CHAPITRE m
l'exil. LES TRAVAUX DE l'eXIL
Hilaire avait quitté la Gaule, mais au pontife, chassé de son siège par une sentence inique, sa patrie demeurait fidèle. « Je suis évêque, écrirat-il plus tard à Constance, et encore qu'exilé, en communion avec tous les évêques et toutes les Églises des Gaules.... Innocent, je suis exilé par une faction; par de faux rapports, sans pouvoir alléguer à ma charge aucun crime, des hommes impies m'ont dénoncé à toi, pieux empereur.... Sûr du témoignage de ma conscience, je te dirai, Auguste, que tu as été circonvenu, et que ton César (Julien) a été trompé : qu'on prouve que j'ai fait une chose indigne de la sainteté d'un évêque et même de l'honnêteté d'un laïque, et, loin de réclamer comme une faveur la liberté d'exercer les fonctions épiscopales, je consens à vieillir, comme un simple laïque, parmi les pénitents*. ^
I Ad Constantium Augustum^ lib. II, n. a.
Digiti:
Si calme et si respecteux devant Tempereur qu'il n'accuse pas, qu'il n'ose même soupçonner, Hilaire salue avec enthousiasme l'invulnérable orthodoxie des évêques des Gaules, de Germanie et de Bretagne, auxquels il adresse son ouvrage De Synodis seu de fide Orientalium, « O fermeté inébranlable de votre glorieuse conscience ! leur dit-il. Frères, vous avez vaincu, parmi les acclamations de ceux qui partagent votre foi; et votre constance a obtenu cette double gloire, d'une conscience demeurée pure, et d'un grand exemple donné. La renommée de votre foi invaincue a conduit plusieurs Orientaux à la honte tardive, au tardif remords d'avoir entretenu et fomenté l'hérésie. Quand ils connurent la formule 'm pie de Sirmium, ils opposèrent leurs décrets à la coupable audace de quelques hommes*. »
Hilaire n'avait pas rencontré en Asie cette foi sans tache qu'il louait chez ses frères des Gaules. Il peint sous de sombres couleurs les chrétientés orientales parmi lesquelles la persécution l'avait relégué. « A peine, écrivait-il, trouve-t-on ici des évêques ou un peuple qui admettent la foi de Nicée. L'autorité de l'erreur a grandi par la perversité de quelques-uns; et les exils dont vous savez la cause, ont accru la puissance des impies. Je ne dis rien qui ne soit connu.... A part l'é-
I, De Synodis ^ n, a, 3.
Digiti:
vêque Eleusius (pour qui saint Épipliane et les historiens Socrate et Sozomène sont moins indulgents qu'Hilaire), et avec lui un petit nombre de fidèles, les dix provinces d'Asie où je suis, ne connaissent vraiment pas Dieu*. » Ne l'oublions point, aux yeux d'Hilaire, c'était ne pas connaître vraiment Dieu que de méconnaître l'incomparable et souveraine fécondité qui lui donne un Fils en tout son égal.
Les donatistes qui enfermaient dans les limites étroites de leur secte la catholicité de l'Église, abusèrent de ce passage d'Hilaire. Plus tard aussi, désireux d'établir que la vraie doctrine de la grâce s'était obscurcie et ne comptait plus dans l'Église que quelques fidèles, les jansénistes citèrent volontiers le mot célèbre et excessif de saint Jérôme, qu'après les conciles de Rimini et de Séleucie, le monde s'était étonné en gémissant d'être arien*.
A les en croire, ce qui s'était passé au iv® siècle, se renouvelait au xvii^ ; et Pelage triomphait après Arius. Les hyperboles que renferme parfois le langage des saints, et qui ont prêté aux interprétations les plus fautives, s'expliquent aisément. Les yeux toujours fixés vers l'idéal que leur vie s'efforçait de réaliser, les saints éprouvaient, à la