crassus n'hésite pas à assimiler la couronne à une propriété particulière, et prétend lui appliquer, en conséquence, tous les textes de Justinien sur l'héritage, sans même entrevoir combien
il est insensé de proclamer qu'un roi a sur des personnes, sur des êtres humains, dotés d'une âme et d'une intelligence, les mêmes droits qu'un individu sur des biens matériels, fonciers ou mobiliers, dont il peut user et abuser sans soulever aucune protestation. Ainsi à la théocratie, qui au même moment chez Manegold de Lautenbach prenait une allure nettement démocratique, s'opposait la théorie de l'absolutisme héréditaire de droit divin qui, à l'aide du droit romain, et de textes déformés de l'Ecriture prétendait justifier toutes les tyrannies. La lutte du Sacerdoce et de l'Empire n'était plus seulement le conflit de Henri IV et de Grégoire Vil, mais celui de deux doctrines incompatibles et inconciliables.
L'absolutisme eut le dernier mot et Grégoire VII fut déposé par l'assemblée que le roi avait réunie. Guibert, déclaré pape légitime, futsolennellement sacré au Latran, non pas, suivant l'usage, par le cardinal évêque d'Ostie, qui tenait pour Hildebrand, mais par lesévêques excommuniés de Modène et d'Arezzo. Le 3i mars, à Saint-Pierre, il couronna solennellement Henri IV et sa femme, la reine Berthe. Après quoi les opérations reprirent. Le roi poursuivit l'investissement du château Saint-Ange, occupa le Palatin et le Capitole, mais, au moment où il paraît tenir enfin la victoire définitive, elle lui échappe : Robert Guiscard arrive avec ses Normands.
Tandis qu'il se débattait aux prises avec une situation chaque jour plus menaçante, Grégoire VII a multiplié les appels à son allié. Jarenton, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, alors à Rome, a été joindre ses instances à celles de Didier du Monl-Cassin. Et
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Robert s'est enfin décidé. La fortune avait cessé de lui sourire. Son fils Bohémond, qu'il avait laissé en Orient pour continuer son expédition, avait perdu à peu près tout ce qu'il avait conquis. La prise de Rome par Henri IV mettait en \ién\ ses États continentaux. Il fallait à tout prix écarter ce nouveau danger et Robert partit avec trente mille hommes.
Henri IV préféra ne pas l'attendre. Il quitta Rome le 21 mai, non sans avoir annoncé son prochain retour. Robert Guiscard arriva le 24, tandis que la garnison germanique se concentrait dans le Latran. Le 27, les Normands pénétrèrent dans Rome par une brèche. Allemands et partisans de Henri IV essayèrent de leur résister et une bataille sanglante s'engagea. Robert fut victorieux, arriva au château Saint-Ange, délivra Grégoire VII qu'il conduisit à Saint- Pierre et au Latran. La lutte ne fut pas terminée pour cela. A la suite d'incidents et de bagarres, elle recommença et aboutit à un pillage en règle au cours duquel les Normands se signalèrent par toutes sortes d'excès fâcheux. Grégoire VII fut impuissant à les prévenir ; après avoir échappé à Henri IV, il était le prisonnier de Robert Guiscard dont l'intervention n'avait pas été désintéressée.
Il fut bien forcé de se ranger aux conseils de son libérateur. Par suite de la présence des Allemands à Rome et de la défaveur de l'opinion romaine, que les derniers événements avaient encore accrue, il dut quitter sa capitale et prendre le chemin de l'exil. Accompagné de quelques fidèles, il se rendit au Mont-Cassin, puis à Bénévent où il demeura quelques jours, enfin à Salerne où il se fixa définitivement. La personne du pape était sauve. Grégoire VII a
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évité l'outrage réservé plus tarda Boniface VIII, mais, à certains égards, sa fin a été plus malheureuse, car, avant de mourir, il a dû abandonner Rome à Tantipape : c'est Clément III qui y célèhre la fête de Noël 1084.
Pourtant, à Salerne, Grégoire VII conserve la liberté de ses mouvements. A la fin de 10741 il réunit un concile, renouvelle l'excommunication de Guibert et de Henri IV, II envoie ensuite des légats dans les différents pays chrétiens pour notifier cette sentence : Pierre d'Albano en France, Eudes d'Ostie en Allemagne. En même temps il adresse à la chrétienté une encyclique solennelle, la dernière qu'il ait écrite et où il fait preuve d'une saisissante grandeur d'âme [Ep. coll., 46). Il croit apercevoir dans les assauts répétés livrés à la barque de Pierre la réalisation de la parole du psalmiste : Les rois de la terre se sont levés et les princes se sont rassemhlès contre le Seigneur et son Christ (Ps. Il, 2), mais il se console à la pensée qu' « avec l'aide de Dieu, ils n'ont pu ni par la terreur, ni par la cruauté, ni par les promesses d'une vaine gloire, entraîner dans leur impiété ceux qui ont confiance dans le Seigneur « et, malgré toutes les tribulations du Siège apostolique, malgré les progrès effrayants de l'impiété qui chaque jour étend ses ravages, à mesure qu'approche le règne de l'antéchrist, il proclame plus énergiquement que jamais la primauté romaine, en invitant les vrais chrétiens à la défendre.
C'est donc à la chrétienté tout entière que le pape, défait et exilé, se confie maintenant pour qu'elle le délivre à la fois de ses ennemis et de ses propres alliés. Son appel n'est guère entendu. En France, le
sensuel et cupide Philippe P' se désintéresse totalement du salut de la papauté. En Angleterre, Guillaume le Conquérant est trop loin, et trop occupé à la fois par la lutte contre le Capétien et par l'organisation de sa nouvelle conquête. En Allemagne, le nouvel antiroi Hermann de Luxembourg est un personnage mou et apathique et la mort d'Othon de Nordheira, survenue au début de io83, a privé le Saint-Siège de son plus actif défenseur; les évêques eux-mêmes; sont terrorisés et les efiForts d'Eudes d'Ostie pour ressaisir les partisans de la papauté aussi bien que pour convaincre seB adversaires restent sans résultats. Dans les premiers jours de mai io85, Henri IV peut réunir à Mayence une nombreuse assemblée qui ratifie la déposition de Grégoire VU et reconnaît Clément III.
Grégoire Vil est universellement abandonné et il meurt le 2 5 mai io85, sans avoir dans son exil aucuneconsolation. Son panégyriste, PauldeBernried, a laissé un récit très édifiant de ses derniers moments : aux évêques et aux cardinaux réunis autour de son lit de mort et qui le remerciaient des services rendus à l'Eglise, Grégoire Vil aurait répondu par le mot devenu historique : « J'ai constamment haï l'iniquité et aimé la justice. » Cette parole, quoiqu'elle résume très fidèlement la vie de Grégoire Vil, est très probablement apocryphe, car la suite du récit de Paul de Bernried contient de telles erreurs que la véracité en devient fort douteuse. L'hagiographe rapporte en effet que, prié de désigner un successeur, Grégoire Vil aurait mis en avant le nom de Didier du JMont-Cassin, ou, à défaut, ceux d'Eudes, cardinal-évêque d'Ostie, et de Hugues de Die, archevêque de Lyon. Or il est aujourd'hui prouvé que Grégoire Vil a indiqué An-
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selme de Lucques, Eudes d'Ostie et Hugues de L\on^ sans marquer aucune préférence; il n'a pas songé à Didier, pour lequel il n'éprouvait qu'une médiocre et peu confiante synpalhie. Si Didier est devenu le pape Victor III, c'est uniquementgrâce à l'appui de Jourdain de Gapoue et des Normands qui l'ont imposé au choix des cardinaux, en violant ainsi les dernières volontés du pontife défunt.
Il faut donc se résigner, devant le silence des autres chroniqueurs, à ignorer ce qu'a été la mort de Grégoire VII, mais il est vraisemblable qu'elle a été le reflet de sa vie, empreinte des mêmes sentiments d'humilité, de confiance en la miséricorde divine et en l'intercession de l'apôtre Pierre dontil s'était efforcé, en une époque troul^lée et en des circonstances difficiles, de tenir dignement la place.
Ladépouille mortelle du pape futinhumée à Salerne, dans l'église de Saint-Matthieu qu'il avait lui-même consacrée. Sous Grégoire XIII (i 5^2- 1 585), on constata que son cadavre était encore intact. En i6o6, Paul V (i6o5-i(i2 i) le canonisa et Benoît XIII (1724- 1730) proclama que la fête de saint Grégoire Vil serait célébrée le 25 mai dans l'Eglise universelle.