CHAPITRE VII
C'est à partir de Tannée 1016 que l'attention de l'empereur Henri eut à se porter du côté de la Bourgogne.
Dans ce royaume, dont Arles était la capitale, l'autorité royale ne comptait pour ainsi dire plus, en face de l'arrogance des seigneurs. Conrad, frère de l'impératrice Adélaïde qui avait épousé Otton le Grand, et père de Gisèle qui fut la mère de saint Henri, occupa le trône de Bourgogne pendant cinquante-sept ans, exerçant avec une complète -nonchalance un pouvoir presque nominal. Les vassaux vivaient indépendants et maîtres absolus dans leurs domaines. En 998, Conrad laissa la couronne à son fils Rodolphe III , héritier de l'inertie paternelle, et dont les qualités, si tant est qu'il en ait eu de sérieuses, furent paralysées par l'attitude rebelle des seigneurs. Il essaya bien un moment de relever la tête, sentant le besoin d'assurer h son titre les ressources et l'autorité qui lui faisaient défaut. Il ne réussit qu'à susciter contre lui une hostilité générale. On le chassait même du royaume sans l'intervention de l'impératrice Adélaïde. Dans le
même temps, le roi Robert de France, déjà maître du duché de Bourgogne, qui avait Dijon pour capitale et s'arrêtait au cours de la Saône, devenait un voisin inquiétant pour le royaume du même nom. Le malheureux Rodolphe se décida alors à réclamer le secours de son parent l'empereur d'Allemagne.
Craignant de trop s'éloigner de son royaume en allant trouver Henri à Bamberg, il demanda que l'entrevue eût lieu à Strasbourg. Là, Rodolphe se mit sous la protection de l'empereur, le reconnut pour suzerain et s'engagea à ne rien entreprendre d'important sans son agrément. Puis il s'en retourna comblé de présents.
Sans plus tarder, Henri fit acte d'autorité en Bourgogne. Il nomma un évêque et rappela au plus puissant seigneur bourguignon, le comte Otton Guillaume, les devoirs qu'il avait désormais à remplir envers lui. Mais l'orgueilleux comte n'entendait subir la domination de personne. Il chassa brutalement l'évêque que l'empereur avait nommé et souleva contre le nouveau suzerain tous les seigneurs du royaume, alléguant que Rodolphe n'avait aucun droit pour disposer de sa couronne, surtout en faveur d'un souverain étranger dont ils ne voulaient pas, que s'il trouvait le fardeau trop lourd, il n'avait qu'à le céder à un plus fort. Dans le fond, les seigneurs tenaient à ne rien perdre de ce qu'ils usurpaient sur la couronne depuis trois générations; le comte Guillaume n'eût même pas été fâché de saisir cette couronne, quitte à en revendiquer les droits contre les seigneurs qui se soulevaient maintenant avec lui.
Rodolphe était sans enfants. Sa femme, Irmengarde, avait eu deux fils d'un premier mariage, mais ceux-ci ne pouvaient hériter du trône. Il se trouvait donc qu'à défaut d'héritiers directs, Henri possédait des droits sur la succession de Bourgogne par sa mère Gisèle, qui le rendait petit-fils du roi Conrad. Peut-être était-il hanté en même temps par le mirage de cet empire de Charlemagne que les empereurs d'Allemagne rêvaient de ressusciter, et dont la Bourgogne faisait partie intégrante au même titre que l'Allemagne et l'Italie. Il n'hésita donc pas à intervenir, tant pour sauvegarder ses droits éventuels que pour protéger efficacement le malheureux prince qui s'était mis sous sa tutelle. Il descendit du côté de Baie, la ville la plus septentrionale de la Bourgogne, y tint des assemblées de seigneurs qui lui jurèrent fidélité, et exerça sur les territoires des opposants les ravages habituels à ces sortes de campagnes. Les comtes bourguignons n'osaient l'affronter en dehors de leurs villes, lui-même ne pouvait les attaquer derrière leurs remparts, à cause de la faiblesse de son armée. Après deux mois de courses militaires dans le nord du royaume, il rentra en Allemagne sans résultat décisif.
Cette démonstration produisît néanmoins un effet sur lequel Henri ne comptait pas. Les seigneurs bourguignons, craignant qu'il ne revînt bientôt à la tête d'une armée plus puissante, se rapprochèrent de leur roi et s'engagèrent à lui rester soumis, s'il consentait à rompre le traité conclu avec l'empereur. Rodolphe se laissa persuader. Il fit savoir à celui qu'il venait de choisir
pour suzerain que la bonne harmonie rétablie entre lui et ses vassaux lui permettait désormais de se passer de son assistance. Henri n'eut pas lieu d'être satisfait de ce dénouement. Mais il garda le silence, et la dernière campagne contre Boleslav le rappela bientôt dans le nord.
Or voici qu'en février 1018, Rodolphe plus à plaindre que jamais arriva à Mayence avec sa femme et quelques compagnons, et demanda en grâce à Henri de renouveler le traité de Strasbourg. Une sérieuse intervention armée en devait être la conséquence. Henri se décida. Après avoir assisté à la consécration de la cathédrale de Saint-Pierre, à Worms, il partît pour Baie sur la fin de juin, avec des troupes malheureusement trop peu nombreuses encore.
Pour la seconde fois, Rodolphe se déroba. Henri ne prit pas ce manquement de parole avec autant de patience que deux ans auparavant. D'après certains chroniqueurs de l'époque, il aurait cette fois tourné ses armes contre son oncle par trop versatile et se serait avancé jusqu'au Rhône. Mais les renseignements sur cette campagne font défaut. Le succès ne dut pas être brillant, car on vit Henri redescendre le Rhin tout attristé de la perte inutile d'un assez grand nombre de ses plus dévoués serviteurs. Il passa par Zurich et alla se consoler dans le monastère d'Einsiedeln, qu'il dota de nouveauxdomaines dans le Brisgau. Il assista ensuite à la consécration de la cathédrale de Baie et fit don à la nouvelle église de précieuses reliques, d'objets de grande valeur, en particulier d'une table d'autel en or, comme celle que le roi Robert de France
avait donnée naguère au monastère de Saint-Aignan, à Orléans. A. la cérémonie assistaient, avec l'archevêque de Trêves, les évêques de Strasbourg, de Constance, de Genève et de Lausanne, ces derniers témoignant, malgré l'absence de l'archevêque de Besançon, que l'empereur Henri avait encore des sympathies dans le royaume de Bourgogne.
Henri ne tenta plus rien personnellement dans ce pays. Mais deux ans plus tard, l'un de ses meilleurs amis, Verinher, évêque de Strasbourg, y fit une expédition avec quelques seigneurs allemands, et obtînt des Bourguignons la reconnaissance formelle du traité conclu précédemment. On commença dès lors en Bourgogne à dater les années du règne de l'empereur. Quant à l'autorité de Rodolphe, elle n'eut pas plus à perdre à ce changement que celle du suzerain n'eut à gagner. Toutes choses se maintinrent dans leur état antérieur, le roi aussi eflfacé, les seigneurs aussi indépendants, le peuple aussi indifférent au nom de Celui qui portait le titre de souverain .
Vers l'époque de son retour de Bourgogne, Henri eut la joie de rétablir la concorde entre les seigneurs des bords du Rhin, et en particulier d'obtenir la soumission complète des deux frères de l'impératrice, Théodéric, l'évêque de Metz, et Henri, l'ancien duc de Bavière. Il consentit à ce que ce dernier fût réintégré dans son duché. Cunégonde tint à reconduire elle-même son frère a Ratisbonne et à lui faire les honneurs de sa capitale. A la suite d'une grave maladie, cette pieuse impératrice avait fait vœu de construire un monastère, et elle venait de le fonder dans son domaine
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de la Hesse, sous le nom de Raufungen. Elle y mit des religieuses assujetties à la règle bénédictine. Henri voulut s'associer à cette fondation, en augmenta la dotation « pour le salut de son âme, de celle de son épouse, et la rémission de toutes ses fautes », et Tattribua à la juridiction de l'archevêque de Mayence, tout en se réservant pour lui et pour ses successeurs le droit de donner l'investiture à l'abbesse. La première élue fut Oda, nièce ou parente de l'impératrice. Raufungen devint comme le Bamberg de sainte Cunégonde.
Malgré la soumission de ses beaux- frères, Henri eut encore à déplorer ou à réprimer d'autres révoltes partielles sur différents points de l'empire. Ainsi, à la suite d'un démêlé de vieille date, le duc de Basse-Lorraine, Gottfried, et Gérard, comte d'Alsace, entreprirent l'un contre l'autre une véritable guerre, en profitant de l'éloignement de l'empereur. Ils en vinrent aux mains avec tous les vassaux à leurs ordres, et la bataille qu'ils se livrèrent coûta la vie à plus de trois cents hommes du côté de Gérard, qui prit la fuite, et à trente vassaux de Gottfried. Au nombre des blessés fut un neveu de Gérard, Conrad, qui devait succéder à l'empereur Henri.
Peu de temps après, un jeune seigneur, audacieux et sans trop de scrupules, Dietrich, fils de cet Arnulf, comte de la Frise orientale et beau-frère de Cunégonde, qui avait péri sous les coups des Frisons, s'empara d'une île formée par le rapprochement du Rhin et de la Meuse, non loin de leur embouchure. Cette île, occupée par des marais et par la forêt de Merw^ede, ne pouvait guère servir
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qu'à la pêche et à la chasse. Dietrich y construisit une espèce de forteresse qui devint, croit- on, le noyau de Dordrecht. Puis appelant autour de lui quantité de Frisons, pauvres gens ou brigands qui réclamaient un protecteur ou un chef, il se mit à leur tête pour rançonner les marchands qui descendaient ou remontaient le cours du fleuve et commettre toutes sortes de rapines dans les environs. Sur la plainte des voisins, particulièrement des archevêques de Trêves et de Cologne, l'empereur, qui assistait alors avec eux à un synode à Nimègue, en avril 1018, chargea l'évêque d'Utrecht, Adalbold, dont Dietrich était d'ailleurs le vassal, d'anéantir la forteresse par le feu et de rendre l'Ile à ses propriétaires primitifs.
Cet évêque d'Utrecht, qui succéda en 10 10 a saint Ansfried, était un savant et un lettré. Il a laissé des écrits sur la géométrie et sur la musique, et une chronique sur la vie de saint Henri, qui contient les plus intéressants détails, mais n'embrasse malheureusement que quelques années.
Adalbold savait d'ailleurs quitter la plume pour l'épée, quand le devoir de sa charge l'y obligeait.
Quand Dietrich apprit ce qui le menaçait, il entra en fureur, appela les Frisons à son aide et se prépara à une résistance acharnée. Adalbold arriva bientôt avec ses troupes, auxquelles l'empereur avait adjoint celles du duc Gottfried de Basse-Lorraine et des évèques de Liège et de Cambrai. A peine les assaillants furent-ils débarqués dans l'île que Dietrich, débouchant sur eux avec ses Frisons de tous les points de la forêt, les culbuta dans le fleure. Trois mille hommes périrent, atteints par le feu
OU engloutis dans les flots. L'évêque d'UtrecBt eut peine à échapper dans un canot et le duc Gottfried resta prisonnier.
Après ce coup de fortune, les Frisons se répandirent dans tous les environs et y exercèrent à leur aise le brigandage. Que faire pour remettre à la raison un bandit comme Dietrich? On ne put que négocier avec lui et reconnaître officiellement la situation qu'il s'était faite. A ce prix, le duc Gottfried recouvra sa liberté.
Enfin, en Saxe même, le duc Bernhard créait à Henri de graves difficultés. Homme dur et violent, il traitait avec la dernière rigueur les Slaves de son gouvernement, au point de leur faire prendre en haine la religion à laquelle on s'efforçait de les convertir. H amena ainsi une coalition dangereuse des Liutizes et des Abodrites, peuplades du nord de la Saxe. Puis, avec l'esprit de révolte qui l'animait, il refusa de marcher contre eux pour les faire rentrer dans le devoir. Les Slaves profitèrent de cette inaction du duc pour se soulever en masse. Au nom de l'indépendance qu'ils revendiquaient, au nom de leur religion nationale qu'ils prétendaient défendre, ils se répandirent dans tout le pays au nord de TElbe et s'y livrèrent à d'épouvantables atrocités. Ils s'appliquèrent avec un spécial acharnement à détruire les églises, à massacrer les prêtres et à effacer toute trace de christianisme.
Bernhard ne pouvait se dissimuler la grave responsabilité que ces horribles excès lui faisaient encourir. Il se repentit. L'impératrice Cunégonde et l'archevêque de Brème, Unwan, intervinrent en sa faveur. Rentré en grâce avec Henri, le duc de
Saxe tourna enfin ses armes contre les Slaves révoltés, les fit revenir au devoir et les obligea à réparer, autant du moins qu'il fut possible, les désastres qu'ils avaient causés. Cette affaire ne se termina qu'en 1020.
Ces révoltes de seigneurs, ces luttes qu'ils engageaient entre eux et dont nous n'avons enregistré que les principaux exemples, dénotaient dans la constitution du royaume allemand un vice d'organisation assez grave. Les duchés et comtés qui le composaient formaient plutôt une sorte de confédération qu'un Etat véritable. Le lien qui unissait entre elles toutes ces provinces était trop lâche et trop faible pour maintenir une puissante unité. Chaque seigneur agissait dans son domaine avec une indépendance presque entière, partant en guerre ou restant inactif a peu près selon son bon plaisir, et ne relevant du pouvoir central que dans la mesure de sa propre faiblesse. Il en était à peu près de même, il est vrai, en France, en Bourgogne et en Italie. Mais en Allemagne ce vice d'organisation se compliquait d'un autre mal. Le seigneur que l'élection appelait au trône abandonnait par le fait même le commandemant de son duché. C'est ainsi qu'en devenant roi d'Allemagne, Henri avait dû se dessaisir de son duché de Bavière. Il s'ensuivait que le souverain, ayant à commander à tous, n'avait aucune force particulière sous la main pour se faire obéir. Voulait-il réduire un seigneur récalcitrant? Il lui fallait en appeler tout d'abord au bon vouloir des seigneurs voisins; pour entreprendre une guerre, il était forcé de s'en remettre au zèle de ses vassaux, qui d'ailleurs, nous l'avons plu-
sieurs fois constaté, exécutaient plus ou moins fidèlement ses ordres. Il est vrai que le pouvoir central tirait une certaine force du caractère du souverain qui l'exerçait, du besoin que la "plupart des seigneurs avaient de la faveur du prince pour arriver aux dignités, et aussi de la conscience qu'un bon nombre apportaient à l'accomplissement de leur devoir. Néanmoins, même sous un prince comme Henri, les graves inconvénients d'un pareil système demeuraient très sensibles. Il aurait fallu un LduIs XI pour asseoir l'autorité royale sur des bases solides. Mais, en Europe, le temps n'en était pas encore venu.
Depuis la mort d'Arduin, le pouvoir de l'empereur Henri était reconnu sans contestation sérieuse en Italie. Le pape Benoit VIII s'employait avec activité a la réforme de l'Église et à la défense du pays. Mais les Sarrasins commençaient à faire des incursions sur les côtes. Benoit réunit un armée et leur infligea une sérieuse défaite en Toscane. L'émir qui commandait les envahisseurs échappa; furieux de la résistance qu'il avait rencontrée et des pertes subies par son armée , il envoya au pape un sac plein de châtaignes, en promettant de revenir l'été suivant avec autant de soldats. Benoît fit passer k l'émir un petit sac d« grains de millet, et lui fit dire qu'il trouverait autant d'hommes pour l'accueillir à son retour. Ce pape énergique tint un concile à Pavie, en 1018, pour formuler des règles sévères contre les prêtres et les clercs qui transgressaient alors en trop grand nombre la loi ecclésiastique du célibat. L'année suivante, dans un synode convoqué àGoslar,en Saxe orientale, Henri
qui avait la réforme de l'Église autant à cœur que le pape lui-même, érigea en lois d'État les canons disciplinaires de Pavie.
Plus encore que les Sarrazins, les Grecs apportaient au pape Benoît un grave sujet d'inquiétude. Les empereurs d'Orient occupaient encore la Pouille et la Calabre, d'où ils essayaient de tirer, à force d'exactions, toutes les ressources possibles. Un homme influent de Bari, Mélus, s'efforçait en vain de soulever les populations contre le joug des Grecs, quand des Normands, venus en Italie pour faire leurs dévotions à saint Michel du mont Gargan, acceptèrent de prendre les armes pour sa cause. Il s'ensuivit une bataille près de Cannes, où ils périrent presque tous, en octobre 1019. Loin de se décourager, Mélus courut en Allemagne pour y demander du secours. Pendant ce temps, les Grecs profitèrent de leur victoire pour avancer. Le gouverneur de Capoue, Pandolf, se rendit et envoya les clefs d'or de sa ville à l'empereur de Constantinople. Dès lors les Grecs commencèrent h tourner leurs regards du côté de Rome.
Le pape Benoît prit aussitôt son parti. Le 1 4 avril 1020, il était aux portes de Bamberg. Henri avait fait de magnifiques préparatifs pour le recevoir. Il l'attendait devant la cathédrale et l'y introduisit en
ml
le prenant par la main. Le pape s'agenouilla devant les trois principaux autels, prit place au trône épiscopal et donna le baiser fraternel à l'empereur. Comme on était au jeudi-saint, il tint à célébrer pontificalement les offices de ce jour et des trois jours suivants. Puis on traita d'affaires. La question italienne occupa naturellement la première
place dans les délibérations. Toutes les assurances de protection furent données au pontife. Mélus était au comble de ses vœux, quand subitement, le 23 avril, il mourut à Bamberg même. Henri lui fit préparer un tombeau dans l'église.
Le dimanche 24 avril, le pape consacra solennellement l'église de la collégiale fondée en l'honneur de Saint-Étienne et l'enrichit d'un grand nombre de reliques. A la requête de l'empereur, il proclama à nouveau l'évêché de Bamberg exempt de toute juridiction séculière et ne relevant que de l'Église romaine, et il accorda à l'évêque de ce siège l'usage du pallium à perpétuité. Le pape et l'empereur allèrent ensuite à Fulda, où Benoît célébra la messe à l'autel de saint Boniface. L'abbaye de Fulda dépendait directement de la juridiction romaine. Les liens qui l'unissaient au .Saint-Siège furent alors rendus plus étroits. Du reste le voyage du pape contribua notablement à la reconnaissance de ses droits sur les églises et les monastères d'Allemagne. Henri n'était pas pour contredire à une consolidation, ni même à une extension de la juridiction papale dans le royaume. Il entra avec Benoit VH! dans une intimité que rien ne put altérer de leur vivant. Il prit congé de lui à Fulda, en attendant l'occasion de le retrouver bientôt en Italie.
Cependant l'empereur tarda encore dix-huit mois avant de partir, ne voulant entreprendre une campagne que dans les meilleures conditions de succès. Aux derniers jours de cette année 1020, pendant les fêtes de Noël, nous le trouvons près de Cologne, assiégeant dans son château de Hammerstein le comte Otton. Celui-ci s'était marié avec Irmen-
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garde, sa parente à un degré prohibé par les lois ecclésiastiques et civiles. Bien qu'il eût encouru Texcommunication pour cette transgression, le comte refusait de se soumettre, et l'on comprend que pour obtenir de tous l'obéissance aux lois, Henri devait commencer par en imposer le respect aux grands du royaume.
Or, l'archevêque Héribert, malgré la proximité de Cologne, n'était pas venu rejoindre l'empereur avec ses troupes. On se souvient que ce saint prélat, malgré le malentendu qui lui avait aliéné l'esprit du prince depuis le début du règne, ne s'était jamais départi du scrupuleux accomplissement de ses devoirs. On l'avait vu aux côtés de son souverain dans toutes les circonstances qui réclamaient sa présence, particulièrement à Pavie pendant la terrible émeute qui suivit le couronnement, et à Bamberg, quand il fallut amener à composition l'évêque Henri de Wurtzbourg. L'archevêque, paraît-il, était alors malade. Henri ne voulut voir dans cette maladie qu'un prétexte. « Qu'il dédaigne de venir ou qu'il soit malade, dit-il, j'irai le visiter. »
Le lendemain de son arrivée à Cologne, l'empereur prit place à son trône et, d'un air sévère, invita l'archevêque à racheter sa désobéissance par une forte amende. Le procédé était dur, il faut l'avouer, et bien propre à entretenir dans l'esprit d'Héribert cette idée que l'empereur cherchait à dessein les occasions de lui être désagréable. L'archevêque s'approcha alors du trône, les larmes aux yeux, et s'expliqua : il n'était coupable d'aucune faute envers son maître et personne ne pouvait le convaincre de félonie ; mais il se sentait fa-
tîg^é des incessantes accusations portées contre lui et préférait quitter son siège afin de terminer sa vie en repos.
L'accent de sincérité et la visible douleur avec lesquels s'exprimait Héribert éclairèrent subitement l'empereur. Henri se leva, embrassa l'archevêque, avoua qu'il avait été injuste envers lui et demanda pardon. Un triple baiser de paix scella l'œuvre de la réconciliation mutuelle. Un biographe de l'archevêque Héribert suppose que, la nuit précédente, l'empereur avait vu saint Pierre, patron de Cologne, lui apparaître en songe pour lui reprocher sa rancune. S'il en eût été ainsi, Henri aurait modifié ses dispositions même avant d'entendre les explications du prélat. En réalité, bien que nous soyons en face de deux saints, nous pouvons imaginer avec quelque raison que la mésintelligence initiale fut entretenue involontairement par une certaine raideur de la part de l'archevêque et par un sentiment d'antipathie trop humaine du côté du prince. Une franche explication rapprocha les cœurs, et si Héribert sut faire valoir son innocence, Henri se grandît lui-même en reconnaissant publiquement ses torts.
Il alla plus loin. Le lendemain matin, après l'office des matines, l'archevêque prolongeait sa prière dans l'oratoire de Saint-Jean, quand l'empereur parut et renouvela les témoignages de réconciliation de la veille. Il se jeta aux pieds du prélat et demanda de nouveau pardon de son erreur involontaire . Le saint réparait ainsi la faute de l' hom me . Héribert le releva et lui annonça qu'ils ne se reverraient plus sur la terre. Puis ils se séparèrent.
Quelques mois après, Héribert, en cours de visite pastorale, voyageait en bateau sur le Rhin, quand une fièvre violente le saisit. Il se fit aussitôt administrer et reconduire à Cologne. De son lit de mort, il voulut être porté encore une fois dans sa cathédrale pour y faire une dernière prière. Il mourut le i6 mars loai , après avoir partagé ses biens entre ses serviteurs et les pauvres de la ville. On Tinhuma dans le monastère qu'il avait fondé à Deutz, sur la rive droite du Rhin. A la suite des miracles opérés h son tombeau, TEglise le mit aux rang des saints. Henri fit élire à sa place Pilgrim, issu d'une noble famille de Bavière et déjà son représentant comme chancelier en Italie. Le choix fut heureux et ne souleva aucune opposition, bien que tout d'abord on eût préféré quelqu'un du pays.
Nommons aussi saint Wolbodon, que l'Église honore le 2 1 avril. D'abord écolâtre et prévôt du chapitre d'Utrecht, il fut proposé par Henri à l'évêché de Liège' et sacré par Héribert; de là son affection et sa reconnaissance envers les deux saints, à la réconciliation desquels il s'intéressa très vivement. Après quatre ans d'épiscopat, heureusement employés à faire le bien et à introduire la réforme dans les monastères de son diocèse, saint Wolbodon mourut prématurément. Fidèle à son principe de ne promouvoir aux charges que les plus dignes, Henri lui fit donner pour successeur, malgré son humble naissance, Durand, qui avait enseigné avec succès à Bamberg et devint un savant et vertueux prélat.
C'est seulement vers le milieu de novembre 1021 que l'empereur partit d'Augsbourg pour faire hon-
neur à rengagement contracté envers le pape Benoît VIII. Cette date avait sans doute était choisie pour permettre de terminer la campagne dans le sud de l'Italie avant les grandes chaleurs de Télé. A la tête d'une armée recrutée en Souabe, en Bavière et en Lorraine, Henri passa le Brenner malgré l'hiver et le 6 décembre entra à Vérone. Poppo , patriarche d'Aquilée , Aribert , archevêque de Milan, d'autres évêques et comtes lombards vinrent l'y rejoindre avec leurs troupes qui constituèrent au total une armée imposante.
Après les fêtes de Noël, célébrées à Ravenne, Henri divisa son armée en trois corps. Le premier, sous les ordres du patriarche d'Aquilée, devait s'avancer à travers la marche de Camérino. Le second, plus nombreux et commandé par l'archevêque de Cologne, Pilgrim, avait à passer à travers le territoire romain pour opérer contre Pandolf, prince de Capoue, et son frère Aténulf, abbé du Mont-Cassin , qui avait lui aussi donné la main aux ennemis. Ces chefs des deux premiers corps connaissaient le pays, l'un par sa résidence habituelle, l'autre grâce au séjour qu'il y avait fait en qualité de chancelier impérial. Avec le reste des troupes, dont l'effectif dépassait celui des deux premiers corps réunis, l'empereur longea la côte de l'Adriatique jusqu'à l'ouest de Bénévent. En route il fut rejoint par l'armée de Poppo qui n'avait pas eu à combattre, parce qu'à son apparition tous les seigneurs avaient fait acte de soumission à l'autorité impériale. Le pape vint aussi rejoindre l'empereur. Tous deux entrèrent à Bénévent le 3 mars 1022, et l'on s'y reposa jusqu'en avril.
Quant à l'archevêque Pilgrim, il marcha tout droit sur le Mont-Cassin. L'abbé Aténulf avait trop conscience de la félonie dont il s'était rendu coupable en pactisant avec les Grecs, pour espérer son pardon. Disposant de forces trop restreintes pour résister les armes à la main, il prit le parti de fuir, gagna Otrante, s'embarqua pour Constantinople et périt misérablement en mer avec ses compagnons. Pilgrim se tourna alors contre Pandolf de Capoue. Celui-ci voulait combattre. Mais les habitants de la ville, qui ne partageaient pas ses sympathies pour les Grecs, murmurèrent et manifestèrent l'intention de faire cause commune avec les troupes allemandes. Pandolf fut forcé de se rendre a l'archevêque qui le retint sous bonne garde. Pilgrim s'avança ensuite contre Salerne, ville forte et bien défendue, qui supporta quarante jours de siège. A la fin, le prince de la ville, Waimar, se soumit et livra son fils en otage. Le prince de Naples ne tarda pas à en faire autant. L'archevêque de Cologne put alors conduire à l'empereur une armée victorieuse.
Henri avait commencé le siège de Troie, place forte située à la limite de la principauté de Bénévent et de FApulie. Une nombreuse garnison de troupes grecques défendait la ville et opposait une résistance d'autant plus courageuse qu'elle attendait, dans le cours de l'été, l'arrivée de l'empereur Basile avec une puissante armée de secours. Le siège commencé en avril se poursuivait régulièrement. Avec leur jactance accoutumée , les Grecs se promettaient d'humilier l'empereur allemand et de le réduire à baiser les pieds de Basile.
Bien commaDdés et vaillants à la défense, ils réussirent à mettre le feu aux machines des assiégeants. Les opérations traînèrent dès lors en longueur, sans aucun engagement décisif, Henri étant bien résolu à tous les efforts pour s'emparer de la place, et les Grecs comptant toujours sur l'arrivée de l'armée de Constantinople. Ce fut celle de Pilgrim qui parut et renforça d'autant les assiégeants. L'empereur fit dresser d'autres machines à l'abri de l'incendie et poussa le siège avec plus de vigueur.
Les Grecs perdirent aussitôt leur fierté et songèrent à se rendre. Un matin, sous la conduite d'un moine qui portait une croix , les enfants de la cité assiégée arrivèrent en procession jusqu'au camp allemand et s'approchèrent de la tente impériale, en chantant des psaumes et en criant grâce. Henri, irrité de la conduite des Grecs et voulant faire un exemple qui leur servît de leçon, s'était promis de raser la ville après l'avoir prise. Il répondit donc aux supplications : « Dieu qui connaît les cœurs sait bien que les meurtriers de ces enfants, ce sont leurs pères et non pas moi. » Et bien qu'ému jusqu'aux larmes, il renvoya la députation enfantine sans rien accorder. Puis il réfléchit : la résistance des assiégés avait déjà infligé des pertes sensibles à son armée , et d'ailleurs approchait la saison que les gens du nord n'îiffrontaient pas impunément dans le sud de l'Italie; ses troupes commençaient même à subir les funestes effets du climat.
Aussi le lendemain, quand les enfants renouvelèrent leur touchante démonstration, Henri ne refoula plus la pitié au fond de son cœur. Il fut convenu que les assiégés, dont la résistance durait
depuis près de trois mois, démoliraient les murs de leur ville du côté où se dressaient les machines de guerre allemandes. Quand ce fut fait, il promit la vie sauve aux défenseurs. Jugeant même que l'honneur de ses armes pouvait être satisfait à ce compte, il autorisa ensuite la reconstruction des murailles démolies. Ce fut une faute. Plus tard, les habitants de Troie purent se vanter d'avoir conservé leur ville intacte; il se trouva même un écrivain grec pour les louer de leur constante fidélité envers l'empereur de Constafitinople, malgré tous les efforts de l'armée allemande. De fait, deux ans après leur capitulation, ils s'appliquèrent à mériter cet éloge en retournant au parti des Grecs.
Henri se hâta de mettre ordre aux affaires de l'Italie méridionale, afin de soustraire son armée aux chaleurs de l'été. Pandolf de Capoue, coupable d'avoir introduit les ennemis dans sa principauté, fut condamné à mort. Cependant, à la requête de Pilgrim qui lui avait promis la vie sauve, l'empereur se contenta de le faire enchaîner pour l'emmener avec lui en Allemagne. Waimar, prince de Salerne, fut rétabli dans son gouvernement, son fils reçu en otage et confié à la garde du pape.
A la fin de juin, Henri et Benoît VHI partirent de Capoue pour le Mont-Cassin, où il s'agissait de faire procéder à l'élection d'un abbé à la place d'Aténulf. Les religieux, assemblés pour faire ce choix, portèrent leurs voix sur un vieillard, du nom de Jean, qui avait déjà été à la tête de l'abbaye en 997, et s'était ensuite retiré dans une solitude voisine pour y terminer ses jours en paix. L'élection d'un vieillard, déjà hors d'état de gouverner vingt
ans auparavant, ne pouvait être du goût de Tempereur, auquel n'échappa point le désir qu'avaient les moines de se soustraire à la tutelle d'une main trop ferme. Il dit donc au nouvel élu : « Serviteur de Dieu, retournez-vous-en prier pour vous et pour nous; une telle charge ne convient pas à votre âge. »
Henri présenta son candidat. C'était Théobald, qui jadis élevé au Mont-Cassin, avait entrepris un voyage en Terre Sainte, pour revenir ensuite au monastère et y exercer les fonctions de prévôt. Pieux, zélé, instruit, il venait de produire une profonde impression sur l'empereur pendant la campagne précédente. Parmi les religieux, presque tous les plus anciens et les plus qualifiés se levèrent en sa faveur; les plus jeunes restèrent assis. Henri déclara qu'en pareille occurence il était juste de s'en tenir à l'avis des plus anciens et des plus dignes, et qu'il convenait aux plus jeunes de déférer au sentiment de leurs aines. Les opposants n'osèrent résister davantage. Théobald fut élu par toute l'assemblée et, le lendemain 29 juin, le pape lui donna lui-même la consécration abbatiale. Le gouvernement de Théobald justifia hautement la confiance qu'on avait mise en lui.
L'empereur profita de sa présence au Mont- Cassin pour en étendre les domaines et en confirmer toutes les immunités. Il prétendait par là manifester son grand amour pour saint Benoît, qu'il vénérait depuis son enfance, et par lequel, disait-il, il avait été affermi dans son royaume et souvent guéri de ses maladies.
Un chroniqueur anonyme raconte qu'à ce mo-
ment Henri soufiFrait de la pierre et qu'il avait employé sans succès tous les remèdes pour guérir son mal. Or, comme on prétendait que les reliques de saint Benoît n'étaient plus au Mont-Cassin, l'auguste pèlerin doutait lui-même de leur présence. Saint Benoit se serait alors montré à Henri pendant la nuit pour lui certifier que ses ossements n'avaient pas été enlevés du monastère, et, en témoignage de celte assertion , il aurait miraculeusement guéri le malade.
Il est certain que quand l'abbaye fut ruinée par les Lombards, en 58o, les restes de saint Benoît demeurèrent ensevelis sous les décombres. La restauration du monastère n'eut lieu que sous le pape saint Grégoire H, entre 71 5 et ySi. Mais dans l'intervalle, probablement en 672, les bénédictins français profitèrent de l'abandon du Mont-Cassin pour aller en retirer les restes du saint patriarche. Saint Mommole, abbé de Fleury-sur- Loire, chargea de cette mission le moine Aigulphe, qui s'en acquitta heureusement. Depuis cette époque les reliques du saint ont été conservées à Fleury ou Saint-Benoît sur-Loire, où elles sont encore. Vers y 53, quelques fragments furent rendus au Mont-Cassin. Les moines italiens, désolés de ne plus posséder qu'une faible partie du trésor primitif, cherchèrent à faire croire que les Français leur avaient rendu le corps tout entier. A dater du onzième siècle, des chroniqueurs du Mont-Cassin écrivirent dans ce sens. La vision attribuée à saint Henri, dans un récit anonyme, n'a été imaginée , sçlon toute apparence, que pour accréditer l'opinion qu'on cherchait h propager. De pareilles supercheries historiques ont
semblé longtemps de bonne guerre; la gloire des saints n'a rien à y gagner.
Ce qui est absolument incontestable , c'est que saint Henri eut toujours la plus grande dévotion envers l'illustre patriarche de la vie monastique, dont les fils l'avaient élevé. Il pouvait donc, dans ce lieu sanctifié par le séjour de l'homme de Dieu , rappeler avec gratitude les nombreux bienfaits dont il lui était redevable, même dans l'ordre temporel.
La saison s'opposait à ce que l'empereur entreprît de nouvelles opérations militaires en Italie. Du reste, le résultat désiré était obtenu; la défaite essuyée par les Grecs et l'attitude des seigneurs mis à la tête des principautés italiennes fermaient définitivement le chemin de Rome aux représentants de l'empereur d'Orient. Le service rendu à l'Eglise en cette circonstance fut d'une incalculable portée. Que serait devenu le centre de la chrétienté aux mains des orgueilleux schismatiques de Constahtinople ? La puissance occidentale qui, avec Henri, intervenait pour protéger Rome, devait bientôt, il est vrai, faire courir à l'indépendance de l'Église les plus redoutables dangers. Pour le moment du moins, elle se montrait pleine de déférence. La protection dont elle couvrait le Pontife romain et les institutions ecclésiastiques apparaissait comme un véritable bienfait de la Providence, dans une Italie fractionnée en une multitude de seigneuries rivales, en proie à une instabilité perpétuelle et toujours à la merci d'un coup de force.
Henri passa quelques jours à Rome, au commencement de juillet, et se rendit à Pavie, où son séjour se prolongea davantage. C'est à cette époque
que plusieurs historiens placent le concile de Pavie dont nous avons parlé plus haut. Mais cette assemblée s'était tenue beaucoup plus tôt, puisque déjà le synode de Goslar, en 1019, se référait à ses décisions. Rien d'ailleurs, dans les actes de ce concile , ne suppose nécessairement la présence de l'empereur.
Benoît VIII et Henri ne se séparèrent pas sans avoir élaboré tout un plan de réforme religieuse. L'un et l'autre entretenaient avec saint Odilon les relations les plus afiFectueuses ; ils se plaisaient à provoquer et a suivre ses conseils. Or saint Odilon, c'était comme la réforme en personne, réforme qui, des monastères et du clergé, devait s'étendre a la société chrétienne tout entière. Nul doute qu'il n'ait puissamment encouragé ses illustres amis à poursuivre une œuvre si utile à l'Eglise. Le pape et l'empereur songèrent à établir tout d'abord la paix universelle , avec le concours des rois de France et de Bourgogne. Ils en auraient ensuite profité pour convoquer un grand concile et aviser aux moyens d'atteindre leur noble but. La Providence ne leur permit guère que d'ébaucher cette gigantesque entreprise.
De retour en Allemagne, Henri eut à pourvoir au remplacement du vénérable évèque d'Hildesheim, Bernward, qui s'était comporté avec tant de fermeté, de tact et de fraternelle condescendance dans le diflférend soulevé par Willigis au sujet de l'abbave de Gandersheîm. Il avait fondé, avec le concours de son frère, l'abbaye de Saint-Michel, dont il eut la joie de consacrer l'église le 29 septembre 1022. Le 20 novembre suivant, jour auquel
l'Église honore sa mémoîre, le saint mourut, après trente ans d'un glorieux épiscopat.
Godehard, abbé d'Altaich, en qui l'empereur comptait trouver un puissant auxiliaire pour l'exécution de son plan de réformes , fut présenté aux sufiFrages du clergé d'Hildesheim, élu sans diffiéulté et sacré par Aribo, archevêque de Mayence. Ce dernier, précédemment abbé du monastère de Gôss, l'un des plus importants du royaume , et ordonné par saint Bernward lui-même à Mayence, avait succédé à Erkenbald le i°' octobre 1021. Cédant à un sentiment qu'on a peine à s'expliquer, il crut l'occasion favorable pour revendiquer les prétendus droits de son siège sur le monastère de Gandersheim. Le lendemain du sacre, il alla donc trouver Godehard et lui demanda de se désister de toute juridiction sur l'abbaye. Le nouvel évêque ne se laissa pas intimider et en appela à l'empereur. Celui-ci se montra aussi surpris que mécontent de voir ressusciter une querelle qu'il croyait à jamais terminée. En présence des évêquesetdes seigneurs, il enjoignit à Aribo d'avoir à cesser toute revendication. Cet ordre mit fin à la difficulté.
L' évêque d'Hildesheim n'avait accepté la succession de saint Bernward que sur les instances de l'empereur qui, n'étant encore que duc de Bavière, s'était employé à le faire nommer abbé d'Altaich. Pendant les quinze années de son épiscopat, il continua noblement l'œuvre de son prédécesseur, fit régner la discipline parmi les clercs , travailla k propager l'instruction, bâtit ou répara des églises et des monastères et enfin arriva lui-même à la sainteté, justifiant une fois de plus l'inspiration qui
guidait saint Henri dans le choix de ses prélats. On fête saint Godehard le 4 D^ai en Allemagne.
Dans le cours de son règne , Henri n'avait pu se dispenser jusqu'alors de paraître en armes presque chaque année sur quelque point de son vaste empire. La campagne d'Italie fut sa dernière expédition importante. Durant le temps trop court qu'il lui restait à vivre , il put donc s'occuper d'œuvres plus conformes à ses goûts et à la grâce spéciale qu'il avait reçue de Dieu.