‹ Saint HilaireChapitre 13 sur 101 · V. Principes de la critique historique^ par le R. P. de · texte numérisé non relu

V. Principes de la critique historique^ par le R. P. de

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Quoi qu'il en soit, Hilaire allait connaître ce symbole de Nicée, expression authentique de la foi qu'il avait professée au baptême; il allait le défendre contre les violences et les ruses de Tarianisme qui, fort de la faveur impériale, après avoir longtemps désolé les Eglises d'Orient, étendait sur l'Occident les mêmes ravages. Quelques considérations préliminaires nous aideront à saisir le caractère de cette hérésie, ses origines, ses formes diverses et ses suites.

L'arianisme, conception d'Arius, prêtre d'Alexandrie, est Terreur qui dans le Verbe ne voit qu'une créature. Sans doute, d'après Arius, cette créature est la première de toutes en date et en perfection; mais ce n'est qu'une créature, et par conséquent elle n'est ni coétemelle, ni égale au Père, et elle tient tout de sa libéralité. Né avant tous les siècles, et investi par Dieu du pouvoir de produire les êtres, le Verbe a été l'instrument divin de la création du monde ; il l'a été aussi de la réhabilitation des hommes, en s'incarnant, sans l'intermédiaire d'une âme humaine, dans le sein virginal de Marie. Quoique, dans la théorie arienne, le Verbe, devenu Jésus-Christ par l'incarnation, ne fût pas Dieu, Arius et ses sectateurs ne lui refusaient cependant ni le nom ni les honneurs divins.

Smedt, S. J., chap. xiv, De la véritable valeur de l'argument négatif.

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a4 SAINT HILAIRE.

On a voulu voir dans Tarianisme une réaction du principe chrétien contre le sabellianisme, qui supprimait en Dieu la trinité des personnes pour ne laisser subsister qu'une trinité d'attributs. On y a vu aussi le développement de diverses doctrines répandues dans les écoles chrétiennes d'Antioche et d'Alexandrie. Certaines tendances de l'école d'Antioche paraissaient favoriser l'unitarisme ; des expressions équivoques ou imprudentes d'Origène et de quelques autres alexandrins avaient sans doute aussi déposé dans les esprits des impressions favorables à l'erreur qui subordonne le Fils au Père. Mais, sans nier que certaines inexactitudes ou certaines exagérations des écoles chrétiennes d'Antioche et d'Alexandrie aient pu contribuer à l'éclosion et au développement de l'arianisme; sans nier même, comme l'a remarqué avant nous Mgr Ginoulhiac, qu'il y ait eu « des esprits séduits par des considérations d'un ordre plus élevé, par la crainte de porter atteinte au monothéisme et à la simplicité divine, s'ils admettaient en Dieu une génération proprement dite, par le désir de conserver au Père la dignité qui lui est propre, ou de concilier plus efficacement le christianisme avec la raison ou avec la philosophie alors en honneur* », disons-le hautement, les origines de

I . Histoire du dogme catholique pendant les trois premiers siècles f i" partie, livre XI, chap. xiv.

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rarîanîsme sont avant tout philosophiques. L'arianisme n'est pas une réaction excessive du principe chrétien contre le modalisme sabellien ou contre le dîthéisme, c'est une réaction philosophique, et une réaction philosophique qui dut de puissants éléments de succès aux habitudes polythéistes et aux préoccupations politiques de beaucoup d'esprits. L'hérésie arienne sort d'un principe philosophique qui fut aussi celui de Philon : Dieu n'a pu créer le monde sans intermédiaire. Sa perfection ne lui coûte pas sans doute l'existence, — c'est ce que prétend de nos jours un certain athéisme, idéaliste, — mais elle interdit k Dieu d'entrer directement en rapport avec le monde ; elle l'attache, pour ainsi dire, au rivage d'une éternelle inactivité. Ce monde est trop infirme pour pouvoir supporter l'action immédiate de Dieu. Dans la théorie de Philon et dans celle d'Anus, l'intermédiaire entre Dieu et les êtres contingents est le Verbe ou Logos^ nécessairement inégal en toutes choses au Dieu suprême. Une telle idée n'est ni biblique ni chrétienne; elle oflFre en outre, au point de vue purement rationnel, un vice radical. Si Dieu, en vertu de sa perfection, ne peut créer des êtres imparfaits, comment a-t-il pu créer le Verbe? Car enfin, le Verbe, nous dit-on, est une créature ; sortie du néant et entraînée vers le néant par son propre poids, cette créature sera toujours plus loin de Dieu que nous ne serons loin d'elle. La

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doctrine catholique qui nous montre TÉtre infini créant Tatome et Tange, libre de manifester ses attributs divins à des degrés divers, dans des êtres d'ordres différents, satisfait bien mieux la raison et le cœur de l'homme que Thypothèse de Philon et d'Arius. S'il s'y rencontre des mystères, ces mystères du moins ne sont pas des contradictions.

Les auxiliaires d'Arius n'étaient pas plus chrétiens que ses arguments. Pour les philosophes, pour les païens, pour les indifférents, pour les politiques qui, en embrassant le christianisme, n'y avaient vu qu'un système philosophique a interpréter, un formalisme religieux à pratiquer, un habit à revêtir ou une force sociale à discipliner, l'arianisme était un compromis heureux entre leurs vieilles opinions et la nouvelle doctrine. La Trinité se réduisait aux proportions d'un théisme purement naturel, avec le dogme de la création immédiate de moins, et, de plus, le culte d'un demidieu. Avec la Trinité s'évanouissaient les dogmes dont la Trinité est le principe, l'Incarnation, la Rédemption. C'était une délivrance pour les âmes légères et sensuelles. Sans doute, ces dogmes d'un Dieu fait homme par amour, d'un Dieu s'immolant pour l'homme et devenant la victime des pécheurs, ravissent la raison soumise, consolent et relèvent la conscience qui plie sous le poids intolérable du péché, et qui se reconnaît impuissante à secouer

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ce poids. Mais, en illuminant la raison ilsTeffrayent; s'ils font luire à Tâme pénitente respérance du pardon, ils lui révèlent deux réalités mystérieuses et terribles, le péché de Thomme et la justice de Dieu. Les chrétiens aux convictions faibles, à rignorance profonde, se trouvaient mieux d'une « religion de plain-pied », qui, en diminuant la victime du Calvaire, abaissait devant eux la cime et adoucissait les aspérités de la montagne sanglante ; ils laissaient tout ensemble au dogme chrétien ses consolations et ses rigueurs.

Le concile de Nicée avait condamné Tarianisme ; mais Tarianisme vaincu ne renonça pas à la lutte, et l'armée de l'erreur se divisa en deux ailes : Yaile droite et Yaile gauche. La première se composait des politiques, adeptes d'Eusèbe de Nicomédie dont ils portent le nom; ils anathématisaient les propositions les plus saillantes de l'arianisme; ils paraissaient même accepter la foi de Nicée, à l'exception du terme qui la formule, ojxooiiaioç ou consubstantiel^ — mot qui exprime l'indivisible unité de la substance commune aux trois personnes divines. A r6[jLOOu<noç, ils avaient substitué l'ojxoioùatoç qui, susceptible sans doute d'un bon sens, n'exprimait dans leur pensée comme dans celle de leurs adversaires, que l'analogie de la substance du Fils à celle du Père; la ressemblance et non l'identité. Parmi eux étaient égarés des évêques orthodoxes qui, attachés du

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fond du cœur au concile de Nicée, craignaient bien à tort que r6[jLOOU(Ttoç ne parût détruire en Dieu la distinction des personnes et n'aboutit au sabellianisme. L^aile gauche comptait dans ses rangs des esprits plus logiques et plus hardis qui rejetaient tout ensemble ro[xotoù<noç et rojjLOouo-ioç. Ils avaient pour chefs Aétius et Eunomius, et ils se nommaient anoméens (de àv6[jioi.oç). Ce nom était une protestation, non seulement contre rojjioo'jcrioç des catholiques, mais encore contre r6[jLoioi>crtoç des semi-ariens: il signifiait que le Fils n'est ni égal, ni semblable au Père.

Constance, fils de Constantin, appartenait tout entier aux semi-ariens. Devenu, par la mort de ses frères Constantin le jeune et Constant maître de tout Théritage paternel, il prétendit faire régner avec lui le semi-arianisme, et il traita comme le perturbateur de l'empire et comme un ennemi personnel Athanase, l'indomptable Aèïen" seurdnconsubstantiel. Après l'avoir fait déposer par le concile d'Antioche où présidait Eusèbe de Nicomédie. Constance exigea de l'Occident qu'il parcourait alors dans une pompe triomphale, la condamnation de son adversaire. Cette condamnation fut prononcée dans les conciles d'Arles et de Milan, sous la pression d'évêques instigateurs ou complices des volontés impériales. Saturnin d'Arles, Ursace de Singidon, Valens de Murse. Saint Eusèbe de Verceil, saint Denis de Milan furent bannis.

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Hilaîre alors se leva pour la défense d'A*banase et de Torlhodoxie.

« Il remplit la Gaule entière de l'explosion d'une surprise indignée, » a dit le duc de Broglie. oc Inspirant à tous ses confrères le courage dont il était animé, il convoqua une réunion d'évêques qui sépara ouvertement de sa communion Valens et Ursace, les deux proscripteurs d'Atlianase, et Saturnin, primat d'Arles, qui avait partagé leurs violences. Après ce défi audacieux jeté à l'autorité impériale, il ne s'en chargea pas moins de se faire auprès de l'empereur l'organe des vœux de la province. Mais, habitué par l'apprentissage d'une haute situation politique à traiter les affaires en homme du monde, il apporta autant de mesure dans cette mission qu'il avait mis de hardiesse à l'entreprendre*. »

Rien de plus juste que ses plaintes, rien de plus modéré que ses demandes, a Heureux Auguste, je t'en supplie, non seulement avec des paroles, mais avec des larmes: ne laisse pas plus longtemps l'Eglise catholique en proie aux pires outrages et à la plus intolérable des persécutions, celle qu'infligent des frères I Aux magistrats, uniquement chargés d'administrer les provinces, interdis de s'ingérer dans les choses religieuses, de juger les clercs, d'opprimer les innocents par les tortures,

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