‹ Saint HilaireChapitre 21 sur 101 · De Sjrnodis, n · texte numérisé non relu

De Sjrnodis, n

Digiti:

timent de mon ignorance aurait dû me renfermer; oublieux de ma petitesse, contraint par Tamour que je vous porte, j^ai ose aborder des sujets augustes et mystérieux, qu'on n^'avaît pas encore traités et sur lesquels on s'était tu jusqu'à ce jour. J*ai dit ce que je croyais.... Je devais à mon devoir de soldat de TÉglise de vous faire entendre dans ces lettres la voix d'un évêque, voix qui est un écho de celle de l'Église et de l'enseignement des apôtres.

« C'est à vous, par une action commune et prévoyante, de conserver dans une conscience sans tache la foi que vous avez inviolablement gardée jusqu'à présent. Souvenez-vous de moi dans vos saintes prières. Maintenant que j'ai exposé ma foi, je ne sais s'il ne me serait pas plus sûr de mourir, qu'il ne me serait agréable de retourner vers vous. Que Dieu notre Seigneur vous garde intacts et sans souillure pour lejour de son avènement. C'est mon vœu, frères bien-aimés*. »

Le livre des synodes provoqua d'âpres critiques. Lucifer de Cagliari, confesseur intrépide tombé dans une farouche intransigeance, reprochait à Hilaire d'avoir approuvé Y homoiousios (semblable en substance), et d'avoir loué jusqu'à la flatterie les défenseurs de cette formule équivoque. Hilaire répondit avec modestie et douceur à celui qu'il

f. De Synodis^ n, 9a.

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nommait son frère : Tu f rater j Lucifer^, S'il a tâché d'excuser certaines expressions des Orientaux, il a toutefois montré qu'elles étaient insuffisantes, puisqu'elles avaient besoin d'être expliquées. Lucifer lui-même n'avait-il pas enseigné hautement que le Fils est semblable au Père?

Hilaire n'admet l'expression incriminée qu'autant qu^elle implique une égalité parfaite. Il a loué dans les Orientaux non la vraie foi, mais l'espérance que ces évêques donnaient de la rétablir. Il espérait, eu leur épargnant les reproches odieux, combattre avec plus de succès ce que leurs professions de foi avaient de répréhensible.

Avant la publication du De Synor/is, Hilaire, dans ses douze livres De Trînitate, avait traité ex professa du plus auguste des mystères chrétiens. Cette œuvre capitale fut commencée dés 356, la première année de l'exil; elle ne fut terminée qu'en SSp, et la composition en fut interrompue plus d'une fois. De même à la fin du siècle, saint Ambroise laissera et reprendra son important ouvrage : De Fide ad Gratianum Augustum^. Ce n'est pas non plus tout d'une haleine que saint Augustin écrira son immortel traité De Trinitate ; seize ans s'écouleront entre la composition des premiers livres et le définitif achèvement de l'ou-

I. Sancti Hilarîi Apologetica ad reprehensores libri de Sjrnodis responsa,

a. V. lib. III, cap. i.

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vrage ; Tévêque d'Hippone pourra dire qu'il donne vieillard au public l'œuvre qu'il avait entreprise dans la force de Tàge, De Trinitate quœ Deus summus et i^erus est^ libros juvenis inchoavi^ senex edidi^. Combattants et apôtres, les Pères se portaient là où les appelait Tintérét de la cause sainte à laquelle ils s'étaient voués, plus soucieux de défendre la vérité et de sauver les âmes, que d'écrire des œuvres littérairement irréprochables. Nous connaissons déjà ce début d'une si pénétrante sincérité, où Tévêque de Poitiers raconte l'histoire de sa conversion. A la fin du premier livre, Hilaire trace le sommaire de son traité, a J'ai disposé de la sorte tout l'ouvrage, dit-il, afin que l'ordre des livres, qui s'enchaînent, aidât la marche des lecteurs. Je n'ai voulu leur offrir rien de désordonné et de confus.... Mais comme on ne gravit la rude pente d'une montagne qu'à la condition de s'élever graduellement jusqu'à la cime : ainsi, disposant des degrés, j'ai aplani le chemin qui s'ouvre à l'esprit, j'en ai adouci les pentes que l'on gravira sans presque s'en apercevoir*. » Indiquons, avec Hilaire, les sujets des livres qui suivent. Au second livre, Hilaire traite de l'éternelle génération du Verbe, dont il prouve la consubstantialité dans le troisième livre. Le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième

I. Epht. CLXXIV, Âd Jurelîum, a. De Trinitate^ lib. I, n. ao.

l'exil. 45

livres combattent les hérésies antitrinitaires. Le huitième montre que le dogme de la divinité du Fils ne contredit en rien celui de Tunité divine. Au neuvième livre, Hilaire repousse les objections que rhérésie arienne soulevait contre F éternelle génération du Verbe. Le dixième et le onzième livres ont pour but de concilier, avec le dogme de la divinité du Sauveur, les textes du Nouveau Testament qui racontent sa douloureuse agonie. Au début du douzième livre, Hilaire, qui se plaît aux images tirées de la navigation, salue le port où enfin il va entrer. Dans ce livre final, il s'attache à écarter tout langage et toute pensée qui ravaleraient et fausseraient la notion exacte de rétemelle génération du Verbe. Il y défend ensuite, comme il l'avait déjà fait précédemment, le dogme de la divinité du Saint-Esprit.

Nous réservons à plus tard l'étude de la doctrine trinitaire de l'évêque de Poitiers. Disons-le dès maintenant:, — sans rabaisser la réfutation du modaliste Praxéas par TertuUien, et sans méconnaître les services du puissant apologiste qui a doté la théologie latine de tant de mots précis et forts, capables de porterie dogme ; sans oublier non plus l'élégant traité que Novalien, orthodoxe en ce point, écrivit sur la Trinité, — l'œuvre d'Hilaire dépasse celles de ses prédécesseurs par l'exactitude de la doctrine et par Pampleur de l'exposition. A la diDFérence de plusieurs de ses devanciers

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anténlcéens, Hilaire parle du dogme trînîtaîre avec une justesse irrépréhensible; il se garde des paradoxes de langage et de pensée où Tertullien s'était quelquefois emporté. Comme le remarque Dom Constant, il a, le premier des Latins, combattu Tarianisme, et, contraint par les nécessités de la défense à se créer une langue, il a fait entrer dans un idiome jusque-là rebelle les précisions de la doctrine catholique et les délicatesses de la pensée grecque {Ipse enim primus e Latinis contra arianos scribens^ sfoces nohis prœscribere i^oluit^). Le traité d'Hilaire, par plus d'un endroit, diffère de celui qu'Augustin devait écrire au commencement du V® siècle. Hilaire ne fréquente pas les sommets de cette métaphysique où Augustin se plaît comme dans son atmosphère natale. Pour faire entendre le mystère des processions divines, il ne recourt pas a ces fines analogies, tirées de l'observation des facultés humaines, analogies lumineuse^, quoique essentiellement imparfaites, qu'Augustin a transmises à la théologie occidentale, a Saint Hilaire, a-t-on dit, jeté dans le fort de la lutte, dédaigne tous les moyens de la sagesse académique, pour n'employer que des armes théologiques*. » De ces armes, il fait le plus sûr usage ; il déploie de rares mérites que le duc de Broglie

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