‹ Saint HilaireChapitre 44 sur 101 · Ihid , n · texte numérisé non relu

Ihid , n

1 empire, rouvrait à tous les évêques bannis par son prédécesseur les chemins de la patrie. Orthodoxes, semi-ariens, anoméens, les protégés, les suspects, les proscrits de la veille, étaient admis à une égale tolérance. Le but du nouvel empereur était moins de réparer les injustes rigueurs de Constance, que de fomenter, par le don même de la liberté, les divisions et les luttes au sein d'une religion abhorrée. Mais enfin la liberté était offerte aux catholiques, et ils se hâtèrent d'en profiter. Saint Eusèbe de Verceil, que des caprices tyranniques avaient promené de Palestine en Cappadoce, et de Cappadoce en Egypte, pouvait enfin quitter la haute Thébaïde, mais avant de regagner son siège, il voulut consulter Athanase. D'Alexandrie, Eusèbe rapporta des conseils pleinement d'accord avec la conduite qu'Hilaire avait suivie en Gaule, et que, devenus collaborateurs d'une œuvre de pacification, l'évêque de Poitiers et l'évêque de Verceil allaient suivre en Italie. Comme •en Gaule, on y réconciliait et l'on y maintenait dans leurs Églises les évêques repentants qui, à Rimini, n'avaient péché que par ignorance ou par faiblesse. Le pape Libère approuva sans doute la conduite d'Eusèbe et d'Hilaire, car il n'en recommande pas d'autre dans une lettre aux évêques d'Italie, qui nous a été conservée dans les fragments de saint Hilaire^ Il y déclare, dit Til-

.1. Fragm, XIl,

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lemoni, « que ceux que leur ignorance a fait tomber dans les pièges des hérétiques, peuvent s'en relever par la confession du symbole de Nicée, et rentrer par ce moyen dans leur premier état, conformément au sentiment de tous ceux d'Egypte et de l'Achaïe; quoique, dit-il, quelques-uns trouvent cette conduite faible et lâche, et tâchent de s'y opposer par une censure trop rigoureuse^ »

La censure venait surtout de Tévêque d'une île solitaire de la Méditerranée, aussi étranger à la miséricorde qu'à la crainte, et qui prolongeait au dedans même de l'Eglise la guerre qu'il avait soutenue contre les assaillants de la cité sainte. Lucifer de Cagliari avait défendu, au concile de Milan, la cause d'Athanase et la foi de Nicée; il n'était sorti de la prison où on l'avait enfermé, que pour comparaître devant Constance et parler au César stupéfait et indigné tout ensemble, comme les prophètes d'Israël parlaient aux rois prévaricateurs. L'exil avait puni tant d'audace, et Lucifer avait tour à tour erré en Syrie, en Palestine, en Egypte, livré parfois à des mains brutales qui maltraitaient son corps sans abattre son âme. Comme tous les autres confesseurs, à l'avènement de Julien, Lucifer avait recouvré la liberté. L'homme qui avait tant souffert pour l'orthodoxie,

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ne comprenait pas qu'on usât de pitié envers ceux qui l'avaient un instant désertée. Dans son zèle farouche, il blâma l'indulgent décret du concile d'Alexandrie (362) qu'Alhanase avait inspiré et se sépara de la communion des évêques qui accordaient le pardon aux tombés de Ri mini. Hilaire, toujours respectueux envers le compagnon des anciennes luttes, ne se laissa point détourner par lui de la ligne qu'il suivait, et, grâce à sa ferme et prudente modération, l'arianisme disparut d'Italie.

Sur un point de cette illustre contrée, l'hérésie fut cependant plus tenace. Hilaire la combattait a Milan même, quand le second successeur de Julien, Valentinien I, y arriva vers le mois de novembre 364. L'évêque arien de cette ville,.

Auxence, trompa sans doute l'empereur sur le fond de sa pensée, car celui-ci, orthodoxe d'intention, raais théologien médiocre, et, comme la plupart des politiques, plus soucieux de la paix que de la vérité, maintint Auxence en possession d'un siège usurpé, et prétendit lui soumettre ceux mêmes qui avaient fui sa communion. L'évêque de Poitiers parvint a éclairer la conscience de Valentinien; sur sa demande, par Tordre de l'empereur, une conférence eut lieu entre Hilaire et Auxence, en présence de dix évêques et de deux hauts fonctionnaires. Pour écarter du débat l'évêque de Poitiers, l'intrus avait allégué, mais en vain, lik

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sentence de déposition prononcée jadis contre Hilaire par Saturnin d'Arles ; puis, sommé d'exposer sa croyance et effrayé des suites qu'aurait entraînées une profession nette de Thérésie, Auxence se résolut à reconnaître Jésus-Christ comme vrai Dieu et consubstantiel au Père. Au sortir de la conférence, le cauteleux évêque, dans le document écrit qu'exigeaient ses juges, rétracta par des explications subtiles son orthodoxe confession de foi. « Il y approuvait le concile de Rimini, » dit Tillemont. « La construction de son discours signifiait également ou que le Fils était véritablement Dieu, comme on était convenu qu'il dirait, ou qu'il était véritablement Fils, ce que les ariens accordaient sans peine. Il confessait aussi une seule divinité, mais dans le Père seul, comme toute la suite le montrait et non dans le Père et dans le Fils, comme il avait promis de le dire* »,

Telle qu'elle était, la confession de foi d'Auxence satisfit Valentinien, incapable d'en démêler les équivoques, et impatienté des querelles théologiques qui lui semblaient menaçantes pour la paix de l'empire. Hilaire, soupçonné de troubler cette paix par les hardiesses de sa parole, reçut Tordre de quitter Milan, comme plusieurs années auparavant il avait reçu l'ordre de quitter

I. Mémoires, etc., Saint Hilaire, art. xvn. Cf. Lib, contra Auxentium , n. 8.

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Constantinople. Mais il était plus aisé de Téloigner que d'obtenir son silence, et l'homme dont les traits avaient atteint Constance jusque sous la pourpre, allait démasquer Auxence, couvert en vain de la protection de César.

Un historien du saint, membre et dignitaire de l'Eglise anglicane, en a fait la remarque :

« Auxence est du petit nombre de ceux contre qui révêque de Poitiers a déployé les sévérités de son langage* ». Comme le remarque le même auteur, de telles sévérités n'occupent qu'une place très restreinte dans l'œuvre totale de l'éloquent polémiste. « Trois personnes seulement, » dit encore M. Cazenove, « semblent avoir excité l'indignation d'Hilaire : Saturnin, Constance et Auxence. Mais dans toutes ces rencontres, ce n'était pas seulement l'hérésie ou la protection accordée à l'hérésie qui enflammait son courroux, c'était aussi l'union de l'improbité et de Terreur*. »

A la première page de l'œuvre où il va dénoncer les attentats d' Auxence, Hilaire s'adresse à tous ceux qui, « évêques ou simples fidèles, persévèrent dans la foi paternelle, et qui détestent l'hérésie arienne ». Ce début, opportun au iv* siècle, l'est encore au xx® siècle, il le sera toujours,

1 . Saint Hilary of Poitiers and saint Martin of Tours ^ by John GibsoQ Cazenove, Sub-dean and Cancellor of St Mary's Cathedral, Edinburgh, Chapter XV.

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