I. Œuvres complètes y t. VII, pages 56i, 56a
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prendre, sous Tinspiration d'Hilaire, aux portes de la ville épiscopale, et fonder à Ligugé le plus ancien des monastère gaulois. L'historien de saint Martin, Dom Chamard, a dépeint le désert qui allait bientôt s'animer et fleurir, au souffle de l'Esprit de Dieu, « ce vallon terminé d'un côté par le Clain et les pentes escarpées de Smarves, et de l'autre par une chaîne de collines offrant un abri propice aux solitaires, qui auraient besoin d'un air plus vif et plus serein* ». Le jour de novembre i853 où il rouvrait aux bénédictins cette vénérable demeure, vide aujourd'hui de ses hôtes, Mgr Pîe a retracé les visites qu'Hilaire y rendait à Martin. « Le vieil athlète se plaît à venir respirer Pair de la sainte solitude, à constater de ses yeux le progrès de la grande institution après laquelle il a si longtemps soupiré. Il aime a vivre de la vie de ces pieux cénobites; durant ces trop heureux instants de cohabitation, il se fait une joie d'accomplir leur règle, d'imiter leur pénitence, de s'associer à leurs chants et à leurs prières; le lien qui l'enchaîne à cet asile est si doux qu'il lui arrive de ne le rompre qu'au matin même des solennités qui le rappellent à son église*. »
Un trait charmant, — nous n'osons dire parfai-
I. Saint Martin et son monastère Je Ligugé^ ckap. v. a. Œuvres complètes^ t. II, p. G5.
lement authentique, car il n'est attesté que par un écrivain du XII® siècle, GuibertdeGembloux, — se rattache à ces visites qu'Hilaire faisait à Ligugé. tt Un jour, dit l'abbé de Gembloux dans une lettre à l'archevêque de Cologne, Hilaire... vint à Ligugé, selon sa coutume, auprès de saint Martin et des frères qui servaient Dieu sous sa conduite, pour y goûter des consolations célestes. Après avoir nourri les moines du pain de la doctrine, le pontife reprit le chemin de Poitiers; et, par déférence, pour rendre à son maître la visite qu'il venait de recevoir, Martin l'accompagna jusqu'à la ville, où ils arrivèrent à l'heure fixée pour la célébration des saints mystères. Comme le temps pressait, Hilaire s'enquit si rien ne manquait pour la confection du sacrifice. On répondit que tout était prêt, hormis le livre qui contient les prières de la liturgie; il avait été laissé à Ligugé, soit par oubli, soit par une permission de Dieu qui voulait glorifier Martin. Troublé par cette réponse, l'évêque jeta un regard sévère sur Martin qui se disposait à le servir à l'autel. Martin, ému à son tour, cherche quelqu'un qui, encore que l'heure de célébrer fût venue, lui puisse apporter le livre réclamé par Hilaire : et voilà que tout à coup, dans le vestibule de l'église, un ange se présente, lui remet en souriant le précieux volume, et disparait. A l'annonce de ce bienfait divin, Hilaire tressaillit de joie et rendit grâces à Dieu; à partir de ce
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jour, dans sa religieuse vénération, il ne traita plus Martin comme un disciple. Et pourquoi aurait-il regardé comme un disciple F homme que Dieu favorisait de miracles plus nombreux et plus grands que les siens propres ? »
Parmi ces miracles que Tabbé de Gembloux rappelle, il en est un que, suivant Fortunat, Hilaire accomplit peu de temps après son retour à Poitiers. Un enfant était mort sans baptême. « La mère qui n'était plus mère, car elle n'avait plus de fils, dit le biographe, se prosternait tout en pleurs aux pieds du pontife, en lui montrant le corps de son enfant : Évêque, lui disait-elle, rends-moi mon fils, ou du moins rends-le au baptême; toi qu'on nomme le père du peuple, obtiens que je puisse encore être appelée mère. La pauvre femme priait plus encore par ses larmes que par ses paroles; touché de tant de douleur et de tant de foi, l'homme de Dieu, en présence des fidèles, recourut à ses armes accoutumées, et tomba à genoux. Peu à peu, le pâle visage du défunt recouvra ses couleurs, les membres glacés se ranimèrent, les yeux s'ouvrirent au jour, un cri s'échappa de la poitrine, et l'enfant ressuscité se remit a marcher.... Tous deux, le vieillard et l'enfant, se relevant ensemble, sortirent, l'un de la prière, l'autre de la mort*.... »